Jean de Criquebœuf, seigneur et militaire français, mort le à Montjean.
Château de Montjean
En 1591, Henri IV avait confié la garde des puissantes murailles du château de Montjean au vieux Jean de Criquebœuf, chevalier de ses ordres.
Criquebœuf avait soixante-dix ans ; il avait épousé Claude de Saint-Melaine de la famille du Bourg-Lévêque, qui avait eu de longs différends avec Pierre Le Cornu, 15px sieur du Plessis de Cosmes, à raison des affaires de religion<ref>Vers 1579 à Laval, au faubourg Saint-Martin ; Jacques Le Cornu, écuyer, sieur de Changé, frère germain de Pierre Le Cornu, sieur du Plessis de Cosmes, s'était battu avec Jean de Criquebœuf. Les deux protagonistes furent blessés. Il était connu que de tous temps il y a des querelles entre les maisons du Bourg-l'Évêque, et ceux de la maison du Plessis de Cosmes et se sont toujours voulu mal. L'idée de vengeance était présente, et il était dit que les Plessis de Cosmes auraient un jour la vie du dit de Cricquebœuf.</ref> ; Criquebœuf avait naturellement pris parti pour les parents de sa femme.
Le parti royal Enfin il représentait dans le Bas-Maine le parti royal et avait pour mission de défendre ce pays contre les déprédations et les excès de du Plessis et des ligueurs. Le Cornu lui voua une haine implacable.
Mais Criquebœuf était vieux ; il connaissait les horreurs de la guerre civile ; il eût voulu les éviter à ces contrées. Il essaya de vivre en bonne intelligence avec son terrible voisin et fit faire près de lui des démarches ; il écrivit même aux filles de du Plessis en leur disant que tout le passé devrait être oublié.
Du Plessis pour mieux cacher ses projets, sembla se prêter aux propositions de Criquebœuf. Il envoya plusieurs fois à Montjean, comme messagers de paix, deux maîtres chirurgiens, François Rousseau et son frère Vaslinière. Ils traitèrent d'un accord entre le vieux royaliste et le ligueur et du Plessis écrivit de sa main une lettre de sauvegarde, promettant qu'il n'entreprendrait rien contre Montjean et CriquebœufDe Thou, t. VIII, p. 12..
Cependant, on faisait bonne gardeEn effet les pauvres gens du pays avaient déposé dans le château leurs meubles, leurs hardes, leurs effets les plus précieux, non seulement eux, mais encore toute la petite noblesse des environs qui y avait apporté ses coffres et ses bahuts ; les salles en étaient encombrées : il y en avait bien quatre ou cinq cents, dit un des témoins de l'enquête.. Chaque soir à tour de rôle, des paysans, venaient prendre la garde et monter sentinelle. Dans le donjon une petite garnison commandée par Jean de Pihourde sieur de la Fontaine veillait jour et nuit. Toutes les précautions semblaient prises ; on avait compté sans la trahison.
Drame de Montjean (octobre 1591) Le château de Montjean fut le théâtre d'un drame où le rôle de Pierre Le Cornu fut des plus odieux. Il réussit à y surprendre Jean de Criquebœuf, catholique, qui était devenu son ennemi personnel à la suite d'un duel dans les faubourgs de Laval, et son rival en tant que ligueur. Cricquebœuf fut mortellement blessé d'un coup de dague au ventre le .
Témoignages L'abbé Angot a retrouvé pour les événements de la nuit tragique du 16 au , la déposition de cinq nouveaux témoins qui n'étaient pas les seuls, et, sur ce qui se passa à Laval lors de la venue des Ligueurs dans les premiers jours de juin 1592, deux témoignages importants et curieux. Ils furent recueillis le jeudi 9, le samedi 11 et le mercredi par le notaire royal Michel Briand et le sergent Michel DucheminLe texte est parvenu jusqu'à nous, grâce à Gabriel-F. de Preaulx qui l'a copié vers 1750, époque à laquelle il copiait également les remembrances de Quelaines. Malheureusement ce scribe bénévole était fort peu expert en ces sortes de travaux et, loin de tenir un compte exact de l'orthographe, il n'a pas toujours compris ce qu'il lisait ; il semble au reste qu'il le lisait fort mal car les dates, entre autres choses, paraissent souvent fautives. Il a été trouvé au chartrier de Thubœuf en Nuillé-sur-Vicoin..
Une deuxième enquête sur cette affaire fut faite au lieu de la Daguerie voisin du château de Montjean, par Denis Couesmier sergent royal à Laval, le . Plus de vingt témoins furent entendus et rapportèrent tous les faits. Le plus important fut Antoinette du Bois-Halbrant, âgée alors de 33 ans, épouse de Daniel de Pouchère sieur de Harpont et demeurant avec lui à la grande Valinière, commune de Courbeveille. Elle donna tous les détails de ce drame où elle avait joué un rôle ; elle fit connaître tout ce qui s'était passé dans cette nuit fatale dont elle ne pouvait perdre le souvenir.
Punition Ce crime abominable commis au mépris de l'amitié jurée sur un vieillard de soixante dix ans, eut un grand retentissement et souleva une violente indignation. Madame de Criquebœuf en poursuivit énergiquement la punition.
Bibliographie Arrêt en forme de commission, pour informer de la prise, viol et assassinat du château de Montjean, en l'an 1591, par Pierre Le Cornu, sieur du Plessis de Cosmes, alors gouverneur de la ville et du château de Craon, suivie de l'information. Copie faite par Louis Planté de Courbeveille en 1725 sur une autre copie existant au greffe de Laval. Impr. à la fin de l'ouvrage de Louis René Duchesne : Craon et ses barons, Laval. in-8°. 1836 ; Articles accordez par le Roy au Duplessis de Côme, sur la réunion des villes et baronnie de Craon et Montjean au service de sa majesté. Angers, in-8°. 1598 ; Lettre du roy contenant confirmation des articles accordez… ibid. 1598. (Lb. 35) 723 et 724 ; Histoire universelle de de ThouC'est le grand monument historique du . On y trouve une foule de faits relatifs à l'histoire de la Ligue dans le Maine.. Traduction française de 1834, 16 vol. in-4°.
Notes et références
Sources Abbé Angot, « L'''assassinat de Criquebœuf au château de Montjean », dans Bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne, 1912, tome 28, p. 298-314. ; Jules Le Fizelier, « Essais d’histoire locale [I. Une expropriation pour cause d'utilité publique en 1499 : le cimetière Saint-Vénérand à Laval. - II. Un épisode des guerres de la Ligue dans le Maine : le drame de Montjean (). - III. L'année 1790.] »
Catégorie:Histoire de la Mayenne Catégorie:Militaire français du XVIe siècle Catégorie:Décès en octobre 1591