vignette|Le Valknut, un des symboles majeurs du wotanisme : un symbole initialement viking, récupéré par la mouvance.
Le wotanisme est une forme d'idéologie politique marginale sur fond de religiosité identitaire néo-paganiste germanique, intrinsèquement raciste, antisémite et néonazie, constituée en deux temps à l'époque contemporaine emplacement 149 et suiv. sur 9196..
Prenant son inspiration dans la mythologie nordique, il apparaît en Allemagne et en Autriche au début du en réaction à la modernité dans les ouvrages romanesques sur fond de néopaganisme germanique de l'ariosophe et ésotériste viennois Guido von List, l'un des inspirateurs du mouvement völkisch.
À la fin du et principalement aux États-Unis, cette fois en réaction aux effets de la mondialisation, du libéralisme et du multiculturalisme et en opposition au mouvement dominant de la Christian Identity au sein de l'extrême droite blanche américaine, on voit se former différents groupuscules idéologiques et religieux néo-païens indifféremment qualifiés d'« odinistes » ou de « wotanistes », qui s'approprient une reformulation composite des sources du racisme et de l'anti-judéo-christianisme dits « aryens » sous forme de nouveaux cultes identitaires mêlés d'ésotérisme, voire de religions orientales emplacement 102 et suiv. sur 9196. Ils ont en commun leur inspiration mêlant, outre l'œuvre de von List, une lecture partielle de Wotan, un essai de Carl Jung des années 1930 sur la montée du nazisme emplacement 3966 et suiv. sur 9196. et un auteur anglo-saxon resté jusque-là méconnu, Alexander Rud Mills emplacement 5646 et suiv. sur 9196..
Après les mouvements de la Fraternité odiniste d' à la fin des années 1970 emplacement 5638 et suiv. sur 9196. et de l'Ásatrú de des années 1980 emplacement 5700 et suiv. sur 9196., ils se diversifient au fil des dissensions idéologiques.
Alors que l'usage du terme « wotanisme » se confond avec celui d'« odinisme » pour la période initiale, il tend depuis les années 1990 à caractériser ces formes les plus racistes, antisémites, violentes et ouvertement néo-nazies du suprémacisme blanc américain habillées de néo-paganisme. La plus notoire à l'aube du est le Wotansvolk ou Temple of Wotan., due à David et Katja Lane« Lane's Odinist writings revolved around its warrior aspect and, though blended with numerology and mystery religions, had a distinct political orientation in its call for an armed Aryan revolution [...] Lane was largely indifferent to Norse ceremonial practice and left undeveloped most non warrior aspects. » et Ron McVan« The evolving Wotansvolk creed and its ceremonies and magic are mainly a product of Ron McVan », voir . Cette mouvance ne manque d'ailleurs pas de rejeter dans l'Ásatrú et l'Odinisme ce qu'elle considère comme une forme de « corruption new age efféminée »Mathias Gardell, in Murphy Pizza, James R. Lewis (dir.), Handbook of Contemporary Paganism, Brill, 2009, 649 pages, ..
Les bases religieuses avancées
Le mot wotanisme provient du nom du dieu Wotan, la principale divinité du panthéon germanique.
Certains considèrent le wotanisme comme une spiritualité très ancienne (et s'appuient sur des ouvrages scientifiques). Les wotanistes s'inscrivaient dans l'univers des religions germaniques du nord. À côté de la vénération des sources, des arbres et même des forêts, ce qui relève de l'animisme, ils pratiquaient des sacrifices animaliers et sans doute aussi humains. Leurs dieux étaient Thunaer (aussi appelé Donar ou Thor), Woden (ou Wotan) et Saxnôt. Aujourd'hui, de plus en plus de personnes se réclament, tant sur le plan religieux que philosophique, du paganisme. Le Wotanisme reprend donc de l'intérêt également d'un point de vue spirituel.
Les sources du wotanisme (1900-1939) Guido von List et l'invention du wotanisme
Exploitant le thème du panthéon nordique, il apparaît en Allemagne et en Autriche au début du en réaction à la modernité : initialement forgé par l'ariosophe et ésotériste viennois Guido von ListVoir « Le Wotanisme et le théosophisme germanique » dans , ainsi que Stéphane François, Le nazisme revisité: l'occultisme contre l'histoire, Berg International, 2008, 123 p. : « List élabora une reconstruction mythologique imprégnée de racisme antislave, d'antisémitisme et de darwinisme social. Il développa aussi une nouvelle religion ouvertement païenne : le « wotanisme » »., il est adopté au sein d'une partie des courants völkisch dans l'Allemagne de Weimar emplacement 5220 et suiv. sur 9196.. Une première idée clé alors posée : le « sang aryen » véhiculerait une mémoire ancestrale où seraient toujours présents les archétypes divins qu'il s'agit de revitaliser afin d'empêcher le déclin de la « race ».
Le mouvement völkisch et Die Nordungen (1924)
Dans les années 1920, le mouvement völkisch allemand connaît une effervescence idéologique particulière. Ce courant, qui mêle nationalisme ethnique, romantisme et ésotérisme, cherche à définir une identité germanique « pure » en réaction aux bouleversements de l'après-Première Guerre mondiale et à la crise que traverse la République de Weimar.
En 1924, la revue Die Nordungen devient un vecteur important de diffusion des idées wotanistes dans l'espace germanophone. Cette publication, qui s'inscrit dans la lignée des travaux de Guido von List, propose une synthèse entre plusieurs éléments : l'ésotérisme ariosophique reprenant les théories raciales de List sur la supériorité aryenne, le néo-paganisme nordique valorisant le panthéon germanique contre le christianisme perçu comme religion étrangère, et le nationalisme völkisch promouvant l'idée d'une communauté organique du peuple () basée sur le sang et le sol (Blut und Boden).
Die Nordungen contribue à populariser le wotanisme dans les cercles nationalistes radicaux de l'Allemagne de Weimar. La revue participe à la construction d'une mythologie politique qui mêle références historiques germaniques, symbolisme runique et théories raciales, créant un corpus idéologique qui influencera certains courants du nazisme naissant. Toutefois, le wotanisme reste un phénomène marginal, même au sein du mouvement völkisch, la majorité des nationalistes allemands conservant un attachement, au moins formel, au christianisme.
Une lecture du nazisme par Carl Jung, Wotan (1936)
Dans son essai Wotan publié en 1936, ainsi que dans une série d'interviews publiés entre 1936 et 1939, Jung explique la montée du nazisme par le fait que les Allemands seraient à nouveau possédés par les archétypes ancestraux de la « fureur germanique ». Hitler devient du coup la personnification de Wotan lui-même, possédé par l'inconscient collectif allemand. Seule cette conception initiale religieuse des archétypes, vus comme des pouvoirs suprêmes ou des divinités, est retenue de Jung par les odinistes, et non sa thèse aboutie ultérieure emplacement 3863 et suiv. sur 9196..
Dans le monde anglo-saxon : Alexander Rud Mills (1930) Alexander Rud Mills est un sympathisant nazi australien qui promeut un néo-paganisme racial mêlé de notions maçonniques dans les années 1920-1930. Il est en particulier l'auteur d'un The Odinist Religion: Overcoming Jewish Christianity publié en 1930, selon lequel les races nordiques auraient été à l'origine des civilisations de Sumer, d'Égypte, de Perse, de Grèce et de Rome ; mais affaiblies par le mélange racial, elles se seraient dénaturées en se convertissant au judéo-platonisme, à la notion de transcendance divine et d'égalité des races. Il crée une Anglecyn Church of Odin et de petites et fugitives colonies odinistes en Australie, Grande-Bretagne, Afrique du Sud et Amérique du Nord. Totalement méconnue, son œuvre ne réapparait que dans les années 1970 comme l'une des sources d'inspiration majeures d'Else Christensen.
Le wotanisme contemporain ou odinisme des courants suprémacistes blancs américains Aux États-Unis, dans la seconde moitié du , la mouvance de la Christian Identity conjugue des emprunts aux hérésies dualistes chrétiennes et une théologie de l'antisémitisme, faisant des Juifs les « fils de Satan ». La thématique hitlérienne, la démonologie, la vision apocalyptique et le symbolisme nazi servent à mobiliser la violence au service du projet d'un État blanc emplacement 140 et suiv. sur 9196.. Mais en marge de ce courant dominant se réclamant du christianisme, d'autres groupes mêlent au suprémacisme blanc les thèmes du paganisme nordique et de l'anti-christianisme. Alors que les groupuscules néo-nazis américains s'en tenaient essentiellement dans les années 1950-1960 à l'imitation nostalgique du décorum nazi (uniformes, marches, drapeaux à la svastika, etc.), on assiste ainsi à partir des années 1970 à une véritable renaissance néo-völkisch de l'ariosophie d'avant-guerre emplacement 144 et suiv. sur 9196..
Genèse de l'odinisme racialiste blanc
Else Christensen et lOdinist Fellowship (1969) Née en 1913 au Danemark, milite dans le syndicalisme pendant les années 1930, tout en étant proche du nazisme de gauche d'Otto Strasser et du Danmarks Nationalsocialistiske Arbejderparti auquel appartient son mari. Émigrée au Canada en 1951, elle entre en contact avec Willis Carto, qui lui fait connaître les théories spengleriennes de Francis Parker Yockey pour qui la défaite du nazisme a été une occasion manquée de permettre la renaissance de l'Occident, ainsi qu'avec James K. Warner de l'American Nazi Party, qui lui fait découvrir les écrits d'Alexander Rud Mills.
Les ouvrages d'Else Christensen et son organisation Odinist Fellowship créée en 1969 constituent l'expression la plus notable de l'odinisme dans les années 1970. Elle emprunte à Yockey l'idée du déclin de la civilisation occidentale minée tout à la fois par le christianisme, le capitalisme, le communisme et finalement le « parasitisme culturel » que constituent selon lui les Juifs. Elle déduit de Mills l'idée de la renaissance du paganisme nordique comme remède à ce déclin. Les germes de cette renaissance résident enfin à ses yeux dans les archétypes de l'inconscient collectif jungien, qu'il s'agit d'éveiller. Dans cet odinisme, race et religion sont donc organiquement liées à travers les archétypes résidant dans l'inconscient racial : l'odinisme serait pratiquement « génétique ».
Steve McNallen et lÁsatrú Free Assembly (AFA) L' Asatru Free Assembly des années 1980 (AFA) considère la fierté raciale comme secondaire par rapport à l'« éveil spirituel ». Son fondateur, , s'oppose à l'adhésion de racistes et de nazis. Après l'éclatement du mouvement en 1987, l de Mike Murray maintient un odinisme officiellement non raciste, tandis que d' se tourne vers le Wicca et autres communautés néo-païennes indifférentes aux questions raciales. Cependant, les conflits liés à la présence de néonazis et de racistes au sein de l'AFA a conduit certains de ceux-ci à la radicalisation : certains créent leur propre mouvement comme Redbeard et le Thor's Hammer Kindred ou Elton Hall et le Jomsviking Kindred, tandis que d'autres comme Tom Paget et Wyatt Kaldenberg se rallient à des mouvements suprémacistes officiellement non religieux.
Wyatt Kaldenberg et le magazine Pagan Revival