James Butler ( – ), , est un homme d'État et un militaire anglo-irlandais. Il est surtout connu pour sa participation aux guerres confédérées irlandaises des années 1640, lorsqu'il commanda les forces anglaises royalistes en Irlande.
Jeunesse James Butler est le fils aîné de Thomas Butler, vicomte de Thurles, et d'Elizabeth, sœur de Sir John Poyntz, et le petit-fils de Walter, d'Ormonde. Les Butlers d'Ormonde appartiennent à une vieille dynastie anglaise, qui a dominé le sud-ouest de l'Irlande depuis le Moyen Âge. Il est né à Londres. À la mort de son père par noyade en 1619, il est fait pupille royal par , puis enlevé à son tuteur catholique romain, et confié aux soins de George Abbot, archevêque de Cantorbéry, chez qui il réside jusqu'à la mort du roi, en 1625. Son grand-père, le comte d'Ormonde, le prend alors dans sa maison. Il va s'avérer très important pour son avenir, et cela a été voulu ainsi, qu'à la différence de la plupart des membres de la dynastie Ormonde, il soit protestant. Cela provoque certaines tensions entre lui et sa famille et alliés, étant donné que ceux-ci, à l'inverse, subissent des confiscations de terre et des discriminations judiciaires à cause de leur religion. En , il épouse sa cousine, Lady Elizabeth Preston, fille et héritière de Richard, comte de Desmond, mettant ainsi fin à une longue querelle entre leurs familles et unissant leurs domaines. En 1632, à la mort de son grand-père, le titre de comte lui échoit.
Rébellion et guerre civile Ormonde est déjà connu en Irlande, lorsqu'il commence à y jouer un rôle actif en 1633 avec l'arrivée du comte de Strafford, qui, pour se l'attacher, le combla de prévenances et l'admet dans son intimité. Strafford le recommande au roi et au Conseil privé comme un jeune homme avec, vous pouvez me croire, la tête sur les épaules, qui pourra rendre les plus grands servicesBiographie universelle de Michaud. Ormonde devient ainsi le principal ami et soutien de Strafford. Celui-ci projette de confisquer de vastes étendues de terres appartenant à des Catholiques, ce que Ormonde approuve, mais ce qui rend furieux le reste de sa famille, et en amène une grande partie à s'opposer à Strafford, et finalement à se rebeller. En 1640, durant l'absence de Strafford, Ormonde est désigné commandant en chef des forces anglaises, qui comptent hommes, et en août, il est nommé lieutenant général.
Au début de la Rébellion irlandaise de 1641, Ormonde se trouve à commander les forces gouvernementales basées à Dublin. Presque tout le reste du pays est occupé par les rebelles catholiques, dont sa famille fait partie. Pourtant les liens familiaux ne sont pas entièrement rompus, puisque sa femme et ses enfants sont escortés par son cousin, Richard Butler, Lord Mountgarret, depuis Kilkenny, tenu par les rebelles, jusqu'à Dublin. Ormonde lance plusieurs expéditions depuis Dublin pour tenter de dégager la bordure de la zone rebelle. Tout d'abord il s'empare de Naas, puis du nord du Pale en 1642. Les lords juges, qui ont douté de lui à cause de ses liens parentaux avec de nombreux rebelles, reviennent sur leur opinion lorsqu'il parvient à libérer Drogheda. Il reçoit les remerciements publics du Parlement d'Angleterre et un bijou d'une valeur de .
Le , il remporte la bataille de Kilrush contre son cousin Lord Mountgarret. Le , il est créé marquis, et le suivant, il est nommé lieutenant général avec mandat direct du roi, lui permettant ainsi d'agir sans contradicteur.
Le , il remporte la bataille de New Ross contre Thomas Preston, qui devient plus tard le vicomte Tara. Ormonde se trouve pourtant en grande difficulté. En septembre, la guerre civile éclate en Angleterre, ce qui le prive de renforts anglais, alors que les rebelles catholiques tiennent les deux tiers du pays. De plus les Covenanters écossais, qui ont débarqué en Ulster en 1642 pour réprimer la rébellion irlandaise, se sont rangés avec le Parlement d'Angleterre contre le roi.
Isolé à Dublin, Ormonde se voit réduit à signer avec les Catholiques un armistice, qui reconnait à la Confédération irlandaise la possession de la majeure partie du pays, laissant seulement aux mains des commandants anglais quelques petits districts de la côte est et autour de Cork, ainsi que certaines forteresses dans le nord et dans l'ouest. Cette trêve est extrêmement mal accueillie par les Lords juges et par la communauté protestante dans son ensemble.
Par ordre du roi, Ormonde doit ensuite détacher une partie de ses troupes en Angleterre pour combattre aux côtés des Royalistes pendant la guerre civile. Ces troupes sont peu après mises en déroute par Thomas Fairfax à la bataille de Nantwich, le . Ce même mois, Ormonde est nommé Lord lieutenant d'Irlande avec la tâche d'empêcher que les Parlementaires, ennemis du roi, ne reçoivent des renforts venant d'Irlande, tout en recrutant des troupes nouvelles pour se battre aux côtés des Royalistes en Angleterre. Pour cela, il a comme instruction de faire tout en son pouvoir pour retenir dans le nord de l'Irlande l'armée écossaise des Covenanters. Il obtient également l'autorisation du roi de négocier un traité avec ceux des Confédérés irlandais, qui permettraient à leurs troupes d'aller se battre pour le roi en Angleterre.
Négociations avec les Confédérés irlandais Ormonde se trouve confronté à la tâche difficile de réconcilier les différentes factions en Irlande. Les Irlandais de souche, les « vieux Irlandais », et les Irlandais de descendance anglaise, les « vieux Anglais », tous de religion catholique, sont représentés dans la Confédération d'Irlande, un gouvernement indépendant, basé à Kilkenny, qui veut bien reconnaître le roi d'Angleterre en échange de la tolérance religieuse et de l'autogouvernance. D'un autre côté, toute concession faite par Ormonde aux Confédérés affaiblit son soutien aux Protestants anglais et écossais d'Irlande. C'est pourquoi ses négociations avec les Confédérés sont tortueuses, même si beaucoup de leurs chefs sont de ses parents ou amis.
En 1644 il aide Randal MacDonnell, marquis d'Antrim à monter une expédition irlandaise confédérée en Écosse. Cette force, conduite par Alasdair MacColla est envoyée pour prêter main-forte aux royalistes écossais, ce qui déclenche la guerre civile en Écosse. Ceci s'avère être la seule intervention des troupes irlandaises catholiques en Grande-Bretagne pendant la guerre civile.
La position d'Ormonde devient encore plus délicate après la signature d'un accord secret entre Edward Somerset et les catholiques irlandais le . Le , Ormonde conclut avec les Confédérés irlandais un traité qui leur accorde des concessions religieuses et élimine certaines injustices. Pourtant l'assemblée générale des Confédérés refuse ce marché, en partie à cause du nonce du pape , Giovanni Battista Rinuccini, qui incite les catholiques à ne pas signer de compromis. Ceux qui signent le traité sont arrêtés, et les Confédérés rompent la trêve avec Ormonde.
Il devient bientôt clair qu'il ne peut tenir Dublin face aux rebelles irlandais. Il s'adresse au Long Parlement, et signe avec lui, le , un traité aux termes duquel il lui livre Dublin en préservant les intérêts à la fois des protestants et des catholiques, qui ne sont pas entrés en rébellion. Avant de rentrer en Angleterre au début d', il remet la ville et les troupes sous son commandement au commissaire du Parlement Michael Jones. Ormonde remarque, à propos de son choix, « qu'il avait préféré les rebelles anglais aux rebelles irlandais ».
Commandant de l'alliance royaliste Ormonde accompagne le roi Charles retenu au château de Hampton Court en août et en , mais en , afin de prévenir sa propre arrestation par le Parlement, il rejoint la reine et le prince de Galles à Paris. En septembre de la même année, le nonce apostolique ayant été expulsé, et les affaires sinon s'annonçant de manière favorable, il retourne en Irlande pour tenter d'unifier les parties favorables au roi. Les Confédérés irlandais sont alors plus ouverts à un compromis, ayant connu en 1647 toute une série de désastres militaires contre les forces parlementaires. Le , Ormonde conclut la paix avec les rebelles sur la base du libre exercice de leur religion. À la nouvelle de l'exécution du roi, le , il fait proclamer le prince de Galles sous le nom de , qui le fait membre de l'ordre de la Jarretière en . Ormonde est placé à la tête des armées des Confédérés irlandais et des troupes royalistes anglaises, qui, venant de France, débarquèrent en Irlande. Pourtant, bien qu'il contrôle avant presque tout le pays, Ormonde est incapable d'empêcher la conquête de l'Irlande par Cromwell de 1649 à 1650. Ormonde tente de reprendre Dublin en , mais il est mis en déroute à la bataille de Rathmines. Par la suite, il tente d'arrêter Cromwell en tenant une ligne de places fortes à travers le pays. La New Model Army parvient néanmoins à les prendre les unes après les autres, en commençant par le siège de Drogheda en . Ormonde perd la plupart de ses troupes anglaises et protestantes royalistes lorsqu'elles se mutinent et rejoignent Cromwell en . Il ne lui reste que les forces irlandaises catholiques, qui se méfient grandement de lui. Ormonde est démis de son commandement en fin 1650, et il retourne en France en décembre. Par la loi de colonisation de l'Irlande de 1652 (Act of Settlement), tous les biens d'Ormonde sont confisqués, et il est exclu de la grâce accordée à tous les Royalistes qui se sont rendus à cette date.
Ormonde, bien que totalement à court d'argent, se tient constamment au service de et de la reine mère à Paris, et il accompagne celui-là à Aix-la-Chapelle et à Cologne, quand il est expulsé de France aux termes d'un traité signé entre Mazarin et Cromwell en 1655. En 1658, il se rend en Angleterre, déguisé et à grands risques, pour obtenir des renseignements dignes de confiance sur les chances d'un soulèvement. Il accompagne le roi à Fontarrabie en 1659, a un entretien avec Mazarin, et s'engage activement dans les transactions secrètes qui précèdent de peu la Restauration.
Carrière pendant la Restauration À son retour en Angleterre, le roi le nomme commissionnaire au trésor et à la marine, le fait Lord Steward, Conseiller privé, Lord lieutenant de Somerset (charge dont il démissionne en 1672), High Steward de Westminster, de Kingston et de Bristol, président de Trinity College de Dublin, baron Butler de Llanthony, et marquis de Camden dans la pairie d'Angleterre. Le , il est créé duc d'Ormonde dans la pairie d'Irlande, et est fait Lord High Steward le jour du couronnement de . En même temps, il récupère ses immenses terres d'Irlande, et le roi lui octroie d'importantes sommes d'argent en récompense de la fortune qu'il a dépensée à son service, tandis que le Parlement irlandais lui offre l'année suivante une somme de . Pourtant, selon Thomas Carte, ses pertes excèdent ses gains de .