La bataille de Fort Ligonier est une bataille de la guerre de la Conquête s'étant déroulée à Ligonier, dans l'actuelle Pennsylvanie. Le , les forces françaises et amérindiennes, commandées depuis le Fort Duquesne situé à proximité, attaquent l'avant-poste britannique du Fort Ligonier, alors encore en construction. L'attaque est dirigée par Charles Philippe Aubry, capitaine des troupes coloniales en Louisiane française et se termine par une victoire britannique.

Contexte vignette|redresse|gauche|Forts français et britanniques entre 1753 et 1758. Après l'échec britannique à s'emparer du fort français de Duquesne lors de l'expédition Braddock au début de la guerre de la Conquête, les Britanniques lancent en 1758 une seconde expédition sous le commandement de John Forbes afin de capturer ce fort, depuis lequel les Français et leurs alliés autochtones organisent des raids contre les colonies britanniques de la frontière. L'expédition progresse méthodiquement en construisant une route à travers les monts Allegheny. Au début du mois de septembre, elle atteint un emplacement sûr connu sous le nom de Loyal Hannon, près de l'actuelle municipalité de Loyalhanna en Pennsylvanie. L'avant-garde de Forbes, composée d'environ sous le commandement d'Henri Bouquet, entreprend alors la construction du Fort Ligonier afin d'y établir des quartiers d'hiver. Les travaux sont régulièrement perturbés par des attaques de harcèlement menées par des détachements français et autochtones envoyés depuis le Fort Duquesne.

Pour répondre à ces incursions, Bouquet autorise James Grant à conduire une reconnaissance en force avec . Cherchant apparemment la gloire d'une victoire rapide, Grant tente de s'emparer du Fort Duquesne le . Il sous-estime cependant gravement l'importance des forces françaises commandées par François-Marie Le Marchand de Lignery. L'opération se solde par la capture de Grant et par la perte de près de la moitié de ses hommes, tués ou blessés. De son côté, Lignery souffre d'un manque croissant de ravitaillement. Sa ligne d'approvisionnement a été coupée par les Britanniques à la suite de la prise du Fort Frontenac. Il décide alors de lancer une attaque contre les positions britanniques dans l'espoir de ralentir leur progression et de s'emparer d'une partie de leurs provisions. Pour cette opération, Lignery mobilise pratiquement toute la garnison du fort Duquesne : 440 troupes de la Marine et 150 combattants lenapes commandés par . L'ensemble de la force est placé sous le commandement de Charles Philippe Aubry.

Bataille vignette|gauche|Reconstitution des fortifications du Fort Ligonier. Le commandement de Fort Ligonier était alors temporairement assuré par le colonel de la milice de Pennsylvanie, que Henri Bouquet avait laissé à la tête de la garnison pendant qu'il inspectait un autre poste situé sur la route de l'armée. À l'extérieur du fort, Burd avait déployé plusieurs détachements chargés de protéger les réserves ainsi que les animaux de l'expédition qui paissaient à environ des fortifications. Ces gardes, largement dispersés, subirent l'essentiel de l'attaque franco-autochtone. Lorsque les bruits de la fusillade parvinrent au fort, le colonel Burd envoya le bataillon du Maryland, composé d'environ , en direction des combats. Face à la supériorité numérique des assaillants, cette force fut rapidement repoussée vers le fort. À ce moment-là, l'ensemble de la garnison, forte d'environ , avait pris les armes. Burd dépêcha ensuite le de Pennsylvanie pour soutenir les troupes du Maryland, mais les deux unités durent finalement se replier derrière les fortifications à mesure que les Français et leurs alliés autochtones progressaient. Trois compagnies de provinciaux de Caroline du Nord, commandées par le major Hugh Waddell, participaient également à la défense.

Repoussés par l'artillerie britannique, les Français et les Autochtones se retirèrent temporairement et attendirent la tombée de la nuit pour reprendre leur offensive. Ils ne semblèrent toutefois faire aucune tentative sérieuse pour couper la route menant au fort ; Burd signala même l'arrivée de renforts britanniques au cours de l'après-midi. Vers , une attaque fut lancée contre l'une des redoutes du fort, mais elle fut repoussée grâce à l'intervention de l'artillerie. Les assaillants restèrent néanmoins à proximité des défenses pendant toute la nuit, tirant sur les sentinelles, testant les points faibles des fortifications et capturant ou tuant environ 200 chevaux avant de se retirer vers le fort Duquesne.

James Smith rapporta plus tard les propos tenus par les guerriers alliés aux Français au sujet de la bataille :

Smith ajouta également :

Après-coup vignette|gauche|Fort Ligonier, dans la ville de Ligonier (Pennsylvanie). À l'issue de l'affrontement, les pertes furent relativement légères du côté des assaillants. Le supérieur d'Aubry, le général Montcalm, fit état de deux morts et sept blessés dans les rangs français. Toutefois, le colonel Burd rapporta également avoir fait enterrer quatre soldats français sur le champ de bataille. Les pertes britanniques furent plus importantes. Les Français affirmèrent avoir pris cent scalps et capturé sept prisonniers, tandis que les rapports britanniques recensent douze morts, dix-huit blessés et trente-et-un disparus. Trois soldats des provinciaux de Caroline du Nord figurèrent parmi les tués. Le colonel Bouquet se montra particulièrement critique à l'égard de la conduite de ses hommes durant l'engagement. Dans une lettre adressée à Forbes, il écrivit que cette attaque, qui aurait dû coûter cher à l'ennemi, démontrait au contraire le peu de considération que celui-ci avait pour les forces britanniques, ajoutant que le comportement de ses troupes dans les combats en forêt ne faisait que renforcer cette impression.

Malgré cette attaque, les Britanniques poursuivirent les travaux de Fort Ligonier. Après l'arrivée du général Forbes le , l'armée reprit son avance en force vers le fort Duquesne. Confronté à une situation devenue intenable, François-Marie Le Marchand de Lignery ordonna la destruction du fort le avant de retirer sa garnison vers d'autres postes français situés plus au nord et à l'ouest.

Fort Ligonier continua ensuite à jouer un rôle militaire pendant la Rébellion de Pontiac (1763-1766), avant d'être finalement abandonné. Le fort fut par la suite reconstruit et le site est aujourd'hui inscrit au Registre national des lieux historiques des États-Unis.

Notes et références

Bibliographie

Gaston Deschênes et Denis Vaugeois, Vivre la Conquête, tome 1, les éditions du Septentrion, Québec, 2013, 264 p. . Gaston Deschênes et Denis Vaugeois, Vivre la Conquête, tome 2, les éditions du Septentrion, Québec, 2014, 320 p. .

Liens externes

Catégorie:Bataille de la guerre de la Conquête Catégorie:Bataille de la guerre de Sept Ans impliquant le Canada Catégorie:Bataille impliquant la France Catégorie:Bataille impliquant la Grande-Bretagne Catégorie:Histoire des Amérindiens des États-Unis Catégorie:Nouvelle-France Catégorie:Bataille de 1758 Catégorie:1758 au Canada Catégorie:Octobre 1758