Robert de Courtenay (v. 1168-Saint-Jean-d'Acre, 1239), seigneur de Champignelles, de Charny, de Chantecoq, Château-Renard en partie, de Conches, de Nonancourt, de Mehun et de CellesCelles est devenu Selles-sur-Cher. Charte d'octobre 1216 : "Robertus de Cortiniaco dominus de Cellis sancti Eusicii" affranchit les hommes "apud Cellas". "Cellis sancti Eusicii" est l'abbaye Saint-Eusice de Selles-sur-Cher nommée dans le cartulaire de l'archevêché de Bourges, p. 200, . Cité dans (paragraphe "Saint Eusice")., est un chevalier et seigneur éminent du , bouteiller et cousin du roi de France Philippe II Auguste..

Petit-fils du roi Louis VI le Gros, il fait partie de la maison capétienne de Courtenay, branche cadette des Capétiens.

Biographie

Jeunesse et acquisitions Robert de Courtenay est né dans les environs de 1168. Il est le petit-fils de Louis VI par son père Pierre et le descendant des Courtenay par sa mère, une famille seigneuriale assez puissante du Gâtinais et du Puisay, fondée par Athon de Courtenay. De là, plusieurs branches de la famille se sont créées, la branche édessienne fondée par Josselin, la branche anglaise par un autre Robert et enfin la branche capétienne créée par le mariage entre Élisabeth et un fils de : Pierre de Courtenay, père de Robert. En effet, les enfants du roi furent mariés à de riches héritières, à l'instar de Robert de Dreux. Les Dreux et les Courtenay formèrent les premières familles de cousins directs proches et fidèles des rois jusqu'à la génération de Saint Louis..

Il hérite d'une partie des fiefs familiaux des seigneurs de Courtenay, et épouse à une date inconnue Constance de Toucy, fille de son suzerain . Ce premier mariage lui apporta une fille, Blanche de Courtenay, mais ne lui apporta aucun fief, quand son frère aîné épousait l'héritière des comtés d'Auxerre, de Tonnerre et de Nevers, faisant de lui un seigneur très puissant. Constance de Toucy meurt en 1200, laissant le seigneur de Champignelles sans héritier.

Entre 1203 et 1206, Robert de Courtenay s'illustra pendant la conquête de la Normandie par le roi Philippe Auguste, son cousin. Il combat au siège de Château-Gaillard et lorsque la forteresse est prise, le roi le récompense en lui donnant les seigneuries de Conches, qui appartenaient auparavant aux Tosny, et Nonancourt, qui était une forteresse ducale aux mains des rois d'Angleterre. Philippe Auguste avait besoin d'hommes fidèles et de moindre puissance pour gérer ce nouveau territoire, c'est pour ça qu'il donna également la forteresse d'Argentan à son maréchal et Saint-André à Pierre Mauvoisin. L'acquisition des deux fiefs normands lui permet une certaine aisance financière et militaire qu'il n'avait pas auparavant, de plus, il est maintenant l'homme lige du roi, ce qui lui permet d'être très indépendant du seigneur de Toucy.. Un registre de 1206 sur l'état des joyaux et des pierres précieuses montre qu'il acheta plusieurs joyaux et bijoux à la couronne peu après ses acquisitions, cela témoigne de l'impact financier qu'elles ont eu sur lui. Par la suite, dans les environs de 1209, il épousa Mahaut de Mehun, veuve berrichonne, qui lui apporta les seigneuries de Mehun-sur-Yèvres et de Selles-sur-Cher. Philippe Auguste, qui était de toute évidence l'initiateur du mariage, y voyait une manière d'étendre l'influence capétienne dans le Berry, dont les seigneurs relevaient de l'hommage à l'archevêque de Bourges..

En 1210, un conflit opposa Robert de Courtenay à son suzerain Ithier de Toucy. Les deux fortifièrent leurs places dans le Gâtinais et le Puisay, respectivement Monbois et Septfonds. Le roi intervint pour empêcher le conflit de s'envenimer, Robert renouvela son hommage fantoche au sire de Toucy, et put garder ses fortifications. Juste après cet événement, il fonda une ville-neuve au sud de Champignelles, l'actuelle Villeneuve-les-Genêts, dans le but de coloniser et de peupler ce territoire jusque là désert.

La Croisade Albigeoise vignette|Les habitants expulsés de Carcassonne après le siège de 1209. Après l'assassinat de Pierre de Castelnau en 1208, appelle à la croisade dans le sud de la France, sur les terres du comte de Toulouse accusé d'être le commanditaire du meurtre. Plusieurs seigneurs de ont répondu présent à l'appelle du pape pour guerroyer dans le midi, dont Robert de Courtenay, dont la présence est attestée. , après avoir fait pénitence, décida de rejoindre le camp des croisés tout en détournant la croisade vers les fiefs de son vassal turbulent Raimond-Roger Trencavel. En arrivant à Lyon, ou s'étaient réunis les croisés en 1209, il put y rencontrer Pierre et Robert de Courtenay, qui étaient ses cousins et qui se réjouissaient du fait que le comte de Toulouse les ai rejointChronique de Guillaume de Puylaurens. Des gestes illustres des Français de l'an 1202 à l'année 1311 par Simon de Montfort, [trad. fr. François Guizot], Paris, Brière (Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France, 15), 1824, xi + 416 p. p. 230.. Robert de Courtenay combattit donc aux sièges de Béziers, qui fut livrée au sac et au pillage, puis au siège de Carcassonne, avant de repartir dans le nord comme la plupart des croisés. Seul Simon de Montfort, qui avait été désigné comme chef de la croisade, resta avec une poignée de seigneurs et de chevaliers dans le midi. vignette|Supplice de dame Guiraude de Lavaur. Par la suite, en vue d'assiéger Cabaret, Simon de Montfort en appela aux seigneurs du nord. Pierre et Robert de Courtenay revinrent donc dans le midi en 1211, accompagnés d'autres seigneurs comme Juhel de Mayenne et Enguerrand de Coucy. La forteresse de Cabaret capitula assez rapidement, les croisés se dirigèrent donc vers Lavaur, qui était une ville très fortifiée aux fossés très profonds. Le siège était commandé par Simont de Montfort, Pierre et Robert de Courtenay. La cité était bien trop grande et défendue, et les croisés attendaient un contingent de chevaliers allemands et frisons en renfort. Ces chevaliers furent pris en escarmouche près de Montgey par le comte Raymond Roger de Foix, qui firent grand butin. Les habitants se jetèrent également sur les croisés. Apprenant la nouvelle, Simon de Montfort, Pierre et Robert de Courtenay, fous de rages, s'élancent à la poursuite du comte, mais ce dernier était déjà parti. Ils se vengèrent alors sur les montjétois puis retournèrent au siège de LavaurGuillaume de Tudèle et Anonyme, (trad. Henri Gougaud), La Chanson de la Croisade Albigeoise, Paris, Hachette, Lettres gothiques, 1989. p.124-125.. Les commandants devaient changer de stratégie, Robert et Pierre de Courtenay décidèrent alors de construire un pont en bois pour traverser l'Agout, qui était le fleuve traversant la cité, pour pouvoir l'enserrer et lui empêcher ainsi tout ravitaillement tout en ouvrant un nouveau front d'attaque. C'est à ce moment-là que décida de faire défections. Pierre et Robert de Courtenay, ses cousins, auraient tenté de le convaincre de ne pas rejoindre les hérétiques, sans succès. Par la suite, la ville fut prise et livrée au pillage, les trois commandants décidèrent de punir les assiégés en pendant tous les chevaliers qui défendaient la ville, et en jetant la dame de Lavaur, Guiraude, dans un puis avant de la lapider jusqu'à ce que mort s'ensuiveRobert I. Moore, Hérétiques. Résistances et répression dans l’Occident médiéval , trad. fr. Julien Théry, Paris, Belin, 2017. p.336.. De retour dans le nord, et fort de sa renommée et de ses actes dans le midi, il peut se rapprocher de Blanche de Castille et du prince Louis dès l'année suivanteJohn W. Baldwin dans « Les chevaliers à Chartres : les fenêtres hautes de la cathédrale » p.707 dans: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, année, N. 2, 2014. pp. 693-726..

L'expédition en Angleterre vignette|Première Guerre des Barons. Grâce à sa renommée obtenue pendant la croisade Albigeoise, Robert de Courtenay put se rapprocher du couple princier, qui s'était déjà constitué une jeune cours de prince fidèles. Alors, en 1216, lorsque le prince Louis décide de conquérir l'Angleterre à l'appel des nobles anglais pendant la Première guerre des Barons, il fait partie des chevaliers qui le suivirent. Il accompagna le prince pendant toute la première phase de grande conquêtes, à la prise de Cantorbéry, de Rochester, de Londres, de Rogate, de Guildford, de Farnham, de Winchester et d'Odiham. Il est également présent pendant le long siège de Douvres à la fin de l'année 1216. Le prince Louis le récompense en lui donnant le château de RogateCharles Petit-Dutaillis, Étude sur la vie et le règne de (1187-1226) : suivie du catalogue des actes de . Thèse présentée à la Faculté des lettres de Paris, Paris, Librairie Émile Bouillon, 1894.. vignette|Bataille de Sandwich, les armoiries de Robert de Courtenay sont visibles sur l'un des étendards avec l'inscription Vexillum Roberti de Cortenai et aliorum magnatus franciae. Cependant, Robert de Courtenay dut rentrer en France peu de temps après la fin du siège de Douvres. En effet, le titre impérial de Constantinople avait été proposé à son frère aîné, Pierre de Courtenay. L'un des chevaliers l'accompagnant, le comte Guillaume de Sancerre, demanda alors à Robert dont il était le beau-frère de garder son comté jusqu'à son retour, ou en cas de mort, jusqu'à la majorité de son fils LouisJean du Bouchet, Histoire généalogique de la maison royale de Courtenay, justifiée par plusieurs chartes de diverses Eglises, arrests du Parlement, titres du Tresor du roy et de la Chambre des comptes, histoires imprimées et manuscrites, et autres preuves dignes de foy, « Avec privilège du roy », Paris, chez Jean Du Puis, ruë Saint Jacques, A la Couronne d’Or, 1661. "Preuves" p. 27.. Mais la situation, s'étant dégradée pour le prince Louis après la défection des barons anglais, poussa Blanche de Castille à réunir des barons à Calais pour pouvoir aller secourir le prince Louis. Une flotte fut constituée et son commandement fut confié à Robert de Courtenay, aidé dans cette expédition par le pirate Eustache le Moine, qui avait déjà aidé le prince Louis pendant la première traversée puis pendant toute l'expédition, c'est également à lui qu'appartenait la nef principale de la flotte. Hubert de Bourg, le grand justicier anglais voulant empêcher ce débarquement, fit mine d'aller attaquer Calais sur des navires de moindre envergure. La ville étant très fortifiée, Robert et Eustache ne s'inquiétèrent pas du danger que représenter ces navires chétifs sur la cité. Mais il s'agissait d'une ruse, en effet, le grand justicier se retourna et, ayant le vent en poupe, éperonna la nef d'Eustache le Moine, sur laquelle se trouvait tous les principaux chevaliers français avec des vivres, de l'or et un trébuchet. Tous furent capturés ou tués, et Eustache fut décapitéS. McGlynn, Blood Cries Afar, Cheltenham, The History Press, 2011. p.341..

Robert de Courtenay est ensuite transporté à Rochester, sous la garde de Guillaume le Maréchal. Il est échangé avec Robert de Dreux pour négocier une entente entre le vieux Maréchal et le prince Louis. Il chevauche alors jusqu'à Londres et son rôle diplomatique est rempli avec brio, les négociations menant au traité de Lambeth, à la libération des chevaliers français et aux retours de ces derniers sur le continent moyennant 10.000 marcs au profit du princeC. Petit-Dutaillis, Études sur la vie et le règne de , Paris, Bibliothèque de l'École des Hautes-Études, 1894, ..