Lattentat du Petit-Clamart, désigné par ses auteurs sous le nom dopération Charlotte Corday, est un attentat, plus précisément une tentative d'assassinat contre Charles de Gaulle, président de la République française, qui a lieu le à ClamartLocalisation de l’attentat du Petit-Clamart dans le département de la Seine (aujourd'hui dans les Hauts-de-Seine). Elle est dirigée par le lieutenant-colonel Jean Bastien-Thiry pour le compte de l'Organisation armée secrète (OAS), en représailles des accords d'Évian et de l'indépendance de l'Algérie.
Contexte
Les différents motifs et enjeux de l' ainsi que ses répercussions (l'affaire Bastien-Thiry) ne peuvent se comprendre que dans le contexte particulier des événements qui l'ont précédée, notamment une précédente tentative d'assassinat à Pont-sur-Seine le . Pour diverses raisons, l'opération prévue dans la foulée a été reportée en Jean-Teddy Filippe, Ils voulaient tuer de Gaulle, TF1 Vidéo, 2005..
Le , la République française dirigée par Charles de Gaulle reconnaît l'indépendance de l'Algérie d'une part à la suite des accords d'Évian établissant le cessez-le-feu, et d'autre part après le résultat de deux référendums, organisés en métropole puis en Algérie, portant sur l'autodétermination de l'Algérie. La guerre d'Algérie s'achève par le rapatriement d'un million de pieds-noirs, d'origine européenne et de juifs séfarades, fuyant les exactions provoquées par le rejet des garanties des accords d'Évian, notamment après le massacre d'Oran.
Et pourtant, en , à Alger, un coup de force avait été mené conjointement par Pierre Lagaillarde, député d'Alger (poujadiste) et officier parachutiste de réserve, les généraux Raoul Salan (commandant des forces armées françaises en Algérie), Edmond Jouhaud (armée de l'air), Jean Gracieux ( DP), l'amiral Auboyneau (marine nationale) avec l'appui de la parachutiste du général Massu (victorieuse de la décisive bataille d'Alger l'année précédente) et la complicité active des alliés de Jacques Soustelle. Il avait pour but de permettre le retour au pouvoir du général Charles de Gaulle qui était alors en retraiteYves Courrière, La Guerre d'Algérie, Reggane Films, 1972.. En effet, les partisans du général de Gaulle misaient sur un changement radical de politique gouvernementale fondée sur le maintien de l'intégrité du territoire républicain, et donc de la poursuite de la politique de « pacification » dans les départements français d'Algérie menée depuis 1954.
Après avoir rassuré une foule gaulliste « européenne » (pieds-noirs et Juifs séfarades) et « musulmane » (Harkis et Moghaznis) fraternisant à Alger le , par un historique « Je vous ai comprisDiscours du Forum d'Alger, . », suivi d'un univoque « Vive l'Algérie française » à Mostaganem, Charles de Gaulle une fois devenu président de la République en 1959, entreprit pourtant d'achever la politique de décolonisation qu'il avait amorcée, alors général, en 1943 avec le Liban et la Syrie durant sa campagne de ralliement des colonies à la France libre en vue de la libération du territoire métropolitain lui-même occupé par l'Allemagne nazie d'Hitler. Plus tard, le , de Gaulle accordait l'indépendance à la Guinée à la suite du rejet de la nouvelle constitution par celle-ci.
Quand, le , le président de Gaulle emploie pour la première fois le terme d'« autodétermination » à propos de ce qui n'est encore dans les médias que « l'affaire algérienne », certaines voix de contestation commencèrent à se faire entendre parmi certains gaullistes en Algérie et en métropole. Les contestataires interprétaient le revirement de politique du chef de l'État, qu'ils avaient eux-mêmes contribué à porter au pouvoir, comme une « trahisonJean-Pax Méfret, Bastien-Thiry : Jusqu'au bout de l'Algérie française, Pygmalion, 2003.. »
C'est finalement quelques mois plus tard, le , que les plus extrémistes défenseurs du maintien de l'Algérie française établirent un état de siège dans la capitale algérienne, alors seconde ville de France comptant un million d'habitants « de souche européenne, » dans ce qui allait devenir la semaine des barricades. À la suite de déclarations auprès du journal d'Allemagne de l'Ouest Süddeutsche Zeitung laissant perplexe le chef de l'État quant à la loyauté que lui accordait le général Massu, désormais remplaçant de Salan à la tête de l'armée d'Algérie, celui-ci fut sur le champ muté en métropole. Plus tard, Massu est affecté à la zone d'occupation de la RFA, à Baden-Baden, d'où il tient un rôle historique en . C'est le renvoi de celui qui avait permis le « putsch gaulliste » de 1958 qui servit d'élément déclencheur dans ce que les médias décrivirent comme « les événements d'Alger. »
Pierre Lagaillarde prit la tête des opérations d'insurrection, le commandement militaire étant assuré par le colonel Gardes. Des civils se solidarisèrent avec les factieux mais, à la surprise des insurgés, le général Crépin remplaçant Massu, resta fidèle au devoir de réserve de l'armée et ne fraternisa pas avec eux. Isolé, Lagaillarde dut se constituer prisonnier auprès de son supérieur hiérarchique au bout d'une semaine de siège. Il fut envoyé en métropole pour y répondre de ses actes.
En 1960, Lagaillarde profita de sa mise en liberté conditionnelle pour s'évader et s'exila à Madrid vivant alors à l'heure du franquisme. C'est en , à l'issue d'un accord avec Raoul Salan, lui aussi entré dans la clandestinité, que se créa l'Organisation armée secrète, qui plus tard prend parfois le nom d' « Organisation de l'armée secrète » ou tout simplement « Armée secrète. »
vignette|Emblème de l'organisation
Une partie de la population dite « de souche européenne », les pieds-noirs, qui, paradoxalement, n'avait pas été consultée lors du premier référendum, refusa de quitter sa terre natale, voire ancestrale pour certaines familles. Elle rejoignit les « maquis » de l'OAS dont l'un des plus connus fut celui de l'OuarsenisLakhdar Belaid, « Du FLN à l’OAS », France Soir, .Rémy Madoui, J'ai été fellagha, officier et déserteur : biographie du FLN à l'OAS, éditions du Seuil, 2004.Pierre Montagnon, L'OAS, Les secrets d'une organisation clandestine, chapitre « Les cibles : n'importe où, n'importe quand…, » Historia Thématique, 76..
En , à la suite de l'échec du putsch des généraux visant cette fois à renverser de Gaulle, celui-ci menant des pourparlers avec une délégation des indépendantistes, et à substituer à son autorité une junte militaire, l'OAS multiplia ses opérations clandestines.
Ces actions, dont les plus radicales relevaient de l'assassinat politique et du terrorisme, ont été menées aussi bien dans les départements français d'Algérie qu'en métropole, l'OAS disposant d'une branche « Métro », par les « commandos Delta ».
En Espagne, Pierre Lagaillarde – toujours fugitif – se tenait avec les colonels Charles Lacheroy (co-créateur des CIPCG avec Salan) et Antoine Argoud, membre-clé du putsch des généraux en métropole, à la tête de la branche dissidente OAS-Madrid qui s'opposait au commandement Salan en préconisant un comité de direction coordonnant les opérations depuis l'étranger. Mais Lagaillarde fut interpellé par la Guardia Civil et mis en résidence surveillée en .
Le en Italie, Georges Bidault, ancien ministre des Affaires étrangères de De Gaulle sous le GPRF, puis pendant la guerre d'Indochine, fut élu président du Conseil national de la Résistance (CNR, créé en 1962 pour la défense de l'Algérie française) par le comité exécutif, dont faisaient partie, entre autres, Jacques Soustelle (lui aussi ministre sous le GPRF) et le colonel Antoine Argoud. L'intitulé faisait référence à la Résistance à l'occupant allemand durant la Seconde Guerre mondiale, Bidault ayant lui-même occupé le poste de président du CNR (fédérant l'ensemble des mouvements de la Résistance) à la suite de Jean Moulin en 1943. Plusieurs analystes critiquent l'amalgame pratiqué par les fondateurs du CNR de 1962TANDONNET Maxime, « 10. Algérie française », dans : , Georges Bidault. De la résistance à l'Algérie française, sous la direction de TANDONNET Maxime. Paris, Perrin, « Biographies », 2022, p. 241-278. URL : https://www.cairn.info/georges-bidault--9782262082307-page-241.htm, amalgame qui suggère une équivalence possible entre l'Algérie et l'Alsace-Lorraine (territoire français perdu après la défaite contre la Prusse), ainsi qu'une identification du général de Gaulle à Adolf HitlerTABARD Guillaume, « 2. 14 avril 1962 : le renvoi de Debré solde la guerre d’Algérie », dans : , La malédiction de la droite. 60 ans de rendez-vous manqués, sous la direction de TABARD Guillaume. Paris, Perrin, « Tempus », 2022, p. 69-89. URL : https://www.cairn.info/la-malediction-de-la-droite--9782262099336-page-69.htm.
C'est sous le prétexte de tenter de mettre fin à ce qu'il voit comme l'immobilisme de la France face à la persécution des harkis et des Français d'Algérie par les Algériens alliés au FLN (le massacre de ces populations s'est poursuivi après les accords d'Évian du , sans que l'armée française ne soit autorisée à les protéger), que Bastien-Thiry met au point l', au mois d', selon lui, sous l'égide du CNR« Déclaration du colonel Bastien-Thiry, » 2 février 1963, sur le site du Cercle Jean Bastien-Thiry, bastien-thiry.com..
Déroulement
gauche|vignette|Une DS présidentielle de 1963 exposée à l'espace à Paris, en 2012.vignette|Renault Estafette. vignette|De Gaulle traversant le village d'Isles-sur-Suippe (Marne), en 1963. Le , aux environs de ., deux Citroën DS 19 banalisées et escortées de deux motards (Robert Herry et Marcel Ehrman) quittent le palais de l'Élysée pour emmener le Général et son épouse à la base aérienne de Villacoublay, où ils doivent prendre un avion du GLAM à destination de Saint-Dizier pour rallier ensuite Colombey-les-Deux-Églises par la route. À bord de la première voiture, se trouvent de Gaulle, de retour d'un Conseil des ministres et son épouse Yvonne ; le colonel Alain de Boissieu Déan de Luigné, gendre et aide de camp du président, est quant à lui assis à côté du chauffeur, le gendarme Francis Marroux.. Dans la deuxième DS conduite par le brigadier de police René Casselin, se trouvent le commissaire de police Henri Puissant, l'un des gardes du corps du général, Henri Djouder et le médecin militaire Jean-Denis Degos..
Sorti de Paris par la porte de Châtillon, le cortège emprunte la route nationale 306 (devenue et dénommée depuis « avenue du Général-de-Gaulle ») et roule en direction de Vélizy-Villacoublay où attend l'avion présidentiel. Alors qu'il arrive, à ., à hauteur du carrefour des rues Charles-Debry, et rue du Bois, à environ trois cents mètres avant le rond-point du Petit ClamartLieu de l'attentat sur google maps., le commando Bastien-Thiry est dissimulé en guet-apens..
Le commando, de type militaire, est constitué de douze hommes équipés d'armes automatiques, d'explosifs et de quatre véhicules. Il est composé de Jean Bastien-Thiry, secondé par un autre métropolitain, Alain de La Tocnaye, qui considère de Gaulle comme un « cryptocommuniste » au même titre que les Hongrois László Varga, Lajos Marton et Gyula Sári, eux aussi farouchement anticommunistes. Le reste du groupe est composé de métropolitains et de Pieds-noirs. Ces derniers entendent venger les exactions commises contre leur communauté, notamment la fusillade de la rue d'Isly ( et Patrice Gélinet, ?id=14997 2000 d'Histoire - L'Homme qui a voulu tuer de Gaulle : Bastien-Thiry, France Inter, 16 juin 2003.), ainsi que la perte de l'Algérie française.