LArmée républicaine irlandaise provisoire ( ; , PIRA), devenue l'Armée républicaine irlandaise (IRA), est une organisation paramilitaire républicaine irlandaise considérée comme terroriste par l'Irlande et le Royaume-Uni., qui, de 1969 à 1997, a milité pour l'indépendance complète de l'Irlande du Nord vis-à-vis de la monarchie du Royaume-Uni, et l'instauration d'un État républicain libre et souverain sur l'ensemble de l'île d'Irlande (Éire Nua, Nouvelle Irlande)selon le programme du Provisonal Sinn Féin rédigé par Roy Johnston et Séan Ó Brádaigh et publié en 1971 (d'après Roger Faligot ) disponible ici en pdf..
Plus puissante organisation républicaine du conflit nord-irlandais (communément appelé The Troubles en anglais), l'IRA provisoire est soupçonnée d'être responsable de la mort de entre et , tandis que 275 membres du groupe trouvent la mort durant les Troubles..
Nature de l'IRA provisoire thumb|Proclamation de la République irlandaise lors de l'insurrection de Pâques. Scission de la frange de la première IRA opposée au Traité anglo-irlandais, la se considère comme la seule héritière de l'insurrection républicaine de Pâques 1916. L'appellation fait référence au (Gouvernement provisoire de la République irlandaise), utilisé par les insurgés dans leur proclamation de la République irlandaise. Lors de la de , l'organisation adopte le seul nom d', mais le qualificatif de et les surnoms associés continuent par la suite d'être utilisés pour désigner l'organisation et ses membres.
L'IRA provisoire se désigne par l'expression gaélique (« les Soldats d'Irlande ») ou comme . Ils reçoivent différents surnoms : , … L'IRA officielle l'appelle au moment de la scission la (« Alliance provisoire »), l'accusant d'alliance avec le parti de droite du sud de l'île, le . L'IRA provisoire a reçu un temps le surnom de en référence à leur utilisation d'une broche plutôt que d'un autocollant (préféré par les Officiels) pour arborer le , symbole de l'insurrection de 1916..
Pour les forces de sécurité britanniques, l'activité de l'IRA provisoire est considérée comme du terrorisme... Pour la et ses partisans, il s'agit d'une insurrection et une résistance militaire à l'occupation et à l'impérialisme britannique et les sont des . Les historiens sont partagés sur ces qualifications, parlant parfois d'insurrection. ou de résistance, certains refusant l'usage du terme ..
L'IRA provisoire est visée dès 1974 par la législation antiterroriste britannique (le . puis le ) et ainsi placée sur la liste officielle des organisations terroristes du Royaume-Uni.. La condamnation maximum pour appartenance ou soutien à un groupe interdit est de d'emprisonnement et d'une amende illimitée selon le de 1974. et de et une amende illimité selon le .. L'IRA provisoire est par ailleurs aussi considérée terroriste en Irlande, selon l' ... Le Département d'État des États-Unis désigne l'organisation comme (), sans l'inscrire sur sa liste officielle des groupes terroristes, procédure sans effet légal..
Historique 1969 : scission Les premiers actes de violence du conflit nord-irlandais sont le fait des loyalistes de l', fondé en 1966, mais sont souvent, à l'époque, attribués à tort à l'. En 1969, l' est moribonde. À la suite de sa Campagne des frontières de 1956 à 1962, elle avait enterré ses armes (vendues par la suite en 1968 à la ). L'été 1969, des émeutes opposant catholiques et protestants secouent l'Irlande du Nord, forçant l'Armée britannique à intervenir pour séparer les deux communautés. L' ne réagit guère, contrevenant à son rôle traditionnel, celui de défendre la minorité catholiqueSon inaction est moquée, « IRA » servant alors à former ()., la direction de Cathal Goulding, alors Chef d'État-major, privilégiant l'action politique à l'action militaire.
Le à Andersonstown, une banlieue de Belfast, plusieurs partisans d'un réarmement de l'organisation se réunissent secrètement, tant des vétérans (Billy McKee, Joe Cahill, Leo Martin) que de nouveaux (Séamus Twomey, Gerry Adams). Soutenu par la majorité des unités de l' de Belfast, ce groupe pose un ultimatum le à Cathal Goulding et au Quartier général de l'armée, accusés de trahison et sommés de démissionner. À la mi-décembre, la Convention générale extraordinaire de l'armée, réunie dans un village d'Irlande et formée principalement de supporters de Cathal Goulding, décide de mettre fin à l'abstentionnisme qui caractérise depuis ses débuts le mouvement républicain pour former un Front de libération national avec l'extrême gauche. Refusant ces motions, Seán MacStíofáin, Chef du renseignement de la brigade de Belfast, réunit une nouvelle convention à Belfast peu de temps après, rendant effective la scission. La nouvelle organisation prend le nom de et nomme Seán MacStíofáin comme Chef d'État-major, tandis que les partisans de Cathal Goulding sont appelés (ou par moquerie). Le , l' (nom gaélique du congrès du parti) du à Dublin soutient à contre 104 la ligne politique suivie par les . Ses opposants forment le Provisional Sinn Féin, tandis que ses partisans se renomment Official Sinn Féin. Ruairí Ó Brádaigh devient président du Sinn Féin provisoire.
Si en Irlande les ont principalement rejoint l'IRA officielle, en Irlande du Nord, les Provisoires récupèrent (fortes chacune de 12 à ) à la suite de la scission, soit moins de , et des armes pour n'en armer que 200.
1970-1971 : de la défense des ghettos à l'attaque contre la présence britannique Lors du premier Conseil de l'Armée, au début 1970, l'IRA provisoire se fixe trois objectifs : préparer la défense des ghettos catholiques, principalement nationalistes, pour l'été (saison des parades de l'Ordre d'Orange et des ), riposter en cas d'agression de l'Armée britannique contre les quartiers nationalistes et enfin, préparer une future offensive visant à mettre fin à la présence britannique en Irlande.
Pourtant, les relations entre la et l'Armée britannique, venue protéger les catholiques des risques de pogroms, ne sont pas mauvaises au début de l'année 1970. Le retour des violences sectaires et policières au cours du printemps, et en particulier l'attitude des forces de l'ordre lors d'une émeute loyaliste à Ballymurphy pendant les commémorations de l'insurrection de Pâques, pousse la population catholique à demander l'aide de l'IRA provisoire pour sa protection. Le , elle est ainsi appelée à la rescousse par les catholiques de Short Strand, un quartier de Belfast, pour protéger une église menacée par une émeute loyaliste. Cette première action de l'IRA provisoire, appelée bataille de Saint Matthew du nom de l'église, fait trois victimes, dont le premier mort dans le conflitNéanmoins, l'IRA provisoire considère Michael Kane, mort dans l'explosion prématurée de sa propre bombe le 4 septembre 1970, comme . Voir ..
Au printemps, David O'Connell est envoyé à New York pour réactiver les réseaux de la diaspora irlandaise. L' (NORAID) est ainsi fondé en , officiellement pour soutenir la lutte politique des républicains, mais plus certainement pour financer l'achat d'armesD'après George Harrison, un vétéran de l'IRA immigré aux États-Unis, les fonds destinés aux armes passaient par un réseau parallèle. Au cours de l'année 1970, l'IRA provisoire s'équipe de fusils, fusils d'assaut FN Herstal et carabines M1. À partir du mois d'août, elle lance une campagne de sabotages économiques par des attentats à la bombe. Si elle hésite encore à s'attaquer à l'armée britannique, elle tue deux policiers de la (RUC) le . Elle étend en outre son action à une activité de police dans la communauté catholique, tant contre la délinquance que contre la collaboration avec les Britanniques. En septembre, Seán MacStíofáin est réélu à la tête de l'organisation, tandis que Tom Maguire, le dernier survivant du premier qui lança la guerre d'indépendance irlandaise, apporte son soutien au Sinn Féin provisoire.
Au début de l'année 1971, l'Armée britannique entame des pourparlers avec la , espérant qu'elle limite la violence des ghettos catholiques qu'elle contrôle (Andersonstown, Clonard, Ballymurphy, New Lodge et Ardoyne). Mais en février, l'Armée réinvestit ces quartiers., et le 6, l'IRA provisoire tue le premier soldat britannique du conflit au cours d'une émeute à Belfast, sans l'avoir précisément ciblé. Un affrontement entre l'IRA officielle et l'IRA provisoire suit la reprise des opérations de quadrillage de l'Armée britannique. Le , le nouveau Premier ministre Brian Faulkner introduit l'internement prévu par le lors de l'opération Demetrius, visant spécifiquement le camp républicain. Les attentats de la visent alors des cibles économiques, ne s'attaquant plus directement et systématiquement à l'Armée britannique et à la qu'à partir de la fin de l'année 1971. Le , l'organisation propose un plan de paix aux Britanniques, resté sans réponse.
1972 : guérilla et cessez-le-feu Soutenue activement par la population catholique d'Irlande du Nord, l'IRA provisoire multiplie les opérations de guérilla rurale et urbaine. Entre 1971 et 1972, elle tisse des liens avec le Front populaire de libération de la Palestine, le Fatah, le Front populaire de libération du Golfe arabique occupé, et le Front de libération de la Bretagne (signant un communiqué commun avec ces deux dernières). La filière de trafic d'armes depuis les États-Unis approvisionne désormais l'organisation en fusil Armalite (essentiellement des AR 18). Convaincus de leur victoire prochaine, les républicains appellent 1972 l'.
Mais le , le parachutiste de l'Armée britannique tire sur une marche pacifiste de la , tuant . C'est le . Les soldats prétendirent avoir riposté à des tirs de l'IRA, mais tant les membres de la que ceux de l' étaient venus sans armes. Cet événement donne une publicité inattendue à la cause irlandaise et fait gonfler les rangs de l'IRA provisoire.
Le , l'IRA provisoire annonce un cessez-le-feu de , demandant le retrait de l'Armée britannique, l'abolition du Parlement d'Irlande du Nord et l'amnistie des républicains emprisonnés en Irlande et au Royaume-Uni. Le 13, Harold Wilson, Joe Haines et Merlyn Rees se rendent à Dublin et y rencontrent secrètement David O'Connell, Joe Cahill et John Kelly dans la maison du Teachta Dála John O'Connell, mais les pourparlers tournent courts. Quatre jours après l'explosion meurtrière d'une voiture piégée de la à Belfast, le , le Direct Rule est introduit en Irlande du Nord. Le , Joe Cahill et Ruairí Ó Brádaigh sont arrêtés en Irlande.
Le , lors d'une conférence de presse à Derry, l'IRA provisoire propose de cesser toute activité militaire si le Secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord William Whitelaw accepte de rencontrer ses représentants. Celui-ci refuse publiquement, mais les négociations continuent secrètement. Le , l'IRA provisoire annonce un cessez-le-feu débutant le à minuit. Des pourparlers secrets sont organisés : le , Seán MacStíofáin, Séamus Twomey, Ivor Bell, Dáithí Ó Conaill, Gerry Adams et Martin McGuinness pour les républicains, et William Whitelaw, Paul Channon, Philip Woodfield et Frank Steele pour les Britanniques, se rencontrent à Londres. Condition de la trêve, le , un statut politique pour les prisonniers paramilitaires, est mis en place.
Le cessez-le-feu est rompu le mais les rencontres secrètes entre l'IRA provisoire et le gouvernement britannique continuent. Le , c'est le : de l'IRA provisoire explosent à Belfast. Des avertissements sont donnés, mais, imprécis, ils sont inefficaces et les attentats font neuf morts. Dix jours plus tard, l'Armée britannique investit les zones sous contrôle de la lors de l'opération Motorman.