Cet article résume l'histoire du kayak-polo.

Le kayak-polo est un sport collectif où deux équipes de cinq joueurs en kayak s'affrontent avec un ballon sur un plan d'eau rectangulaire pendant deux mi-temps de dix minutes. L'équipe gagnante est celle qui a inscrit le plus grand nombre de buts. Ce sport est un mélange de kayak, de handball et de water-polo.

La naissance du kayak-balle

C’est en remontant en 1880, en Écosse, que l’on retrouve la trace d’un jeu populaire auquel on peut apparenter directement le kayak balle, connu actuellement sous la dénomination de kayak-polo.

Ce jeu, qui mettait en scène des « cavaliers » chevauchant des tonneaux et manœuvrant leurs très instables embarcations à l’aide de « palettes » fixées aux deux extrémités d’un manche, est reconnu officiellement comme l’ancêtre du water polo. En effet, les « montures » étaient tellement instables, que les joueurs finissaient par renoncer à les chevaucher, et terminaient le plus souvent la partie dans l’eau. Cependant, on peut croire, sans vouloir engager de polémique partisane, que ce jeu, très prisé lors des fêtes nautiques des villages, trouve une filiation plus logique avec le kayak polo, puisqu’il met en évidence l’utilisation d’un véhiculant nautique, et surtout l’existence d’une « pagaie », si archaïque fut elle, symbole même de l’appartenance au monde du canoë-kayak.

En matière de nouvelles pratiques, les innovations sont souvent le fruit d’un emprunt à des activités déjà existantes, d’actions, d’attitudes, de comportements ou de techniques. Ces « modèles », confirmés par des pratiques corporelles populaires, souvent ancestrales mettant en évidence un impact sur l’imaginaire des pratiquants et traduisant le plus souvent une volonté de valorisation, servent de supports à une parodie de pratiques sportives ou ludiques« Techniques d’hier et d’aujourd’hui » - G.Vigarello pages 46 à 49. L’exemple montré ici de ces manifestations de "Tonneaux-Chevaux " démontre bien le symbolisme équestre de ces rencontres, et la transposition, pour les classes populaires (sans moyens) de pratiques physiques, donc sociales, d’une certaine élite.

(Le polo à cheval étant le cycle d’activités telles : le polo-vélo, le moto-ball, le horse-ball, le kayak polo, etc.)

Les premiers pas du kayak-balle en France

S’il semble incontestable que le kayak-balle trouve ses racines en Grande-Bretagne, comme d’ailleurs beaucoup d’autres activités sportives, il n’en est pas moins vrai que son développement outre-Manche semble avoir subi les oscillations de l'interêt de la société britannique pour tous les sports naissants. Les sources que nous possédons ne nous permettent pas de juger d’une continuité réelle de cette pratique, et la très bien organisée British Canoe Union, équivalent pour le Royaume-Uni de la FFCK (Fédération française de canoë-kayak), ne donne des traces d’un championnat de « Canoë Polo » (puisque le terme "kayak" n’existe pas en anglais...) qu’au début des années 1970.

En France, certaines traces, au contraire, nous relatent l’existence de manifestations. La première remonterait le , à Chalifert (77 – Seine-et-Marne), où, lors de la réunion nautique du Canoë Club de France, structure mère de la FFCK, Monsieur Jaubert dirigea une compétition par équipe de "repêchage de balles en canoë"« La rivière » /1929 page 70.

Cette manifestation traduit bien l’ambiance au sein des sociétés nautiques de canoës et de kayaks, qui organisaient régulièrement ces réunions festives. La vie associative, plus riche parce que moins dispersée, de cette époque permettait l’organisation de ces fêtes nautiques. De plus, les moyens de locomotion encore peu popularisés, ne permettaient que peu de sorties sur les rivières ou autres sites de pratiques.

Par la suite, un véritable règlement du « Canoe Ball » fut imprimé dans la revue La rivière en 1935« La rivière » /1935 page 89-90. Ce dernier est réalisé par : « un groupe d’experts composés en parties égales de joueurs et d’arbitres de rugby et de fervents du water-polo, tous bons pagayeurs par surcroît… ».

Les auteurs tenaient cependant à préciser leurs intentions : « Loin de nous, bien entendu, l’idée de créer des compétitions, moins encore une fédération de « Canoe Ball », il s’agit simplement, précisons le bien, de permettre aux pagayeurs désireux de varier leur entrainement ou, un jour de fête ou de réunion, de mesurer leur adresse, de n’avoir point à recréer à chaque partie une règle du jeu. »

Il est à noter, déjà, combien le mot même de « Compétition », semble prendre un goût amer dans la bouche de ces « idéalistes de la pagaie, fervents défenseurs d’une pratique naturelle ». La conception de l’activité Canoë-kayak, du moins celle de la "Voix officielle" issue du mensuel La Rivière, ne pouvait accepter aucun compromis laissant supposer une quelconque ouverture vers une pratique sportive.

Et pourtant, le fait même de proposer un règlement, en 13 points, du « Canoe Ball », était déjà, à l’évidence, un début de structuration de l’activité, qui devait déboucher un jour sur des matchs "officiels".

À la lecture de ce règlement, on peut cependant quelques points peu précis démontrant la volonté affirmée de ne pas imposer un carcan règlementaire à ce jeu : longueur du terrain 60 à , largeur : celle des rives, équipes de 3 à 4 ou 5 bateaux, ainsi que des règles floues concernant les fautes et l’arbitrage...

Si le règlement de 1935 semble bien montrer la volonté des joueurs de l’époque, de conserver ce jeu dans une pratique festive, il en va tout autrement pour le règlement qui vit le jour en 1943 sous la plume de Marcel Stibbe.

Entretemps, le C.C.F était devenu le K.C.F et le « Canoe Ball », le « Kayak Ball ». Ce changement, plus qu’un simple sigle, dénote de la prédominance maintenant assise du Kayak sur le Canoë.

Du Kayak-balle… au Kayak Ball

Pour la première fois également, on note une réelle volonté de proposer pour cette activité un règlement construit autour de la logique : -comportement de jeu – règles – sanctions.

Les règles proposées sont également beaucoup plus précises (trois arbitres, terrain 80mx35m, maintenant de la balle, matériel, règle du hors jeu, etc.)

Cependant, une fois de plus, on constate que de nombreux points préliminaires démontrent la volonté affichée de faire de cette activité ludique, préparatoire aux descentes de rivières très prisées à l’époque.

Marcel Stibbe introduit le document de la manière suivante« Le Kayak-Ball, sport nautique » 1943 – M. Stibbe :

« Le KAYAK BALL n’est pas seulement un jeu qui exige d’excellentes qualités athlétiques et une grande virtuosité dans le maniement de la pagaie, mais c’est surtout un entraînement et une merveilleuse école pour le candidat aux descentes sportives, but visé par tout kayakiste. De même que pour devenir un bon joueur de polo, il faut avant tout, être excellent cavalier, de même ne peut devenir un bon kayak-baller que celui qui sait parfaitement manœuvrer un kayak. »

« Or dans la plupart des cas, les rivières sportives sont éloignées des centres où résident les propriétaires d’un kayak et ceux-ci doivent se contenter d’évoluer sur des rivières généralement calmes où les manœuvres de propulsion et de direction restent dans le cadre le plus élémentaire. »

« Il fallait donc trouver quelque chose de divertissant et d’éducatif à la fois, c’est ainsi qu’est né le kayak ball. Sa pratique donne à ses joueurs l’occasion d’accomplir des manœuvres leur demandant de se dépenser en se distrayant. Une balle à manipuler et un adversaire à vaincre, qu’y a-t-il de plus tentant pour l’homme, qui d’instinct, aime jouer et combattre ? Ainsi le joueur rompu à toutes les finesses de la pagaie par des matchs et surtout un entraînement suivi peut-il affronter n’importe quelle rivière aussi torrentueuse soit-elle, il sera maître de son embarcation et pourra donc pratiquer le tourisme nautique sportif sans risque ni danger… »

La lecture de ce texte montre bien l’état d’esprit dans lequel les kayakistes de l’époque évoluaient. Le "but de tout kayakiste" était la descente de rivière sportive. Conception hédonique de la pratique corporelle où seul le plaisir de l’eau vive, du corps, des yeux était important. Ceci correspond d’ailleurs avec la création dans les années 1930 du G.H.R. (Groupe de Haute Rivière), issu de la polémique entre les adeptes de la randonnée et ceux des "premières" en rivière sportive« La rivière » - Janvier 1943 – CCF

Ces derniers se plaisaient à affronter les obstacles de plus en plus difficiles. Sans doute trop contraints par la politique du moment qui régnait au sein du Canoë Club de France, ils fondèrent le groupe autonome du G.H.R, qui disparaitra en 1954 lorsque la majorité des rivières auront été "ouvertes". Ces personnes vivaient sinon une "compétition" du moins une "émulation" permanente par des entraînements et du matériel sophistiqué, à l’inverse des adeptes de la randonnée nautique.

Les rivières, éloignées des centres où les pratiquants du canoë-kayak étaient les plus nombreux, étaient difficilement accessibles, les moyens de locomotion individuels (pour emmener son bateau...) étant peu répandus. C’est donc logiquement que l’on recherchait des activités d’entrainement "divertissantes" et "éducatives".

Cette période trouble avait resserré les liens associatifs au sein des clubs de canoë-kayak. Les quelques années qui suivirent, en raison des difficultés économiques d’après-guerre, continuèrent de voir différentes manifestations de Kayak Ball se développer dans différentes régions de France. Les ressources documentaires manquent malheureusement pour cette période, mais quelques anciens témoignent encore.

Adolphe Tesnières relate des matchs de Kayak Ball qui se déroulèrent en 1947 vers Périgueux (Dordogne); Daniel Bonigal se souvient également de compétitions regroupant plusieurs équipes venues de régions diverses (Paris, La Ferté Bernard) en 1948 sur le canal de la petite Marne en région parisienneentrevue avec Daniel Bonigal – Paris 1986.

Ces quelques souvenirs ne nous permettent cependant pas d’affirmer que de réels championnats de Kayak Ball étaient organisés. Il semble, tout comme par le passé, que ces rencontres donnaient lieu à des fêtes locales, et qu’aucune autorité ne maîtrisait l’organisation nationale de ces manifestations ludiques.

Un phénomène, dont on peut retrouver la trace dans la revue mensuelle du CCF dès 1947, allait pourtant modifier les comportements associatifs : l’autorisation de la pratique de compétitions pour les adeptes de l’eau vive (la course en ligne étant inscrite au programme des jeux olympiques dès 1936...)

Dans un article intitulé : "Canoë et compétition", Jean-Jacques Languepin écrivait« La rivière » CCF /1947 pages 14/15 :

« …jusqu’à une époque relativement récente, nous avions considéré le canoë non comme une fin mais comme un moyen, merveilleux instrument permettant l’exploration d’une nature renfermée et particulièrement belle, celle de la rivière ; moyen permettant une vie sociale autrement véritable que celle de la cité, celle du camp.(…)Aujourd’hui soudainement, notre bon vieux bateau est devenu un instrument de compétition… devrons nous pleurer le temps passé ou nous réjouir d’une évolution qui, à certains égards, peut sembler naturelle… »

Un autre phénomène important, dont on trouve la trace en 1951, allait lui aussi modifier les comportements, et par voie de conséquence, réduire considérablement ces manifestations festives qui servaient de supports jusqu’alors au Kayak Ball.

En effet, Monsieur Jacques Jubert constatait« La rivière » – CCF/1951 J.JUBERT page 190 : « la pratique généralisée des sports en France n’est pas très ancienne comparée à d’autres grandes nations… et c’est pour ces motifs que « l’esprit de club » est si peu répandu dans notre pays.»

et déplorait :

« …le fait est dû simplement à ce que les sociétaires ne pratiquant plus ou ayant quitté la région, ne restant plus fidèles à leurs couleurs… »