Le koriak est une langue tchouktche-kamtchadale parlée par les Koriaks à l'extrémité est de la Sibérie, principalement dans l'okroug de Koriakie. Son nom en koriak est чав'чваейыл (tchav'tchvaeylyl) ou нымылг’ын (nymylg'yn), mais le nom imposé par les Russes est le plus répandu. Le nombre de locuteurs du koriak est aujourd'hui estimé à (contre en 1959). En 1989, on estimait que 52,4 % des Koriaks avaient le koriak pour langue maternelle, et que 57,8 % le parlaient courammentANSIPRA (Institut Polaire Norvégien).

Le koriak est proche du tchouktche (qui a environ deux fois plus de locuteurs) et appartient à la famille des langues tchouktches-kamtchadales tout comme le tchouktche, le kerek, l'alioutor et l'itelmène.

Dialectes La littérature traditionnelle mentionne onze dialectes koriaks, certains d'entre eux ayant été redéfinis comme langues à part entière : le tchavtchouvène, le karaghine, l'apoukine, l'alioutor (ou olioutor), le palan (pallan, lesnov), le kahtanine, le rekinnikov, le kamène, l'itkan, le parène, le gijighine. S.N. Stebnitsky classe également parmi les dialectes koriaks le kerek (désormais éteint). Actuellement, les dialectes principaux sont le tchavtchouvène, le palan, l'alioutor, le karaghine. La différenciation des dialectes se fonde notamment sur la réalisation en [j], ou non, des consonnes [t] et [r] : là où le tchavtchouvène et l'apoukine disent ïaïanga (« maison »), l'alioutor, le palan et le karaghine prononcent raranga ; ïaïoul (« renard ») correspond à tatoul, tattol ou tatol selon le dialecte.

Les différences grammaticales concernent surtout la déclinaison des noms (regroupement ou différenciation de certains cas locatifs). Le palan et le karaghine ne connaissent pas le duel. En tchavtchouvène, apoukine, rekinnikov, le présent du verbe est marqué par le circonfixe kou-/ko- ... -ng, alors qu'en palan, alioutor, karaghine, il est marqué par le suffixe -tkyn. Le koriak et l'alioutor sont très proches du tchouktche. Il existe aussi quelques similitudes entre le koriak et le nivkhe.

L'intercompréhension n'est pas systématique entre les locuteurs de tous les dialectes, qui partagent un sentiment d'appartenance à une ethnie commune.

Alphabet koriak Le koriak utilise aujourd'hui un alphabet cyrillique étendu.

Dans les années 1930 un alphabet latin avait été introduit, qui comportait les lettres suivantes : A a B в Є є D d E e Ә ә F f G g H h I i Ь ь J j K k L l M m N n Ņ ņ Ŋ ŋ O o P p Q q R r S s T t Ţ ţ U u V v W w Z z

En 1933, la lettre Є є fut remplacée par C c.

En 1937, cet alphabet fut remplacé par un alphabet cyrillique sans lettres spécifiques. Au cours des années 1950, quatre lettres suivies d'une apostrophe furent ajoutées : в’, г’, к’, н’. Quelques années plus tard, le К avec apostrophe et le Н avec apostrophe furent remplacés par des lettres spécifiques portant un crochet. Ces lettres ont la valeur phonétique suivante : в' : (consonne fricative bilabiale voisée) г' : (consonne spirante pharyngale voisée) ӄ : (consonne occlusive uvulaire sourde) ӈ : (consonne occlusive nasale vélaire voisée).

L'alphabet actuel de 37 lettres se présente donc comme suit :

А а Б б В в В' в' Г г Г' г' Д д Е е Ё ё Ж ж З з И и Й й К к Ӄ ӄ Л л М м Н н Ӈ ӈ О о П п Р р С с Т т У у Ф ф Х х Ц ц Ч ч Ш ш Щ щ Ъ ъ Ы ы Ь ь Э э Ю ю Я я

Les lettres б, д, ж, з, р, с, ф, х, ц, ш, щ ont été introduites dans l'alphabet koriak pour permettre d'écrire les mots empruntés au russe.

Grammaire

Règles phonétiques

Le koriak respecte une harmonie vocalique. Ses voyelles se divisent en deux séries : и, э, у э, а, о Les racines et les affixes possèdent ainsi deux variantes. Exemple : нутэнут (noutènout) « toundra », нутэ-к (noutèk) « dans la toundra », mais : нота-ӈӄо (notangkho) « hors de la toundra ».

Le koriak respecte aussi des règles d'assimilation régressive. Ainsi [t] devant [l] devient [l], [t] devant [m] devient [n], [t] suivi de [j] devient [tɕtɕ] (чч), etc.

L'accent tonique tombe habituellement sur l'avant-dernière syllabe. Comme en russe, il peut se déplacer à l'intérieur d'un mot : в'ала (v'ala) « couteau », валата (valata) « avec un couteau ») ; mais contrairement au russe, il n'existe pas de distinction de formes grammaticales en fonction de l'accent tonique. Par ailleurs, dans les mots empruntés au russe, l'accent tonique peut porter sur une autre syllabe que dans le terme russe originel.

Morphologie

Le koriak utilise des affixes (préfixes, circonfixes et surtout suffixes), les suffixes jouant notamment le rôle des prépositions du français. Le mode de formation des mots le plus productif est la dérivation lexicale. Exemple : sur la base валал (v'alal ; valal-yk « être assis »), se construit валалытьа-к (valalyt'ak, « s'asseoir »), puis валалытьалг'-ын (valalyt'algh-yn, « étant assis »).

Un bon nombre de mots sont obtenus par composition à partir de deux ou plusieurs radicaux. C'est le cas de certains nombres : ыннан-мыллыӈэн (ynnan-myllynghèn) « six », littéralement « un-cinq »

La composition peut faire intervenir un terme koriak et un terme emprunté : коня-ӈаллы (konïa-ngally), « troupeau de chevaux » (russe конь, « cheval »).

Le koriak fait aussi grand usage du redoublement du morphème radical, qu'il soit complet (dans le cas des radicaux monosyllabiques) : лиг-лиг (lig-lig) « glace » ; ӈэй-ӈэй (ngèï-ngèï) « montagne » ; от-от (ot-ot) « chaud » (pour un vêtement...) ou partiel (radicaux dissyllabiques) : ано-ан (ano-an) « printemps » ; утты-ут (outty-out) « bois »...

Certains verbes sont composés au moyen d'un adverbe ou d'un participe associé à un verbe auxiliaire. Ces locutions verbales peuvent à leur tour servir de base à la création de mots : алваӈ итык (alvang ityk) « se différencier, être différent » → алваӈ этгыйӈын (alvang ètgyïngyn) « différence ».

Les parties du discours

Noms Il existe en koriak une distinction entre animés et inanimés, mais les animés se réduisent aux seuls êtres humains. La question мэки ? (mèki, qui ?) attend en réponse un substantif désignant un être humain ; s'il s'agit d'un animal ou si l'on ne sait pas s'il s'agit d'un être humain ou non, on utilise йынны ? (ïynny).

Il n'y a pas de genres en koriak ; la forme du substantif varie en fonction de la personne : ейгучев'ӈылг'и-гым (ïeïgoutchev'ngylghi-gym) « (moi) élève » ейгучев'ӈылг'и-ги (ïeïgoutchev'ngylghi-gi) « (toi) élève », etc.

Tout substantif possède trois formes régulières en fonction du nombre : singulier, pluriel et duel.

Le duel s'exprime par le suffixe -т ou -ти/-тэ (-t, -ti/-tè), en fonction de la terminaison du radical : лыла-т (lyla-t) « (les) deux yeux » калитг'ул-ти (kalitghoul-ti) « (les) deux feuilles (de papier) » Dans le cas des substantifs de la déclinaison (voir plus bas), le duel, exprimé par le suffixe -нти/-нтэ (-nti/-ntè), peut signifier aussi « la personne désignée et celle qui l'accompagne » : аппа-нтэ (appa-ntè) « papa et quelqu'un avec lui ».

Le pluriel s'exprime par les suffixes : -в'-, -в'в'и-, -в'в'э- (-v', -v'v'i-, -v'v'è-) ; -у/-о (-ou/-o) en fonction de la terminaison du radical : тити-в', тити-в'в'и (titi-v', titi-v'v'i) « aiguilles » г'ытг'-у (ghytgh-ou) « chiens ».

Les substantifs empruntés au russe se déclinent de la même manière, même lorsqu'il n'existe pas de forme équivalente en russe : пальто (palto) « manteau » → пальто-т, пальто-в (paltot-t, palto-v) « deux manteaux, des manteaux » (alors que пальто est invariable en russe).

Le duel et le pluriel des noms massifs peuvent exprimer en koriak, non seulement « différentes sortes de » (comme en français « des aciers »), mais aussi la quantité : кинуӈги → кинуӈгвам, кинуӈгвав' (kinoungi → kinoungvam, kinoungvav'), « viande → deux viandes / morceaux de viande, des viandes / morceaux de viandes ».

La déclinaison des noms en koriak tient compte des catégories linguistiques du nombre, du cas, de la détermination, du caractère humain. Il existe deux paradigmes de déclinaison : la première déclinaison concerne tous les substantifs « non humains » et les substantifs « humains » indéterminés la deuxième déclinaison s'applique aux noms propres d'êtres humains et aux noms communs jouant le même rôle, tels que « papa », « maman » etc. Ainsi милют (milïout) « lièvre » ou ынпыӄлавол (ynpyqlavol) « vieillard » sont-ils de la 1 déclinaison, tandis que Иккилыт (Ikkilyt, nom d'homme) ou аня (anïa) « grand-maman » relèvent de la déclinaison.

La formation des noms en koriak s'effectue essentiellement par affixation, rarement par conversion (on peut toutefois mentionner des termes tels que вэтат (vètat) « travail », à partir de вэтатык (vétatyk) « travailler »).

Il existe notamment des affixes permettant de créer : des noms de personnes : suffixes лг', чг' . Ex : йыю-лг'-ын (ïyïou-lgh-yn) « berger ». des noms d'objets : divers suffixes, comme (и)нэӈ / (э)наӈ pour les outils et ustensiles. Ex : каличи-наӈ (kalitchi-nang) « crayon ». des noms de lieux dédiés à une activité : suffixe -ны (-нв). Ex : авъэ-ны (av è-ny) « pâturage » des collectifs : divers suffixes, comme -мк- (groupe de quantité indéterminée, mais plutôt limitée). Ex : ынны-мк-ын (ynny-mk-yn) « banc de poissons ». des noms abstraits : suffixe -гыйӈ- . Ex: эв'лы-гыйӈ-ын (èv'ly-gyïng-yn)« longueur ». des noms appréciatifs : suffixe diminutif -пиль / -пэль, augmentatif -неӄу / -няӄо, péjoratif -чг- . Ex : в'аны (v'any) « terrier » → в'аны-пэль (v'any-pèl') « petit terrier », в'аны-няӄо (v'any-nïaqo) « grand terrier », в'аны-чг-ын (v'any-tchg-yn), « vilain terrier ».

Les noms d'êtres humains et d'animaux de sexe féminin se forment avec le préfixe ӈэв- / ӈав- . Ex : ӈав'-маталг'ын (ngav-matalghyn) « belle-mère », ӈав'-г'эгылӈын (ngav'-ghègylngyn) « louve ».

Les noms des petits des animaux se forment avec le préfixe ӄай- . Ex : ӄай-кайӈын (qaï-kaïngyn) « ourson ».

Les noms composés se forment sur une base verbale + nominale, ou doublement nominale.

Adjectifs L'adjectif en koriak a essentiellement une fonction attributive, ou prédicative. On distingue deux classes principales d'adjectifs, qui se distinguent par leur formation : les adjectifs qualitatifs (exprimant une qualité intrinsèque) ; les adjectifs relatifs ; ainsi que des adjectifs numéraux.

Les adjectifs en koriak ne possèdent pas de paradigme complet de déclinaison ; ils prennent souvent les formes du locatif ou de l'ergatif, dans le cadre de l'incorporation au substantif. Ils subissent en revanche une flexion régulière en fonction de la personne et du nombre. Exemple : нымэйыӈӄинэ-т (nymèïyngqinè-t) « grands » (en parlant de deux objets, duel).

Adjectifs qualitatifs Les adjectifs de qualité sont surtout construits sur des radicaux exprimant cette qualité, avec adjonction du circonfixe н(ы) — ӄин(э) / ӄэн(а). Ex : ны-туй-ӄин (ny-touï-qin) « jeune » ; н-ив'ты-ӄин (n-iv'ty-qin) « bas ».

D'autres sont construits sur une base nominale, verbale ou adverbiale. Le comparatif relatif s'exprime par une construction spécifique. Ex : яёл нытэмъюӈӄин г'илгык (ïaïol nytèm ïoungqin ghilgyk) « le renard est plus rusé que le loup ». Le comparatif absolu et le superlatif s'expriment respectivement au moyen de préfixes et de circonfixes : ныкэтгуӄин (nykètgouqin) « fort » → тэл-лыкэтгуӄин (tèl-lykètgouqin) « plus fort », ынан-катго-чг'ын (ynan-katgo-tchghyn) « le plus fort ».

Adjectifs relatifs

Les adjectifs relatifs se construisent principalement par adjonction du suffixe -кин(э) / -кэн(а) à une base nominale, adverbiale, plus rarement verbale ou pronominale. Exemple : аӈӄа-кэн (angqa-kèn) « de (la) mer, marin, maritime » ; эчги-кин (ètchgi-kin) « actuel, d'aujourd'hui ».

On trouve aussi les affixes -ин(э) / -эн(а), ou гэ- / га — -лин(э) / -лэн(а). Ex : гэ-чгэй-лин (gè-tchgèï-lin) « sablonneux, sableux ».

Adjectifs numéraux

Les nombres cardinaux en koriak sont formés sur les bases cinq et dix. Les nombres jusqu'à cinq, ainsi que dix, sont des termes simples, au-delà ils sont composés. Exemple :