Les Récréations littérairesAlbert Cim, Récréations littéraires. Curiosités et singularités, bévues et lapsus, etc., Hachette, Paris, 1920. Texte en ligne sont un recueil de « curiosités et singularités, bévues et lapsus » relevés par Albert Cim au cours de ses lectures. Publié en 1920, cet ouvrage est l'un des premiers consacrés aux perles que laissent échapper les romanciers, les poètes et les auteurs dramatiques, soit par ignorance ou inattention, soit par manque de goût ou de sens critique.

Certaines de ces perles étaient déjà célèbres au temps où écrivait Albert Cim. Celles qu'il a choisies proviennent aussi bien des auteurs de romans-feuilletons, où elles abondent, que des grands écrivains, où elles se trouvent même chez les plus consciencieux. Cim dit n'avoir pas voulu se moquer, mais se divertir, rien de plus. En bibliographe qu'il était, il a pris soin d'indiquer ses sources.

Florilège Curiosités mathématiques Gustave Flaubert « Un matin, le père Rouault vint apporter à Charles le payement de sa jambe remise : soixante et quinze francs en pièces de quarante sous et une dinde. Alphonse Daudet « Quatre mille Arabes couraient derrière [un chameau], pieds nus, gesticulant, riant comme des fous, et faisaient luire au soleil six cent mille dents blanchesAlphonse Daudet, Tartarin de Tarascon, Lemerre, Paris, 1886, p. 198.. » Charles Mérouvel « Cette femme avait [...] une taille svelte et souple qu'une main d'homme eût emprisonnée dans ses dix doigtsCharles Mérouvel, Jenny Fayelle, Dentu, Paris, 1881, p. 28.. » Émile Richebourg « Ce village est situé au centre du triangle obtus que forment les trois villes de Dijon, Châtillon-sur-Seine et LangresÉmile Richebourg, La Petite Mionne, Rouff, Paris, 1927, p. 3.. » Paul de Kock « Dès qu'on est deux, je forme un quadrillePaul de Kock, Jean, Rouff, Paris, s.d., p. 14.. » Paul de Kock « Remettez-vous, monsieur, dit le notaire à Adolphe en souriant de son étonnement. Onze cent mille francs, c'est une jolie fortune, mais enfin vous ne serez pas encore millionnairePaul de Kock, Monsieur Dupont, Rouff, Paris, s.d., chap. 29, p. 60.. » François de Nion « Moitié plâtre, moitié briques, moitié bois, ces maisons servaient d'habitations à des rentiers d'Aix-la-ChapelleFrançois de Nion, Pendant la guerre, Flammarion, Paris, 1916 [Version parue dans Le Journal, 17 mai 1915].. »

Singularités anatomiques Jean-Jacques Rousseau « Quel supplice, auprès d'un objet chéri, de sentir que la main nous embrasse, et que le cœur nous repousseJean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse, III, 18, Œuvres complètes, vol. III, Hachette, Paris, 1856, p. 68.! » Voltaire « Je foule aux pieds ce trône, et je règne en des lieux / Où mon front avili n'osa lever les yeuxVoltaire, L'Orphelin de la Chine, II, 6, 1755.. » Alfred de Musset « La bouche garde le silence / Pour écouter parler le cœurAlfred de Musset, Nuit de mai, Poésies nouvelles, Charpentier, Paris, 1864, p. 48.... » Eugène Fromentin « Menant son équipage d'une main, de l'autre il fumait une cigaretteEugène Fromentin, Une année dans le Sahel, Plon, Paris, 1859, p. 41.... » Gustave Flaubert « Il reçut pour sa fête une belle tête phrénologique, toute marquetée de chiffres jusqu'au thorax et peinte en bleu. » Prosper Mérimée « Colomba poussa un soupir, regarda attentivement pendant une minute le tapis de la table, puis les poutres du plafond ; enfin, mettant la main sur ses yeux, comme ces oiseaux qui se rassurent et croient n'être point vus quand ils ne voient point eux-mêmes, chanta, ou plutôt déclama d'une voix mal assurée la serenata qu'on va lireProsper Mérimée, Colomba, Charpentier, Paris, 1862, p. 30.. » Ponson du Terrail « Elle avait la main froide d'un serpentPonson du Terrail, cité dans Le Soleil, 11 septembre 1897.. » Edmond About « Victorine continua sa lecture en fermant les yeuxEdmond About, Les Mariages de Paris, Hachette, Paris, 1882, p. 180.. » Gustave Droz « Sur l'honneur, je sentis une larme qui me montait à la gorgeGustave Droz, Monsieur, Madame et bébé, Hetzel, Paris, 1846, p. 149.. » Anatole France « Son nez vaste et charnu, ses lèvres épaisses apparaissaient comme de puissants appareils pour pomper et pour absorber, tandis que son front fuyant, sous de gros yeux pâles, trahissait la résistance à toute délicatesse moraleAnatole France, L'Orme du mail, Calmann Lévy, Paris, 1897, p. 112.. » Frédéric Soulié « C'était une figure de reine et une taille de nymphe qui parlait ainsiFrédéric Soulié, Le Maître d'école, Librairie nouvelle, Paris, 1859, p. 298.. » Champfleury « Le dandy [...] a passé un pouce déhanché dans son gilet pour en dégager les reversChampfleury, Les Demoiselles Tourangeau, Marcel Lévy, Paris, 1864, p. 67.... » Champfleury « Les dames chuchotèrent en se regardant avec des bouches souriantes et des roucoulements d'yeux qu'eût enviés une actrice pour jouer les rôles de Marivaux. » Henry Murger « Un soir, en traversant le boulevard, Marcel aperçut à quelques pas de lui une jeune dame qui, en descendant de voiture, laissait voir un bout de bas blanc... — Parbleu, fit Marcel, voilà une jolie jambe : j'ai bien envie de lui offrir mon brasHenry Murger, Scènes de la vie de bohême, Michel Lévy, Paris, 1876, p. 176.. » Edmond et Jules de Goncourt « Sur le siège, le dos du cocher était étonné d'entendre pleurer si fortEdmond et Jules de Goncourt, Germinie Lacerteux, Charpentier, Paris, 1864, p. 254.. »

Évidences Nicolas Boileau « Pégase s'effarouche et recule en arrièreNicolas Boileau, Épître IV, Le Passage du Rhin, 1672.. » Pierre Corneille « Il en coûta la vie et la tête à PompéePierre Corneille, La Mort de Pompée, II, 3, 1644.. » Nicolas Brazier « En vous voyant sous l'habit militaire, / J'ai déviné que vous étiez soldatNicolas Brazier, L'Enfant du régiment, Barba, Paris, 1818.. » Alfred de Musset « L'esturgeon monstrueux soulève de son dos / Le manteau bleu des mers, et regarde en silence / Passer l'astre des nuitsAlfred de Musset, Les Marrons du feu, Premières poésies, Charpentier, Paris, 1861, p. 63.... » François Ponsard « Quand la borne est franchie, il n'est plus de limitesFrançois Ponsard, L'Honneur et l'argent, III, 5, Michel-Lévy, Paris, 1853.. » Stendhal « Je dirai qu'une femme ne doit jamais écrire que des œuvres posthumes à publier après sa mortStendhal, De l'Amour, II, 55, Michel-Lévy, Paris, 1857, p. 192.. » Champfleury « ...une pauvre veuve qui n'avait qu'un fils uniqueChampfleury, La Pasquette, Charpentier, Paris, 1876, p. 78.. » Émile Zola « Un petit ménage si gentil, et propre, et qui s'adorait, et où l'on n'entendait jamais un mot plus haut l'un que l'autreÉmile Zola, Pot-Bouille, Charpentier, Paris, 1882, chap. IV, p. 78.! »

Amphigouris Alphonse de Lamartine « C'était un de ces moments où l'âme a besoin de cette glace que l'accent d'un sage jette sur l'incendie du cœur pour retremper le ressort d'une énergique résolutionAlphonse de Lamartine, Raphaël, Hachette, Paris, 1859.. » Victor Hugo « Il se leva deboutVictor Hugo, Les Misérables, partie, II, 10, Hetzel-Quantin, Paris, s.d., t. 1, p. 135.. » Champfleury « Rien que l'arrivée de Mme Borderie rompait le fil électrique empoisonné qui servait de conducteur à l'esprit de la société... » Champfleury « Le pépin du mécontentement était semé dans une terre fertile et allait donner en peu de temps un arbre touffuChampfleury, Monsieur de Boisdyver, Poulet-Malassis, Paris, 1861, p. 12.. » Alexandre Dumas « Cette fois, les regards furent si directs, que Montalais sentit le rouge lui monter au visage en flammes violettesAlexandre Dumas, Le Vicomte de Bragelonne, t. III, Calmann Lévy, Paris, s. d., chap. 38, p. 379.. » Alexandre Dumas « Ah ! dit don Manoel en portugaisAlexandre Dumas, Mémoires d'un médecin, Le Collier de la Reine, t. II, 1850, p. 51.. » Joris-Karl Huysmans « Éclairés par des becs de gaz, allumés de loin en loin, des murs frappaient des coups crus dans l'ombreJoris-Karl Huysmans, En ménage, Charpentier, Paris, 1881, p. 2.. » Alphonse Daudet « [un instituteur] aux yeux ardents, d'un bleu globuleux et fanatiqueAlphonse Daudet, L'Évangéliste, Dentu, Paris, 1883, p. 205.. » Léon Cladel « ...ce renard, qui s'était approché de mon observatoire à pas de loup, ne mangera jamais plus de painLéon Cladel, Urbains et ruraux, Lemerre, Paris, 1890, p. 155.. Émile Zola « Oui, oui, nous partons, dit Pierre, qui se détourna, cherchant son chapeau, pour s'essuyer les yeuxÉmile Zola, Lourdes, Charpentier, Paris, 1894, p. 238.. » Eugène Sue « Je m'en vais mettre les fers au feu pour tirer les vers du nez de Mme Barbançon afin de voir ce qu'elle a dans le ventreEugène Sue, L'Orgueil, t. I, Marpon, Paris, s.d., p. 94.! » Jules Verne « Les doigts du capitaine couraient alors sur les claviers de l'instrument ; je remarquai qu'il n'en frappait que les touches noires, ce qui donnait à ses mélodies une couleur essentiellement écossaiseJules Verne, Vingt Mille Lieues sous les mers, Hetzel, Paris, s.d., p. 173.. » Frédéric Soulié « Son œil, à demi fermé, vibrait et haletait, pour ainsi dire, lançant autour d'elle des regards trempés de voluptéFrédéric Soulié, Les Mémoires du Diable, vol. III, Michel Lévy, Paris, 1877, p. 296.. » Léopold Stapleaux « Il portait un veston et un gilet à carreaux avec un pantalon de même couleurLéopold Stapleaux, cité dans L'Intermédiaire des chercheurs et des curieux, 20 décembre 1897, col. 772.. » Gustave Aimard « Bientôt les navires se trouvèrent à plusieurs milles de ces deux cadavres, dont l'un était plein de vieGustave Aimard, Les Rois de l'océan, t. I, Roy, Paris, 1891, chap. 5, p. 112.. »

Amphibologies, cacophonies, kakemphatons Paul Scarron « Ô le plus grand poltron qui jamais ait étéPaul Scarron, Jodelet ou le Maître valet, IV, 7, 1645.! » Pierre Corneille « Et le désir s’accroît quand l’effet se reculePierre Corneille, Polyeucte, I, 1, 1642.. » Gabriel-Marie Legouvé « Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois ta mèreGabriel-Marie Legouvé, Le Mérite des femmes, 1801.! » Jean-Baptiste Rousseau « Vierge non encor née, en qui tout doit renaîtreJean-Baptiste Rousseau, À la postérité, IV, 6, Œuvres de Malherbe, de J.-B. Rousseau, etc., Didot, Paris, 1858, p. 362.. » Voltaire « Non, il n'est rien que Nanine n'honoreVoltaire, Nanine, III, 8, 1749.. » Jean-Jacques Rousseau « Jamais les larmes de mon ami n'arroseront le nœud qui doit nous unirJean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse, I, 64, Œuvres complètes, vol. III, Hachette, Paris, 1856, p. 238.. » Victor Hugo « Je dédaigne et je hais les hommes, et mon pied / Sent le mou de la fange en marchant sur leurs nuquesVictor Hugo, La Légende des siècles, Zim-Zim, t. 2, Hetzel-Quantin, Paris, s.d., p. 100.. » Pierre-François Tissot « La vache paît en paix dans ces gras pâturagesPierre-François Tissot, Bucoliques de Virgile, 1800, cité par Jean-Baptiste Tenant de Latour, Mémoires d'un bibliophile, Dentu, Paris, 1861, p. 219.. » Honoré de Balzac « Le diable aime surtout à mettre sa queue dans les affaires des pauvres femmes délaissées, et Caroline en est làHonoré de Balzac, Petites Misères de la vie conjugale, Librairie nouvelle, Paris, 1862, p. 135.. » Jean-Pons-Guillaume Viennet « Les paysans fuyaient en emportant leurs laresJean-Pons-Guillaume Viennet, La Franciade, 1863, cité par Ferdinand Nathanaël Staaff, La Littérature française, vol. II, Didier, Paris, 1884, p. 606 n.. »

La phrase du chapeau Parmi les curiosités ou les monstruosités littéraires, dit Albert Cim, la « phrase du chapeau » de l'académicien Patin est légitimement célèbre. Robert de Bonnières l'a citée comme « le plus mémorable exemple du plus joyeux galimatiasRobert de Bonnières, Mémoires d'aujourd'hui, 2e série, Ollendorff, Paris, 1883-1888, p. 88. » :