vignette|Le Musée national de l'histoire et de la culture afro-américaines, situé à Washington D.C.. vignette|redresse|Toni Morrison (1931-2019), prix Nobel de littérature en 1993. vignette|redresse|Le musicien Stevie Wonder. Aux États-Unis, la culture afro-américaine (African-American culture), également appelée culture noire (Black culture) voire culture noire américaine (Black American culture), désigne les diverses traditions culturelles des communautés afro-américaines qui ont contribué à la culture américaine dans la littérature, la peinture, la sculpture, la musique, la chorégraphie, le théâtre, la photographie, le cinéma, etc. Depuis 1976 est célébré officiellement aux États-Unis le Mois de l'histoire des Afro-Américains, afin de rappeler les contributions des Afro-Américains à l'histoire et à la culture américaine. Ce mois est suivi en 1979 par une autre célébration officielle le Mois de la reconnaissance de la musique afro-américaine qui est une invitation à la population américaine à étudier la musique afro-américaine, de l'étudier et de reconnaître sa contribution à la culture. À ces célébrations officielles promulguées chaque année par le président des États-Unis s'ajoutent des jours de célébration officielle d'une personnalité afro-américaine comme le Martin Luther King Day, le Rosa Parks Day, le Harriet Tubman Day, le Malcolm X Day...
Les Afro-Américains sont officiellement définis par le bureau du recensement des États-Unis comme des personnes ayant des origines parmi les différentes ethnies noires d'Afrique. Leur culture plonge ses racines dans celles des diverses cultures africaines des royaumes et empires africains d'où sont issus les esclaves qui furent vendus en Amérique. Malgré le fait que ces esclaves aient été empêchés de pratiquer librement leurs traditions culturelles, plusieurs d'entre elles survécurent et se sont trouvées mêlées à des éléments de la culture des Blancs américains d'ascendance européenne.
Définition de la culture Selon différents anthropologues (Émile Durkheim, Caprice Hollins, Paula Rubel, Abraham Rosman, ...), la culture se définit comme les divers moyens par lesquels un groupe ethnique s'exprime de façon propre. Étudier la culture d'un peuple, d'une minorité, d'un village est la voie la plus sûre pour comprendre leurs comportements, leurs valeurs, leurs normes sociales, leurs rapports à la vie, à la mort. La culture est porteuse de traditions parce qu'elle se transmet de génération en génération de façon orale, gestuelle, écrite, par des rites spécifiques, des manières de vivre. C'est à partir de cette définition qu'il faut se poser la question : qu'est-ce qui a été transmis des premières générations d'Afro-Américains, généralement vendus comme esclaves jusqu'aux enfants afro-américains d'aujourd'hui, quels sont les invariants qui persistent à travers le temps et les différents espaces (États esclavagistes puis ségrégationnistes du Sud et États abolitionnistes du Nord de la côte Est) ? Comment se sont passés les divers processus d'acculturation, quels sont les points de résistance, les points d'assimilation ? Quel est l'héritage afro-américain au sein de la culture américaine et quel est son avenir ? C'est en répondant à ces diverses questions que la culture afro-américaine va pouvoir se définir.
Contexte historique et démographique Esclaves importés d'Afrique par les Européens
vignette|Premier débarquement d'esclaves noirs à Jamestown en 1619, par Howard Pyle. La première trace d'arrivée d'Africains sur le sol américain remonte à 1619 à Jamestown dans la colonie de Virginie (un an avant les Pères pèlerins du Mayflower) : un colon blanc de Virginie relate qu'en cette année une vingtaine de Noirs sont arrivés à terre près de Jamestown à bord d'un bateau de commerçants hollandais qui s'étaient emparés d'un navire négrier espagnol, il est noté que chacun d'entre eux avait reçu un nom « chrétien » à la suite d'une cérémonie baptismale simplifiée. La colonie de Virginie est alors au début de la période connue sous le nom de « grande migration » durant laquelle sa population passe de 450 à . Son taux de mortalité reste toutefois extrêmement élevé, principalement à cause des maladies infectieuses, de la malnutrition et des combats fréquents avec les autochtones amérindiens. Le manque de main-d'œuvre est persistant. Le navire néerlandais présentant de sérieuses avaries, un accord est conclu pour faire des esclaves la contrepartie de la nourriture et des réparations. Les Espagnols baptisaient généralement leurs esclaves en Afrique avant leur départ vers les colonies. Or le droit anglais considérait que les chrétiens baptisés ne pouvaient être esclaves, de sorte que ces Noirs sont devenus dans la colonie de Virginie « travailleurs sous contrat », certains retrouvant même la liberté et devenant propriétaire de terres, tel Anthony Johnson considéré comme l'un des premiers propriétaires d'esclaves légaux aux États-Unis.
Début du processus d'émancipation
Des Africains réduits en esclavage aux États-Unis vont tenter de résister en se révoltant ou en s'échappant, mais sans réussir à changer le système esclavagisteJoseph Cephas Carroll, Slave Insurrections in the United States, 1800–1865, p. 13.gauche|vignette|Antoine Bénézet fondateur de la Pennsylvania Abolition Society. L'influence des Quakers marque probablement la première étape historique vis-à-vis de l'émancipation des Afro-Américains, et donc la possibilité de s'intégrer dans la société américaine. Les Quakers sont les premiers à militer de façon organisée contre l'esclavage et à questionner le droit d'une personne à en posséder une autre en tant qu'esclave. Sous l'impulsion d'Antoine Bénézet et John Woolman, des actions contre l’esclavage se créent, c'est ainsi qu'apparaît la première société antiesclavagiste américaine, la Pennsylvania Abolition Society à Philadelphie le ... Benjamin Franklin et Benjamin Rush les rejoignent pour demander l'abolition de l'esclavage. Cette première société fait des émules dans tous les états, du Massachusetts jusqu'en Virginie, comme la New York Manumission Society fondée en 1785.. En 1783, le Maryland interdit la vente et l'importation des esclaves.
Plusieurs Afro-Américains ont combattu aux côtés des insurgés lors de la Guerre d'indépendance, on estime leur nombre à répartis en trois régiments dirigés par des officiers afro-américains. Plusieurs de ces soldats se sont illustrés pour leurs hauts-faits militaires, et espéraient que leur dévouement à la cause de l'Indépendance serait récompensées par l'abolition de l'esclavage et leur citoyenneté pleine et entière américaine.
Malgré le poids de Benjamin Franklin devenu président de la Pennsylvania Abolition Society et celui de toutes autres sociétés abolitionnistes qui ont présenté un mémoire au Congrès pour l'abolition de l'esclavage et la reconnaissance de la citoyenneté des Afro-Américains, c'est un échec.. Sous la pression des riches propriétaires des plantations de la Caroline du Sud et de la Géorgie, afin d'éviter un éclatement entre les États du Sud et ceux du Nord, un compromis est établi par l'alinéa 1 de la section 9 de l'article premier de la Constitution des États-Unis. Il y est écrit : . Cette disposition ambiguë autorise, sans reconnaître l'esclavage, l'importation d'esclaves, et donc de façon implicite le droit d'en posséder. Les deux textes fondateurs des États-Unis, la Déclaration d'indépendance de 1776 et la Constitution des États-Unis de 1787, étant équivoques, ils ne permettent ni aux esclavagistes ni aux abolitionnistes de s'y appuyer, laissant la porte ouverte aux débats. Ainsi commence la longue histoire des Afro-Américains dans leur quête de leur citoyenneté américaine et des droits civiques qui y sont liés, de leur identité et de leur insertion dans la société et la culture américaine.
Situation au lendemain de l'Indépendance vignette|Plantation esclavagiste près de Fredericksburg en Virginie, vers 1798. Selon le recensement de 1790, il y a , dont un petite minorité () sont libres, pour une population de , le nombre des esclaves représentant de la population totale... La grande majorité d'entre eux, 89%, vivent dans les États du Sud (Géorgie, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Virginie) là où se concentrent les plus forts besoins de main-d'œuvre liés aux grandes plantations, alors que la population d'esclaves diminue fortement dans les états du Nord, voire disparaît complètement et l'esclavage est aboli par les lois des États comme le Vermont, le Massachusetts, l'État de New York, le Massachusetts, le New Hampshire, le Rhode Island et autres dès la fin du (mais il demeure que l'esclavage sera aboli définitivement sur l'ensemble du territoire des États-Unis par le treizième amendement du abolissant l'esclavage).
Une fois que l'indépendance fut acquise, les différents États esclavagistes établirent des Codes de l'esclavage () afin de pouvoir maîtriser et contrôler les esclaves et optimiser leurs travaux. Ainsi un esclave ne pouvait ni ester en justice ni témoigner dans un procès sauf contre un autre esclave ou un affranchi, ne pouvaient pas signer de contrats, ne pouvait généralement rien posséder en propre ; dans certains états comme celui du Mississippi, il était interdit aux esclaves de jouer d'un instrument de musique ou d'apprendre à lire et écrire. L'instruction des esclaves était la plupart du temps le fait de leurs propriétaires, de rares écoles seront accessibles aux esclaves vers les années 1840, au contingentement limité et avec bien entendu une autorisation de leurs propriétaires qu'ils doivent toujours avoir sur eux. Seuls les Afro-Américains libres des États anti-esclavagistes peuvent s'instruire dans des écoles la plupart du temps ségréguées. Les relations des esclaves aux Blancs étaient réduites au strict minimum, lors de leur temps de repos aucune assemblée ne pouvait se tenir sans la présence d'un Blanc, la moindre incartade était sanctionnée par le fouet et par la peine de mort à la moindre rébellion, leur liberté d'aller et venir était contrôlée par une police des esclaves. Dans certains États, l'arbitraire des propriétaires était régulé par des tribunaux dédiés aux crimes et délits commis par les esclaves, tribunaux où dans le meilleur des cas les jurés étaient tous blancs et dans le pire des cas étaient aux mains des propriétaires d'esclaves, les peines étaient le plus souvent le fouet, afin d'éviter un temps de prison pendant lequel l'esclave ne travaillerait point, la peine de mort visait des crimes bien précis vol à main armée, viol, rébellion, cela encore pour préserver la main-d'œuvre.
Une première étape, la fin de la traite négrière vignette|Vente aux enchères d'esclaves en Virginie, le 2 juin 1861.