Rose Valland, née le à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs dans l'Isère et morte le à Ris-Orangis, est une conservatrice de musée et une résistante française.
D'abord comme attachée de conservation au musée du Jeu de Paume pendant l’Occupation, puis aux côtés des autres agents français chargés des opérations de récupération artistique en Allemagne et en AutricheRécupération artistique, elle a joué un rôle moteur décisif dans la sauvegarde, la récupération et la restitution de plus de d'art et biens culturels volés et spoliés par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale aux institutions publiques et aux familles juives françaises.
Biographie Jeunesse et formation Rose Valland est née le à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, en Isère, un bourg de de la plaine de la Bièvre, près de Grenoble. Elle est la fille unique de François Valland, charron et maréchal-ferrantPhilippe Sprang, « Rose Valland, un chef-d'œuvre de Résistance », Paris Match, semaine du 20 au 26 février 2015, pages 76-81., et de Rosa Maria Viardin, femme au foyer.
thumb|left|Effets personnels de Rose Valland exposés au Musée dauphinois. Elle peut suivre des études grâce à sa mère, qui demande des bourses pour sa fille. En 1914, elle entre à l'École normale d'institutrices de Grenoble dont elle sort en 1918. Douée pour le dessin et encouragée par ses professeurs, elle part suivre des enseignements de l'École nationale des beaux-arts de Lyon dirigée par Henri Focillon. Elle s'y fait remarquer par son application et obtiendra de nombreux prix. En 1922, elle entre à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Elle réussit ensuite le concours du professorat à l’enseignement du dessin, où elle est reçue sur plus de . Durant les années 1920, elle suit des cours d'histoire de l'art à l'École pratique des hautes études, à l’École du Louvre et à l'Institut d'Art et d'Archéologie. Étudiante du byzantiniste Gabriel Millet, elle soutient son diplôme des Hautes Études sur Aquilée ou les origines byzantines de la Renaissance portant sur les fresques du de la crypte de la Basilique patriarcale d'Aquilée, en Frioul-Vénétie Julienne. Elle fera publier cette recherche en 1963Aquilée et les origines byzantines de la Renaissance, Paris : E. de Boccard, 1963.. En 1931, elle obtient son diplôme d’École du Louvre sur l'évolution du mouvement de l'art italien jusqu'à GiottoJean-Marc Dreyfus et les Archives diplomatiques, Le Catalogue Goering, Paris, Flammarion, 2015. 608 p.. À l'Institut d’art et d’archéologie de l’université de Paris, elle obtient les trois certificats d’études supérieures d'histoire de l'art moderne, d’archéologie médiévale, et d'archéologie grecque, qui constituent le diplôme d’art qui, combiné avec sa thèse du Louvre, lui donne une licence spéciale d’histoire de l’art et d’archéologie. Elle voyage en Italie et probablement en Allemagne, dont elle parle la langue en autodidacte, sans pourtant l'avoir jamais étudiée durant sa scolarité.
À partir de 1932, elle devient au musée des peintures et sculptures étrangères du musée du Jeu de Paume, installé sur la terrasse des Tuileries. Jusqu'à ce que la guerre éclate, elle travaille au catalogue des collections du musée, parallèlement à l'organisation d’une quinzaine d’expositions internationales et à leur catalogue. Elle écrit également de nombreux articles dans des revues d’art et de journaux, activité qui lui assure sans doute un petit revenu. Son statut de bénévole se maintient en effet jusqu'en 1941, date à laquelle elle est titularisée et salariée.
Occupation allemande
À partir du , à la demande du directeur des Musées nationaux, Jacques Jaujard, elle demeure en activité au Musée du Jeu de Paume, officiellement comme attachée de conservation, officieusement chargée par Jacques Jaujard de lui rendre compte des agissements des Allemands qui viennent de réquisitionner le musée pour y entreposer des œuvres d'art extorquées à des collectionneurs privés.
thumb|Composition (1939) de Fédor Löwenstein. Ce tableau, spolié en décembre 1942 et indiqué avec une [croix rouge] pour être détruit, échappe à l'autodafé de juillet 1943. Pendant l'Occupation, les Allemands, sous l'administration du () de l'Institut du Reichsleiter Rosenberg pour les territoires occupés (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, ou ERR), commencent à travers la France, un pillage systématique des œuvres des musées et des collections privées, principalement celles appartenant à des Juifs déportés ou ayant fui. Ils utilisent le musée du Jeu de Paume comme dépôt central (avec six salles du département des antiquités orientales du musée du Louvre) avant de trier et d'orienter les œuvres vers différentes destinations en Allemagne, en Autriche et en Europe de l'Est. Pendant le pillage nazi, Rose Valland relève discrètement et aussi précisément que possible, les mouvements des œuvres qui transitent par le musée du Jeu de Paume, le nom des victimes spoliées, le nombre d'œuvres, leurs destinations, le nom des agents chargés des transferts, le nom des transporteurs, les marques et écritures sur les caisses, les numéros et les dates des convois, sans oublier le nom de l'artiste, de l'œuvre et ses dimensions..
Les salles du musée du Jeu de Paume sont fréquemment visitées par de hauts dignitaires nazis, en particulier Hermann Goering et Alfred Rosenberg, pour lesquels sont organisées des expositions destinées à présenter des collections spoliées. Rose Valland est présente durant ces passages sous haute tension, au cours desquelles le Reichsmarschall vient sélectionner personnellement un grand nombre de tableaux volés pour compléter sa propre collection.
Pendant plus de quatre ans, elle garde la trace de tous les mouvements des œuvres, de la provenance et de leurs destinations. Elle rédige des dizaines de fiches de manière scrupuleuse, déchiffre des papiers carbone allemands jetés dans les poubelles du musée, écoute discrètement les conversations des officiels nazis.
Directement ou via Jacques Jaujard, elle fournit des informations essentielles et détaillées à la Résistance, sur les trains transportant les œuvres, afin que ces convois soient épargnés par les résistants. Et surtout, elle communique aux Alliés les noms des dépôts allemands et autrichiens (Altaussee, Buxheim, Neuschwanstein-Füssen, Nikolsburg) afin d'éviter les bombardements, de les sécuriser et de faciliter la récupération des œuvres entreposées. Le lieutenant James Rorimer, l'un des officiers américains chargés du sauvetage du patrimoine artistique européen, témoignera du travail de Rose Valland dans son livre , en 1950.
L'après-guerre et la récupération des œuvres À partir de , elle est nommée secrétaire de la Commission de récupération artistique créée sur l'initiative de Jaujard. Sa connaissance des spoliations l'amène à faire partie des agents français chargés des opérations de récupération des oeuvres en Allemagne et en Autriche.
Au printemps 1945, alors que l'épuration du marché de l'art parisien se met en place, Rose Valland est désignée par Georges Salles pour faire partie de la Commission nationale interprofessionnelle d'épuration en tant que représentante pour les Beaux-Arts.. En raison de son départ pour l'Allemagne, elle est rapidement remplacée dans cette fonction par Michel Martin.
À partir du , elle est détachée du ministère de l'Éducation nationale au ministère de la Guerre, puis du au , détachée comme administrateur de classe au ministère des Affaires étrangères, comme agent français en Zone française d'occupation en AllemagneCentre des archives diplomatiques de La Courneuve, archives de la zone française d'occupation, dossier de carrière de Rose Valland (1945-1952).. Elle est nommée capitaine de la française, cheffe du Service de remise en place des œuvres d'art (SRPOA) au sein de la division Éducation publique du Groupe français du Conseil de contrôle de la ZFO. En résidence administrative à Berlin-Frohnau, elle est habilitée à se rendre dans les différentes zones d'occupation alliées, britannique, américaine et même - fait rare dû à son opinâtreté - en zone soviétique..
De nombreux biens culturels sont rapatriés en France grâce à son action et à celle de ses collègues français chargés comme d'elle des opérations de récupération : Pierre-Louis Duchartre (1894-1983), Hubert de BryeMonuments Men Foundation, notice Hubert de Brye (1900-1982), Jean-Louis Bonet-Maury (1894-1985)Aquitania Memoria, notice Jean-Louis Bonet-Maury, Elie Doubinsky au CCP Munich, Henry de Faucigny-Lucinge (1901-1982) à Düsseldorf, Marguerite Azambre à Baden-Baden, Michel Florisoone (1904-1973) à Paris.
Elle coopère également étroitement avec les Monuments Men américains tels qu'Ardelia Hall (1899-1979), James Rorimer (1905-1966), S. Lane Faison, et Edith Standen (1905-1998) entre autres. Grâce aux Américains, elle peut conduire ses enquêtes et interroger les officiers et les marchands nazis auteurs de pillages : Günther Schiedlausky, Hildebrand Gurlitt, Bruno Lohse, Gustav Rochlitz., etc. Elle joue un rôle déterminant dans la tenue des audiences consacrées en au pillages des biens artistiques par les dirigeants nazis à Nuremberg.
Durant cette période, elle rapporte d'Allemagne le catalogue de la collection d’œuvres d’art d’Hermann Göring : achetées ou pillées durant la guerre entre et .. Ce manuscrit avait été trouvé en par des unités américaines et françaises, caché dans un tunnel de la région de Berchtesgaden. Il est versé aux archives de la Récupération artistique.
Entre 1945 et 1954, elle participe au rapatriement de plus de d'origine française, soustraits à des institutions publiques (Musée de l'Armée, loges maçonniques, Bibliothèque polonaise, etc.) et des familles juives persécutées (Bacri, Bernheim, Cassel, David-Weill, Dreyfus, Alphonse Kann, Paul Rosenberg, Rothschild, Seligmann, etc.)M. Hamon, La récupération des œuvres d'art spoliées, 1944-1993, Paris : Ministère des Affaires étrangères, Direction des Archives et de la Documentation, 1993, 163 p..
Elle fait également de l'espionnage lors de ses missions en zone soviétique et transmet à ses supérieurs des rapports sur les mouvements de troupes et leurs armements.
À son retour à Paris en , elle réintègre l'administration des Musées de France, comme conservatrice des Musées nationaux. Elle devient chef du Service de protection des œuvres d'art (SPOA), un service créé à son intention, dans un but prospectif de protection des œuvres d'art en cas d'un troisième conflit mondial.
Si son travail sur la restitution des œuvres spoliées est reconnu par les victimes, qui lui témoignent leur gratitude, il demeure toutefois peu valorisé et peu encouragé par son administration. En 1961, elle fait connaître son action sous l'Occupation dans le livre Le Front de l'art (réédité en 1997, puis en 2014). En 2024, ses mémoires sont traduits en anglais pour la première fois., réalisant ainsi le souhait de la résistante, qui n'était pas parvenue à mener ce projet à bien de son vivant.
Elle fait valoir ses droits à la retraite en 1968 à l'âge de 70 ans mais continue à travailler sur la restitution des œuvres spoliées, à la demande du Service des bibliothèques, des archives et de la documentation générale (SBADG) des Musées nationaux. Elle joint ses archives personnelles aux archives des services français de récupération artistique (Commission de récupération artistique, Office des biens et intérêts privés, SRPOA, Bureau central des restitutions, Bureau d'investigation artistique), avec le souhait que l'ensemble rejoigne le Bureau des archives de l'occupation française en Allemagne et Autriche, à Colmar. Depuis 2010, l'ensemble de ces archives sont conservées au Centre des archives diplomatiques de La CourneuveCentre des archives diplomatiques de La Courneuve.
Mort