Le phare d'Eckmühl, aussi appelé phare de Penmarc'h, est un phare maritime situé sur la pointe de Saint-Pierre, à Penmarc'h, dans le Finistère, en France. Il mesure plus de de haut, ce qui fait de cet édifice le plus grand des trois phares du site de Saint-Pierre. Il a été inauguré le et doit son nom au titre de noblesse de la donatrice qui l'a en grande partie financé. Il sécurise l'une des côtes les plus dangereuses de France en raison de ses nombreux récifs.
Ses murs sont entièrement bâtis en pierre de Kersanton et la paroi interne de sa cage d'escalier est recouverte de plaques d'opaline. C'est aujourd'hui l'un des monuments les plus visités du Finistère.
Le phare fait l’objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le et d’un classement depuis le ..
Construction Contexte thumb|left|Le sémaphoreIl est mis en service en 1862 avant de devenir‚ en 1905‚ le bâtiment actuel. et les trois générations de phares : la « Vieille Tour », l'ancien phare de Penmarc'h et le phare actuelCe phare s'élève au milieu d'un enclos qui comprend la cokerie-atelier, les deux maisons (divisées chacune en deux logements pour les gardiens) et la salle des machines..
La construction du phare d'Eckmühl intervient à une époque où, après plus de deux siècles de marasme, l'économie de Penmarc'h se relève notamment grâce au lancement de conserveries de sardine dans le quartier de Saint-Guénolé et à la pêche à la sardine et au maquereau. Ces activités entraînent un fort accroissement démographique..
Le phare d'Eckmühl a été construit à l'un des points les plus dangereux de la côte bretonne, à côté de deux phares antérieurs, au village de Saint-Pierre. Avant lui ont été utilisés la « Vieille tour » (tour carrée adossée à la chapelle Saint-Pierre et flanquée d'une échauguette en cul-de-lampe) qui servit de tour de vigie et peut être de tour à feu au début du , puis le « phare de Penmarc'h », mis en service en 1835 et prédécesseur direct d'Eckmühl. Par la loi du , la France décide de moderniser la signalisation maritime de ses côtes, notamment en procédant à l'électrification de ses phares les plus importants, dont celui de Penmarc'h. Le projet de son nouvel éclairage prévoit un faisceau à de hauteur. Le phare de l'époque mesure et une étude conduit à l'impossibilité technique de suffisamment le rehausser, condition nécessaire à l'établissement d'un éclairage portant en moyenne à .. En 1890 il est donc décidé de la construction d'un nouveau phare d'une hauteur de . Le projet est considéré abouti le , les plans et devis étant acceptés pour une somme totale de .
Un financement inattendu thumb|upright|left|La marquise de Blocqueville, en 1882.
Cependant le la nouvelle d'un financement inattendu vient modifier ce projet. En effet la marquise Adélaïde-Louise d'Eckmühl de Blocqueville lègue dans son testament la somme de Cette somme équivaudrait aujourd’hui à près d’ d'euros. pour la construction d'un phare. Ce phare devra se nommer « phare d'Eckmühl » en l'honneur de son père le maréchal Louis-Nicolas Davout (1770-1823), duc d'Auerstaedt, prince d'Eckmühl. Ce titre de noblesse vient de la bataille d’Eckmühl qu'il avait menée le à proximité du village d'Eggmühl en Bavière. La marquise souhaite ainsi par ce geste que .. Elle désire également que ce phare soit situé sur la côte bretonne et en un lieu sûr pour résister au temps. Après étude, une commission décide qu'il sera édifié sur la pointe de Penmarc'h. Afin de se conformer aux vœux de la donatrice, ils s'adjoignent les services d'un architecte parisien, Paul Marbeau (1843-1907), pour la partie décorative de la tour, une première dans l'histoire moderne des phares.
Construction du phare thumb|upright|Le phare pendant sa construction vers 1895.
Le phare dispose d'un budget de et sera situé à à l'est de l'ancien phare. Les travaux débutent en et sont assurés par l'entreprise Vabre. pour un coût de , soit le double du legs.. Les travaux vont durer quatre ans.
L'ancienne maison des gardiens du phare et un calvaire sont détruits lors de la construction du phare d'Eckmühl.
Origine et acheminement des matériaux Le sable vient de Toul ar Stêr, les moellons de Poulgallec, dont la carrière est remplacée par celle de Talarou en mars 1896, et de la grève à l'ouest du sémaphore. La chaux hydraulique, dont la qualité est étroitement surveillée, vient des fours de Marans d'où elle est convoyée par bateau jusqu'à Loctudy puis par charrette jusqu'à Saint-Pierre. Le ciment Portland vient de Boulogne. Enfin le granite de Kersanton vient de Brest où il est préalablement taillé en blocs puis acheminé par la mer dans des gabares jusqu'au port de Kérity. Préféré pour des raisons financières, le transport maritime est difficile, entraîne de nombreux retards et des augmentations du coût total, et rallonge le chantier. Du retard est également causé par un manque d'ouvriers.
Du granite provient aussi de l'île de Penfret dans l'archipel des Glénan si l'on en croit le témoignage de Victor-Eugène Ardouin-Dumazet : « La petite cale où nous débarquons est animée en ce moment par la présence d'une grosse embarcation qui charge des pierres destinées à la construction d'un nouveau phare à Penmarc'h. Le granit de Penfret se débite facilement ; les abords de la cale sont devenus une carrière où l'on extrait la roche »Victor-Eugène Ardouin-Dumazet, Voyage en France’’, tome II d’Hoëdic à Ouessant’’ ; Berger-Levrault, 1895, page 212, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k73539j/f280.image..
Construction de la tour La couche de mortier des fondations est recouverte de goudron pour empêcher l'humidité de monter dans les murs. Le socle est réalisé grâce à un échafaudage facilitant l'accès au chantier et à une sapine permettant de monter les blocs de granite. Le fût et la corniche sont réalisés à l'aide d'une sapine posée à l'intérieur de la tour, en haut de laquelle les blocs sont hissés par une chaîne qui passe en haut dans une poulie et en bas dans un treuil activé par un moteur à vapeur. Les blocs sont ajustés depuis un échafaudage extérieur amovible. Ces deux dispositifs sont périodiquement rehaussés, forçant une pause dans les travaux. Les plaques d'opaline laminées et cintrées revêtant la paroi interne sont posées depuis un échafaudage tiré par une chaîne remontant dans l'axe de la tour.
Le chantier est entaché d'un grave accident : pendant le lavage de l'extérieur, une chaîne soutenant un échafaudage casse et sept ouvriers font une chute de dix mètres et sont blessés. Un d'eux est rendu aveugle par l'acide qui est utilisé pour son travail.
Inauguration Le phare, dont l'inauguration est initialement prévue pour le , date du de la mort d'Adélaïde-Louise d'Eckmühl de Blocqueville, est finalement repoussée au pour ne pas coïncider avec la grande foire annuelle de Pont-l'Abbé. Cette inauguration donne lieu à de nombreuses festivités décrites dans les journaux de l'époqueLe Petit Journal, n° du 18 octobre 1897, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k614408t/f1.image.r=Plomeur et Le Petit Parisien, n° du 18 octobre 1897, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5183372/f1.image.r=Plomeur..
Architecture et aménagement vignette|Élévation du Phare d'Eckmühl. Le phare se situe dans une cour rectangulaire d'environ par 60. Elle est ceinte d'un mur, dont la face nord qui n'est pas directement exposée à la mer n'a été construite qu'en 1924 à la suite d'un raz de marée. Elle contient en outre les logements des gardiens contre son extrémité ouest et la machinerie près de la face ouest de la tour. Le sol de la cour est décoré, symétriquement aux pieds des faces nord et sud du phare, de deux grands dessins en pierre d'ancre et d'étoile à cinq branches. Le phare est structuré, de bas en haut, comme suit : une base carrée de de hauteur ; un soubassement carré de ; un socle carré de ; un corps de ; une corniche carrée de ; un campanile de ; une lanterne de . Ses murs sont entièrement faits de granite de Kersanton et ses fenêtres de chêne de France huilé.. Pour accéder jusqu'à la lanterne il faut monter un total de 307 marches..
Soubassement Le soubassement à section carrée passe à un fût de plan octogonal. Les murs extérieurs de ce piédestal sont décorés, dans leur partie inférieure, d'une puissante moulure de de hauteur, puis de neuf assises de refends et bossages rustiques que surmonte une corniche. Ils sont percés de la porte d'entrée du phare sur la face est et de trois fenêtres sur les trois autres faces. Les cinq marches du perron mènent à la salle basse à laquelle on accède par une porte à deux battants : faite en acajou d'Australie verni, elle contient deux vantaux vitrées recouverts de panneaux en bronze et cuivre patinés au vert antique, formant un grillage à fleurons sur lequel se détache un médaillon en cuivre moulé, encadré de deux palmes de chêne et de laurier. Elle est surmontée d'une imposte également recouverte d'un panneau en bronze, formant également un grillage dont les barreaux sont terminés par des palmettes. Ils supportent un écusson orné de motifs symboliques. Cette porte ouvre sur la galerie d'accès à l'escalier dont les murs sont ornés de deux plaques de porphyre encadrées d'une guirlande de bronze médaille repoussé et patiné. Les inscriptions rappelant un extrait du testament de la marquise et les victoires du maréchal sont gravées sur ces plaques.
Corps
Le corps de la tour est octogonal à l'extérieur et cylindrique à l'intérieur. Ses murs sont percés de six fenêtres sur la façade est et cinq fenêtres sur la façade ouest, sur le long de laquelle courent également des câbles et sont plantées des antennes. Le parement interne est recouvert de carreaux blancs d'opaline dont la couleur bleutée favorise la diffusion de la lumière et qui sont très faciles d'entretien par un simple nettoyage. Ces carreaux fabriqués spécialement par la manufacture Saint-Gobain constituent un système de condensation d'eau ruisselant sur le mur qui permet de maintenir l'atmosphère de la tour du phare plus sèche, évitant ainsi que l'humidité ne rende glissante les marches..
Il contient un escalier à vis de . Ces marches en kersanton mesurent de haut, de large et sont encastrées de dans le mur.. La paroi autour de l'escalier est ponctuée de renfoncements à chaque fenêtre. Le plafond est recouvert de de marbre bleu turquin posées sur des nervures de rayons de bronze qui convergent vers une rosace de bronze centrale. La rampe, faite de de bronze, comporte un barreau par marche. Le pilastre a une forme qui imite celle du phare d'Eckmühl. Les marches de l'escalier en colimaçon permettent d'atteindre une plateforme (appelée palier de repos) depuis laquelle une série de 13 marches plus raides mènent à la salle d'honneur du campanile. La porte d'accès de cette salle est formée d'un vantail massif en bronze qui vient s'appliquer sur le parement de la tourelle.
Campanile vignette|Le plafond de la salle de veille est orné de 29 caissons à nervures rayonnantes autour d'un cul-de-lampe qui cache la dernière partie technique de l'axe de rotation du plateau portant les lentilles de Fresnel.|269x269px