Aryens ou Arya est un terme (signifiant « noble » en sanskrit) qui a été utilisé par les Indo-Iraniens pour se désigner eux-mêmes (endonyme). Durant la période védique (environ 1500 à 500 avant notre ère), Arya désigne à la fois la classe noble et la région géographique d’Āryāvarta où la culture indo-aryenne s’est développée. Les peuples iraniens, qui lui sont étroitement liés, ont également utilisé le terme comme désignation pour eux-mêmes dans l’Avesta, et le mot forme la source étymologique du nom Iran.

S’appuyant sur des références du Rig-Véda mal interprétées, des savants occidentaux des ont pensé que le terme « Aryen » était l’endonyme de tous les peuples indo-européens, mais il apparaît aujourd’hui que cela est inexact. À la suite de cette erreur, le terme « Aryen » a été utilisé par Arthur de Gobineau pour désigner le type morphologique humain que l’état-civil définit comme « caucasien » aux États-Unis, dans une idéologie de la race à laquelle se mêle la notion de « supériorité du blanc nordique » qui aurait migré à travers le monde et fondé toutes les civilisations majeures, avant d’être « dégradé » par le mélange avec les populations locales. Par l’intermédiaire des essais de Houston Stewart Chamberlain, les idées de Gobineau ont ensuite influencé l’idéologie nazie présentant les « peuples aryens » comme supérieurs aux autres. Les atrocités commises au nom de cette idéologie raciale ont amené les universitaires à éviter le terme « Aryens », qui est remplacé dans la plupart des cas par « Indo-Iraniens » et ne reste employé que dans le contexte des langues indo-aryennes.

Utilisation non scientifique

L’utilisation fréquemment non scientifique de ce terme fait l’objet de nombreuses mises en garde émises dans les milieux spécialisés. Dans tous les cas, l’utilisation du mot « Aryens » pour désigner l’ensemble des Indo-Européens est considérée comme abus par certains spécialistes du sujet. Quant au mot « Indo-Européens », il ne désigne pas un peuple en particulier, et encore moins une « race », comme c’est souvent le cas depuis plus d’un siècle, en particulier en Europe et en Inde, dans les controverses non scientifiques, les polémiques et les thèses pseudo-historiques, protochronistes, nationalistes et racistes :

Débats linguistiques et archéologiques

Origine du mot arya Les textes conservés, le Rig-Véda, le plus ancien texte sanskrit, l’Avesta et des inscriptions vieux-perses émanent de lettrés qui se qualifient eux-mêmes respectivement d’arya (sanskrit) et d’airiya (avestique). Sont appelées indo-aryennes les langues de l’Inde qui remontent aux parlers des « Aryas » (parlées dans les territoires de la République indienne, du Pakistan, du Bangladesh, du Népal et d’une majeure partie de l’Afghanistan d’aujourd’hui). Par ailleurs, les langues iraniennes sont irano-aryennes, remontant aux parlers airiia : elles sont parlées dans les territoires de l’Iran, du Tadjikistan, de l’Afghanistan actuels, et du Kurdistan mais des langues irano-aryennes disparues comme l’alain, le scythe, le sakien, le tokharien, le parthe ou le kouchan ont eu une diffusion beaucoup plus large, allant de l’Europe orientale à l’Asie centrale..

Francisé en « aryen », le terme sanskrit védique arya est souvent confondu avec le terme avestique airiya qui signifie « excellent, honorable, noble » en iranien ancien. Ainsi se désignent les populations de langue indo-européenne qui, vers la fin du millénaire avant notre ère, se seraient établies sur le plateau iranienDéfinition d'aryen Sur le site universalis.fr.. La langue et la phraséologie de l’Avesta et du Rig-Véda sont si proches que ces deux textes s’expliquent souvent l’un par l’autre. On peut donc considérer l’existence du groupe (de langues) indo-iranien comme assuré.

Cependant il est difficilement soutenable de faire coïncider ces avancées de la philologie avec des recherches archéologiques, sur des objets et des populations dont on ignore, faute de traces écrites, le nom..

Origines des Aryens

Les Aryens (en sanskrit Aryas, en avestique Airiya) ou « Nobles »,) forment une entité homogène, détachée de la grande mouvance indo-européenne. Cette entité prend place dès le millénaire avant notre ère entre les mers Caspienne et d’Aral. Les spécialistes la relient parfois à la culture Yamna qui s’est développée dans l’actuelle Ukraine, le sud de l’actuelle Russie et le bassin de la VolgaJean Haudry, Les Indo-Européens, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1985, p. 118.. Vers le millénaire, cette influence culturelle et linguistique va gagner très lentement le Sud, vers l’Iran, l’Inde, mais aussi vers le Proche et le Moyen-Orient. Cette influence que l’on dénomme souvent « indo-iranienne » (appellation logique puisqu’elle se diffusera en Iran et en Inde du Nord) gagne l’ensemble du plateau iranien et, vers l’est, se fait « aspirer » par l’Inde, la pénétrant par le Penjab, au nord-ouest du sous-continent. Intégrant des substrats différents et évoluant différemment, elle se divise progressivement en deux ensembles culturels et linguistiques « iranien » (ou avestique) à l’ouest et « nord-indien » (ou sanskrit) à l’estJacques Rifflet, Les mondes du sacré, éditions Mols, année 2000, page 464-465.. Les linguistes supposent que cette dissociation entre Iraniens et Indiens a pu se produire assez tôt, vers 2000 avant notre èreAndré Martinet, Des steppes aux océans : l'indo-européen et les indo-européens, Paris, Payot, 1986, p. 68..

Groupe linguistique

Indo-Aryen

Les Indo-Aryens se sont installés en Bactriane, au sud-est de l'actuel Ouzbékistan et au nord de l'Afghanistan. Ils ont laissé leur empreinte sur une civilisation de l'âge du bronze, datée de 2200 à 1700 avant notre ère. On l'appelle la civilisation bactro-margienne ou la civilisation de l'Oxus. À partir de la Bactriane, ils ont migré vers l'Inde du Nord, et ont communiqué aux autochtones leur langue et leur culture. À ce stade, leur langue est appelée le védique, parce qu'elle est celle des plus anciens textes indiens, les Vedas. Une forme évoluée du védique est le sanskrit. Les langues indo-européennes parlées en Inde en dérivent toutes. Il subsiste dans ce pays des langues non indo-européennes, comme les langues dravidiennes et les langues munda.

D'autres Indo-Aryens ont migré vers le Moyen-Orient, toujours à partir de la Bactriane. Ils sont intervenus dans la formation du royaume du Mitanni en haute Mésopotamie, vers 1500 avant notre ère. Les documents archéologiques ont livré une grande quantité de noms propres védiques, en particulier de noms de dieux. La plupart de ces dieux, comme Varuna ou Indra, sont inconnus de la religion iranienne. Ainsi, la période védique a commencé avant 1500 avant notre ère, en dehors de l'Inde. Le terme Aryen est la francisation de l'autoethnonyme des Indo-Aryens, qui est Ārya. Il signifie « noble ». Xavier Delamarre, dans son Vocabulaire indo-européen (1984), propose de faire remonter Ārya à l'indo-européen commun *aryos, au sens d'« Aryen » ou de « seigneur ».

Certains nationalistes Indiens rejettent l'idée que leur langue et leur culture aient pu provenir de l'étranger. Ils nient totalement la parenté du sanskrit avec les autres langues indo-européennes et rejettent tout ce que les partisans de la théorie de l'invasion aryenne avancent depuis des décennies (cf. Théorie de l'invasion aryenne). En effet, le Rig-Veda mentionne Arya-Varta (la terre des Aryens) comme Sapta Sindhu (la terre des sept rivières du Nord-Ouest de l'Asie du Sud, l'une d'entre elles étant l'Indus), cela correspond à la région pakistanaise du Penjab actuelle. D'autres auteurs, comme l'archéologue Henri-Paul Francfort, ne veulent pas entendre parler d'invasion, mais seulement de migration progressive. La manière par laquelle les Proto-Indo-Européens sont arrivés en Inde n'est, à vrai dire, qu'une question subsidiaire.

Iranien Certains archéologues leur attribuent une culture dite des « tombes à charpente » (srubnaya en russe), datée de 1900 à 1500 avant notre ère et située sur la Volga. Grâce aux sources assyriennes, il est prouvé que les Perses sont présents sur le plateau iranien dès le Avec eux, se trouvaient les Mèdes également de langue iranienne. Leur lien avec la culture des tombes à charpente n'est cependant pas clair. Le plus ancien texte sacré des Iraniens, l'Avesta, a probablement été composé en Bactriane ou en Sogdiane, en tout cas dans l'actuel Turkestan occidental. Sa langue, appelée l'avestique, est différente du vieux perse, mais elle est très proche du védique.

L'Iran est autrefois appelé Ērān shahr, expression prononcée Aryānam xshathra dans l'Antiquité et signifiant « royaume des Arya ». Les peuples de langue iranienne n'ont pas vécu qu'en Iran. Jusqu'à la fin du , il y a aussi les Bactriens et les Sogdiens, en Ouzbékistan, dont les langues sont connues grâce aux documents qu'ils ont laissés. Au sud de la mer d'Aral, se trouvaient les Chorasmiens. Le nom de leur région, la Chorasmie ou Khwarezm, s'explique par le vieil iranien *Xwāra-zmi « pays du soleil ». Ces trois peuples sont mentionnés au par Hérodote. Il parle aussi des Aryens, vivant dans la région de Hérat, en Afghanistan.

Une culture, dite de Tazabagyab, est apparue vers 1500 avant notre ère, d'où les Iraniens du Turkestan occidental ont pu provenir. Elle est située au sud de la mer d'Aral, sur le territoire des futurs Chorasmiens. Elle rassemble des éléments de la culture des tombes à charpente et d'une culture du Kazakhstan, celle d'Andronovo. Les morts étaient enterrés de manière très particulière : ils étaient en position fœtale, les hommes sur le côté droit et les femmes sur le côté gauche. Une telle pratique funéraire est aussi observée en Bactriane, le long des rivières Kafirnigan (au cimetière de Toulkhar) et Vakhsh. À Toulkhar, dont les tombes sont datées de 1700 à 1500 avant notre ère, les hommes et les femmes étaient de plus enterrés avec un petit autel respectivement carré et rond. C'est le reflet d'une conception typiquement indo-européenne, qui associe les hommes au ciel carré et masculin et les femmes à la terre féminine et ronde. De plus, le côté gauche, caractérisant les femmes, est défavorable, tandis que le côté droit, caractérisant les hommes, est favorable.

La culture d'Andronovo, née au Kazakhstan occidental, a recouvert tout ce pays, ainsi que la Sibérie méridionale, durant le De nombreux spécialistes considèrent que les Iraniens nomades, tels que les Scythes, ont été ses héritiers. Le matériel trouvé à Toulkhar combine des influences de l'ancienne culture bactro-margienne et de celle d'Andronovo. Les poignards étaient notamment de type andronovien. Les hommes de Toulkhar semblent avoir été des pasteurs. Ils ont peut-être été des acteurs du remplacement par la culture iranienne de la culture indo-aryenne de Bactriane (il n'y a pas de raison de croire que les Indo-Aryens aient tous quitté cette région pour se rendre en Inde ou en Mésopotamie). On peut encore ajouter que le site le plus ancien de la culture d'Andronovo, celui de Sintashta, se trouve au sud-est de l'Oural. Il est daté de 2300 à 1900 avant notre ère. La culture des tombes à charpente se trouve un peu plus à l'ouest. Ainsi, le foyer des Iraniens était apparemment localisé à la limite de l'Europe et de l'Asie, au nord de la mer Caspienne.

Ce foyer se trouve à côté de celui de tous les Indo-Européens, selon la thèse de Marija Gimbutas. Il s'agit du Nord de la mer Noire. La première localisation connue des Indo-Aryens étant au Turkestan, il faut supposer qu'ils y ont migré à partir du Kazakhstan occidental ou de la Russie méridionale, à une date qui reste à déterminer.

Interprétations historiques Alexandre Langlois