L’abbaye Saint-Martin-aux-Bois, de son premier nom abbaye de Rurecourt.. ou Ruricourt., est une ancienne abbaye pour hommes située dans le village français de Saint-Martin-aux-Bois dans l’Oise, en région des Hauts-de-France. Elle a été fondée vers 1080, soit par un groupe de moines indépendants, soit par des chanoines réguliers de saint Augustin ; les jésuites ont également été présents dans l'abbaye entre 1675 et 1772. Les six derniers moines se sont dispersés en 1790.

De l'abbaye médiévale, la guerre de Cent Ans n'a laissé subsister que la muraille d'enceinte, un bâtiment conventuel au sud de l'ancien cloître - fortement remanié depuis - et l'église. De l'abbaye reconstruite à la fin du et au début du , ne restent que la porte fortifiée, des vestiges peu évocateurs et notamment des bâtiments agricoles, dont un colombier. Saint-Martin-aux-Bois est connue au premier chef pour son église, l'un des premiers monuments historiques français, classée en 1840.. C'est l'un des monuments importants du département de l'Oise et l'une des plus remarquables œuvres de l'architecture gothique du milieu du dans le nord de la France. L'église n'a pas (ou n'a plus) de nef. Seul le chœur du et ses collatéraux sont présents. Le chœur peut être rattaché au courant gothique rayonnant, mais montre à la fois des archaïsmes et des innovations. Des choix audacieux, en particulier une étonnante minceur des supports, allègent les structures au maximum afin de renforcer le caractère élancé de l'espace intérieur. L'abside est une immense cage de verre à sept pans, où pour la première fois les fenêtres sont subdivisées par des étrésillons horizontaux en pierre afin d'augmenter leur hauteur. À cette hardiesse technologique s'ajoute le renoncement à tout élément non indispensable sur le plan esthétique et statique : pas de triforium, transept, déambulatoire ni décoration extérieure. L'extérieur revêt un aspect presque purement fonctionnel où seule la verticalité des lignes est soulignée. À l'intérieur, l'élégance prime toutefois sur l'austérité.

Depuis la désaffectation de l'abbaye, l'église sert d'église paroissiale. En effet, l'absence d'église paroissiale l'a préservée de la vente comme bien national à la Révolution française. Elle n'a cependant jamais fait l'objet des attentions nécessaires de la part des autorités publiques, et la petite commune de Saint-Martin-aux-Bois n'est pas en mesure d'assumer seule les charges d'entretien.

Situation

L'abbaye se trouvait dans l'ancien et l'actuel diocèse de Beauvais, sur la commune actuelle de Saint-Martin-aux-Bois (qui en tire son nom), dans l'actuel canton de Maignelay-Montigny. Elle était à à l'est de Saint-Just-en-Chaussée, entre Beauvais (37 km au sud-ouest) et Compiègne (21 km au sud-est). La source de la rivière Aronde (affluent de l'Oise) est à 2,5 km au sud, à Montiers. À moins d'un kilomètre au nord-ouest passait l'une des chaussées Brunehaut (plus tard appelée voie romaine), en l'occurrence celle reliant Beauvais à Bavay près de Valenciennes.

Toponymie

Son nom est Ruricourt (latin Ruricurtenſis) et l'abbaye, dédiée à saint Martin de Tours, utilise le nom de Saint-Martin-de-Ruricourt jusqu'à la fin du . Au cours de ce siècle, Ruricourt devient parfois Relincourt, avant que ce toponyme ne s'efface en faveur du nom du saint patron de l'abbaye. Le nom de Saint-Martin-aux-Bois est dû aux grands bois situés entre l'abbaye et Saint-Just-en-Chaussée, dont le déboisement est postérieur au ; il paraît pour la première fois dans une lettre de Philippe le Bel datée de 1297....... Une carte dans Gallia Christiana en indique l'emplacement, sous le nom de « S. Martinus in bosco ».Gallia Christiana cite S. Martinus in Bosco, feu de Ruricurte, Ruricourt, abbaye d'hommes, ordre des Augustins (voir ) ; et cite 46 abbés (voir )..

Historique Les origines thumb|left|Plan de situation.

D'après la Gallia Christiana, les premiers chanoines arrivent de l'abbaye Saint-Quentin-lès-Beauvais, sur l'actuelle commune de Beauvais.. Or les récentes recherches entreprises par Christopher Henige de l'Université du Wisconsin à Madison remettent cet élément en question, car aucune source ne le confirme. L'on suppose maintenant que les premiers moines sont des hommes qui avaient décidé librement de se réunir en communauté pour vivre selon la règle de saint Augustin, sans affiliation à un ordre religieux ou une autre abbaye. Le premier abbé, Hernand de Coivrel, est élu en 1080. C'est la seule certitude sur les origines de l'abbaye : l'on ignore qui est son fondateur et les sources d'archives sur les premiers siècles de son existence sont très peu nombreuses. L'affirmation de Nicole et Louis Bardon qui indiquent les moines de l'abbaye Saint-Quentin comme fondateurs est hasardeuse : le fondateur est le plus souvent celui qui finance la construction du nouveau monastère. Sachant que le seigneur local fait partie de la famille des comtes de Dammartin-en-Goële, il paraît plus évident de chercher le fondateur parmi la famille de Dammartin. thumb|upright |Église Saint-Martin.

Une première abbaye doit se trouver en construction au moment de l'arrivée des premiers chanoines. Rien n'en subsiste et aucun texte n'évoque son aspect, et des fouilles archéologiques n'ont jamais été entreprises. Mais un bâtiment est probablement antérieur à l'église abbatiale Saint-Martin : il s'agit du Galata, situé au sud de l'ancien cloître et bâti au comme réfectoire et maison d'hôtes, avec un grand cellier au rez-de-chaussée. Maryse Bideault et Claudine Lautier, qui ont été parmi les dernières scientifiques à soumettre l'architecture de l'église à un examen archéologique, estiment que les travaux ont dû commencer vers la fin des années 1240. La date d'achèvement est en tout cas donné par une inscription sur le vitrail à gauche du chevet, c'est l'année 1260 : l'on considère généralement que la pose des vitraux marque la fin du chantier. Il n'y a donc qu'une unique campagne de construction. Une seconde campagne aurait dû porter sur la nef et les collatéraux de la nef, mais puisque rien n'en subsiste, il n'est toujours pas clair si ces parties ont bien été construites ou pas. L'église se résume ainsi à son vaste chœur abbatial.. Christopher Henige ne revient pas sur cette datation. Le chantier de l'église coïncide à peu près avec l'abbatiat de Walon de Montigny, qui est élu en 1241 et démissionne en 1271 pour se faire de nouveau simple moine. Son rôle décisif dans la construction de l'église semble confirmé par son enterrement devant l'autel, ce qui est un grand honneur.

La vie de l'abbaye

Dès ses débuts, l'abbaye est richement pourvue de donations par les seigneurs des environs, en particularité ceux de Léglantiers qui offrent un grand domaine sur ce village. Au milieu du , l'abbaye possède déjà de nombreux autres biens comme le confirme une bulle du pape Eugène III : le hameau de Vaumont à distance à vue de l'abbaye et des terres à Pronleroy, l'église de Belloy, et les dîmes de Dammartin, Noroy, Rouvillers et Sains. Elle détient la haute, moyenne et basse justice à Belloy, Buzorlon et Ménévillers, ce qui ne change pas sous tout l'Ancien Régime, alors que les possessions de l'abbaye évoluent avec le temps. C'est peut-être cette richesse qui amène un déclin rapide de la ferveur religieuse, constatée dès 1145 ; en 1147 le pape Eugène III place l'abbaye sous son contrôle en la confiant, avec de nombreuses autres abbayes, à Henri de France, évêque de Beauvais. Le déclin est associé à une mauvaise gestion des biens, car Eugène III écrit que l'abbaye avait été riche dans son passé. Une réforme est sans doute entreprise après l'élection vers 1175 de l'abbé Michel qui arrive de l'abbaye Saint-Victor de Paris, centre de la réforme augustinienne depuis 1140. La réussite de la réforme donne de nouveau du crédit à l'abbaye. En 1185, Albéric II de Dammartin lui donne ainsi une grande partie de sa ville ainsi que le prieuré, avec lequel l'abbaye avait déjà entretenu des rapports depuis 1157 (l'abbé de Rurecourt avait aussi le droit de présentation pour le prieuré-cure de Saint-Jean de Dammartin). En 1190 le roi Philippe Auguste (1180-1223), qui possède des vignes à Rurecourt., offre le village voisin de Wacquemoulin à l'abbaye, et en 1199 l'évêque de Meaux, Anseau, lui cède le prieuré de Betz et sa dépendance d'Antilly. En 1251 Alix de Mogneville, dame de Ménévillers, laisse tout ce qu'elle possède sur cette dernière paroisse à l'abbaye Saint-Martin. Les revenus dégagés par ces possessions permettent à l'abbaye de se doter de bâtiments plus somptueux.

Une fois le chœur de l'église terminée en 1260, l'abbaye mène une existence tranquille pendant un peu plus de 150 ans. La plupart des moines sont des chanoines, et donc ordonnés prêtres. L'ordre admet aussi des oblats et des frères lais ou convers qui sont importants pour l'exécution des travaux des champs et l'entretien du domaine. Les chanoines réguliers de Saint-Augustin ont la particularité de faire partie du clergé diocésain. Ainsi, l'abbé est d'office curé de Saint-Martin-aux-Bois. Cette cure est qualifiée d'insignifiante du fait du faible nombre d'habitants, et le village ne possède même pas d'église paroissiale. Contrairement à la plupart des abbayes, mais conformément à l'usage de la plupart des prieurés, les habitants ont donc accès à l'église abbatiale, mais seulement au bas-côté nord où leurs messes sont célébrées par l'un des chanoines. Jusqu'à la fin du , la guerre de Cent Ans (1337-1453) ne semble pas affecter l'abbaye. Les années 1330 et 1340 sont encore prospères, comme le montrent plusieurs œuvres d'art attribuables à cette période. Un aveu de 1382 dresse un long inventaire de biens et tout le village de Saint-Martin lui appartient désormais. La puissance de l'abbaye est illustrée par sa présence à la convention d'Arras en 1435, à la fin de laquelle est signé le traité d'Arras. Mais en 1445, date uniquement connue par la tradition orale, les Anglais incendient l'abbaye. Les bâtiments conventuels sont presque entièrement détruits, l'un des clochers et la façade occidentale de l'église sont endommagés, et le feu entre même dans le bas-côté sud et anéantit une partie du mobilier. Les Anglais emportent aussi une partie des archives de l'abbaye, qui sont retrouvées bien plus tard chez un marchand de poissons de Pontoise. Puis avec l'arrivée des Bourguignons, l'abbaye prend leur parti par crainte de représailles, ce qui lui vaut une punition par le roi sous la forme d'un pillage. Il semble que l'abbaye soit temporairement abandonnée : d'après les témoignages de plusieurs habitants recueillis en 1495, les messes n'étaient plus assurées pendant certaines périodes, et il n'y avait plus qu'un curé pour trois ou quatre villages.....