Messaline, en latin Valeria Messalina, née vers l'an 20 et morte assassinée en 48 à Rome, est une impératrice romaine.
Troisième épouse de l'empereur Claude, elle lui donne deux enfants, Britannicus et Octavie. Cependant, Claude se refuse à lui accorder le titre d'Augusta. Soupçonnée de comploter contre lui, elle est exécutée et frappée de la damnatio memoriae.
Les historiens antiques lui attribuent une cruauté et un appétit sexuel qui finirent par provoquer sa perte, Juvénal lui donnant le surnom resté célèbre de « putain impériale » (Meretrix Augusta). Cependant, il paraît difficile de séparer la légende noire de Messaline de la réalité historique.
La fiabilité des sources
La Vie des douze Césars de Suétone et surtout le des Annales de Tacite sont les principales sources latines couvrant cette période. Écrit plus de soixante ans après les événements, durant une période où les Julio-Claudiens étaient dénigrés, le tableau lacunaireToute la partie consacrée par Tacite aux débuts du règne de Claude (livres 7 à 10 des Annales) est perdue et Suétone est peu disert sur Messaline. que les deux auteurs dressent des événements est particulièrement sombre et sans concession. Il n'est pas toujours aisé de distinguer la part de la calomnie de celle d'une recherche historique solide. Leur tendance à noircir le tableau et à considérer les acteurs principaux comme des criminels souvent dégénérés, leur partialité et leur manque d'esprit critique, voire leur crédulitéUne critique qui vise surtout le polygraphe Suétone. sont aujourd'hui dénoncés et on attribue en partie la sévérité de leur jugement à leurs a priori idéologiques, voire à leur philosophie politique. Tacite et Suétone exprimeraient ainsi les intérêts politiques de la classe à laquelle ils appartenaient : le Sénat et les chevaliers romainsVoir par exemple Caligula l'impudent de Pierre Renucci, Édition Gollion 2002, et suivantes..
Les deux historiens étaient certainement influencés par la société dans laquelle ils vivaient et pour laquelle ils écrivaient. Cependant, de par leurs fonctions — Suétone était secrétaire impérial d'Hadrien et Tacite a exercé de nombreuses et très hautes responsabilités politiques, avant de devenir un familier de l'empereur Trajan —, tous deux avaient accès à des archives officielles et des documents de première main. Les sources sont rarement citées : Tacite affirme à plusieurs reprises que ses affirmations, pour incroyables qu'elles puissent paraître, n'en sont pas moins fondées sur des documents officiels ou des récits de témoins directsEn particulier Annales, , , à propos du second mariage de Messaline..
En somme, les auteurs romains tels que Tacite, Juvénal dans la , et Suétone dans sa vie de Claude n'hésitent pas à décrire de manière négative la jeune femme dont le trait distinctif est une sexualité effrénée. Sa réputation a également pu être volontairement ternie par Agrippine, qui fut, selon Dion Cassius, l'une de ses farouches rivales. Juvénal la traite même, dans sa , de meretrix Augusta soit la « putain impériale »..
Origine
Issue de la haute noblesse de Rome, Valeria Messalina est la fille de Marcus Valerius Messalla BarbatusSuétone, Vie des douze Césars, Claude 26. et de Domitia LepidaTacite, Annales , 37, 3.Domitia Lepida Minor (10 - 54 fut mariée trois fois. Messaline est le second enfant de son premier mariage.. Elle est la petite-fille d’Antonia l'Aînée et donc l’arrière-petite-fille de Marc Antoine : elle est aussi la nièce de Gnaeus Domitius Ahenobarbus, premier époux d’Agrippine la Jeune et père de NéronL'historien et latiniste Pierre Grimal donne une généalogie assez complète de Messaline dans l'index de Tacite : Œuvres complètes ()..
Vie Incertitudes sur Messaline En l’absence de sources antiques, on ignore tout de Messaline avant qu’elle ne soit impératrice, sauf son ascendance. Donc sa date de naissanceLes propositions de naissance de Messaline varient entre avant 20 jusqu’après 26 ; donne des propositions de date de treize auteurs différents., son âge, la date de cette union et surtout sa raison sont toutes conjecturales.. Les seuls points de repère chronologiques connus sont : 12 ans comme âge minimum légal de mariage d’une Romaine, et la mise au monde de Britannicus vingt jours après la proclamation de Claude selon Suétone, soit le 12 février 41Suétone, Claude, 27, mais Suétone se contredit dans la même phrase en situant l’événement sous le second consulat de Claude, en 42 ; Dion Cassius, , 33 donne aussi 42, tandis que Tacite, Annales, , 15 permet de déduire une naissance en 41.. Tous les historiens s’accordent pour situer son mariage avec Claude sous Caligula, peu avant 41 selon Ronald Syme, peut-être lors du consulat de Claude en 37 pour C. Ehrhardt, ou encore en 38 ou au début de 39 pour LevickBarbara Levick, Claude, .. pour placer la naissance d'Octavie un an ou deux avant celle de son frère, en 39 ou début 40..
Arrivée au pouvoir Messaline devient impératrice après l'acclamation de Claude, comme empereur, par la garde prétorienne le 24 janvier 41. Toutefois, Claude ne lui accorde pas le titre d'AugustaDion Cassius (, 12)., point confirmé par l'absence de monnaie à l'effigie de Messaline portant ce titre. Quelques jours après, le 12 février, Messaline met au monde un héritier impérial, que Claude nomme Tiberius Claudius Germanicus, le futur Britannicus. En dépit de la réputation sulfureuse de son épouse, la paternité de Claude semble ne jamais avoir été remise en questionBarbara Levick relève par exemple que « L'adultère était une faute qu'on ne peut lui imputer vraisemblablement pendant les quelques années qui suivirent la naissance [de Britannicus] ». (Claude ).. Pierre Grimal relève que le début du mariage fut heureux, mais que les choses se gâtèrent au moment de l'élévation de Claude à l'empire.
Une fois parvenue à la première place, Messaline semble régler sa conduite selon son souci dynastique, ses affaires de cœur et son goût pour les richesses, trois axes qui sont pour les auteurs anciens les poncifs du caractère tyrannique : cruauté, désirs non maitrisés et avidité. Parmi ses victimes les plus illustres, on compte Julia Livilla, fille de Germanicus, ainsi que la cousine de celle-ci, Julia, fille de Drusus.
La « putain impériale » ? thumb|left|Messaline par Eugène Cyrille Brunet, 1884. musée des beaux-arts de Rennes. Messaline est célèbre pour son appétit sexuel, voire sa nymphomanie. La tradition antique unanime colporte à son encontre des récits donnant une image de l'« » (« putain impériale ») : elle est ainsi devenue l'incarnation même de la luxure et du scandale. À en croire la description du poète satirique Juvénal, débauchée, elle n'hésitait pas à se prostituerSous le nom de Lycisca (un synonyme de lupa, « la louve ») (Juvénal). Lycisca était aussi un nom de chienne (Gaffiot). ouvertement dans les bordels de SubureJuvénal, , vers 114 et suivants. Juvénal la décrit d'ailleurs comme « meretrix augusta » (putain impériale) (, 118).. Elle avait transformé une partie du palais en lupanarDion Cassius, Histoire romaine, , 18, 21 et 31..
vignette|Agostino Carracci - Messaline dans la loge de Lisisca
Les historiens modernes, comme la Britannique Barbara LevickClaude, . , tendent toutefois à relativiser l'importance de ce trait de sa personnalité, mais tous admettent la réalité de l'inconduite de l'impératrice. Certains remettent en question l'authenticité de la prostitution de MessalinePierre Grimal voit dans la satire de Juvénal un artifice littéraire opposant le palais impérial et les bouges sordides de Rome. Toutefois, il concède que Messaline a certainement utilisé le palais impérial pour des débauches avec des pairs.. L'historienne Catherine Salles relativise, elle aussi, cette débauche, en relevant qu'elle n'était pas si inhabituelle.
Un mari complaisant
Mnester était un pantomime célèbre. Caligula en avait été amoureuxPierre Grimal, Tacite, . et Messaline désirait en faire son amant. Devant son refus obstiné, elle demanda à Claude de lui donner l'ordre d'exécuter tout ce qu'elle voulait. L'empereur l'accorda à son épouse. Dion Cassius précise : « Elle fit la même chose à l'égard de beaucoup d'autres ; car elle commettait des adultères, comme si Claude avait connaissance de ce qui se passait, et lui avait permis de se plonger dans la débauche »Dion Cassius, Histoire romaine, , 22..
Après la disparition de Caligula, Claude décida de faire disparaître le souvenir du tyran et ordonna de retirer de la circulation les pièces de monnaie de son prédécesseur. Messaline en récupéra le bronze pour fondre des statues de Mnester, amant par décision impériale.
Les intrigues du palais Pour Pierre Grimal, Messaline était au centre d'un conflit d'intérêts sans pitié où chacun jouait sa propre cartePour Dion Cassius, l'époque est marquée par la rivalité entre les partisans de Messaline et les « césariens », les partisans d'Agrippine la Jeune. Selon l'heure, les clans seront alliés ou opposés.. Il avance l'explication suivante : Claude était connu pour son amour des femmesDion Cassius, Histoire romaine, , 2. (et des très jeunes filles en particulier). Messaline, femme-enfant (elle a quatorze ou quinze ans au moment de son mariage) exerçait un réel ascendant sur son mariLe caractère influençable de Claude, sous la coupe de ses femmes et de ses affranchis, est attesté par tous les auteurs.. Elle est donc rapidement devenue une intermédiaire privilégiée pour accéder à l'empereur. Elle se fait alors manipuler par l'affranchi Narcisse avant que dans un ultime retournement, celui-ci ne s'en débarrasse. L'explication cadre assez bien avec un autre reproche fait à Messaline : sa cruauté. Sur son intervention, de nombreux courtisans furent en effet éliminés par la relégation, l'exil ou l'assassinat : parmi ses victimes, on trouve les femmes ou les maîtresses de ses amants, des gens dont elle convoite les biens, les concurrents potentiels à l'héritage dynastique, les menaces pour sa propre sécurité… Le récit de Tacite montre clairement que pour arriver à ses fins, l'intrigante avait besoin d'appuis (grassement rétribués) qu'elle obtenait dans des alliances changeantes et sans état d'âme. Un rôle qui tranche sur l'image d'une évaporée débauchée.
Parmi les victimes les plus connues figure le stoïcien Sénèque, qui fut accusé d'adultère avec Julia Livilla, la dernière fille de Germanicus, et relégué en Corse. Quant à Julia Livilla, qui, semble-t-il, tentait de la remplacer dans le lit de ClaudeDion Cassius, Histoire romaine, , 8., elle fut exilée, puis assassinée sur son ordre. Mais il faut citer aussi Poppaea SabinaLa mère de la future épouse de Néron. et le consul Valerius AsiaticusDecimus Valerius Asiaticus (?-47), deux fois consul, était le propriétaire des fameux jardins de Lucullus, que convoitait avidement Messaline. Tacite, Annales, , 1.Selon Dion Cassius, ces jardins furent d'ailleurs la cause de la perte de leur propriétaire.Barbara Levick, Claude, . Barbara Levick insiste sur le tour de force qu'a représenté l'élimination de l'importante personnalité qu'était Valerius Asiaticus, et le rôle central qu'y a tenu Messaline. (amants supposés)Annales, , 6, 1., Asiaticus Vitellius ou même des chevaliers romains à qui l'on reproche un rêve prémonitoireAnnales, , 4. Les accusés étaient les frères Petra (gentilice inconnu). Ils avaient aussi le tort d'avoir prêté une maison pour abriter les amours de Poppae et de Mnester, dont Messaline était éprise.. Même Agrippine et son fils Néron suscitèrent son inquiétude et furent l'objet de sa jalousie et de ses cabalesAnnales, , 12.. Enfin, l'élimination de Polybe, affranchi et secrétaire de Claude, lui aliène le soutien des autres affranchis impériauxDion Cassius, livre 60, 31..
Les secondes noces de l'impératrice