Une citation apocryphe est une citation attribuée à une personne qui n’a pourtant jamais tenu les propos rapportés, ou alors les a exprimés sous une forme différente.

Origine Le sociologue Robert Merton remarqua que certaines situations s'expliquent par ce qu'il appela l'« effet Matthieu », en référence à la phrase de l'Évangile selon saint Matthieu : Quand la phrase est suffisamment percutante pour rester célèbre, mais que l'auteur ne l'est pas assez pour être retenu, on attribue la phrase à une personne plus célèbre, mais dont les propres idées et le ton correspondent suffisamment pour que cela semble plausible. N. David Mermin explique ainsi que l'effet Matthieu a conduit à attribuer à Richard Feynman sa boutade à propos de la physique quantique : Could Feynman Have Said This?.

Le Premier ministre britannique Winston Churchill étant célèbre pour sa répartie, il existe de fausses citations de toutes origines qui lui sont attribuées. Propos déformés, contexte modifié, ou attribution abusive — ceci étant favorisé par la tendance qu'avait Churchill lui-même à faire des citations sans le préciserCes citations que Winston Churchill n'a jamais prononcées.

Citations inventées Attribué à l'Académie de Platon : : Cette formule n'apparaît au plus tôt qu'au de notre ère, alors que l'Académie de Platon a disparu en 86 av. J.-C. Evelyn Hall : Evelyn Beatrice Hall qui, dans un livre, The Friends of Voltaire, publié en 1906 sous le pseudonyme de S. G. Tallentyre, utilisa la célèbre formule pour résumer la pensée voltairienne. « « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it », was his attitude now », écrit-elle. Elle confirmera par la suite que c’était sa propre expression et qu’elle n’aurait pas dû être mise entre guillemets. Qu’elle soit due à la maladresse de l’auteur ou de l’éditeur, la citation a été rapidement traduite en français avant de connaître le succès que l’on sait.

Le Français se dit volontiers « voltairien », comme il se dit « cartésien » ou « rabelaisien ». C'est un bon vivant à l'esprit logique, à qui « on ne la fait pas ». « Être voltairien » est synonyme d'indépendance d'esprit, de liberté de parole, de liberté de presse, de scepticisme mordant, surtout contre la religion établie.

Une autre citation apocryphe de Voltaire a été souvent citée en janvier 2014 lors de débats en marge de l'affaire Dieudonné : Selon le site HoaxBusterCitation de Voltaire inventée ?, il s'agirait d'une citation en anglais d'un certain Kevin Alfred Strom en 1993, traduite en français et attribuée à Voltaire sans que la référence du prétendu texte de Voltaire ne soit jamais précisée. Galileo Galilei : « Et pourtant elle tourne ! » (E pur si muove!)Galilée n’a pas défié ainsi le Saint-Office (ce qui, dans les circonstances extrêmement tendues qui venaient de l'opposer à l'Église, aurait été du suicide), et accepta de se renier. Cette légende a été publiée en 1761 dans Querelles LittérairesA. Rupert Hall, « Galileo nel XVIII secolo », Rivista di filosofia, 15 (Turin, 1979), , 83., un siècle après sa mort. Albert Einstein : Apparue dans les années 1980, la citation va envahir les sites astrologiques. Elle connait son heure de gloire quand elle est reprise en exergue par l'astrologue Élizabeth Teissier dans sa thèse de sociologieEinstein et l’astrologie : une citation fausse qui a la vie dure. C'est un bien mauvais argument d'autorité puisque, en réalité, Einstein avait très mauvaise opinion de l’astrologieAlbert Einstein avait dit ceci : « Le lecteur est prié de noter les remarques sur l'astrologie. Elles démontrent que l'ennemi intérieur [chez Kepler], vaincu et devenu inoffensif, n'était pas encore complètement mort. ». Préface de « Johannes Kepler: Life and Letters », Carola Baumgardt, New York, Philosophical Library, 1951.. La citation attribuée à Albert Einstein est une rumeur propagée dans les médias. Elle a été énoncée pour la première fois en 1994 (39 ans après la mort d'Einstein) dans une brochure distribuée par l’Union Nationale de l’Apiculture Française à l’occasion d’une manifestation à Bruxelles contre la politique agricole européenneArticle sur Snopes.comCette citation dans le communiqué de l'UNAF est probablement une déformation d'une lettre d'Einstein envoyée le 12 décembre 1951 à un groupe d'écoliers qui lui demandait par écrit s'il resterait des hommes vivants si le soleil s'éteignait, le physicien répondant que . Source : .. Einstein était physicien et non biologiste. Sans abeilles, la pollinisation d’un grand nombre de plantes ne se ferait plus, entraînant la disparition de nombreux animaux et des effets dévastateurs sur l'agriculture et la biosphère de manière généraleR. A. Morse et N. W. Calderone, The Value of Honey Bees as Pollinators of US Crops in 2000, Cornell University Press, 2000. Général Pierre Cambronne sur le champ de bataille de Waterloo : « La garde meurt, mais ne se rend pas », phrase démentie d'ailleurs par l'intéressé lui-même « puisque je ne suis pas mort c'est que je me suis rendu », renvoie à ; voir aussi, des mêmes auteurs, leur Dictionnaire de la bêtise de 1965.. Victor Hugo affirmera dans Les Misérables qu'il aurait répondu « merde » (« le mot de Cambronne »). Henri IV de France lorsqu'il accepte de renoncer à la foi réformée pour entrer dans Paris : « Paris vaut bien une messe ! ». La phrase tire vraisemblablement son origine des propos prêtés au « duc de Rosny » (Sully) dans Les Caquets de l'accouchée (récit anonyme de 1622) : « Comme disoit un jour le duc de Rosny au feu roy Henry le Grand, que Dieu absolve, lors qu'il luy demandoit pourquoy il n'alloit pas à la messe aussi bien que lui : Sire, sire, la couronne vaut bien une messe ; aussi une espée de connestable donnée à un vieil routier de guerre merite bien de desguiser pour un temps sa conscience et de feindre d'estre grand catholiqueLes Caquets de l'accouchée, page 172 de l'édition de Le Roux de Lincy, numérisée sur Google Books ». « Lafayette nous voici ! » par le général en chef des armées américaines à l'arrivée de ses troupes en France, durant la Première Guerre mondiale. Cette citation aurait été inventée pour son article par Gaston Riou, qui n'avait pu assister au discours. On suppose aussi qu’elle aurait été prononcée le jour anniversaire de l’Indépendance des États-Unis d'Amérique, le 4 juillet 1917 par le colonel Stanton, sur la tombe de La Fayette au cimetière de Picpus à Paris. André Malraux : « Le sera spirituel ou ne sera pas ». (On trouve aussi « religieux » au lieu de « spirituel ».) Cette phrase semble une citation non littérale de deux propos authentiques : « Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu'ait connue l'humanité, va être d'y réintégrer les dieux. » et « Le problème capital de la fin du siècle sera le problème religieux – sous une forme aussi différente de celle que nous connaissons, que le christianisme le fut des religions antiquesA. Malraux, « L'homme et le fantôme », dans L'Express du 21 mai 1955. Cité par François Perrin, Franc-parler, Ottignies, 1996, et 190, qui cite également un passage analogue tiré de « Malraux nous dit », dans Preuve, , mai 1955, .. » Elvis Presley : « Je n'ai besoin des Noirs que pour acheter mes disques et cirer mes pompes ». Il n'y a aucune preuve qu'il ait affirmé cela, et rien ne laisse à penser que ce grand admirateur de la culture afro-américaine ait pu avoir des opinions racistes. Par ailleurs, le succès commercial d'Elvis fut dû principalement au public blanc, précisément parce qu'il contribuait, à travers le rock 'n' roll naissant, à offrir une interprétation « présentable » du rhythm 'n' blues considéré comme une « musique de Noirs pour des Noirs », les deux styles pourtant très proches faisant alors l'objet de classements séparés, en vertu de la ségrégation raciale qui était alors à l'œuvre. Charles X n'a pas déclaré, à la Restauration « Rien n'y est changé [à la France] si ce n'est qu'il s'y trouve un Français de plus ! ». C'est Jacques Claude Beugnot qui l'écrit, piloté par Talleyrand qui fait publier cette déclaration dans le Moniteur. Celui qui est alors comte d'Artois la rejette dans un premier temps, mais, devant le succès de la formule, se dira convaincu de l'avoir prononcéeTalleyrand, d'Emmanuel de Waresquiel, et 704 ! « La grandeur d’une nation et son progrès moral peuvent être jugés à la façon dont elle traite ses animaux… Je suis d’avis que plus une créature est faible, plus elle est en droit d’être protégée par l’homme de sa propre cruauté. » aurait déclaré Mahatma Gandhi. C'est une pure invention mille fois citée dans la presse et dans les livres. Charles de Gaulle : « Des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; des chercheurs qui trouvent, on en cherche ». Si cette formule existe dès 1960, elle n'est liée au général que pendant les années 1990.

Auteur modifié Marie-Antoinette : En fait, les pamphlétaires lui ont attribué une citation des Confessions de Jean-Jacques Rousseau, publiées en 1778 : (Livre sixième : 1736). Hermann Göring ou Joseph Goebbels : (en litt. quand j'entends le mot “culture”, j'ôte le cran de sûreté de mon Browning.). Cette phrase vient d'une pièce de théâtre allemande jouée en 1933, Schlageter, de Hanns Johst.« Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver ! » (Hermann Göring), et était devenue une plaisanterie récurrente en Allemagne. Elle a par la suite été prononcée par Baldur von Schirach, chef des Jeunesses hitlériennes, lors d'un discours en 1938.. Simon IV de Montfort ou Arnaud Amaury : , durant le sac de Béziers, en 1209.Cette phrase présente en fait les trois types des citations apocryphes, puisqu'elle est : inventée : plusieurs chroniqueurs, présents dans la région de Béziers au moment du sac, ont raconté les faits sans mentionner cette phrase et c'est seulement dans la chronique de l'Allemand Césaire de Heisterbach, rédigée entre 1219 et 1223, qu'elle apparaît pour la première fois. La chronologie des évènements au cours de la prise de Béziers rend cette citation improbable. Le rapport d'Arnaud Amaury à Innocent III d'août 1209 dit clairement le contraireSelon Sisley & Sisley, The History of the Albigensian Crusade Annexe B, Boydell 1998 , Patrologiae cursus completus...ab aevo apostolico ad tempora Innocentii III, anno 1216...series Latina ed J-P Migne et al, Paris 1844-64 vol 216 col 139. Voir aussi M. Roquebert, L'epopée cathare 1198-1212: l'Invasion ch 17, Toulouse 1970, P. Belperron, La Croisade contre les Albigeois et l'union de Languedoc à la France (1209-1249) , Paris 1942, et H. Vidal, Episcopatus et pouvoir épiscopal à Béziers à la veille de la croisade des albigeois , Montpelier 1951. auteur modifié quand on l'attribue à Simon de Montfort, car Césaire de Heisterbach la place dans la bouche d'Arnaud Amaury, le légat du pape pour la croisade des Albigeois. Simon de Montfort n'étant à ce moment qu'un obscur participant de la croisade des Albigeois, il paraît étonnant que les croisés lui aient demandé son avis. propos modifié, car les paroles que Césaire prête à Arnaud Amaury sont : « Massacrez-les, car le Seigneur connaît les siens. » Joinville (1224 – 1317) place l'affirmation inverse dans la bouche d'un jeune croisé, en Égypte lors de la première des croisades entreprises par Louis IX, au cours d'une bataille où les croisés étaient tellement inférieurs en nombre que l'avis général était de se rendre, mais un jeune chevalier répond (en résumé) « Laissons-nous tous tuer, ainsi demain nous serons tous en Paradis » ou en détail (Livre des saintes paroles et des bons faiz nostre roy saint Looys, manuscrit, v. 1309, chap. LXIII in fine):