L’église protestante Saint-Pierre-le-Jeune est un édifice de culte luthérien situé à Strasbourg dans le département français du Bas-Rhin en région Grand Est.

Elle se situe place Saint-Pierre-le-Jeune dans le centre historique de la ville. C'est l'une des plus remarquables de Strasbourg, au point de vue de l'histoire de l'art et de l'architecture.

Il existe deux autres églises Saint-Pierre à Strasbourg : l'église Saint-Pierre-le-Vieux qui est en fait un ensemble de deux églises, l'une catholique et l'autre protestante, et l'église Saint-Pierre-le-Jeune catholique, à l'imposante coupole néo-romane et qui date de la fin du .

L'église est luthérienne depuis 1524, date à laquelle Wolfgang Capiton y prêche la Réforme. Paul Fagius lui succède. En 1682 Louis XIV restaure la paroisse catholique, le chœur est alors attribué aux catholiques et la nef aux protestants. Cette attribution aux deux cultes perdura jusqu'en 1893 date à laquelle fut construite par les Allemands l'église Saint-Pierre-le-Jeune catholique. C'est dans le baptistère devant à droite que le bienheureux Charles de Foucauld a été baptisé. C'était le moment où l'église était utilisée conjointement par catholiques et protestants (simultaneum).

L'édifice fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1862.

Histoire À l’emplacement de l’église actuelle se trouvait à la fin du une chapelle en bois, construite probablement par des moines irlandais. C’est pourquoi elle était dédiée à saint Colomban de Bangor (543-615). Venu en France vers 590 avec des compagnons, il avait évangélisé la région. À l’origine la chapelle se trouvait au milieu d’un cimetière situé en-dehors des murailles de la villeFritz Westphal, L’église protestante Saint-Pierre-le-Jeune, Strasbourg, Strasbourg, 2005, . Elle servira d’oratoire (Leutkirche) aux artisans, horticulteurs et domestiques qui habitaient le long de la grande voie de communication romaine entre Strasbourg et Trèves. Plus précisément il s’agit de l’espace du Faubourg-de-Pierre actuel. Des bâtiments attenants servent d’hospice pour l’accueil des pèlerins en quête de gîte, des sans abri, des orphelins et des malades pauvres. Une seconde église semble avoir vu le jour vers l’an mille, desservie elle aussi par des moines.

À l’initiative de l’évêque Guillaume , une église collégiale romane est construite au à la place de l’église Saint-Colomban. Elle est dédiée à saint Pierre, car elle a été consacrée par un pape, Léon IX, en 1049 (ou 1053 ?). Comme il existait déjà une église Saint-Pierre à Strasbourg, la nouvelle, construite au , s’appellera « Saint-Pierre-le-Jeune ». Cette église romane dont subsistent aujourd’hui seulement des restes, comme le bas du clocher, quelques colonnes du cloître, est remplacée au par une église d’architecture gothique. Diverses chapelles verront le jour aux . Comme les murailles de la ville avaient été élargies entre 1200 et 1220, l’église se trouve désormais à l’intérieur de la ville Wilhelm Horning, Die Jung-Sankt-Peter-Kirche und ihre Kapellen, Schriften über die Jung-St.-Peter-Stiftskirche 1, Strasbourg, 1880. La confrérie des moines de saint Colomban, dont la tâche était essentiellement diaconale et sociale, est transformée par l’évêque Guillaume en « vénérable Chapitre Wilhelm Horning, « Das Stift Jung-Sankt-Peter, Beiträge zu seiner Geschichte », Jahrbuch für Geschichte, Sprache und Literatur, Elsaß-Lothringen, VI, 1890. » et dotée de riches biens. Huit chanoines composent le Chapitre, quatorze au temps du successeur de Guillaume et quinze à la fin du Moyen Âge. Aux canonicats s’ajoutent au cours des temps 14 vicariats et 19 chapellenies.

Au début, les chanoines vivent en communauté et suivent la règle de saint Chrodegang, mais une centaine d’années après la création du Chapitre, la vie commune est progressivement abandonnée. Chaque chanoine aura son propre logement, le plus souvent à proximité de l’église. Diverses fonctions sont exercées par les chanoines. Le prévôt, investi par le pape, administre les biens du Chapitre et le représente devant les autorités civiles et religieuses de la ville et de l’Empire, le doyen, élu par le Chapitre, veille au maintien de la discipline et à l’ordonnancement des offices. Le custode, ou trésorier, administre la paroisse, le pléban qui lui est soumis en est le prêtre. Le cantor (chantre) instruit les jeunes chanoines dans le chant et dirige la liturgie. Le scholasticus dirige l’école du Chapitre. D’autres chanoines s’occupent des locaux, des questions matérielles et des enterrements. Les chanoines ont une intense activité cultuelle. Ils chantent tous les jours les « heures » canoniques et célèbrent également les messes des « jours anniversaires », « pour l’âme du donateur et sa libération du purgatoire », le jour anniversaire de décès du donateur.

Le Chapitre entretient donc une école Joseph Knepper, Das Schul- und Unterrichtswesen im Elsass von den Anfängen bis gegen das Jahr 1530, Strasbourg, 1905. À l’origine elle était destinée à instruire les futurs chanoines. Plus tard elle fut aussi ouverte à tous les membres de la paroisse, y compris, grâce à des bourses, à des enfants pauvres. Un certain nombre de chanoines fréquentaient les grandes universités en Allemagne, en France et en Italie (Bologne), en se spécialisant dans le droit plutôt que dans la théologie. Les autorités religieuses et politiques confièrent souvent des fonctions d’ambassadeurs, d’arbitres ou de médiateurs et d’exécuteurs testamentaires à des chanoines de Saint-Pierre-le-Jeune. C’est à la fin du que le Chapitre atteint son apogée : sa richesse, des membres souvent instruits, une école bien dirigée, une riche bibliothèque placent le Chapitre à la tête des Chapitres du diocèse.

Autour de 1500 quelques grandes figures se trouvent parmi les chanoines, tel Nouveau Dictionnaire de biographie alsacienne (NDBA), , 1999, , marqué par l’humanisme, ami de Geiler et soucieux de réformes et de piété authentique. Mais des abus apparaissent. Certains chanoines cumulent les prébendes, ne participent plus régulièrement aux offices. D’autres défraient la chronique pour des affaires de mœursJean Rott, « Clercs et laïques à Strasbourg à la veille de la Réformation : les tragiques amours du chanoine Jean Hepp et ses procès (1512-1521) », in Annuaire des Amis du Vieux Strasbourg, IX (1979), , rééd. par Jean Rott, Investigationes Historicae. Églises et Société au , Oberlin, 1986, . En 1518 des indulgences sont offertes aux fidèles sur le parvis de l’église par un cardinal qui réside pendant quatre semaines à la prévôté de Saint-Pierre-le-Jeune. vignette|redresse|Wolfgang Capiton. À partir de 1519, les écrits de Luther apparaissent à StrasbourgMarc Lienhard, « Édifier et instruire : la réception des écrits de Martin Luther à Strasbourg jusqu’en 1525 », in Le Vent de la Réforme, Luther 1517, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, Catalogue de l’exposition, 2017,.. Son message est répercuté en particulier par le pléban de la cathédrale, Matthieu ZellMarc Lienhard, « La percée du mouvement évangélique à Strasbourg : Le rôle et la figure de Matthieu Zell (1477-1548) », in Georges Livet, Francis Rapp (dir.), Strasbourg au cœur religieux du , Strasbourg, 1977, p. 85-98 ; Michel Weyer, « Matthieu Zell », in NDBA, vol. 41, 2003, . Les paroissiens de Saint-Pierre-le-Jeune, lassés des prédications de leur pléban, le curé Veit Kumbach, font appel en 1524 à Wolfgang Capiton (1478-1541Olivier Millet, « Wolfgang Capiton », NDBA, , 1985, ), prévôt du Chapitre de Saint-Thomas. Après bien des tractations, le Magistrat de la ville cède aux pressions de la base et accepte de le nommer pasteur de la paroisse, malgré l’opposition des chanoines. Ceux-ci quittent secrètement la ville, en emportant avec eux tous les objets précieux du trésor du Chapitre. Resté catholique, le Chapitre conserve la jouissance du chœur pour les séances solennelles et pour l’intronisation des chanoines, et reste propriétaire des murs. vignette|redresse|gauche|Paul Fagius. Un culte évangélique est célébré dans la langue du peuple, axé sur la prédication, porté par les chants de l’assembléeRené Bornert, La Réforme protestante du culte à Strasbourg au (1523-1598), Leiden, 1981.. La cène est célébrée tous les quinze jours. Les pasteurs sont nommés par le Conseil de la ville après consultation de la paroisse. Capiton, marié en 1524 avec Agnès Ulrich, fille d’un conseiller de la ville, enseigne le catéchisme tous les dimanches aux enfants, avec deux de ses collègues. En 1527 il publie le premier catéchisme strasbourgeois, qui sera remplacé vers 1540 par le Petit Catéchisme de Luther. Il donne également des cours d’hébreu et est l’auteur de plusieurs commentaires bibliques. Il meurt de la peste en 1541. Suivant une proposition de Bucer, son successeur Paul Fagius met en place en 1545-1546, à l’intérieur de la paroisse, un cercle de chrétiens professants (Christliche Gemeinschaft Werner Bellardi, Die Geschichte der « Christlichen Gemeinschaft » in Strassburg (1546-1550). Der Versuch einer „zweiten Reformation, Leipzig, 1934, reprint New York, 1971; Gottfried Hammann, Entre la secte et la cité. Le Projet d’Église du Réformateur Martin Bucer, Genève, 1984.), prêts à se soumettre à une discipline plus stricte, à une formation doctrinale plus poussée et à une certaine forme de partage. Mais l’expérience ne dura que quelques années. À partir de 1549, la paroisse, qui comptait environ fidèles, est desservie par trois pasteurs auxquels s’ajoutera à partir de 1661 un prédicateur chargé de l’office du dimanche soir. Outre les cultes dominicaux, une prière du matin est célébrée chaque jour. Pendant l’Interim de 1549 à 1559, le culte catholique est réintroduit dans l’église Saint-Pierre-le-Jeune. Le pasteur Fagius doit quitter la ville. Le culte protestant est de nouveau célébré à partir de 1561 Johann Adam, Evangelische Kirchengeschichte der Stadt Strassburg bis zur Französischen Revolution, Strasbourg, 1922, ..

Après le rattachement de Strasbourg au royaume de France en 1681, et bien que le sort de Saint-Pierre n’ait pas été évoqué dans l’acte de capitulation, le chœur de l’église est attribué aux célébrations du Chapitre et à une paroisse catholique. Il est séparé début 1683 de la nef par un grand mur. Le Chapitre réfugié à Molsheim revient à Strasbourg et reprend ses activités et une paroisse catholique célèbre ses cultes dans le chœur.

Au sein de l’Église luthérienne d’Alsace, c’est la stricte orthodoxie luthérienne qui domine jusqu’au . Mais peu à peu, le piétisme et le rationalisme gagnent du terrain. À Saint-Pierre-le-Jeune, le pasteur Jean-Sigismond Lorenz, Amtprediger de 1771 à 1782Werner Westphal, « Jean-Sigismond Lorenz », NDBA, 25 (1995), ., qui était en même temps professeur de théologie, attire bien des Strasbourgeois touchés par la piété des Frères moraves qui se réclamaient de Zinzendorf. Adepte d’une religion du cœur fondée sur l’attachement personnel à Jésus, Lorenz s’oppose aussi bien à une orthodoxie figée qu’au rationalisme réducteur de la foi. Au sein du Chapitre émerge le chanoine Jean-Baptiste Denis de Règemorte qui fut préteur royal de 1752 à 1761.