thumb|Un duel en 1890. L'histoire de l'escrime a commencé avec celle de l'humanité ou presque Histoire de l'escrime, le temps des barbares, sur escrime-ffe.fr.. Dès que l'Homme a su travailler le bois puis le fer, il a fabriqué des armes pour se défendre et survivre. Il a été dans l'obligation de compenser son infériorité physique avec des armes qui lui servirent à se défendre des animaux, puis, très vite, à régler des querelles particulières ou entre tribus. En Occident, « l'art de se défendre avec une arme blanche » recouvre pour beaucoup l'histoire des arts martiaux en Europe; il a progressivement évolué, depuis le Moyen Âge où apparaissent les premiers traités d'enseignement, d'une pratique aristocratique et militaire à un sport de combat olympique au .

Origines de l'escrime : les temps anciens Antiquité

La plus ancienne description d'une compétition d'escrime est un bas-relief du temple de Médinet Habou, près de Louxor en Égypte, construit par Ramsès III en 1190 Les armes sont mouchetées, un bouclier attaché au bras gauche sert à parer, les escrimeurs sont protégés par un masque, une mentonnière et une protection pour les oreilles. Le vainqueur salue de son arme et de la main le pharaon qu’accompagne sa suite. Un scribe note sur un papyrus les résultats de la compétition Me Gérard Six, « Histoire de l'escrime », Fédération Internationale d'Escrime « Fencing », Encyclopædia Britannica, 2010..

Ce sont les Grecs anciens qui, les premiers, proclament que le soldat n'est pas celui qui possède une arme mais qui sait manier cette arme. Dans les sociétés antérieures à la Grèce antique (Égypte ancienne, Sumer, Hittites…), il n'y a pas de trace d'un apprentissage de l'épée assez développé pour mettre en évidence l'existence de maîtres d'armes professionnels et d'académies d'armes (selon le terme moderne). On ne peut donc pas considérer que le fait d'utiliser une arme blanche sur un champ de bataille soit suffisante pour permettre l'élaboration de la technique et du corpus de valeurs nécessaires à l'apparition de l'escrime en tant que discipline à part entière.

Pendant le Siècle de Périclès et jusqu'à la période hellénistique se répandent dans le monde grec des maîtres d'armes de métier qui font le plus souvent partie du personnel chargé de l'éducation des enfants des citoyens (tout comme le pédagogue, le musicien et le gymnaste). La différence du "maître d'armes" grec (dit "hoplomacheute") avec les autres instructeurs est qu'il n'est pas esclave mais homme libre qui monnaye ses services. Ce qui rend son savoir uniquement accessible aux familles aristocratiques ou aisées. L'un des exemples les plus connus de ce genre eut lieu à la cour de Syracuse, où les tyrans de la ville, Denys l'Ancien et Denys le Jeune, avaient leur maître d'armes personnel qui les entraînait autant que faire se peut dans les appartements du palais.

"L'escrime" grecque se résume à peu de choses, en fait : on utilise un glaive en bronze nommé xiphos, qui ressemble plus à un long poignard qu'à une épée au sens où nous l'entendons aujourd'hui. C'est une arme essentiellement d'estoc. Elle n'est utilisée que rarement, dans les combats au corps à corps : le guerrier grec (dit "hoplite") préfère de loin se servir d'une lance (dit to hoplon, en grec, qui signifie aussi "l'arme" sans précision). L'hoplite se bat d'abord avec sa lance (également à usage de javelot), puis, si celle-ci est brisée ou que l'ennemi se rapproche lors d'un combat singulier ou dans une mêlée au cœur de la bataille, il jette sa lance à terre et dégaine son glaive pour se débarrasser de son adversaire au plus vite. Le glaive est donc beaucoup plus un poignard ou un coutelas ayant pour but de se débarrasser de l'ennemi ou de l'achever rapidement.

Rome va faire du glaive l'armement principal de ses légions. Finis les hoplites grecs et les phalanges macédoniennes, le légionnaire est un soldat discipliné, calme, rationnel (et même professionnel) qui sort son glaive d'un geste vif pour transpercer d'un seul coup l'adversaire qui se précipite sur lui. Interdiction formelle est faite de donner des coups de taille, sauf en cas d'absolue nécessité : les stratèges romains savent que le coup d'estoc est bien plus meurtrier. On est loin de l'art de la « conversation » d'aujourd'hui : il faut tuer vite et sûrement en faisant le moins de gestes possibles.

La plupart des peuples dit "Barbares" utilisent des armes de même style ou légèrement plus longues avec un maniement similaire mais plus désordonné et moins efficace que celui des Romains. Seuls les Celtes se distinguent : ils frappent de taille avec de véritables épées (avoisinant le mètre de longueur) en fer, métal bien plus solide que le bronze des Méditerranéens. Cette supériorité technologique des Celtes sur leurs voisins plus ou moins proches leur permet tout d'abord de mener une politique agressive (sac de Rome par Brennus en 390-388 ) puis de se défendre longtemps avec succès contre les envahisseurs. Cependant, si les Gaulois ont les meilleures armes et une réputation de force et de bravoure incontestée, leur manque de discipline et de stratégie est un mal récurrent chez eux qui causera leur perte à Alésia.

Après la conquête de la Gaule et l'avènement de la Pax Romana, l'évolution de l'armement et de son maniement sont quasiment inexistants pendant deux siècles. En effet, sans ennemi à affronter, il n'était pas nécessaire de chercher à transformer les méthodes de combat.

Le glaive romain va peu à peu s'allonger au fur et à mesure de l'affaiblissement de l'empire et des Invasions barbares. En effet, on incorpore de plus en plus dans les armées romaines des mercenaires venus du Nord, souvent des Germains, adeptes du même genre d'épées que les anciens Celtes. De plus, l'extrémité de la lame s'arrondit progressivement et l'estoc perd son ancienne importance, notamment dans la cavalerie (en plein développement aux s de notre ère) où une nouvelle arme, la spatha, sorte d'épée assez longue spécialisée dans les coups de taille donnés à des fantassins pour un cavalier juché en haut d'un cheval.

Dans l'anarchie et la décadence qui caractérise la fin de l'Empire romain d'Occident, l'armée régulière entre en déliquescence et ne s'adapte plus aux changements de l'armement. On adopte de plus en plus les armes des peuples germaniques et des autres barbares : l'armure du légionnaire devient de plus en plus lourde et sophistiquée. À Byzance, dans l'empire d'Orient, l'influence orientale (et surtout de leurs ennemis de toujours, les Perses Sassanides) est décisive dans la formation d'une nouvelle unité de cavalerie redoutable et munie d'un nouvel arsenal militaire, les fameux cataphractes. Dans l'Occident latin, les Francs, les Angles, les Goths et les Saxons imposent l'usage d'épées de taille et de boucliers ronds propices à des combats plus longs, plus élaborés et moins meurtriers que le glaive romain.

De la chute de l’Empire romain d’Occident (476) à l’avènement d’Hugues Capet (987) Ce ne sont pas des considérations esthétiques ou morales qui ont permis la domination de l'épée longue frappant de taille pendant le millénaire qui va suivre. Face à un soldat de mieux en mieux protégé par des cuirasses de cuir bouilli puis d'acier, des boucliers de bois ou de métal, et surtout par la généralisation de la cotte de mailles, son adversaire doit privilégier des coups puissants propres à disloquer une armure : la taille est donc de mise dans les tumultueuses et nombreuses guerres du Haut Moyen Âge, sous les Mérovingiens et les Carolingiens.

Dans cette période troublée, l'épée devient la compagne la plus sûre de tout homme désirant survivre à un voyage ou à un pillage. Les s de notre ère sont des époques propices aux exploits individuels, qui seront loués et perpétués par les chanteurs et poéteurs itinérants. C'est le temps du roi Arthur, des chevaliers de la Table ronde, de Tristan et Iseult... La place centrale de l'épée, arme du preux, dans cette société médiévale mais pas encore féodale est illustrée par la gloire de certaines armes dont le nom est parvenu jusqu'à nous : qui ne connaît pas Excalibur, dans la saga arthurienne, ou encore Joyeuse, l'épée de Charlemagne ?

Les Francs, après avoir conquis la Gaule et « fusionné » en quelque sorte avec la population locale, sont en pleine expansion malgré de vives querelles politiques internes qui les divisent (luttes de pouvoir entre Mérovingiens. Le Royaume des Francs naissant est repris en main par Pépin le Bref et ses descendants, les Carolingiens, dont le membre le plus illustre, Charlemagne, unira sous son sceptre ce qui deviendra bien des siècles plus tard la France, l'Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, l'Italie et la Catalogne. Ces succès militaires furent possibles grâce à la valeur des Francs mais aussi grâce à leur supériorité technologique : ils utilisent, outre la francisque, des épées de taille, en acier, d'un peu moins d'un mètre de long (encore très proche de la spatha romaine) mais dont la pointe est de plus en plus émoussée. En ce qui concerne les armures, la broigne franque est tellement efficace que Charlemagne en fait interdire l'exportation en dehors des frontières de son empire. Il ne faut pas prendre le risque de vendre une telle protection à des ennemis potentiels.

Tandis que sur le continent tout plie face à la puissance franque, deux pays marqués par une évolution différente de l'armement subissent des invasions qui changeront irrémédiablement leur histoire : la Grande-Bretagne et l'Espagne. Dans les îles britanniques, la longue lutte désespérée des Bretons pour repousser les envahisseurs saxons se solde par la défaite et l'exil en Armorique. La future Angleterre connaît un "Âge sombre" qui prendra fin avec l'arrivée de Guillaume le Conquérant en 1066. La péninsule ibérique est quant à elle conquise en un temps record par les Musulmans qui utilisent non pas des épées mais des cimeterres.

Nulle trace d'une quelconque équivalence des hoplomacheutes grecs ou des instructeurs romains de jadis : c'est le père qui apprend à son fils à manier l'épée, souvent dans la résidence seigneuriale. De plus, la féodalité naissanteles titres de vicomtes, comtes, ducs et marquis deviennent héréditaires en 877 par capitulaire de Quierzy du roi Charles le Chauve : c'était à l'époque une façon de stabiliser le pays. réduit sévèrement le nombre de personnes autorisées et aptes à porter l'épée, arme par excellence du chevalier. Au fur et à mesure des années la société se fait moins perméable à l'ascension sociale et les différents ordres commencent à se distinguer sous le règne des premiers Capétiens, notamment la noblesse, l'ordre de ceux qui combattent.

La féodalité, la chevalerie et les croisades

La féodalité a pour conséquence directe de rigidifier la société du Moyen Âge et de mettre un frein à l'ascension sociale. Elle répond à un affaiblissement du pouvoir central, à la suite de l'anarchie et de l'insécurité dues en grande partie aux invasions vikings. Face à l'incapacité du souverain à mettre un terme aux troubles, le pouvoir des anciens fonctionnaires royaux (ducs et comtes), devenus des seigneurs héréditaires par capitulaire de Charles le Chauve, s'est considérablement renforcé et l'autorité s'est morcelé dans chaque village capable d'accueillir une palissade de bois doublée d'une tour en torchis (ce à quoi se résume le château fort à l'époque). Les petits barons et châtelains apparaissent et s'assurent la mainmise sur l'art de manier l'épée. La situation va progressivement se rétablir durant le , au point d'atteindre une prospérité économique parallèle au renouveau clunisien sur le plan intellectuel et spirituel.