L’inscription de BehistunL'étymologie de Behistoun est en vieux-perse Bagastâna : Demeure(-stâna) du dieu / des dieux (baga-). (ou Béhistoun ou Bisistun ou Bisutun) est une inscription monumentale décrivant les conquêtes de en trois langues : le vieux perse, l’élamite et l’akkadien.

Le texte est gravé dans un escarpement du , dans la province de Kermanchah de l’actuel Iran. Elle a été déchiffrée par Henry Rawlinson. Celui-ci commença ses recherches en 1835 et eut besoin de plus d'une décennie pour achever sa traduction, qui fut publiée à Londres en 1846. L'inscription de Behistun est le seul texte monumental connu des Achéménides qui documente un évènement historique précis : le rétablissement de l'Empire par Encyclopaedia Iranica, BISOTUN iii. Darius’s InscriptionsUnesco - World Heritage Center Behistun.

L’inscription

Localisation

Le texte lui-même est une déclaration de Darius Ier qui règne sur l’Empire perse de 521 à Elle est écrite trois fois, en trois écritures et langues différentes : élamite et vieux perse côte à côte, et akkadien au-dessus de l'élamite.

Vers , Darius relate en un long récit son accession au trône face à l’usurpateur Smerdis de Perse ainsi que ses guerres victorieuses suivantes et la répression de la rébellion. Les textes sont gravés sur une falaise près de la ville moderne de , dans les monts Zagros en Iran, à l’entrée de la plaine de Kermanchah.

L’inscription, d’approximativement de haut et de large, se trouve à au-dessus de la route antique reliant les capitales de Babylone en Mésopotamie et d’Ecbatane de l’Empire mède. Elle est peu accessible, la montagne ayant été arasée pour rendre l’inscription plus évidente après gravure.

Organisation vignette|283x283px|Skunxa roi des Sakā tigraxaudā (« à coiffe pointue »), relief de Behistun Aujourd’hui trilingue, l’inscription ne l’a sans doute pas été dès le début. Trois étapes se seraient succédé : la première inscription gravée est la première version élamite, la langue officielle jusqu’aux environs de 520 avant J.-C., les versions akkadiennes et vieux-perse sont arrivées après, preuve que le vieux-perse n’a été introduit qu’après l’achèvement du relief. De ce fait, les inscriptions mineures identifiant les rois vaincus du bas-relief ont été réalisées dans ce même ordre. gauche|vignette|253x253px|Inscriptions mineures de Behistun Le texte en vieux perse est constitué de 414 lignes en cinq colonnes et le texte akkadien en comporte 112 lignes. Le texte élamite comprend dans sa première version 323 lignes en 4 colonnes, et dans sa deuxième 260 lignes en 3 colonnes.

Si l’ensemble semble déséquilibré, c’est que l’ajout du chef Scythe Skunxa, représenté à l’extrême droite, a nécessité l’effacement d’une partie de la première version du texte élamite. Il est alors recopié sous la version babylonienne. Cette victoire est n’est retranscrite qu’en vieux-perse. Faute de place, les deux autres versions ne subiront pas ces ajouts.

Contenu Les longues inscriptions royales dans lesquelles Darius s’adresse autant à ses sujets qu’à la postérité, ont toutes une composition similaire. D’abord, un préambule permet à Darius de donner sa généalogie sur cinq générations pour se légitimer. Il donne aussi la liste des vingt-trois terres qui composent son Empire, la plus ancienne liste de provinces connue en Iran. Dans le corps du texte sont décrites les activités de son règne. Le Roi des rois introduit donc ici pour la première fois ses res gestae.

Le bas-relief gauche|vignette|387x387px|Vue générale du bas-relief de Behistun L’inscription est accompagnée d’un bas-relief représentant Darius Ier, plus grand que les autres, qui empoigne de sa main gauche un arc tandis que son autre main est orientée en direction d’Ahura Mazda. Le dieu sort à mi-corps d’un disque ailé à pâtes d’oiseau et tend l’anneau au roi, symbole du pouvoir. Deux dignitaires se tiennent derrière Darius. De l’autre côté se trouvent les 10 chefs des peuples rebelles de différentes satrapies que Darius mate au début de son règne. Le roi écrase le torse de l’un d’eux, Gaumāta, le mage mède prétendant au trône et dont la mort en 522 av. J.-C. permet à Darius l’accession au pouvoir.

Les inscriptions trilingues disséminées dans le champ du relief identifient les personnages. Il s’agit dans l’ordre de Āçinaa, Nadintabaira, Fravartiš, Martiya, Tritantaikhmes, Vahyazdāta, Araxa et Frāda.

La barbe de Darius est un bloc de pierre indépendant fixé par des goupilles et du fil de fer.vignette|225x225px|Relief d'Anubanini à Sar-e Pol-e Zohāb, vers 2000 av. J.-C. (gravure sur bois) Inspiration Darius aurait puisé son inspiration dans le relief d'Anubanini datant de la période d'Isin-Larsa (2004 - 1763 av. J.-C.). Le support est identique : un bas-relief sculpté dans la falaise de Sarpol-e Zahab, située à environ 150 kilomètres de Behistun. La scène présente aussi des similitudes : la position du roi dominant les prisonniers et qui écrase de son pied un ennemi au sol, la divinité, ici Ishtar, tendant un anneau au roi, et l'inscription en akkadien faisant état des la victoire du roi des Lullubi Anubanini, organisée en colonnes.

Diffusion Une traduction en araméen de l’inscription fait partie des papyrus d'Éléphantine. Une autre traduction en araméen a été trouvée à Saqqarah, en Égypte, et des versions en akkadien ont été retrouvées à BabyloneChul-Hyun Bae, Journal of the Linguistic Society of Korea, volume 36, 2003, 6..

Première postérité historique et légendaire La première mention historique de l’inscription est faite par l’historien grec Ctésias, cité par Diodore de Sicile (, 13, 1-2), qui a noté son existence vers , sous la forme « Bagistanon ». D'après lui, ce texte aurait été gravé « en caractères syriens » par la reine Sémiramis de Babylone,.. Tacite la mentionne également et décrit certains des monuments auxiliaires, longtemps oubliés, à la base de la falaise, où se trouve une source. Ce qui en reste est conforme à sa description.

Après la chute de l’Empire perse et de ses successeurs, et après que l’écriture cunéiforme fut tombée en désuétude, la signification de l’inscription a été oubliée et des interprétations fantaisistes sont devenues la norme. Pendant des siècles, on a ainsi pensé qu’elle était due à .

Découverte par les Européens

vignette|L’inscription de Behistun, gravée dans une falaise, donne le même texte en trois langues, indiquant l’histoire des conquêtes du roi Darius. Elle est illustrée par des images gravées du Grand Roi et d’autres personnages grandeur nature qui l’accompagnent.

En 1598, l’inscription est révélée à l’Europe de l'Ouest quand Robert Shirley, un Anglais au service de l’Autriche, la découvre lors d’une mission diplomatique en Perse. Il parvient à la conclusion qu’il s’agit d’une représentation de l’Ascension de Jésus Christ. Les fausses interprétations bibliques européennes se répandront au cours des deux siècles qui suivent : elles évoquent le Christ et ses apôtres, ou encore les tribus d’Israël et Salmanazar.

En 1835, Henry Creswicke Rawlinson, un officier de l’armée britannique entraînant l’armée du Chah d’Iran, commence à étudier sérieusement l’inscriptionÈve Gran-Aymerich, Les chercheurs du passé 1798-1945. Aux sources de l’archéologie page 1056 et 1057 CNRS 2006Chapitre I « Naissance de l’assyriologie : le travail sur le terrain et le début des déchiffrements » pp. 17-43 dans En quête de Ninive de Dominique Charpin Les Belles Lettres. Le nom de la ville de Bisistun est anglicisé en l’actuel « Behistun » et le monument devient connu sous le nom d’« inscription de Behistun ». En dépit de son inaccessibilité, Rawlinson parvient à escalader la falaise et copier l’inscription en vieux perse. La version élamite, qui se trouve de l’autre côté d’un abîme, et la version en akkadien, située quatre mètres au-dessus, sont moins faciles d’accès et sont remises à un accès ultérieur.

Armé du texte vieux perse et d'environ un tiers du syllabaire fourni par l’Allemand Georg Friedrich Grotefend, expert en cunéiforme, Rawlinson déchiffre le texte. Par chance, la première partie donne une liste de rois perses identiques à celle qui est mentionnée par Hérodote. En mettant en correspondance les noms et les caractères, Rawlinson peut, vers 1838, déchiffrer les caractères cunéiformes utilisés pour le vieux perse.

Plus tard vient l’étude des deux textes restants. Après une période de service en Afghanistan, Rawlinson revient en 1843. En utilisant des planches, il franchit l’espace entre le texte vieux perse et l’élamite, qu’il copie. Il recrute un garçon des environs, qui grimpe le long d’une fissure dans la falaise et installe des cordes à la hauteur du texte en akkadien. De la sorte, il peut prendre l’empreinte du texte en papier mâché. Rawlinson se met au travail et traduit à la fois l’écriture akkadienne et la langue, indépendamment des travaux d’Edward Hincks, de Jules OppertLe contexte de la découverte / Le déchiffrement du cunéiforme sur archeologie.culture.gouv.fr et de William Henry Fox Talbot, qui contribuent également au déchiffrement. et d’autres sont les premiers à faire de même pour l’élamite. S’appliquant à trois des langues primaires de Mésopotamie et à trois variations de l’écriture cunéiforme, ces déchiffrements furent l’une des clefs pour faire entrer l’assyriologie dans l’époque moderne.

On pense que Darius avait placé spécifiquement l’inscription en ce lieu pour la rendre infalsifiable — la lisibilité passant au second plan de ses impératifs : le texte est complètement illisible depuis le sol. Malheureusement, le roi perse n’avait pas compté sur la mare qui se formerait au pied de la falaise et sur le fait qu’une route serait ouverte dans le secteur. La fente par laquelle le garçon a escaladé la falaise est la sortie d’un petit cours d’eau souterrain, inexistant à l’époque de l’inscription et asséché aujourd’hui, mais peut-être à l’origine du conte de la recherche de l’eau par Farhâd. a causé des destructions considérables à certains personnages. Darius n’avait pas non plus prévu la poudre à canon : son monument a été endommagé par des tirs de soldats au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Contexte .

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Inscription , (traduction) et 83-96 (commentaire)

Articles connexes Vieux perse - Élamite - Akkadien Inscription lapidaire - Inscription bilingue Darius Ier Art du relief rupestre dans l'Antiquité iranienne Statue d'Hercule à Behistun Ganjnameh Caravansérail de Chah Abbasi

Liens externes

— un article sur l’inscription de Behistun, avec des images, des dessins du texte cunéiforme, une transcription et une traduction en anglais.

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