Ville durableComment définir une ville durable, éco-ville ou ville verte, sont des expressions qui désignent une ville ou une unité urbaine respectant les principes du développement durable et de l'urbanisme écologique, qui vise à prendre en compte simultanément les enjeux sociaux, économiques, environnementaux et culturels de l'urbanisme pour et avec les habitants. Il s'agit par exemple de mettre en œuvre une architecture HQE, en facilitant les modes de travail et de transport sobres ou en développant l'efficience du point de vue de la consommation d'énergies et des ressources naturelles et renouvelables. Ce sont souvent des éco-villes ou écoquartiers qui visent à diminuer leur empreinte écologique en compensant leurs impacts et en tentant de rembourser leur « dette écologique ». Leur gouvernance se fait généralement suivant le principe de l'Agenda 21 local, incluant des modes de démocratie participative et parfois un objectif d'autonomie énergétique, voire alimentaire. À plus petite échelle on parle d'écovillage.

Ce concept est soutenu par l'ONU et l'Europe qui ont via le PNUE et le Comité des Régions d'Europe en 2012 dans le cadre « Rio + 20 » signé un accord de partenariat pour des villes et des régions durablesMémorandum d'entente signé le 22 juin (dernier jour du Sommet) annonçant une nouvelle phase de coopération et plaçant la notion de villes durables au cœur de la stratégie mondiale de développement durable Committee of the Regions at the Rio+20 United Nations Conference on Sustainable Development, 20/06/2012-22/06/2012 Rio de Janeiro, Brazil].

Enjeux

Ils varient selon le contexte géographique, l'histoire et la taille de la ville, mais les thèmes de la gouvernance, du réchauffement climatique, de l'énergie, des déchets et des transports, des milieux (eau, air, sol, foncier) ainsi que de la biodiversité (renaturation, trame verte, écologie urbaine) sont mis en avant. Il s'agit aussi de produire un habitat et des moyens de transports à des coûts accessibles à tous, en facilitant la richesse et mixité sociale et culturelle. Dès 1994, ils furent mis par écrit par la charte d'Aalborg.

La question de l’environnement apparaît comme majeure et transversale. Elle est globale (lutte contre l'effet de serre et la pollution de la biosphère) et locale (recyclage de l'eau et des déchets (dont compostage/méthanisation), filières courtes et sobres, énergies douces, propres et sûres, économie d’énergie et de chauffage, voire ville à énergie positive ( engagement de la ville de Perpignan en France), de recyclage, ville sans voiture, etc.). Il s'agit aussi d'adapter les villes (celles des régions chaudes notamment) aux impacts inévitables du réchauffement global (canicules et aléas climatiques et sanitaires exacerbés).

Face aux problèmes de périurbanisation et d'empreinte écologique croissante, le modèle urbain classique semble avoir atteint ses limites. Deux tendances se présentent : le modifier radicalement pour produire des villes nouvelles écologiques (éco-villes), ou l’adapter par des mesures plus simples.

Sur la base d'exemples déjà réalisés, ce concept interroge des collectivités impliquées dans les projets de quartiers ( écoquartiers) ou de rénovation urbaine, les conduisant à réfléchir sur la « soutenabilité » ( pour les Anglais) de la ville, c’est-à-dire de son impact sur le futur, de son identité et de sa capacité à se maintenir dans le temps. Il encourage un projet politique et participatif ferme, ambitieux et non élitiste.

Contexte géographique

Urbanisation dans le monde vignette|Taux d'urbanisation dans le monde. Les pays en gris n'ont pas de données. 2015|202x202px L'urbanisation est un processus qui s’inscrit notamment dans les pays du Nord et les pays développés avec plus de 70 % de taux d’urbanisation.. Ces pays ont été les premiers à avoir traversé la transition démographique durant la période industrielle. Cette période faste a engendré la concentration des populations autour des pôles industriels accompagnée d’une transition démographique gonflant davantage les villes. Les fortes densités démographiques soulevaient déjà la question de l’aménagement de l’espace et de l’hygiène (Pascal Tozzi, 2013.). Depuis la fin des grandes guerres, les dynamiques s'inversent. La recherche de la nature, symbole de la pureté et de qualité de vie en contraste avec la ville réunissant toutes les déviances va animer la volonté des habitants à vivre dans un logement individuel avec jardin, générant un étalement urbain très difficile à gérer à long terme.

Si le taux d’urbanisation demeure plus faible dans les pays d’Asie et d’Afrique (aux alentours de 40 % en 2011, ONU.), il faut prendre en compte la croissance de la population urbaine dans ces régions du monde en valeur absolu. Rien qu’en 1950, l’Asie affiche une population urbaine équivalente à l’Europe en fin de transition démographique. On peut observer dans le graphique suivant, la croissance exponentielle de la population urbaine asiatique dépassant largement les autres régions du monde avec en projection de 2030, une population de : « soit plus du triple de la population combinée de l’Amérique du Nord, de l’Amérique latine et de l’Europe » (Le Millénaire Urbain, 2001). En Afrique, bien que sa population urbaine soit inférieure à celle de l’Europe en 2010, le continent connait une croissance annuelle de son taux d’urbanisation de 4,5 % contre 1,5 % en Europe du Nord-Ouest lors de la révolution industrielle et tend à dépasser le continent européen et américain dans les années qui suivent.

Enjeux des villes durables dans le monde vignette|Émissions de en tonne par habitant. Les pays en gris n'ont pas de données. 2017 Il existe une forte corrélation entre les pays fortement urbanisés et les pays les plus émetteurs de . En Europe, les industries ne sont plus les principales sources de gaz à effet de serre comme c’était le cas lors de la révolution industrielle. Les transports (21,9 %) et la production d’énergie (57,9 %) englobent la plus grande part des émissions totales de gaz à effet de serre (Eurostat, 2016.) et la ville est l’essentiel responsable. La ville figure comme un nœud d’échange entre plusieurs lieux géographiquement éloignés et à l’échelle métropolitaine, la voiture constitue un poids conséquent dans l’émission de gaz à effet de serre. La production d’énergie est liée à son utilisation domestique et industrielle. En Europe, les combustibles solides (charbon et lignite) et les hydrocarbures constituent environ 60 % de la consommation brute d’énergie en 2015 (Eurostat). La promotion de la réduction de rejet de gaz à effet de serre va être portée par les acteurs du développement durable des villes. Il s’agit de faire des économies dans la consommation des énergies non renouvelables. La pollution dans les villes est aussi une problématique majeure dans le développement durable. L’émission de particules fines liée au trafic routier provoque des maladies respiratoires conduisant à une mort prématuré (En France, par an due à la pollution de l’air selon Santé publique France).

Dans les pays en voie de développement, les fortes émissions de sont liées aux industries pour une grande partie exportatrices en direction des pays développés, bien que l’émergence de la classe moyenne adoptant les modes de consommation des pays développés présente des logiques « Suds-Suds ». La limitation de rejet de GES est un objectif présent dans les villes des pays pauvres mais des besoins plus urgents amènent les aménageurs à adopter une vision moins planétaire. L’acquisition d’un logement légal est restreinte dans des régions du monde où le prix du logement est incommensurablement élevé par rapport au revenu moyen de la population (Le Millénaire urbain, 2001). Ces prix exorbitants excluent les populations pauvres des centres urbains, se tournant dans le logement informel en périphérie. Les conditions de vie y sont souvent limitées puisqu’elles sont pour la plupart coupées du réseau d’eau et d’électricité et soumises à des niveaux de risque élevé (glissement de terrain, inondation, etc.). La législation de certains pays met les femmes dans une situation de précarité en raison de leur interdiction de posséder des terres en leur nom. Les fortes densités de population rendent les villes particulièrement vulnérables vis-à-vis des maladies. Les eaux stagnantes sont vectrices de maladies et les probabilités d’en attraper une sont multipliées par la multitude d’interactions interpersonnelles qu’induit la proximité de la ville. C’est toute l’économie de la ville qui se voit affectée lorsque la maladie prend une grande ampleur.

Les pays en voie de développement rencontrent, pour quelques-uns, des problèmes de pays développés, mais la plupart se confrontent à des problèmes d'une toute autre échelle : surtout quand la croissance démographique est très rapide. Les mégapoles semblent afficher des problèmes urbains encore plus accentués (Congestions du trafic routier, zonage urbain etc.). Les villes des pays développés ne sont pas exempt de pauvreté urbaine. La crise du logement se manifeste depuis les années 1990 par une vive gentrification touchant les zones entourant le centre-ville (péricentres urbains) , ce qui a pour effet de repousser les populations précaires aux périphéries, d’où l’intégration des questions d’inclusions sociales dans les écoquartiers.

Limites Loffre étant encore très faible, et les urbanistes et architectes formés à l'application des principes du développement durable étant encore rares, le risque existe de voir se développer des écoquartiers ou écovilles élitistes, réservés aux plus riches ou conçus de manière technocratiqueTheys J & Emelianoff C (2001) Les contradictions de la ville durable. Le débat, (1), 122-135..

Une partie des conditions de la transition urbaine est de nature politique et culturelle, mais d'autres conditions sont scientifiques & techniques et pluridisciplinaires. Dans ces domaines, les tests, les certifications, les rédactions de normes prennent du temps et le monde de la formation et de la recherche scientifiques doit aussi répondre à de nouveaux besoins des acteurs de l'urbanisme, notamment de gestion sur des bases scientifiques, et d'approche écosystémique pour ce qui concerne l'arbre urbain et la nature en villeMathieu, N., & Guermond, Y. (2011). La ville durable, du politique au scientifique. Editions Quae. voir notamment , chap "le référentiel écosystémique". On attend aussi des scientifiques qu'ils contribuent à l'évaluation de la soutenabilité ou durabilité de ces villes.

Une autre limite a été que le concept de ville durable (ou soutenable) est resté longtemps mal défini, et ne disposant donc pas de principes, indicateurs et critères clairement mesurables. De ce fait de nombreuses villes pouvaient s'auto-déclarer « ville durable ».Ceci commence à changer : peu à peu des chercheurs, des villes et des institutions ont testé divers moyens de quantifier des données objectivesex : SÉNÉCAL, C., & Hamel, P. J. (2001). Ville compacte et qualité de vie: discussions autour de l'approche canadienne des indicateurs de durabilité. The Canadian Geographer/Le géographe canadien, 45(2), 306-318 (résumé). et ont voulu produire des indicateurs utiles (par exemple depuis 2015 via une nouvelle (Sustainable Development of Communities: Indicators for City Services and Quality of Life) qui inclut maintenant 46 indicateurs (voir ci-dessous).