Taktser, Tagtsèr ou Tengster en tibétain (), ou Hongya () en chinois, est un petit village situé dans le canton hui de Shihuiyao (), dans le district de Ping'an, dans la province du Qinghai (pour les Tibétains l'ancien AmdoAnne Chayet, Pays réel et pays sacré, réflexions sur les toponymes tibétains, pp. 35-51, in Les habitants du Toit du monde, Recherches sur la Haute Asie, Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative (Nanterre), Société d'ethnologie (France), 1977, p. 46 : . et pour les Mongols, le Köknuur), en République populaire de Chine.
Il est le lieu de naissance du dalaï-lama et abrite la maison natale reconstruite de sa famille, dont un autre enfant, Thupten Jigme Norbu, avait été reconnu par le dalaï-lama comme la réincarnation de Taktser Rinpoché.
Toponymie
Taktser, Tagtsèr ou Tengster en tibétain (), ou Hongya (红崖村) en chinois, est également connu sous le nom de Chi-kya Stag-mthser, Chikyā Taktse The First Taktser, Lobzang Dorje b. 17th cent.-d. 18th cent., Published February 2013, in Treasury of Lives : ., Chija Tagtser A 60-Point Commentary on the Chinese Government Publication: A Collection of Historical Archives of Tibet, DIIR Publications, Dharamsala, November 2008 : ., chi kyA stag mtsher, Jiga Chuan, Qijiazhuang, Qijiachuan, en référence à son origine liée à la tribu Chi-kyā.
Taktser signifie « emplacement sur la hauteur » et peut se traduire par « village de montagne » ou « village supérieur », ce qui correspond à sa position perchée sur une haute cime, relativement aux villages voisins Thubten Jigme Norbu, Heinrich Harrer, Tibet is my country, Wisdom Publications, Londres, 1986, : , , . . On trouve aussi l'interprétation de « tigre rugissant » His Holiness The Dalai Lama of Tibet, section From Birth to Exile : . Taktser Rinpoche: reincarnate lama and brother of the Dalai Lama, Bepin Behari, Astrological Biographies: Seventeen Examples of Predictive Insights, Motilal Banarsidass Publ., 1996, 376 pages, p. 111.. À l'origine, l'endroit servait d'alpage aux paysans du village de Balangtsa à deux heures de marche de là dans la vallée. Ils y plantaient leurs tentes en laine de yak pour la durée de l'été. Lorsqu'ils s'aperçurent que le sol riche pouvait être cultivé, ils y bâtirent des maisons permanentes jusqu'à former un véritable village Thubten Jigme Norbu, Heinrich Harrer, Tibet is my country, op. cit., : ; .
En 2009, quasiment aucun villageois n'appellait le village par son nom tibétain Politically incorrect tourism, The Economist, February 26th, 2009 : . Yu Zheng, An enigmatic paradox - How a layman sees the Dalai Lama, China View, 13 mars 2009 : ..
Situation géographique Le village est situé dans l'actuel canton hui de Shihuiyao (), à une trentaine de kilomètres à vol d'oiseau au sud de Xining, la capitale du Qinghai, et à l'est du Monastère de Kumbum, l'un des grands monastères de l'école Gelugpa du bouddhisme tibétain. Il se trouve dans la province traditionnelle de l'Amdo, dans le nord-est du Tibet historique His Holiness The Dalai Lama of Tibet, section From Birth to Exile : .Encyclopédie Universalis, article dalaï-lama Tenzin Gyatso « village de Takster. Situé dans une région peu fertile de la province d'Amdo, dans l'extrême nord-est du Tibet ». Lire en ligne: http://www.universalis.fr/recherche/?q=Takster&btn_recherche=Encyclopédie Britannica, article Thubten Jigme Norbu « Takster, Amdo, Tibet ». Lire en ligne: https://www.britannica.com/biography/Thubten-Jigme-Norbu.
Perché sur un petit plateau à une altitude de , il domine une large vallée. Dans les souvenirs du dalaï-lama, sa situation permettait à ses habitants de pratiquer à la fois la culture du blé et de l'orge et l'élevage de yaks Thomas Laird, The Story of Tibet: Conversations With the Dalai Lama, 2007, 496 p., en part. .Dans son livre My Land and my people, publié chez McGraw-Hill en 1962, le dalaï-lama décrit ainsi son village : « Our village, which lay on a little plateau, was almost encircled by fertile fields of wheat and barley; and the plateau, in turn, was surrounded by ranges of hills which were covered by grass - thick and vividly green » ()..
Population et démographie Environ quatre ans avant la naissance du dalaï-lama en 1935, le village comportait 17 familles dont 15 tibétaines et 2 chinoises Thomas Laird, The Story of Tibet: Conversations with the Dalai Lama, 2007, Mary Craig, . Plusieurs familles vont cependant de quitter le village frappé par une famine consécutive à la destruction des récoltes par la grêle<ref> Patricia Cronin Marcello, The Dalai Lama. A Biography (extrait), Jaico Great Lives Series, Jaico Publishing House, Mumbai, 2009, ; citation : « Lhamo Dhondup's family had experienced a particular rough period just before his arrival. (...) rather than nurturing rain, only hail fell, which destroyd their crops, bringing on a famine that lasted for three years. Lhamo Dhondup's family remained in Taktser although many families migrated to other parts of Tibet ».</ref>. Contrairement aux habitants des villages alentour qui parlaient le tibétain de l'Amdo, on parlait dans le village de Taktser et la famille du futur dalaï-lama le dialecte chinois de la région de XiningDans ses entretiens avec Thomas Laird (The Story of Tibet: Conversations with the Dalai Lama, , ), le dalaï-lama qualifie ce dialecte de « broken Chinese » ou « broken Xining language which was (a dialect of the) Chinese language » : .Matthias Hermanns, Le mystère autour du Dalai Lama, in Asiatische Studien : Zeitschrift der Schweizerischen Asiengesellschaft / Études asiatiques : revue de la Société Suisse-Asie, tome 2 (1948), cahier 1-2, pp. 133-144, p. 2 : ..
Thupten Jigme Norbu, premier frère aîné du dalaï-lama, né en 1922, écrit que Tengtser comptait trente maisons de paysans mais ne précise pas l'annéeThubten Dschigme Norbu, Tibet, patrie perdue, raconté par Heinrich Harer (traduite de l'allemand par Louise Servicen), Albin Michel, Paris, 1963, 292 pages, p. 18..
En 1985, il y avait 40 familles Qinghai Province, Surrounded by Natural Beauty ; chiffre tiré du Chinese Statistical Yearbook 1985..
En 2002, le nombre passait à une cinquantaine de foyers., dont 30 de Tibétains et 20 de HanLi Rongxia, Les choses vues au village natal du dalaï-lama, Chinafrique, , 2002..
En 2009, le village compte 256 habitants. Quasiment aucun villageois ne l'appelle par son nom tibétain. Politically incorrect tourism, The Economist, February 26th, 2009 : ..
En 2013, le gouvernement chinois a approuvé un plan de 250 millions de dollars pour développer le village de Taktser et le transformer en ville moderne, avec rénovations des routes et des zones résidentielles, ainsi que construction de centres commerciaux et d'usines de traitement des eaux usées. Selon l'agence Xinhua, certains résidents se sont inquiétés du plan d'urbanisation, approuvé par le Conseil des affaires de l'État de la République populaire de Chine, qui pourrait affecter négativement leur moyen de subsistance lié au commerce lucratif du Yartsa Gunbu..
Histoire Le village était placé sous la protection d'une déesse, Kye, dont le siège était une montagne sacrée proche, Kyeri (Gyiri) Tibetan Way of Life, Four Rivers, Six Ranges (Chushi Gangdrug).. En 1868, une insurrection locale liée au soulèvement musulman du nord-ouest entraîna la destruction partielle du monastère de Kumbum Piper Rae Gaubatz, Beyond the Great Wall: Urban Form and Transformation on the Chinese Frontiers et de villages environnants dont Taktser, réduisant à l'état de cendre la ferme familiale du Taktser RinpochéMary Craig, Kundun: une biographie du dalaï-lama et de sa famille, préface du dalaï-lama, traduction François Vidonne, Presses du Châtelet, 1998, , ..
Taktser est un des 6 villages qui se trouvaient sous la juridiction du monastère de KumbumDiki Tsering, Dalai Lama, My Son: A Mother's Story, p. 190.
Dans les années 1930, Taktser tomba sous la coupe du seigneur de guerre hui pro-Kuomintang Ma Bufang et fut incorporé à la province chinoise du Qinghai Thomas Laird, The Story of Tibet: Conversations with the Dalai Lama, Grove/Atlantic, Inc., 2007, 496 p., p. 262 : ..
Le village abrite une petite pagode blanche où le dalaï-lama faisait halte pour se reposer lorsqu'il se rendait du monastère de Kumbum à celui de Labrang Yu Zheng, An enigmatic paradox - How a layman sees the Dalai Lama, China View, 13 mars 2009 ; .
Taktser est connu pour être le village natal de Tenzin Gyatso (le dalaï-lama), ainsi que de son frère aîné Thupten Jigme Norbu (le Taktser Rinpoché) Taktser Rinpoche: reincarnate lama and brother of the Dalai Lama, Obituary, TimesOnLine, 16 septembre 2008..
L'époque du roi Mangsong Mangtsèn (viie siècle) Selon Michael Harris Goodman, les origines de la famille de Choekyong Tsering remontaient dans l'Amdo au règne de Mangsong Mangtsèn, petit-fils du roi Songtsen Gampo, qui au milieu du , posta une garnison pour protéger les frontières de son royaume des incursions chinoisesMichael Harris Goodman, Le dernier Dalaï-Lama ? Biographie et témoignages, Éditeur Claire Lumière, 1993, , .
La tribu Chi-kyā Selon Elliot Sperling, la famille de dalaï-lama fait partie de la tribu Chi-kyā habitant la région autour du monastère de Kumbum, une des « six tribus de Kumbum », dont les origines remontent à un dignitaire mongol répondant au nom de famille Qi et ayant servi, dans les derniers temps de la dynastie Yuan (1271-1368), de fonctionnaire des frontières . Tous les Tibétains considérés comme faisant partie de la tribu Chi-kyā sont des descendants des sujets de ce personnage. Ces tribus se sont distinguées par leurs contributions à la construction religieuse sur le site du monastère Elliot Sperling, A Note on the Chi-kyā Tribe and the Two Qi Clans in Amdo, in Les habitants du Toit du monde : études recueillies en hommage à Alexander W. Macdonald, Samten Karmay et Philippe Sagant, Eds. (Nanterre: Société d'ethnologie), 1997, pp. 111-124 , et in Alex McKay, The History of Tibet, vol. 1, Routledge, 2003, 1840 p., p. 73 : .
Le lieu de naissance du dalaï-lama vignette|redresse|gauche|Fin 1935, le jeune dalaï-lama avec sa mère, son père et son frère ainé Gyalo Thondup à Taktser. C'est le que naît le dalaï-lama sous le nom de Lhamo Thondup, dans une famille paysanne parlant le dialecte de Xining Heinrich Harrer, Seven Years in Tibet, E. P. Dutton, 1954 : , tibétaine par ses origines et sa cultureElliot Sperling, A Note on the Chi-kyā Tribe and the Two Qi Clans in Amdo, in Les habitants du Toit du monde : études recueillies en hommage à Alexander W. Macdonald, Samten Karmay et Philippe Sagant, Eds. (Nanterre: Société d'ethnologie), 1997, : , qui cultive orge, sarrasin et pommes de terre et dispose d'une centaine de têtes de bétail et vit essentiellement du trocDalaï-lama Tenzin Gyatso (1935- ), Encyclopédie Universalis : . Le spécialiste de l'Asie et des langues sino-tibétaines, , décrit toutefois le dalaï-lama comme monguor Nathan Hill, compte rendu de Sam Van Schaik's Tibet: A History, xxiii, 324 pp., Yale University Press, London and new York, 2011, in Bulletin of the School of Oriental and African Studies, University of London, 75 (1), : (Pour finir, la remarque selon laquelle "Yonten Gyatso... reste le seul non-Tibétain à avoir exercé la fonction de dalaï-lama" () présente un Monpa (le sixième dalaï-lama) et un Monguor (le dalaï-lama) comme Tibétains alors que ni l'un ni l'autre ne parlait le tibétain comme langue maternelle »); voir http://www.soas.ac.uk/staff/staff46254.php.
Découverte de la réincarnation du dalaï-lama