Les noms Les noms sont fléchis en fonction du nombre et du cas. Ils sont associés à des classes nominales.

Le nombre Les noms peuvent être au singulier ou au pluriel. Le pluriel se forme en ajoutant -bi au radical à l’absolutif : besuro (poisson) → besuro-bi (poissons). Aux autres cas, le suffixe est -za; ainsi, "des poissons (génitif)" devient besuro-za-s.

Les cas Il existe syntaxiques, et un bien plus grand nombre de cas locatifs, qui distinguent trois catégories : la position, l’orientation et la direction. Donc, si l’on tient compte à la fois des cas locatifs et non locatifs, on arrive à un total de 64.

Le tsez est une langue ergative, ce qui signifie qu’il ne fait pas de distinction entre le sujet d’une phrase intransitive et l’objet d’une phrase transitive : les deux se trouvent au cas absolutif, non marqué, et le sujet de la phrase transitive est au cas ergatif.

Selon Ramazan Rajabov, pour 42 % seulement des noms le radical oblique est différent du radical absolutif. Pour certains noms, c’est leur structure interne qui change (par exemple une voyelle), tandis que pour d’autres on ajoute à la fin ce qu’on appelle un "suffixe thématique" (on en recense une vingtaine), qui sera suivi des autres suffixes casuels. Par exemple, le mot qui signifie « langue » ou « langage », est mec, mais son radical oblique est mecr- : le pluriel est donc mecrebi, l’ergatif mecrā, etc. Rajabov remarque qu’il est parfois difficile, même pour des locuteurs natifs, de choisir correctement le suffixe thématique. Ces suffixes trouvent probablement leur origine dans deux formes différentes de pluriel, de la même manière qu’en anglais le mot children (enfants) possède en fait deux désinences archaïques du pluriel, -(e)r et -en. En tsez il est même possible parfois d’utiliser aussi bien le pluriel archaïque que la forme normale et plus productive -bi pour un même motMorphonologie du tsez par Ramazan Rajabov.

Suffixes des cas syntaxiques   singulier pluriel Absolutif -∅ -bi Ergatif -ā -z-ā Génitif-1 -(e)s -za-s Génitif-2 -(e)z -za-z Datif -(e)r -za-r Instrumental -(e)d -za-d Équatif-1 -ce -za-ce Équatif-2 -qʼāy -za-qʼāy

La différence entre les deux cas génitifs est que le premier est utilisé comme attribut d’un nom principal absolutif, et le second d’un oblique. Le génitif-1 sera donc utilisé dans des expressions telles que žekʼu-s is (le taureau de l’homme), alors que le génitif-2 sera utilisé dans žekʼu-z is-er (pour le taureau de l’homme).

L’équatif-1 est utilisé pour effectuer des comparaisons, comme dans besuro-ce (comme un poisson) ; il peut aussi être associé à d’autres cas.

Rajabov suggère syntaxiques supplémentaires, à savoir le possessif-1 (-łay), le possessif-2 (-xu), et l’abessif (-tay). Cependant, leur statut peut faire débat, car ils semblent présenter à la fois des tendances flexionnelles et dérivationnelles.

Suffixes des cas locatifs

  Essif Latif Ablatif AllatifLe cas allatif est aussi appelé « versatif ». signification In— -ā-āz -ā-r-āz-a-r -āy-āz-ay -āɣor-āz-a = dans (un objet creux) Cont— -ł-ł-āz -ł-er-ł-āz-a-r -ł-āy-ł-āz-ay -ł-xor-ł-āz-a = au sein de, parmi Super— -ƛʼ(o)-ƛʼ-āz -ƛʼo-r-ƛʼ-āz-a-r -ƛʼ-āy-ƛʼ-āz-ay -ƛʼ-āɣor, -ƛʼ-ār-ƛʼ-āz-a = sur (horizontal) Sub— -ƛ-ƛ-āz -ƛ-er-ƛ-āz-a-r -ƛ-āy-ƛ-āz-ay -ƛ-xor-ƛ-āz-a = sous Ad— -x(o)-x-āz -xo-r-x-āz-a-r -x-āy-x-āz-ay -x-āɣor, -x-ā-r-x-āz-a = à Apud— -de-d-āz -de-r-d-āz-a-r -d-āy-d-āz-ay -d-āɣor, -d-ā-r-d-āz-a = près de Poss— -q(o)-q-āz -qo-r-q-āz-a-r -q-āy-q-āz-ay -q-āɣor, -q-ā-r-q-āz-a = sur (vertical) signification = à (position) = vers (destination) = de (origine) = en direction de 

Parmi les formes indiquées, celle du dessus indique la forme non-distale (c’est-à-dire proche), celle du dessous, la forme distale (= éloignée) du suffixe. Au non-distal il existe parfois deux formes semblables pour l’allatif. La voyelle épenthétique o entre parenthèses apparaît derrière des radicaux nominaux se terminant par une consonne ; ainsi, « à côté du taureau » se traduit is-xo, alors que « à côté du poisson » se dit besuro-x.

Les classes nominales Le tsez distingue quatre classes nominales au singulier, et deux au pluriel. Elles sont indiquées par des préfixes attachés aux verbes, aux adjectifs, à différentes postpositions telles que -oƛƛʼo ("entre") ou -iłe ("comme") et à la particule emphatique -uy pour s’accorder avec le nom. L’accord n’est possible que pour les mots commençant par une voyelle ou une voyelle pharyngalisée, mais on trouve aussi quelques mots commençant par une voyelle qui ne prennent pas ces préfixes.

Classe Singulier Pluriel Attribution I ∅- b- personnes de sexe masculin seulement II y- r- personnes de sexe féminin et objets inanimés (ex: livre) III b- animaux et objets inanimés (ex: soleil) IV r- objets inanimés seulement (ex: eau)

Comme les objets inanimés couvrent les classes II, III et IV, il n’est pas évident de déterminer à quelle classe un objet inanimé doit appartenir. Cependant, certaines tendances basées sur le champ sémantique des noms se dégagent. Les noms dénotant des objets susceptibles de se déplacer (comme : soleil, lune, étoile, éclair, voiture, train) appartiennent habituellement à la classe III, alors que les produits qui se rapportent traditionnellement au travail des femmes (comme : vêtements, baies, et aussi lait) relèvent souvent de la classe II. Les vêtements faits de cuir sont — de même que le mot signifiant cuir lui-même — habituellement assignés à la classe III, en raison de leur relation avec les animaux. La classe IV incluait originellement des termes abstraits, des noms collectifs et de masse, tels que : eau, sel, ciel ou vent. Les matériaux semblent souvent déterminer des classes nominales : "chaise" and "bois" sont tous deux des noms de classe IV. La forme aussi semble avoir une influence (les choses plates sont associées à la classe II, les choses rondes à la classe III, et les choses longues à la classe IV). De la même manière, les noms propres sont assignés à la classe des noms qu’ils dénotent. Ainsi, Patʼi ("Fatima") est assigné à la classe II, parce qu’il s’agit d’un nom féminin, et Asaq (un village tsez) appartient à la classe III, parce que "village" (ʕaƛʼ) appartient au même groupe. Quant aux nouveaux mots d’emprunt, ils sont assignés à la classe nominale d’un mot tsez existant et sémantiquement similaire. Il est intéressant de remarquer que, d’après des expériences, les locuteurs Tsez n’assignent aucune classe nominale à des mots nouveaux qu’ils ne connaissent pas ou dont ils ne savent pas à quoi ressemble le signifié concernéLa catégorie de la classe en tsez: principes sous-jacents par Ramazan Rajabov.

Certaines désinences dérivationnelles exigent aussi une classe nominale spécifique : voir plus loin la section concernant la dérivation.

Les verbes et les adverbes s’accordent toujours avec l’argument absolutif de la proposition, sans égard à sa transitivité ou son intransitivité.

S’il y a plus d’un argument absolutif lié par la conjonction -n(o) ("et"), et que l’un d’entre eux appartient à la première classe nominale, alors c’est le pluriel de la classe I qui gouverne l’accord pour la proposition ; sinon, c’est le pluriel de la classe II/III/IV. Comparez :

{| style="border: 1px solid black;" |kid-no||uži-n||b-ay-si |- |fille[II]:ABS-et||garçon[I]:ABS-et||I<small>PL-</small>venir-PSTWIT |- |colspan=7 align="center"|"Une fille et un garçon sont arrivés." |} et : {| style="border: 1px solid black;" |kid-no||meši-n||r-ay-si |- |fille[II]:ABS-et||veau[III]:ABS-et||II<small>PL-</small>venir-PSTWIT |- |colspan=7 align="center"|"Une fille et un veau sont arrivés."

NB: PSTWIT = passé attesté

Les pronoms Pronoms personnels Les pronoms personnels existent en tsez seulement à la et à la personne; pour la , on utilise les démonstratifs že (singulier) and žedi (pluriel). Comme les pronoms personnels au singulier ont la même forme à l’absolutif et à l’ergatif, une phrase telle que Di mi okʼsi est ambiguë, car elle peut signifier à la fois « Je t’ai frappé » et « Tu m’as frappé », en raison de l’ordre relativement libre des mots. Cependant, ils possèdent une forme différente aux cas obliques et une forme irrégulière au génitif-1, la même que les pronoms pluriels. Les pronoms singuliers ont aussi les mêmes formes pour l’ensemble des quatre classes nominales, tandis qu’au pluriel cette distinction est marquée, comme indiqué dans le tableau ci-dessous.

    classe I classes II-IV pers. sg. abs. & erg. di oblique dā- génitif-1 dey pers. sg. abs. & erg mi oblique debe-Cette forme est utilisée devant la consonne finale d’une syllabe, telle que le suffixe -r.dow-Cette forme est utilisée devant la consonne initiale d’une syllabe, telle que le suffixe -de. génitif-1 debi pers. pl. absolutif eli ela oblique elu- ela- génitif-1 spécialLes formes spéciales des deux génitifs sont utilisées lorsque le possesseur constitue un groupe fermé, notamment une famille : ainsi eli eniy est utilisé à la place de elus eniy pour signifier "notre mère". Le démonstratif pluriel žedi ("ceux-ci, ils") présente aussi ce trait : pour un groupe fermé, il a la forme žedi au génitif-1, et žediz au génitif-2. Pour des possesseurs ordinaires les formes respectives sont žedus et žeduz. eli génitif-2 spécial eliz pers. pl. absolutif meži meža oblique mežu- meža- génitif-1 spécial meži génitif-2 spécial mežiz

Il existe aussi un pronom personnel réfléchi, signifiant "soi-même", qui est žo (= self) ou ne- (= oneself) à la forme oblique.

Pronoms démonstratifs Les pronoms démonstratifs sont des suffixes attachés au nom concerné. Ils sont fléchis en fonction de la classe nominale, du nombre et du cas, et ils présentent une distinction binaire entre le proximal (proche, comme en français : "ceci / ceux-ci") et distal (éloigné, français : "cela / ceux-là"), ces derniers étant aussi utilisés en place de pronoms personnels à la .

Les formes obliques sont utilisées de manière attributive, et aussi en tant que base à laquelle d’autres suffixes casuels (obliques) peuvent être attachés.

  Singulier Pluriel  Classe I Classes II-IV Classe I Classes II-IV Proximal Absolutif -da -du -ziri Oblique -si -ła-, -łLes formes -ł sont utilisées optionnellement après des voyelles à la fin des mots. -zi -za Distal Absolutif že žedi Oblique nesi neło, neł žedu žeda

Pronoms interrogatifs Les pronoms interrogatifs distinguent entre l’humain ("qui? ") et le non-humain ("qu’est-ce qui?") aux formes obliques seulement, mais pas à l’absolutif. Les pronoms interrogatifs de la catégorie "non-humain" requièrent l’affixe de la classe IV lorsqu’ils déclenchent un accord.

Les pronoms interrogatifs qui remplacent un complément (comme "quand?" ou "pourquoi?") se présentent habituellement au début de la phrase, alors que ceux qui remplacent un terme ("qui?", "que, qu’est-ce que?", etc.) figurent souvent à l’endroit du terme qu’ils remplacent. Cependant, ils peuvent eux aussi être placés en tête pour effectuer un lien dans un discours particulier. Ainsi, le mot šebi placé en tête pourrait être traduit par "Quelle chose...?" au lieu de "Que / qu’est-ce que...?".

  Humain Non-humain Absolutif šebi Oblique łā łina Ergatif łu łinā

Parmi les autres pronoms interrogatifs, on peut citer: dice ("combien?", anglais "how much?") didiyu ("lequel?") didur ("comment?") łina-s ("pourquoi?") ; ceci semble être la forme du génitif-1 du pronom interrogatif oblique non-humain nā ("où?") ; radical na- neti ("quand?") šidā ("pourquoi?") šomo ("combien?", anglais "how many?")

Les verbes