Pierre André Tournaire, dit Jean-Michel Renaitour, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un homme de lettres et homme politique français.

Parcours

Fils de Georges Tournaire, homme de lettres et conférencier, il passe son enfance dans le Cher. Il est ensuite élève au Lycée Charlemagne puis au lycée Henri-IV à ParisJuliette Goublet, J.-M. Renaitour : aviateur, parlementaire et poète, Grassin, 1972, . Vers 1912, il prend le pseudonyme de Jean-Michel Renaitour formé sur une anagramme de son nomComeodia, 25 juin 1912. Il publie des poèmes et fonde à 16 ans, en , et dirige une petite revue littéraire, L'EssorJuliette Goublet, op. cit., L'Intransigeant, 21 juillet 1912, L'Echo rochelais, 28 juin 1913, L'Aurore, 21 juin 1914, liée à un cercle littéraire, la BicheLa Lanterne, 10 mai 1914. Il commence à fréquenter les milieux littéraires parisiensLe Petit Caporal, 29 mai 1914, est ami avec Hubert-Fillay de Blois, l'un des fondateurs de L'Ecole de la Loire, qui regroupe toute sorte d'artistes et d'écrivains sur le Val de Loire.

Après le début de la Première Guerre mondiale, il poursuit la publication de sa revue et défend en Romain Rolland et son texte Au-dessus de la mêlée, dans le périodique Le Bonnet rougeRomain Rolland, Au-dessus de la mêlée, 1923 (texte de Rolland d'octobre 1915 citant Renaitour)Paul Hyacinthe Loyson, Êtes-vous neutres devant le crime ?, Berger-Levrault, 1916, , Le Radical, 22 juillet 1916. Devançant l'appel, il s'engage dans l'armée en Dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (en ligue sur le site de l'AN). Il est pilote de bombardier pendant la Première Guerre mondiale et reçoit la croix de guerre 1914-1918 au début de l'année 1918, avec le citation suivante : Juliette Goublet, op. cit., Le Carnet de la semaine, 12 mai 1918. Durant cette guerre, il a pu continuer à publier (La muse et les ailes, en 1917) et à fréquenter les cafés parisiens. Si L'Essor a publié des poèmes patriotiques antiallemands au début du conflit, Renaitour écrit une ode à Rolland, une ode à Liebknecht. Dans ses poèmes, il dit , fustige Maurice Barrès le . Sa plaquette Arès, le mauvais dieu est dédiée à Camille Le Mercier d'Erm, Nos poètes. Jean-Michel Renaitour, aviateur lyrique, Les Argonnautes, 1918 .

Démobilisé en 1919, il poursuit sa carrière de poète, de romancier et de journaliste. Il se décrit ainsi en 1922 : Il donne des conférences, collabore à des revues comme Renaitre (1920), La Herse (1921-1922), La Renaissance (1922), La GriffeComoedia, 11 décembre 1923, La Lanterne, 10 février 1925, La Revue mondiale, publie quelques contes dans des quotidiens comme L’ŒuvreL'Œuvre, 26 juin 1921 ou Le QuotidienLe Quotidien, 20 janvier 1924, est rédacteur en chef d'une revue littéraire, Le Parthénon à partir de 1925Le Parthénon, avril 1925, Paris-Soir, 4 juillet 1928. Il est récompensé en 1923 pour son dernier roman en date par un prix, la Bourse nationale de voyage littéraire (appelée aussi le ), dotée par le ministère de l'instruction publique de Le Matin, 7 juin 1923, La France, 7 juin 1923, Le Populaire, 7 juin 1923.

Il milite dans le même temps à l'extrême gauche. Membre de la SFIO depuis 1913Notice du Maitron en ligne, il adhère brièvement au groupe des étudiants révolutionnaires, constitué en Marcel Ollivier, La formation des Étudiants communistes en 1919, en France, dans les Cahiers du mouvement ouvrier, , septembre 1999, , collabore à des journaux de gauche comme Le Journal du peupleJ-M Renaitour, « Les falsificateurs de L'Action française », Le Journal du peuple, 14 juin 1920, L'Action française, 24 juillet 1920, Le Populaire, 29 octobre 1920. Il écrit une tribune dans Le Populaire en dans laquelle il se déclare partisan d'un mais méfiant à l'égard des 21 conditions posées par le pour l'adhésion à l'Internationale communisteLe Populaire, 28 octobre 1920, puis signe le mois suivant le manifeste du Comité pour la reconstruction de l’Internationale ouvrière, qui demande l'adhésion mais avec des réservesL'Humanité, 6 novembre 1920. Il demeure à la SFIO après la scission entre socialistes et communistes issue du congrès de Tours de Le Populaire, 11 janvier 1921. Il reste membre de ce parti socialiste jusqu'à son exclusion de la fédération de l'Yonne en 1928Le Populaire, 2 mai 1928, Le Populaire, 24 mai 1928.

Il débat souvent au Club du Faubourg à partir de 1919Le Populaire, 13 octobre 1919 et intègre le bureau de la Conférence Molé-Tocqueville : secrétaire en 1921-1922, vice-président en 1922-1923 et président en 1926-1927L'Echo de Paris, 14 mars 1927.

Auteur d'une ode au sport, Les Olympiques, il tient la rubrique sportive du quotidien La France en 1924L'Intransigeant, 22 novembre 1924, collabore ensuite aux périodiques Les Sports et L'Auto, y compris après son élection en 1928L'Auto, 10 septembre 1924, Ibid., 2 août 1926, Ibid., 8 juin 1927, Ibid., 10 novembre 1928,Ibid., 9 mai 1931. Il préside des clubs sportifs à Paris et dans l'YonneL'Auto, 29 avril 1932, pratique la natation au club des nageurs de Paris (CNP) dont il devient le président de la commission de la propagande puis le président d'honneurL'Auto, 30 mai 1928, Ibid., 23 mars 1935, Match : l'Intran, 17 juin 1930. Il publie en 1934 Vive le sport et est membre du comité directeur de la Fédération française de natation et du groupe sportif de la Chambre des députésJ-M Renaitour, « Le sport au Parlement », L'Auto, 9 janvier 1929, , dont il devient l'un des vice-présidentsL'Auto, 13 mars 1939. Il préside depuis 1927 le groupement L'Icare, qui cherche à vulgariser l'aéronautiqueJournal des débats, 10 février 1927.

Renaitour est franc-maçon. Selon les Documents maçonniques, il aurait été orateur-adjoint en 1924 de la Loge Francisco Ferrer, de la Grande Loge de FranceLes Documents maçonniques, , avril 1943, (Lire en ligne) .

Il collabore de 1924 à 1927 au mensuel pacifiste Les Libérés de toutes les guerres publié à Lyon par Victor Margueritte et cosigne en 1925 le manifeste pacifiste de ce dernier, hostile au traité de Versailles de 1919L'Ere nouvelle, 9 juillet 1925. Cet ancien combattant pacifiste est membre de la Fédération nationale des combattants républicains (FNCR) d'André Jacques FontenyLe Poilu républicain, juin 1928, liée aux socialistes et aux francs-maçons. Président d'honneur de la section d'AuxerreLe Combattant républicain, janvier 1935, il assiste à sa réunion constitutive en 1930Le Poilu républicain, juin 1930. Aux réunions également et aux congrès départementaux de la fédération de l'Yonne, constituée en 1925, de cette associationLe Poilu républicain, octobre 1929. Il y tient des discours pacifistesLe Poilu républicain, juillet 1931 et en faveur des et du Front populaireLe Combattant républicain, mai 1936, Ibid., février 1936, Ibid., octobre 1936,Ibid., septembre 1937; il affirme en 1938 que le Front populaire a permis d'assurer Le Combattant républicain, mai 1938. Il accueille dans sa ville d'Auxerre en 1937 le congrès annuel de la FNCRJournal des mutilés, 30 mai 1937Le Combattant républicain, mai 1937.

Candidat SFIO à 28 ans, sans succès, aux législatives de 1924 dans l'Yonne sur une liste socialiste menée par Aristide Jobert, ancien député, exclu de la SFIO, où figurent des membres du Parti socialiste français, distinct de la SFIOL’Œuvre, 27 avril 1924, il ne bénéficie pas de l'investiture de ce partiLe Populaire, 13 mai 1924, Ibid., 4 mai 1924. Il réussit cependant à s'implanter dans ce département par la suite : il est élu conseiller général de Seignelay de 1926 (contre un socialiste indépendantLe Quotidien, mars 1926) à 1940, député (1928-1942) indépendant de gauche, élu au scrutin uninominal, maire d'Auxerre, de 1929 - sa liste est élue dès le premier tour - à 1941. Sa liste est réélue en 1935 à Auxerre, grâce au désistement de la liste socialo-communiste, contre celle de la droite, menée par Jean MoreauMarc Abélès, Jours tranquilles en 89: ethnologie politique d'un département français, Odile Jacob, 1989. Elu député en 1928 au second tour, réélu facilement en 1932 et en 1936 dès le premier tour, il est réélu en 1936 sous le drapeau du Front populaire, avec une étiquette de centre-gauche, face cependant à un candidat socialiste SFIO et un candidat communisteJacques Canaud, Jean-François Bazin, La Bourgogne dans la Guerre mondiale, Ouest France, 1986, .

À la Chambre des députés, il anime à partir de 1932 le petit groupe parlementaire de la gauche indépendante (Groupe républicain des indépendants de gauche), qui se situe au centre-gauche; il est issu d'une scission du groupe précédent des indépendants de gauche : il est son secrétaireL'Homme libre, 3 juin 1932, préside à ce titre ses réunions et est consulté lors de la formation de gouvernementsLe Petit Parisien, 16 décembre 1932. Il est vice-président de la commission de l'aéronautique et préside la commission de la Marine militaire de à 1939. Il préside aussi le groupe parlementaire du cinéma. À ces titres, il publie dans les années 1930 de nombreux articles dans la presse sur l'aviation et la flotte française, dans plusieurs quotidiens tels L’Œuvre, Paris-Soir, L'Homme libre, Le Journal, Le Quotidien, La République. Le quotidien Comoedia le charge en 1932 de relater sa visite des studios d'Hollywood à l'occasion de son séjour aux États-UnisComoedia, 30 juin 1932, Ibid., 16 août 1932. Il l'évoque aussi dans La GriffeLa Griffe cinématographique, 15 octobre 1932. Il milite alors pour un contingentement des films américains en FranceComoedia, mars 1932. Il réussit à vendre à un producteur un de ses romans (L'Escadrille amoureuse) dont l'adaptation cinématographique, L'Escadrille de la chance, sort en 1938.

Ce franc-maçon est membre du Comité central de la LICA (1931-1933) et membre ensuite de son comité d'honneurLe Droit de vivre, février 1932, Le Droit de vivre, janvier 1933. Il s'éloigne de cette organisation en 1936 au sujet des Jeux de Berlin : il est partisan de la tenue des Jeux Olympiques de 1936 à Berlin, au nom de l'autonomie du sport et par pacifisme, tout en assurant la LICA qu'il demeure hostile Le Droit de vivre, 6 juin 1936. Le ministre de l'éducation nationale l'avait chargé quatre ans plus tôt d'accompagner la délégation française aux Jeux olympiques d'été de 1932, à Los AngelesJuliette Goublet, op. cit., Cyrano, 4 août 1932L'Auto-vélo, 2 juillet 1932. Il accompagne la délégation française à Berlin et y reçoit une décoration nazie. Celle-ci va lui sauver la vie en 1940 lorsque, maire d'Auxerre, les Allemands menacent de le fusiller. Membre du Comité France-Allemagne, ce pacifiste s'exprime en 1937 en faveur d'un rapprochement entre la France et l'Allemagne alors dirigée par HitlerLa Voix du combattant, 8 mai 1937. Pour autant, il est conscient l'année suivante de la course aux armements menée par l'Allemagne et de ses revendications colonialesLa Bourgogne républicaine, 16 janvier 1938.

Il ne prend pas part au vote du 10 juillet 1940Olivier Wieviorka, Les Orphelins de la République. Destinées des députés et sénateurs français (1940-1945), Seuil, 2001, . À Auxerre, il reste maire après l'installation du régime de Vichy. Le conseil municipal est remanié en , avec l'entrée de plusieurs de ses adversaires battus de 1935 dont Jean Moreau, nommé premier adjointMarc Abélès, Jours tranquilles en 89: ethnologie politique d'un département français, Odile Jacob, 1989, . Il démissionne le Robert Bailly, Occupation hitlérienne et résistance dans l'Yonne (et zones limitrophes), A.N.A.C.R.-Yonne, 1984, .