La guerre de la bande d'Agacher, aussi appelée guerre des Pauvres ou guerre de Noël a lieu du 14 au autour d'une bande de terrain de de longueur sur 50 de largeur à l’extrême nord ouest du territoire burkinabé. Ce conflit a pour origine des problèmes économiques, sociaux et politiques internes au Mali et au Burkina Faso.
La zone litigieuse thumb|Carte du Burkina Faso montrant la région concernée. Elle s’étire depuis le village malien de Yoro, point de rencontre entre les frontières malienne, nigérienne et voltaïque, à l'Est, jusqu'à une zone occidentale, bande de de large, regroupant quatre villages Douma, Dionouga, Kounia et OukoulourouH. Derme, Le conflit entre le Burkina Faso et la République du Mali : point de vue historique, Paris, Université Paris I, . On peut diviser la zone en deux espaces importants : les 4 villages à l’ouest et à l’Est de la bande d'Agacher, région traversée par le Béli qui forme sur un chapelet de maresM.Foucher Fronts et frontières : un tour du monde géopolitique, Paris, Fayard, 1991. Annexes .
Toute la zone est désertique, et mis à part les quatre villages, est peu peuplée et occupée uniquement par des nomades Touaregs. Pour ces nomades, c'est une région essentielle, le Béli étant le seul point d’eau utilisable entre le fleuve Niger et la Haute-Volta. Il est très important pour leur ravitaillement en eau et le pâturage. De plus, l’eau du Béli est un poumon de vie des communautésTredano Abdelmoughit BENMESSAOUD, Intangibilité des frontières coloniales et espace étatique en Afrique, Paris, Bibliothèque Africaine et Malgache, 1989, ., apportant l’eau domestique, formant un lieu d’hygiène et permettant l’utilisation de l’argile pour les poteries et les constructions.
Le problème des frontières un héritage colonial
Le rôle des découpages coloniaux Pour reprendre les travaux de Camille LefebvreC. Lefevbre « Frontières de sable, frontières de papier. Histoire de territoires et de frontières, du jihad de Sokoto à la colonisation française du Niger, », Paris, Publications de la Sorbonne, 2015, la conception européenne de la frontière linéaire a été appliquée en Afrique lors de la colonisation. Alors que c’est une conception d’une « frontière-zone » autour de centres de diffusion qui prévalait auparavant. Notamment dans la région litigieuse majoritairement peuplée de nomades, même si cette frontière . Il est établi lors des indépendances que 8/ des frontières africaines coloniales créent des espaces africains artificielsYves PERSON, « L’Afrique noire et ses frontières », Le mois en Afrique, , août 1972, .. Or, le principe de leur intangibilité est adopté en 1964 à la Conférence des chefs d’États Africains de Addis AbebaRésolution A.H.G./16-1 du 21 juillet 1964. au mépris des réalités des populations vivants de part et d’autre des nouvelles frontières. Avec les indépendances en 1960, les frontières internes à l’empire français comme celle entre le Mali et la Haute-Volta, simples frontières administratives, deviennent frontières internationales. Or, la colonisation avait laissé cette frontière poreuse, d’autant plus qu’entre 1932 et 1947, la Haute-Volta disparaît dans le Soudan français. Les gouverneurs coloniaux faisaient régulièrement bouger cette frontière en tentant de s’adapter au mouvement des nomades. La frontière très perméable, était un lieu d’échange et de troc entre les populations. De même jusqu'à l’indépendance, la perception par la population de la frontière reste celle d’une « frontière-zone ». Le problème de la frontière surgit donc au moment de l’accession à la souveraineté internationale des deux pays, qui consacre paradoxalement la vision colonisatrice de la frontière comme réservée . Les contradictions sur les logiques de survie des populations (pour l’accès à l’eau du Béli notamment) et les logiques rigides d’État sont alors fortes.
Les sources archivistiques des différends frontaliers Lors des indépendances, le Mali et la Haute-Volta voulurent procéder à une relecture de leurs frontières communesP-C. Hien, « Les frontières du Burkina Faso : genèse, typologie et conflits (1885-1985) » in. Burkina Faso, Cent ans d’histoire 1885-1985 dir. coll. Y-G Madiéga O. Nao .. Mais pour ce qui est de ces frontières intra-coloniales, les archives léguées par les administrations de l'AOF et de ses prédécesseurs regorgent de lacunes. Il y a une absence totale d’une description précise et intégrale du tracé dans un texte réglementaire ou législatif pour la zone litigieuse. Ainsi, il y a un conflit sur l’interprétation des décrets des gouverneurs généraux des cercles coloniaux du fait de la disparition puis la réinstitution de la Haute-Volta. Surtout, ce sont les cartes coloniales qui prêtent à confusion notamment la carte IGN 1/200 de 1960 sur laquelle deux villages Dioubouna et Okoulourou ne sont sur aucune carte, et qui est très imprécise. Au cœur des premières tentatives de règlement à l’amiable du conflit, elle conditionne leurs échecs.
Le rôle de la pratique négligente du colonisateur dans la délimitation des frontières intra-impériale est évidemment important dans le conflit. Pour autant, ces lacunes se retrouvent sur toutes les frontières Mali-Burkina qui ne sont pas toutes le fait de conflits.
La première « guerre » (1974)
Les premières tentatives de règlement du différend par le dialogue De 1961 à 1974 ont lieu des rencontres sur le problème frontalier propre à cette zone, les autres frontières ayant été adoptées d’un accord communP-C. Hien, « Les frontières du Burkina Faso : genèse, typologie et conflits (1885-1985) » in. Burkina Faso, Cent ans d’histoire 1885-1985 dir. coll. Y-G Madiéga O. Nao .. Ainsi, en 1964 est créée une "commission paritaire" avec comme mission la « délimitation des frontières ». Elle se transforme en 1968 en "commission technique mixte" fondant ses travaux sur les problématiques des cartes et des rapports coloniaux.
Les revendications des deux pays Le Mali revendique les 4 villages car, selon lui, la population y serait « malienne par excellence », il met en avant le droit à l’autodétermination des minorités locales que sont les Touaregs. Il se fonde sur le décret de 1932Décret 5 septembre 1932 portant suppression de la colonie de la Haute-Volta et répartition de son territoire entre les colonies du Niger, du Soudan français et de la Côte d'Ivoire, publié au Journal officiel de la République française du 10 septembre 1932. supprimant la Haute-Volta et réintégrant donc ces territoires dans le Soudan Français. La Haute-VoltaMAHARAUX, Alain, 1992, “Partition de l'espace et régionalisation au Burkina Faso” In : Actes du colloque : "le Géographe et l'aménagement" , Université de la francophonie, Limoges, 5-6 octobre 1989. Limoges, PULIM, sept. 92, . met elle en avant le décret de 1947 réinstituant la Haute-Volta et supprimant le décret de 1932. De plus, le gouvernement voltaïque souligne le fait que sur toutes les cartes, les 4 villages apparaissent en territoire voltaïque.
Les origines du conflit : les troubles politiques et enjeux économiques En Haute-Volta, à la suite d'une révolte populaire, l’armée renverse le pouvoir de Maurice Yaméogo le et refuse tout partage du pouvoir. Le général Sangoulé Lamizana suspend les partis politiques et annonce la création d’un parti unique le « Mouvement pour le Renouveau ». Au Mali également l'armée met fin au régime du président Modibo Keïta en et met au pouvoir Moussa Traoré. De fait en 1974, après 6 ans de ce régime nouveau, les tendances régionalistes se développent, le manque de liberté est décrié autant que les dérives réactionnaires dénoncées par les intellectuels. Le franc malien en place depuis 1962, bien que dévalué en 1967, renchérit l’accès aux produits d’importation. Les causes du conflit sont aussi à trouver du côté des enjeux économiques associés à la zone litigieuse. La région contestée serait prometteuse en manganèse, titane, en pétrole et en gaz naturelA. Damiba, Le conflit Mali-Haute-Volta: une illustration des problèmes de frontières en Afrique, Ouagadougou, Université de Ouagadougou, 1982, .. Mais ceci est peu sûr, les prospections étant à peine amorcées. Garder une emprise sur cette zone peut être pour ces deux pays garder l’espoir d’un développement économique dans une période de graves difficultés.
Il est à noter que 1974 est une année de grande sécheresseM.Foucher Fronts et frontières : un tour du monde géopolitique, Paris, Fayard, 1991. , pour ces deux pays agricoles pauvres. La guerre initiée par le Mali peut être interprétée comme un moyen de désamorcer les tensions sociales, de détourner l’opinion nationale et internationale des vrais problèmes socio-économiques du pays.
Les affrontements Parallèlement aux tentatives de règlement du conflit par la commission mixte chargée du tracé de la frontièreH. Derme, Le conflit entre le Burkina Faso et la République du Mali : point de vue historique, Paris, Université Paris I, 1988, 25-30, les tensions vont grandissantes entre les deux pays. Dès le début de l’année 1974 de fortes rumeurs notamment par le biais de la radio réveillent le nationalisme. Dans ce contexte, les deux pays entendent user de leur souveraineté territoriale dans cette zone contestée. Ils s’estiment donc en droit de procéder à des mouvements de troupes considérés de part et d’autre comme des provocations. La mobilisation des civils est importante. À Ouagadougou la population est mobilisée autour de « centres de mobilisation », des colis sont envoyés au front. Un douzième du salaire des fonctionnaires est retenu pendant 12 mois. À Bamako, le salaire des fonctionnaires n’est pas perçu pendant plusieurs mois. La Communauté malienne de Côte d’Ivoire et les commerçants mobilisent plus d’un milliard de francs CFA. La tension monte durant l’automne et l’hiver 1974. Avec plusieurs incidents souvent liés aux éleveurs nomades franchissant cette frontière indéfinie.
Les combats consistent finalement qu’en quelques escarmouches et durent véritablement deux jours du 15 au . Le bilan officielH. Derme, Le conflit entre le Burkina Faso et la République du Mali : point de vue historique, Paris, Université Paris I, 1988, est de un mort du côté voltaïque et de deux du côté malien, les dégâts matériels sont peu importants et les civils ne sont pas touchés. L’offensive du est lancée par le Mali et cette première guerre est un succès militaire malien. Mais il y a une percée voltaïque avec le commando du lieutenant Thomas Sankara qui prend le village de Douma, tue deux soldats maliens et s’empare de fusils et de mitrailleuses.
Les conséquences des affrontements sont fortes en Haute-Volta. L’armée voltaïque est déconsidérée sauf Thomas Sankara, jeune lieutenant, qui dès lors ne quittera plus le devant de la scène et devient un modèle pour la jeunesse Voltaïque.
Le règlement du conflit par la médiation régionale
Le règlement du conflit a lieu grâce à des médiateurs africainsH. Derme, Le conflit entre le Burkina Faso et la République du Mali : point de vue historique, Paris, Université Paris I, 1988, . Le Sénégalais Léopold Sédar Senghor demande une commissions d’enquête de l’Organisation de l'Unité Africaine (OUA) et c’est Sékou Touré président guinéen qui obtient le retrait des troupes. Mais il faut souligner que les 2 pays étaient convaincus qu’ils ne pouvaient l’emporter par les armes, qu’ils y avaient plus à perdre qu’à y gagner. Une médiation est entreprise par le président du Togo Gnassingbé Eyadéma et celui du Niger Seyni Kountché au début de l'année 1975. Est recommandée la mise en place d'une commission technique neutre pour établir un tracé définitif pour la frontière. Lors d'une rencontre à Lomé (Togo), les deux parties en acceptèrent le principe.
En 1977, la Haute-Volta et le Mali s'engagent dans la voie de la médiation politique dans le cadre d'un groupe ouest-africain connu sous le sigle ANAD (Accord de non-agression et de défense). Ce processus ne débouche toutefois pas sur une solution concrète.