L'église Sainte-Suzanne est située à Sainte-Suzanne-et-Chammes en Mayenne. Elle appartient aujourd'hui à la communauté paroissiale de Saint-Barnabé-en-Charnie.
Histoire La première église bâtie sur ce promontoire portait, du fait de sa position, le nom d'église Saint-Jean-de-Hautefeuille. Quand le bourg autour de l'église fut réuni au château, afin d'augmenter les fortifications et assurer la défense du pays contre les voisins normands, la nouvelle enceinte n'eut plus qu'un seul nom en prenant le nom du château, et l'église elle-même fut placée sous le patronage de sainte Suzanne. Dès avant 1125, l'église, probablement d'origine castrale, appartenait à l'abbaye d'Évron (archidiaconé de Laval, doyenné d'Évron). L'église est reconstruite au début du : dès 1484 un "bref d'indulgences" encourage sa réfection sous le pontificat d'Innocent VIII. En 1495, le cardinal Philippe de Luxembourg, évêque du Mans, encourage sa reconstruction par un mandement ou rescrit. Le un nouveau "bref d'indulgences" est publié dans le même sens par le cardinal d'Amboise, légat du Saint-Siège en France. En 1526, deux maîtres maçons vindrent de loin pour faire le divis ; n'ayant pas trouvé de pierres rousses à la Rivière, on fit venir 106 charretées de pierre de Bernay (et 6 charretées de bois pour les échafaudages). Jean Enjubault et Georges Olivier, maçons, s'engagèrent en 1528 à tailler, maçonner et réédifier tout à neuf l'église mais durent faire revenir de la pierre de Valiser (?), Saint-Christophe-en-Champagne et Bernay-en-Champagne. Les ressources s'épuisant, il fallut en 1536 vendre une partie des terres de la fabrique. L'église est finalement consacrée le par Jean VIII Jouvenel des Ursins, évêque de Tréguier (en résidence au Mans), coadjuteur de Jean du Bellay (1492-1560). L'église d'alors est en forme de croix régulière, mais dont le chœur et les bras du transept sont sans profondeur et peu décorés. Il n'y eut d'essai timide de décoration dans le style de l'époque que l'encadrement de la porte et de la fenêtre de la façade ouest. L'intérieur de l'édifice reste dans le plus grand dénuement pendant plus de deux siècles. En 1884 une réfection presque complète de l'édifice, sur les mêmes bases, a laissé subsister le pignon occidental, donné au chœur la forme circulaire à pans coupés et remplacé intérieurement les lambris par des voûtes. les ouvertures sont géminées en arc brisé. De l'église du ne restent que la façade et le portail Renaissance. Les piédroits sont ornés de colonnes engagées cannelées et les chapiteaux composés de feuilles d'acanthe, crosses recourbées et angelots. 180px|thumb|left|L'église de Sainte-Suzanne
Pendant les périodes de guerre, l'église n'étant plus accessible, le culte était pratiqué dans la chapelle de la Madeleine, située extra-muros dans le cimetière, ce qui la rendait accessible aux habitants des faubourgs, notamment de celui de La Rivière. Déjà en ruines en 1495, elle fut reconstruite en 1668 aux frais de Charles Bricel, prieur de Remmes (chapelle de Sainte-Gemmes-le-Robert). La chapelle actuelle, qui ne mesure plus que sur , date de 1780, restaurée en 1826; les statues de l'église actuelle viennent de cette chapelle, ou de la chapelle Saint-Eutrope située à la Croix-Couverte. thumb|Détail du portail
Pendant la période révolutionnaire, où la cité prend le nom de Mont d'Erve, l'église sert de club et de caserne. Elle est rendue au culte en 1800 et un jubé est construit en 1806. Appartenant à la mission d'Évron en 1797, l'église est érigée en cure par décret du 5 nivôse an XIII, de l'archiprêtre de Saint-Vénérand de Laval. Un vicariat est fondé par ordonnance du . De l'église profondément remaniée en 1884, restaurée et agrandie, seul le portail de l'ancienne église a été conservé. Le , une partie de la voûte s'effondre dans le chœur. La réfection, en bois, de la totalité de la voûte est achevée le . Le mobilier est aussi intégralement remplacé. L'actuel autel est consacré le par , alors évêque de Laval. Fonts baptismaux (marbre et cuivre) .
Le clocher thumb|Clocher et tourelle de l'église Le clocher de l'église primitive fut abattu en 1529, avec le pignon de l'intertransept qui le supportait. Il fut reconstruit à la même place, "dans une situation où il brave les tempêtes"... mais pas les orages : il fut foudroyé en 1584, 1587, déclaré irréparable<ref>Visitant le clocher en 1607, Antoine Ravault, maître charpentier, déclare qu'il ne peut être consolidé et quil faut réédifier un petit clocher, seulement de 40 pieds d'éguille, accompagné par le pié d'un dosme, pour oster la forme de grosseur du pied.</ref> et relevé en 1607 sur plan d'Antoine Ravault, maître charpentier à Bazougers.Arthuis (Prénom ?), maître horloger à Sainte-Suzanne, répare en 1585 l'horloge de l'église paroissialeAbbé Angot, "Arthuis", t. I ..
Menaçant de nouveau d'écraser l'église en 1754, le clocher fut encore atteint par la foudre le La grêle de 1774. « Le 4 août 1774, sur les trois heures et demie de l'après-midi, on vit s'élever du côté du couchant une nuée d'un aspect sinistre; un vent violent commença à souffler et fut accompagné d'un bruit sourd et continuel, semblable à celui de lourds chariots qu'on traîne et à des corps qui se choquent; enfin une grêle tomba telle que, de mémoire d'homme, on n'en avait pas vu de semblable. les grêlons étaient d'une grosseur vraiment prodigieuse, et entremêlés de glaçons énormes qui enfonçaient les portes et les fenêtres et brisaient les charpentes des maisons en construction. Les vitres de l'église dans la grande fenêtre au-dessus de la porte principale, et presque toutes celles des croisées des maisons de la ville du côté du couchant furent brisées. Le spectacle que présenta la campagne fut plus désolant encore; tout était dévasté : les arbres étaient dépouillés de leurs feuilles et en partie ébranchés; les blés, dont la récolte ne faisait que commencer, tellement hachés par la grêle, qu'on distinguait à peine la paille; des haies très épaisses et très fortes étaient abattues; on trouva des oiseaux, du gibier et jusqu'à des moutons et des poulains, atteints par la grêle, morts dans les champs ». Cf. : « Vie de M. Marquis-Ducastel, doyen rural d'Évron et du Sonnois, curé de Sainte-Suzanne et de Marolles-lès-Brault », pages 79-80, par l'abbé F. Pichon, chanoine honoraire et secrétaire de l'évêché du Mans, Ed. Leguicheux-Gallienne, Le Mans 1873., le , en novembre 1791 et le .
Les cloches Un fondeur coula la grosse cloche dans les halles en 1578. L'horloge sonnante, mentionnée dès 1491, réparée plusieurs fois (1495, 1526) fut remplacée par Lafosse de Conlie en 1749.
Les cloches actuelles : La plus petite : Charlotte, 1764, au nom de Charles Lemesnager, bachelier en théologie. Les plus grosses : Hélène et Louise, 1863, œuvres de l'entreprise Amédée Bollée au Mans.
Statuaire Il y avait au beffroi, en 1504, plusieurs "petits sains et un groux sain", fondus dans l'église même en 1491.
Des statues "sans grande valeur" ornaient l'église en 1772 : saint Nicolas, saint Jean, saint Georges, saint Denis, saint Eutrope, saint Blaise, saint Jacques, saint Claude et sainte Suzanne. On voilait ces statues dès le premier dimanche de carême.
Les statues remarquables : Vierge à l'enfant (pierre peinte ). Assise sur un trône, c'est la Vierge reine. thumb|sainte Marie thumb|sainte Suzanne En pierre polychrome (fin - début ) : saint Jean-Baptiste, Statue de sainte Suzanne (bois polychrome ), patronne des fiancé(e)s. Sainte Suzanne est en effet priée particulièrement par ceux qui songent à fonder un foyer. La prière des fiancés :Seigneur, dont l'amour est toujours neuf et frais, car il est source de tout amour, aide notre affection à puiser en toi vigueur, force, joie, ouverture aux autres.Tu as permis notre rencontre et nous t'en remercions. Aide-nous à nous connaître sans illusions, à agir en toute loyauté et dans le respect de l'autre.Que la tendresse qui nous unit rejaillisse sur ceux qui nous entourent et serve de base au foyer que nous projetons de construire.Éclaire-nous afin que nous prenions les engagements qui feront de notre couple un témoin de ta fidélité et de l'Alliance que tu as conclue avec l'Humanité. saint Eutrope En terre cuite polychrome () : sainte Anne, sainte Marguerite ; saint Joseph avec l'enfant Jésus (bel exemple de statue mancelle, où la terre cuite est une spécialité). En bois polychrome (fin époque médiévale, - ) : Vierge à l'enfant En bois () : Christ en croix. Chapelle du Saint-Sacrement.
Les vitraux thumb|Vitraux du chœur En 1527, 1571, 1734, 1753, on réparait encore "vaille que vaille" des vitraux à personnages. thumb|Vitraux d'Alain de Bourgues Ceux retraçant la vie de Sainte Suzanne, celle de Saint Jean, ainsi que celui centré sur le Sacré-Cœur datent de 1886 et ont été réalisés par MM. Kuchel, Becker et Jacquier, peintres-verriers au Mans. Ils portent en rosace les initiales AP, JL et CJR. Les vitraux modernes ont été réalisés par un suzannais, Alain de Bourgues, artiste peintre, professeur au Musée-école de la Perrine à Laval. Inaugurés en 1979, ils donnent par leurs lignes verticales un élan à l'ensemble de l'édifice, et contribuent par le jeu des couleurs à créer une atmosphère de prière et de recueillement.
Les céramiques Deux céramiques (format et ) réalisées par Bernard Chardon, artiste mayennais né en 1927, sont disposées sur les murs d'entrée gauche et droite de l'église. La première, "Création", installée dans les années 1990, est inspirée du Cantique des créatures de François d'Assise. La seconde, non figurative et tout en harmonie de couleurs, intitulée précisément "Harmonie", a été réalisée et installée à l'automne 2010.
Les orgues Gervais Taillais, de Sillé, réalise les premières orgues en 1492, aidé de Jean Jambon. L'organiste, Guy Brocier, sacristain, alla prendre des leçons au Mans, y acheta un manicorde et quatre douzaines d'images en papier "à mettre aux orgues... à paindre les orgues".L'instrument fut réparé en 1607 par Léonard Lefebvre, de Fresnay-le-Vicomte, et en 1617 par Guillaume Dargilles, d'Alençon. Le premier organiste fut remplacé par Jean Duval en 1529. Jacques Derouez et Vatel, de Sillé, l'un régent au collège, l'autre organiste de profession, vinrent à tour de rôle à partir de 1605 faire jouer les orgues, souvent accompagnés de joueurs de hautbois et de veze, ou d'autres musiciens. Jacques Derouez demandait en 1607 un secours pour acheter une épinette, et pour salarier un "maistre organec".
Les curés de Sainte-Suzanne
L'église dépendait à l'origine (avant 1125) de l'abbaye d'Évron, "avec fief et droit de pêche dans le refoul du moulin-au-vicomte (actuellement : le Grand-moulin), le jour de sainte Suzanne". 1120 : Adam, curé-doyen 1328 Nicolas Vallier. Outre la chapelle de Vaujacob en 1316, fonde celle de Sainte-Suzanne en 1328, "dotée de deux messes par semaine, entre autres fonds, d'une vigne à Lebignonnet... au fief Suhard, jouxte la vigne de Guillaume Vallier, son neveu, et en donne la présentation au seigneur de Sainte-Suzanne". Pierre Lefèvre, avocat en cour du Mans, succède à Nicolas Vallier. 1372 : Ernauld 1423 : Jean Moreau 1451 : Jean Joubert avant 1491 : Macé Moreau 1495 : Jean Georges 1526 : Jacques Beaudoin 1529 : Pierre Bourreau, docteur en théologie 1537 : François Chalot (mort en 1560) 1560-1561 : Geoffroy Landais, bachelier en droit canon, chanoine de Saint-Laud; chapelain de Saint-Nicolas à Saint-Florent-le-Vieil : François Fournier, d'Angers (mort en 1580) : Alexandre Ernoul 1580 - 1587 : Jacques Pillier, bachelier en droit canon (mort en 1587) : Julien Guymont (mort en 1593) 1593 - 1610 : Martin Heurtebize, fondateur de la chapelenie de la Hardière, pour laquelle il avait affecté la ferme du même nom