L'immigration algérienne en France est un phénomène qui débute dès la fin du .

Tout d'abord désirée et encouragée par la France., l'immigration algérienne est dans un premier temps une immigration de travail, plutôt masculine et ouvrière, souvent originaire des Aurès ou de Kabylie, qui s'articule autour des grandes villes, principalement Paris, mais aussi Marseille, le Nord de la France, Lyon et Saint-Étienne. L'immigration algérienne en France connaît des reflux durant la crise des années 1930 et la Seconde Guerre mondiale. Elle s'accélère toutefois dès 1945 et durant les Trente Glorieuses. Par la suite, la nature de l'immigration algérienne en France - jusque-là plutôt temporaire - évolue, notamment avec les regroupements familiaux..

En 2019, l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) comptait algériens résidant sur le territoire français.. La même année, l'Institut national d'études démographiques (INED) estimait à le nombre d'enfants d'immigrés algériens résidant en France, soit 2,1 millions de personnes sur deux générationsCe chiffre n'inclut pas les personnes d'origine algérienne, de nationalité française, nées avant 1963 en Algérie, ainsi que leurs enfants, car inclus dans les Français de naissance par le recensement de l'Insee et pas dans la catégorie immigré..

Histoire Du début du jusqu'à l'indépendance en 1962 : une immigration de travail Contexte Il existe en Algérie française une distinction essentielle entre la citoyenneté française et la nationalité française. Ainsi, jusqu'en 1947, les « musulmans » sont sujets français, statut qui dissocie nationalité et citoyennetéJean Monneret, La guerre d'Algérie en trente-cinq questions, L'Harmattan, 2008, . Celle-ci est, en effet, déterminée par l’abandon du statut personnel musulman avec la soumission aux lois françaises et non plus aux lois islamiques. Influencé par les saint-simoniens, le Second Empire adopte la loi de sénatus-consulte du 14 juillet 1865 permettant aux « indigènes musulmans » d'Algérie de devenir des « citoyens français »Jean Monneret, La guerre d'Algérie en trente-cinq questions, L'Harmattan, 2008, . En 1947, à la suite de l'entrée en vigueur de la loi Lamine Guèye et de la loi du 20 septembre 1947 portant Statut organique de l'Algérie, les Algériens musulmans deviennent des citoyens, appelés par l'administration des Français musulmans d'Algérie (FMA). Toutefois, il subsiste en Algérie française une différence fondamentale entre le statut « musulman » et le statut « européen ». En effet, si tous les habitants sont désormais citoyens, ils votent, jusqu'à la constitution française de 1958, dans deux collèges différentsCeux du Premier collège (les Français non musulmans et quelques dizaines de milliers de musulmans « évolués ») représentent environ un million de personnes et élisent 50 % des représentants de l’Algérie. Ceux du Deuxième collège (tous les autres) représentent environ neuf millions de personnes et élisent les autres 50 %.. En métropole, en revanche, il n'existe pas de différence entre les deux statuts et les Algériens bénéficient des mêmes droits que les métropolitains sans avoir à renoncer à leur statut personnel. Ils sont donc des migrants régionaux comme les Bretons et les Corses avec le droit de vote, les mêmes droits et devoirs que les autres citoyens françaisGérard Noiriel,Immigration, antisémitisme et racisme en France, Fayard, 2007, . L'article 3 de la loi du 20 septembre 1947 précisait « Quand les Français musulmans résident en France métropolitaine, ils y jouissent de tous les droits attachés à la qualité de citoyens français et sont donc soumis aux mêmes obligations »Benjamin Stora, L'immigration algérienne en France 1912-1992, Fayard, 1992, ..

Les débuts (1905-1914) : un flux de travailleurs majoritairement Kabyles vignette|La Kabylie est la région d'origine de la grande majorité des premiers travailleurs algériens à émigrer vers la France métropolitaine. Le phénomène de l'immigration algérienne en France métropolitaine commence au tournant des et s. Il s'agit d'une immigration de travail . Ce phénomène s'explique par plusieurs facteurs socio-économiques. Tout d'abord, la pauvreté causée par l'occupation coloniale de la population pousse de nombreux Algériens à émigrer vers la France métropolitaine.. En raison de l'élévation du niveau de vie et de l'industrialisation, de l'exode rurale (qui éloigne les français du travail manuel) de nombreux citoyens refusent d'occuper des métiers difficiles, encourageant le recours aux travailleurs algériens pour réaliser certains emplois.. Le plus souvent, les travailleurs restaient entre un an et demi à deux ans en France métropolitaine, avant de rentrer dans leur région d'origine tandis que d'autres membres de leur famille venaient les remplacer dans les usines de la métropole. vignette|Au début du , en région parisienne, de nombreux travailleurs occupent des emplois techniques dans le métro parisien. Dès 1905, la main d’œuvre algérienne est sollicitée en France métropolitaine, notamment dans la ville de Marseille. Les Algériens y travaillent dans les raffineries ou comme dockers ou chauffeurs sur des navires. Puis des centaines de travailleurs algériens sont embauchés dans les mines et les usines du Nord et du Pas-de-Calais, les industries de Clermont-Ferrand et Paris. En région parisienne, ils travaillent dans le bâtiment et les travaux publics, les industries chimiques, les raffineries de sucre Say, la compagnie des omnibus, les chemins de fer et le métro. Ils s'installent dans les villes et se regroupent parfois dans certains quartiers comme Montmartre. En 1912, la France recense de à en métropole, dont un millier dans la seule région parisienne. Dans le Nord de la France, ce sont environ de Kabylie qui travaillent dans les mines, pour un salaire normal et bénéficiant de l'application des lois sociales de l'époque pour les mineurs.

Les travailleurs algériens de Kabylie sont généralement bien accueillis par la population ouvrière avec souvent de l’admiration pour leur savoir-faire et leur abnégation au travail ; ils s’intégraient assez facilement dans la communauté en adoptant le mode de vie des Français quand bien même ils restaient attachés à leurs traditions et à leur culture kabyle.. Les patrons appréciaient particulièrement les travailleurs kabyles, notamment en raison de leur bonne maîtrise du français, à la différence des Polonais par exemple, de leur discipline mais aussi dans le cadre d'un imaginaire faisant du Kabyle un travailleur digne d'assimilation, sur fond de qui tendait parfois à rapprocher les Amazighs berbérophones des Françaiset de les éloigner des Algériens arabophones.

Le mouvement migratoire s'accélère dès 1913 grâce à la suppression du permis de voyage qui était alors requis pour les Algériens et l'on estime à environ le nombre d'Algériens en France métropolitaine en 1914.

Durant la Première Guerre mondiale (1914-1918)

Lors de la Première Guerre mondiale, la France fait très largement appel aux travailleurs et aux soldats de l'Empire colonialL'effort de guerre s'est traduit par l'apport de plus de dont environ et . Il consista également dans la fourniture de denrées diverses : céréales, viandes, oléagineux d'Afrique du Nord et d'Afrique noire qui firent l'objet de réquisitions à partir de 1916-1917, Jacques Frémeaux, Les colonies dans la Grande Guerre, 14-18 Éditions, 2006, .. Ils seront alors près de et à venir d'Algérie. Pour les Algériens, le service militaire obligatoire est alors deux fois plus long que pour les Français.

Sur ces , seront tués ou portés disparus et Armelle Mabon, Prisonniers de guerre « indigènes » : Visages oubliés de la France occupée, La Découverte, 2010. Ceux qui ne sont pas sur le front sont employés dans les secteurs vitaux à l'effort de guerre, production d'armement, génie, aéronautique, transports, mines, etc. La participation des travailleurs coloniaux à l'effort de guerre est reconnue et ils jouissent de la sympathie des Français. À cette époque, les fêtes musulmanes sont célébrées en France avec un certain faste et l'on assiste à de nombreux mariages mixtes.

Toutefois, au terme de la Grande guerre en 1918, la France renvoie la très grande majorité des soldats algériens dans leur région d'origine.

Durant l'entre-deux-guerres (1918-1939) Après guerre, la France rapatrie et soldats des colonies. Dès 1920, l'immigration reprend, la France, du côté des vainqueurs mais ruinée par la guerre, est en partie détruite. Elle fait à nouveau appel aux travailleurs des colonies. Entre 1919 et 1931, on assiste à une immigration importante. Ainsi en 1924, on dénombre environ Algériens (nombre similaire à celui de 1940), qui constituent 3 % de la population immigrée dominée surtout par les Italiens et les Polonais. Compte tenu des allers et retours, c'est Algériens qui auraient effectué au moins un séjour en métropole durant cette période. Emmanuel Blanchard situe un « premier âge de l’immigration » algérienne dans cette période d’entre-guerreEmmanuel_Blanchard, Histoire de l'immigration algérienne en France, La Découverte, 2010, p.35. Au fil des années, au fur et à mesure d’arrivées importantes de nouveaux ressortissants originaires d’Algérie, les Kabyles se sont déployés dans tous les secteurs d’activité, on les retrouve dans la restauration, les services, la communication, le spectacle, les transports et l'administration. Si la composante kabyle reste importante parmi les immigrés algériens, d'autres, comme celle des habitants du nord-ouest oranais gagne du terrain. C'est aussi durant cette période que naissent les premiers mouvements anti-impérialistes au sein de la communauté algérienne immigrée.

Dans l'après-guerre (1946-1954) Après 1945, le flux migratoire reprend, les Algériens occupent des emplois dans les domaines qui permettent la reconstruction de la France et la relance économique, comme les mines et la sidérurgie, mais aussi l'industrie et la construction de nouvelles infrastructures. Selon Daniel Lefeuvre, professeur à l'université Paris-VIII, il apparaît que l'immigration algérienne en France dans les années 1950 a pour origine l'explosion démographique et la pauvreté. En effet, dans son ouvrage Chère Algérie publié en 2005, il affirme que cette immigration ne répond pas aux besoins de main d'œuvre de l'économie française au cours des années de reconstruction ou des Trente Glorieuses mais bien à la situation terrible dans laquelle vivent les populations musulmanes à cette époque. Les ressources sont insuffisantes pour nourrir une population qui croît très vite. La misère, notamment du fait de l'occupation coloniale, s'étend, et les Algériens sont contraints de s'expatrier pour nourrir leur famille. Les administrateurs de la colonie encouragent cette émigration pour alléger la pression sociale. Mais la métropole est peu disposée à accepter ces nouveaux travailleurs qui, n'ayant aucune formation professionnelle, ne répondent pas à la demande des entreprises. Inversement, Gérard Noiriel indique, dans son ouvrage Le Creuset français, en se basant notamment sur les travaux de Georges Mauco, que les immigrés, dont beaucoup d'Algériens, ont depuis la deuxième Guerre mondiale construit 90 % des autoroutes françaises, une machine sur sept, et un logement sur deuxGérard Noiriel, Le Creuset français, éditions du Seuil, 1988, édition mise à jour en mars 2006, ; Georges Mauco, Les Étrangers en France et le Problème du racisme, La Pensée universelle, 1977.

Dès 1947, les Algériens deviennent, officiellement du moins, des citoyens, appelés par l'administration des Français musulmans d'Algérie (FMA) et commencent à s'organiser politiquement aussi bien en métropole qu'en Algérie. Ils deviennent des migrants régionaux comme les Bretons et les Corses avec le droit de vote, les mêmes droits et devoirs que les autres citoyens français.