thumb|right|Le port de Batoumi en 1881. thumb|right|Le port de Batoumi en 2006. thumb|Baie de Batoumi et mer Noire.

Batoumi (en , ) est une ville de Géorgie, capitale de la république autonome d'Adjarie détachée de l'ancienne région historique de Gourie, et ayant le statut de ville depuis 1878, avec une population estimée à 154 600 habitants le selon l'Office national des statistiques de GéorgieOffice national des statistiques de Géorgie : « Population », consulté le 22 novembre 2016.

Géographie Elle est située à 5 m d'altitude et à 372 km à l'ouest de Tbilissi, sur les rives de la mer Noire. Son climat pontique est doux et humide. C'est le principal port géorgien, servant de débouché et de porte d'entrée de l'axe ferroviaire et routier qui va jusqu'à Bakou et qui relie la mer Noire à la mer Caspienne.

Histoire left|180px|vignette|Muraille de la forteresse byzantine de Gonios (« en coin »). gauche|180px|vignette|Georges Mazniachvili, président de la « République de Batoumi » proclamée fin 1919 et qui s'unit à la Géorgie après quelques semaines. gauche|180px|vignette|Rarissimes timbres de la Poste batoumiote surchargés par l'armée britannique début 1920.

Antiquité Bathys (« profonde », en grec), colonie ionienne vers 500 , était autrefois l'une des villes principales de Lazique (partie maritime occidentale de la Géorgie) et fut durant la période romaine le plus grand port de la province du même nom.

Moyen Âge À l'époque de la christianisation, Bathys-Batoumi appartient à la fois à la civilisation byzantine et aux principautés et royaumes colchidiques et ivériens, comme l'on appelait alors les états de la Géorgie.

Période turco-ottomane Batoumi est prise par l'Empire ottoman au ; commence alors son islamisation, qui n'empêche pas la majorité des Batoumiotes de rester chrétiens, de langues pontique, laze ou géorgienne.

Au , la côte est infestée de pirates circassiens que le pouvoir tente vainement de juguler au sous le commandement du général Ferah Ali Pacha.

Période russe Le , au début de la guerre de Crimée, le général ottoman Abdi Pacha s'empare de la forteresse russe de Saint-Nicolas située au nord de la ville.

À la suite de la guerre russo-turque de 1877-1878, Batoumi, l'Adjarie et la région de Kars deviennent russes par le traité de San Stefano, et un échange de population a lieu : des dizaines de milliers de musulmans quittent la région cédée pour l'Empire ottoman, tandis que Grecs pontiques s'installent dans l'empire russe, dont à Batoumi, où ils se consacrent au commerce maritime de céréales et de produits miniers .

La population arménienne aussi prend une place particulière dans la ville au début de l'ère russe : c'est un lieu d'immigration ouvert grâce au développement du commerce. Dans l'industrie citadine tout comme dans le commerce, apparait une bourgeoisie commerçante arménienne. Les paysans de cette nation rejoignent aussi la ville, et une classe ouvrière s'y forme, qui constitue une des bases du mouvement révolutionnaire et national arménien (le mouvement hintchak s'y implante en 1890). Au début du , du pétrole est extrait près de la ville, et 20 % à 30 % des ouvriers de ce secteur seraient arméniens.

La période russe marque le début du développement du tourisme dans la ville, tout comme le long de l'ensemble de la « Riviera » de la mer Noire. La récolte de thé compte aussi parmi les activités de la ville.

La fondation du jardin botanique de Batoum par le botaniste Andreï Krasnov date de 1880. Le jardin joue un rôle essentiel dans l'acclimatation des plantes subtropicales dans la région. thumb|right|250px | Le port de Batoumi, vu par le peintre géorgien Niko Pirosmani. Depuis l'annexion de l'Asie centrale par la Russie, Batoumi devient un point de passage pour les Juifs originaires de cette région qui souhaitent se rendre en Terre promise.

En 1907, Batoumi devient le débouché portuaire de l'oléoduc de Bakou à Batoumi et l'un des principaux ports pétroliers du monde.

Première Guerre mondiale Avec le délitement des empires russe et ottoman, et le retrait des troupes russes de la région du Pont en 1917, peu avant le génocide grec pontique : plusieurs dizaines de milliers de Grecs de Kars-Andachan fuient vers Batoumi, craignant la volonté des autorités turques de chasser ou exterminer les populations chrétiennes. Batoumi devient alors une ville à majorité pontique.

Au cours de la Première Guerre mondiale, les Ottomans revendiquent la région de Batoumi afin de revenir à leurs frontières de 1877, mais les Allemands sont réticents à cette exigence, et envoient dans la ville le général von Lossow afin de dissuader leur allié turc. En effet, les Allemands préfèrent avoir une Géorgie indépendante mais alliée du Reich, plutôt qu'un contact direct entre l'Empire ottoman et la Russie dont l'avenir est incertain depuis la Révolution. Cela n'empêche pas les Ottomans de profiter de la Guerre civile russe pour occuper Batoumi en 1918, ce qui amène les Arméniens et les Pontiques à fuir pour se réfugier en Abkhazie. Le 4 juin 1918, l'empire ottoman y signe avec la République démocratique d'Arménie le Traité de Batoumi qui laisse à la seconde un tout petit territoire autour d'ErevanClaude Mutafian et Éric Van Lauwe, Atlas historique de l'Arménie, Autrement, coll. « Atlas / Mémoires », 2005 .. Batoumi est évacuée par les Ottomans et les Allemands fin 1919, puis occupée par les Britanniques : une partie des Arméniens et des Pontiques y reviennent. S'établit alors dans la ville un gouvernement connu sous le nom de « République de Batoumi » jusqu'à son union quelques mois plus tard avec la Géorgie.

Période soviétique La ville passe sous le contrôle de la Russie soviétique lorsque celle-ci annexe la République démocratique de Géorgie en 1921. Ville considérée comme stratégique durant la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne nazie envisageait son annexion directe au Troisième Reich, mais la Wehrmacht ne parvint jamais jusqu'à Batoumi. Cela n'empêcha pas Staline de déporter en Asie centrale les Meskhètes et les Pontiques de la ville « à titre préventif » : il leur faudra attendre l'année 1986 avec la glasnost et la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev pour être autorisés à y revenir ; par ailleurs, au fil des années, les Juifs batoumiotes quittent la ville pour Israël, profitant de la loi du retour de ce paysБугай Н. Ф., Мамаев М. И. (Nikolaï Feodorovitch Bougaï et M.I. Mamaïev) Турки-месхетинцы: Грузия, Узбекистан, Россия, США 2009| et (Projet de loi déposé à la Douma sur l'aide aux peuples déportés).. Bien que la grande synagogue continue à être fréquentée, le recensement de 2002 n'en décompte plus aucun.

Depuis l'indépendance Lors de la dislocation de l'Union soviétique, en 1991, Batoumi devient une ville géorgienne mais reste une base navale russe : la flotte russe stationnée dans le port le quitte le 13 novembre 2007, selon l'accord convenu lors du sommet de l'OTAN à Istanbul en 2004Florence Mardirossian, « Géopolitique du Sud-Caucase : risques d'exacerbation des rivalités aux confins de la Géorgie, de la Turquie et de l'Arménie », Outre-Terre, 2/2007, (), . et signé le 30 mai 2005, avec 2008 pour échéanceSilvia Serrano et Michèle Kahn, « Géorgie 2005 », Le Courrier des pays de l'Est, 1/2006, (), ..

En 2011, le président géorgien Mikheil Saakachvili annonce vouloir créer plus au nord une ville nouvelle dont l'importance portuaire et la population surpasseraient celles de Batoumi. : Lazika.

Cette même année, Batoumi devient le siège de la Cour constitutionnelle dans le cadre du déplacement des institutions géorgiennes, qui voit aussi Koutaïssi abriter le Parlement. Et de nouvelles constructions, futuristes, apparaissent..

Le au soir, un incendie se déclare dans un hôtel 5 étoiles faisant onze morts.

Population Évolution démographique Recensements (*) ou estimations de la population :

En 2013, un redécoupage administratif intervient entre Batoumi et Khelvatchaouri. Les données à partir de 2013 concernent Batoumi dans son nouveau découpage. Sans cet évènement, Batoumi aurait (2014).

Composition ethnique + Année Géorgiens Arméniens Russes Grecs Autres Total Réf. 1886 2 518 17% 3 458 23.4% 2 982 20.1% 1 660 11.2% 4 185 28.3% 14 803 1897 6 087 21.4% 6 839 24% 6 224 21.8% 2 764 9.7% 6 594 23.1% 28 508 1916 6 481 32.4% 5 524 27.6% 4 825 24.1% 3,190 15.9% 20 020 1926 17 804 36.7% 10 233 21.1% 8 760 18.1% 2 844 5.9% 8 833 18.2% 48 474 1959 40 181 48.8% 12 743 15.5% 20 857 25.3% 1 668 2% 6 879 8.4% 82 328 2002 104 313 85.6% 7 517 6.2% 6 300 5.2% 587 0.5% 3 089 2.5% 121 806 2014 142 691 93.4% 4 636 3.0% 2 889 1.9% 289 0.2% 2 334 1.5% 152 839 Sources:

Économie Batoumi est le terminus de la ligne ferroviaire partant de Tbilissi. La ville est également un terminal pétrolier d'une capacité de 9 millions de tonnes par an, pour le brut venant des rives kazakhes et turkmènes de la mer Caspienne. Cette situation en fait le principal port géorgien, dont le terminal a conduit au financement par la famille Rothschild du chemin de fer la reliant à Bakou, via Tbilissi, et à son ouverture en 1883Yasha Haddaji « Les hydrocarbures dans le Sud-Caucase », Le Courrier des pays de l'Est 3/2004 (no 1043), ..

La société Greenoak Holdings Ltd, basée dans les Îles Vierges britanniques, détenait en 2004 la Compagnie maritime de Batoumi et la majorité des parts du terminal pétrolier de BatoumiSilvia Serrano et Michèle Kahn « Géorgie 2004 », Le Courrier des pays de l'Est 1/2005 (), ..

Le secteur de la construction est représenté par la société allemande HeidelbergCement qui y dispose depuis 2013 d'une unité de production de béton.

Tourisme L'essor du tourisme des « novoritchis » (nouvelle bourgeoisie russe post-soviétique) à Batoumi et Kobouleti a encouragé la construction d'hôtels, casinos et autres lieux de loisirs avec souvent des audaces architecturales modernes qui multiplient les gratte-ciels et les innovations, à qui se distinguera le mieux dans le paysage urbain.

Religions Batoumi est majoritairement orthodoxe mais il y a des minorités musulmane, juive, catholique romaine et arménienne apostolique. Tous possèdent des lieux de culte, par exemple : cathédrale de la Vierge Marie, églises du roi Pharnabaze, de Ste-Barbe et d'autres plus petites pour les orthodoxes géorgiens, Saint-Nicolas pour les orthodoxes russes, du Saint-Esprit pour les catholiques romains

Transports thumb|Aéroport International de Batoumi. thumb|Le port de Batoumi.

Batoumi est desservie par l’aéroport international de Batoumi-Alexandre-Kartveli (code AITA), l'un des trois aéroports internationaux du pays. Le nouvel édifice a été inauguré en 2007Silvia Serrano et Michèle Kahn « L'heure des désillusions », Le Courrier des pays de l'Est 1/2008 (), .. Il a été construit et il est géré par la société du Groupe ADP.

La ville est équipée d'un système de vélos en libre service, le Batumvélo.

Les principaux types de transports publics sont les bus, les minibus et les taxis. Batoumi dispose de bus électriques modernes. L'utilisation du service est possible par BATUMICARD, carte de transport ou cartes de débit/crédit. Les bus relient presque tous les quartiers de la ville.

Le port de Batoumi se trouve sur l'une des routes du qui fait partie de la nouvelle route de la soie, qui comprendrait une liaison de transport de marchandises vers la Chine via l'Azerbaïdjan et la mer Caspienne, et une liaison occidentale par bateau vers l'Ukraine et l'Europe.

Culture La ville de Batoumi possède un important jardin botanique et parmi ses monuments la forteresse de Tamara ().

À l'époque soviétique, le théâtre dramatique (1952), l'hôtel Intourist (1939) et le cinéma Tbilissi (1964) sont construits. La ville possède aussi des statues de Pouchkine, du poète géorgien Vaja Pshavela et de Chota Roustaveli.

La ville Batoumi à la fin des années 1920 sous administration soviétique est le cadre du roman Les Gens d'en face de Georges Simenon paru en 1933.