vignette|Images du manuscrit Owein en langue galloise du XIVe-XVe siècle photographié en 1997 pour le projet "Manuscrits anciens de l'Université d'Oxford". Owein, ou le conte de la dame à la fontaineLes Quatre branches du Mabinogi et autres contes gallois du Moyen Âge, page 209. (Owain, neu Iarlles y Ffynnon en gallois) est un récit rédigé vers 1200-1225Philippe Jouët, Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, 2024, p. 820-821.. Il fait partie des Trois romans gallois (Y Tair Rhamant – les deux autres titres sont : Peredur ab Evrawc et Gereint ac Enid). Ils sont généralement associés aux Mabinogion, depuis leur traduction du gallois en anglais, par Lady Guest, au . C’est l’équivalent du roman de chevalerie Yvain ou le Chevalier au lion de Chrétien de Troyes, que l’on date de 1170 à 1180. Les trois contes sont contenus dans le Livre Blanc de Rhydderch et dans le Livre Rouge de Hergest, deux ouvrages du .
Résumé
Le héros du conte, Owein, est inspiré d’un personnage historique Owain mab Urien, un roi du Rheged du . L’histoire rapporte qu'à la cour de l', à Caer Lleon, le jeune Kynon (Calogrenant chez Chrétien) narre une mésaventure qui lui est arrivée. Aux extrémités du mondeEn gallois : : à la moitié du jour, sur l'autre rive d'une rivièreEn gallois : , il a découvert un vallon et un château resplendissantEn gallois : . Accueilli par un homme et ses deux fils, tous deux vêtus de tissu jaune, parés d'or et armés d'arcs d'ivoire, blonds et frisés de cheveux comme leur père, il est reçu par ving-quatre jeunes brodeusesEn gallois : qui blanchissent ses armes et l'installent sur un drap rouge (c'est l'alliance diurne de l'or, du blanc et du rouge). Le maître de maison lui indique une épreuve à affronter : dans une clairière s'élève un tertre au sommet duquel se tient un homme noir pas moins grand que deux hommes de ce mondeEn gallois : . Il n'a qu'un piedEn gallois : et un œil au milieu du frontEn gallois : et porte une très lourde baguette ou massue de ferEn gallois : . Il n'est pas hostile mais laid et d'aspect effrayantEn gallois : . C'est le garde de cette forêtEn gallois : autour duquel paissent mille animaux sauvagesEn gallois : .
Au matin, Kynan le rencontre et l'interroge sur sa massue et son pouvoirEn gallois : . Celui-ci répond d'un ton bourru. IlEn gallois : . Sont réunis des serpents, des vipères et toutes sortes d'animaux. Invités à retourner à leur pâture, les animaux En gallois : . C'est la fonction d'un ancien dieu Feu maître des animaux sauvages et motif narratif du personnage directeur. Ici, c'est le gardien d'une réserve de chasse. Puis, tout se passe comme annoncé par le forestier. Dans une vallée, Kynan découvre une fontaine au pied d'un arbre immense. Grâce à un bassin d'argent attaché au perrron par une chaîne, il jette de l'eau sur la dalle de pierreEn gallois : bordant la fontaine. Aussitôt se déchaîne un grand tumulteEn gallois : ; s'ensuit une ondée très froideEn gallois : . Le beau temps revenu, il entend le chant incomparable des oiseaux dans l'arbre, mais des gémissements s'élèvent. Une voix lui reproche : c'est celle d'un chevalier sur un cheval noir, entièrement équipé de noirEn gallois : qui le désarçonne. De retour au château, il subit les moqueries du géant noir (attitude du Cúroí irlandais dans ).
Entendant ce récit, Owein décide de tenter sa chance et vit les mêmes épreuves, à la différence qu'il blesse mortellementle chevalier noir et le poursuit jusqu'à son château. Prisonnier entre les deux herses de l'entrée, il est sauvé par une jeune fille blonde, Luned, servante de la châtelaine, la fameuse « dame à la fontaine ». Elle lui passe un anneauEn gallois : d'invisibilité et un refuge sûr. S'était épris de la veuve du chevalier (appelée Laudine chez Chrétien), qu'il entraperçoit aux funérailles de son époux, le héros veut l'épouser. La domestique l'y aide en le présentant à sa maîtresse comme un chevalier amené par elle de la cour d'Arthur. Bien qu'elle ne soit dupe, la DameEn gallois : accepte l'union afin de maintenir son royaume. Mais Owein devra désormais assurer la garde de la fontaine qui en est le cœur. Trois ans passent, Arthur et son armée partent à sa recherche et ils suivent à leur tour le même parcours. Kei est désarçonné par le nouveau gardien, comme tous les chevaliers après lui, jusqu'à ce que celui-ci et Gwalchmei se reconnaissent. Il exprime sa lassitude et son envie de revivre des exploits chevaleresques à la cour de l'empereur. Celui-ci obtient de la Dame qu'Owein rentre avec eux. Trois ans s'écoulent encore, mais il ne rentre pas chez lui avec son épouse, qui envoie donc à la cour une jeune fille lui reprocher son abandon et reprendre la bague. Il s’exile alors dans le désert aux extrémités du monde en compagnie des bêtes sauvages (relégation et folie). Il finit par être soigné et recueilli par une comtesse veuve dont il rétablit les droits. Repartant à l'aventure, il sauve un lion blanc se faisant agresser par un serpent qu'il tue, gagnant ainsi la fidélité de l'animal. Au soir, il rencontre Luned, prisonnière et menacée d'être brûlée pour l'avoir défendu devant sa maîtresse. Vainqueur grâce au lion d'un géant qui exigeait la fille de son hôte du moment, il délivre la servante, se fait reconnaître, l'escorte jusqu'au royaume de la fontaine et regagne avec la Dame la cour d'Arthur. Il trouve ainsi l’équilibre entre ses devoirs conjugaux et sociaux.
Plus tard, il combat le Noir OppresseurEn gallois : : à sa cour, il découvre vingt-quatre femmes très belles mais pauvrement vêtues et très tristes. C'étaient des filles de comtes venues là accompagnées de l'homme qu'elles aimaient le plus. Bien accueillies, elles furent enivrées (sommeil hivernal), leurs maris tués, leurs biens saisis par cet adversaire, dont le château est un vrai cimetière. Vainqueur, le héros accepte le repentir du vaincu, qui sera désormais hospitalier (maîtrise et retournement). Le lendemain, il emmène les femmes et leurs biens à la cour de l'empereur. Il reste le chef des troupesEn gallois : , jusqu'au moment où il rejoint ses vassaux les Kynverching et la troupe des corbeaux.
Commentaire
Les spécialistes pensent que les deux textes sont issus d’une même source aujourd’hui perdue, soit romane, soit celtiqueDiscussion dans Armel Diverrès, Studia Celtica, 16/17 (1981-82) 144-162.. L'origine du conte est brittonique. Zimmer, Roger Sherman Loomis et Robert L. Thomson supposent une transmission par un conteur breton. Comme pour les autres romans gallois parallèles à des œuvres du continent, le problème des sources ne peut être posé de manière mécanique d'après un schéma unilinéaire de transmission. Œuvre écrite, Owein a derrière lui au moment de sa rédaction une longue histoire orale, avec tout ce que cela suppose de stabilité des schèmes narratifs et de renouvellement formelRobert L. Thomson (eds), Introduction et s.v. Tradition, 1968, Institut d'études avancées de Dublin.. Mais il est probable que le conte gallois soit basé directement ou indirectement sur le texte de Chrétien de Troyes (bien que celui-ci ait pu avoir une source d’origine celtique) et adapté au public gallois.
Les motifs mis en œuvre ont des parallèles insulairesArthur C. L. Brown, Ywain: a Study in the Origins of Arthurian Romance, Harvard, 1903Publications of the Modern Language Association, XX, 1905, 673-706 : le récit préalable, comme dans ; la fontaine aux oiseaux ; l'aide de la jeune fille ; le combat probatoire ; le mariage féérique temporaire ; la folie du héros et sa cure ; le géant maître des animaux du Voyage de Máel Dúin ; le passage périlleux ; l'animal guide de , récit qui fournit un parallèle à la seconde partie du roman. La trame aussi est celtique : le thème principal est l'accession d'un mortel à l'Autre Monde lumineux, son retour à l'humanité et le trouble qui en résultePhilippe Jouët, L'Aurore Celtiques, Fouesnant, 2007, p. 290.. Il s'agit initialement d'une aventure saisonnière, quête de l'immortalité et conjuration de la sècheresse caniculaire (signe du Lion, comme dans Yvain ou le Chevalier au lionPhilippe Walter, Canicule, Essai de mythologie sur Yvain de Chrétien de Troyes, Paris, 1988.). Le forestier, l'antique Maître des animaux, est issu d'un Feu instructeur. Le chevalier noir garde la Belle saison et les Aurores de l'année. Paradoxalement, la fée Luned aide le héros contre son propre camp. Comme la femme du Síd dans Echtra , Olwen contre Yspaddaden dans Culhwch et Olwen, ainsi que Lí Ban de .
Le défenseur de la fontaine (Esclados chez Chrétien) a été rapproché par Nitze du prêtre de Diane dit Roi des Bois, gardien du sanctuaire du lac de Nemi dont le meurtrier prenait la place. Prisonnières du Noir Oppresseur, puissance de mort, les jeunes femmes figurent soit des entités saisonnières, soit les vingt-quatre quinzaines d'une année de douze mois, comparables aux Heures grecques, initialement les saisons. Soulignons l'antithèse sommeil/mort/noirceur/trahison/dépouillement et réveil/vie/victoire/amour/hospitalité. Le premier récit dans Yvain ou le Chevalier au lion fait par Calogrenant ne comporte pas : les limites du monde ; le passage de la rivière à mi-journée ; la caractérisation lumineuse du château et de ses hôtes ; les vingt-quatre jeunes filles ; la symbolique des couleurs claires. Il fait du rustre une sorte d'animal monstrueux et pittoresque, mais ne comporte pas l'œil unique et la fonction spéciale de la massue.
Source
Les Quatre branches du Mabinogi et autres contes gallois du Moyen Âge traduit du gallois, présenté et annoté par Pierre-Yves Lambert, Éditions Gallimard, collection « L'aube des peuples », Paris, 1993.
Note
Notes
Articles connexes
Lady Charlotte Guest ~ Littérature celtique galloise ~ Mabinogion Yvain ou le Chevalier au lion de Chrétien de Troyes Traduction du conte par Joseph Loth, sur Wikisource
Lien externe
Le texte de Owain, ou la dame à la fontaine sur Celtic links.
Catégorie:Littérature galloise Catégorie:Œuvre littéraire médiévale en gallois Catégorie:Œuvre de la matière de Bretagne
en:Owain, or the Lady of the Fountain Catégorie:Mabinogion