Avec la période prédynastique puis la période Thinite on assiste à une évolution caractéristique des coutumes funéraires des anciens Égyptiens qui se traduisent pour le personnage le plus puissant du royaume par le creusement d'impressionnantes galeries souterraines accédant au caveau royal et l'édification de monumentales constructions en briques crues signalant dans le désert abydénien l'ultime demeure du roi devenu dieu. Ces structures devinrent de plus en plus complexes tant par leurs dispositions internes qu'externes au cours des et s. Les pharaons de ces premières lignées développeront davantage cette architecture et les principes qui y présidaient en faisant bâtir de grandes enceintes destinées à servir au culte funéraire du roi qui lui restait enterré à l'écart dans son cénotaphe en dessous d'un monument rappelant le benben, le tertre primordial ou plus probablement la tombe d'Osiris.

C'est avec Djéser de la que l'architecture des tombes royales prend un nouvel élan réunissant en un seul complexe ces deux éléments jusque-là distincts et donnant au monument funéraire une envergure inégalée. Non seulement l'architecture se fait de pierres, ce qui représente une véritable révolution technique, mais la forme pyramidale naît, traduisant le devenir du roi une fois qu'il a rejoint le séjour des dieux, indice d'une révolution théologique. En effet, cette forme choisie va très rapidement devenir l'élément principal du complexe funéraire au point qu'il en qualifie la destination et que l'on parlera désormais de complexe pyramidal.

Tout au long de cet Ancien Empire il apparaît certain au vu des découvertes des textes des pyramides que cette architecture répondait à des codes précis, savamment pensés puis inscrits dans la pierre même des caveaux funéraires afin d'ajouter l'écrit éternel à cet écrin de pierre destiné à assurer l'immortalité d'un roi divin.

Complexe pyramidal à la dynastie

250px|vignette|Le complexe pyramidal de Djéser

Djéser, premier souverain de la dynastie, inaugure avec son complexe de Saqqarah un nouveau concept qui verra une évolution rapide en un peu moins d'un siècle mais dont les principaux éléments seront à peu de chose près immuables pour tous les monuments funéraires royaux qui suivront. Cet ensemble d'édifices à vocation funéraire se développe selon un axe nord sud et son accès se faisait par le sud-est de l'enceinte principale.

La compte après lui encore quatre souverains qui bâtiront à leur tour d'autres complexes poursuivant l'expérience initiée et donnant à la pyramide à degrés une place de plus en plus prépondérante signe probable d'une évolution de la pensée religieuse dominante dont le dieu Rê était la divinité montante. En dehors du célèbre complexe de Djéser seuls trois autres ont été identifiés actuellementCelui de Sekhemkhet à Saqqarah, celui de Khaba à Zaouiet el-Aryan et celui d'Houni à Méïdoum..

Cette aurore religieuse était parallèle à l'affermissement d'un pouvoir royal théocratique dont le principal sujet, dieu fait homme, finissait son parcours terrestre dans son palais d'éternité dans le désert occidental, lui garantissant une nouvelle et ultime transformation de l'homme roi en un nouveau dieu renaissant pour l'éternité. Très vite son association avec l'astre solaire, hypostase visible du dieu Rê, apparue comme la promesse tenue d'une vie assurée dans l'au-delà pour ce personnage hors du commun qui avait reçu des dieux mêmes l'héritage du trône de Geb, dieu de la terre. Le roi régnait sur les hommes et la terre par droit divin et son devenir ne pouvait être qu'immortel.

Le complexe funéraire devait assurer ce rôle et loin d'être une nécropole silencieuse et déserte il reproduisait alors le palais du roi et tous les éléments nécessaires pour lui assurer de nombreux jubilés, comme Rê.

Le plan de chacun des complexes pyramidaux de cette dynastie ne changera guère bien qu’il soit vrai que seuls les exemples de Djéser et de Sekhemkhet puissent véritablement être comparés, leurs successeurs n'ayant pu achever leur propre complexe. On accédait à l'enceinte funéraire par un unique accès placé au sud-est de l'enceinte principale du complexe qui donnait accès à une première partie d'accueil ouvrant sur un grand espace subdivisé en différentes cours se succédant jusqu'au temple cultuel. Ce dernier, accolé à la face nord de la pyramide, abritait dans son sous-sol l'accès au dispositif souterrain de la pyramide dont le plan se simplifiera au fur et à mesure des règnes.

Le complexe funéraire de Djéser reste particulier d'une part en raison de son achèvement, mais surtout au regard de la complexité de ses annexes qui occupent alors encore une place importante dans le dispositif général du cénotaphe royal.

Avec Houni dernier souverain de la dynastie, l'accent est mis sur la pyramide elle-même qui atteint des proportions inégalées jusque là. L'innovation principale de la pyramide de Meïdoum réside surtout dans le caveau royal qui est placé au cœur du massif de la pyramide, protégé par une voûte en encorbellement, dont le concept trouvera son accomplissement avec les grands projets de Dahchour et de Gizeh.

Ainsi on trouve dès les premiers complexes pyramidaux les principes essentiels qui feront la caractéristique des monuments funéraires des dynasties suivantes. Un temple d'accueil, une partie cultuelle jouxtant la pyramide, une tombe sud destinée au ka royal et toutes les annexes nécessaires pour assurer le culte funéraire du roi.

Complexe pyramidal à dater de la

vignette|Reconstitution du complexe de Khéphren d'après Uvo Hölscher

Avec la l'architecture des complexes pyramidaux prend une nouvelle forme. La pyramide reste l'élément le plus important et les parties annexes semblent écrasées par sa masse tant et si bien que l'on parle davantage de la pyramide que de ces monuments essentiels pour le culte funéraire royal. C'est pourtant à dater de Snéfrou que les principaux éléments initiés à la dynastie précédente trouveront leur plan définitif avec un temple bas et une chaussée ascendante le reliant à un temple haut ou temple funéraire accolé au monument pyramidal.

L'enceinte primitive des complexes de la se transforme alors en un mur ceignant la pyramide, la pyramide du ka et la partie cultuelle du temple haut et sera désormais désignée par les égyptologues sous le terme de péribole.

Ce plan général ne subira que des modifications mineures durant toute l'ère des grandes pyramides. Mais chaque élément architectural analysé dans le détail montre une évolution et la marque d'une recherche constante de la part des anciens architectes. Pourtant, deux courtes périodes de l'histoire égyptienne, la et la deuxième moitié de la font exception à cette règle, les plans des complexes étant reproduits de manière quasi-uniforme.

Les souverains du Moyen Empire, pour légitimer leur règne, puiseront leur inspiration chez leurs glorieux ancêtres et réintégreront dans leur complexe funéraire des éléments apparus à la et à la tels le mur d'enceinte à redans du complexe de Djéser ou les systèmes de fermeture avec herse de la pyramide rhomboïdale. Le plan jusqu'alors solidement établi et largement consacré du complexe pyramidal subit des modifications importantes. Ainsi la convention la plus tenace qui plaçait l'entrée des appartements funéraires sur la face nord de la pyramide disparut sous le règne de montrant le signe que, dorénavant, le désir des souverains de protéger leur dépouille prédominait.

Temple bas

vignette|Plan du temple bas de la pyramide de Khéphren

Véritable temple d'accueil des processions funéraires ou cérémonielles en l'honneur du pharaon défunt, ces structures étaient bâties à la lisière des terres cultivées. On y accédait par un port aménagé au bord d'un lac ou d'une retenue d'eau spécialement alimentée par une dérivation du canal de Memphis. C'est dans ces temples qu'étaient pratiqués les rites d'embaumement du royal défunt et, une fois l'enterrement achevé, qu'étaient apportées les offrandes quotidiennes destinées au culte funéraire qui était rendu dans le temple haut.

Avec la l'architecture des temples bas devient élégante avec des portiques à colonnes monolithiques, leur conférant l'aspect de propylées monumentaux. Ils étaient ornés de reliefs et richement dotés de statues royales et comportaient des chapelles destinées au culte des principales divinités du royaume. Ces temples qui, dans les premiers temps de la , étaient isolés du monde des vivants se placeront par la suite au cœur même d'une véritable cité dont le rôle était tout entier consacrée au culte funéraire du roi.

Des villes de pyramides apparurent donc au pied des complexes pyramidaux et il faut imaginer pour certains sites devenus de véritables nécropoles dynastiques une agglomération étendue faisant face à Memphis, l'ancienne capitale du royaume située de l'autre côté du canal principal.

Toute une administration s'était établie autour du temple bas ainsi que des ports pour décharger les marchandises provenant des domaines funéraires associés au culte du roi, des ateliers artisanaux, des boucheries, des boulangeries et les habitations des prêtres et serviteurs dédiés à cette véritable fondation funéraire qui occupait une place importante dans la vie économique du pays. L'importance de ces cités et de leur temple d'accueil est alors telle que la capitale elle-même finira par prendre le nom de la pyramide de qui qualifiait son complexe funéraire, preuve s'il en est de l'influence qu'exerçait ces ensembles dans l'urbanisme de l'Ancien Empire.

Chaussée

L'éloignement des différents dispositifs constituant le complexe funéraire royal trouve, à dater du règne de Snéfrou, une solution avec l'invention d'une longue voie pavée munie de deux murs parallèles. On a un temps pensé que ces chaussées étaient à ciel ouvert mais des découvertes faites à Saqqarah et à Abousir viennent contredire cette restitution et il faut désormais les imaginer comme de véritables couloirs plongés dans une certaine pénombre et s'enfonçant à travers le désert vers la pyramide et son temple funéraire.

Sa longueur variait en fonction du site choisi pour l'édification de la pyramide qui se trouvait plus ou moins éloigné de la lisière des terres cultivées et donc des canaux qui pouvaient desservir le port du temple et le chantier pendant la construction du complexe. Ainsi pour Khéops, bien que son tracé exact soit perdu sous la ville moderne de Gizeh, on peut estimer à plus de la longueur de la chaussée reliant les deux parties, grâce à la découverte récentes des vestiges du sol du temple d'accueil en plein cœur de la ville. Avec celle d'Ounas à Saqqarah ce sont les chaussées les plus longues attestées de manière sûre jusqu'à présentLe tracé d'une montée de terre d'une longueur de plus de a été repéré à Abou Rawah au nord du complexe pyramidal de Djédefrê. S'il est prouvé un jour qu'il s'agit bien de ruines de la chaussée de ce complexe alors elle figurerait comme la plus longue bâtie au cours de l'histoire de l'Égypte antique..

Cette chaussée, qui menait au temple funéraire les processions d'offrande apportant quotidiennement les biens et marchandises nécessaires au culte du roi, était donc un ouvrage colossal à bâtir, nécessitant des levers de terres importants afin de rattraper les dénivelés du terrain ainsi que des fondations parfois imposantes comme l'atteste l'exemple du complexe pyramidal de Sahourê en Abousir.

Elle était également empruntée par la procession funéraire une fois les rites de momification achevés dans le temple bas et le corps du roi placé dans son sarcophage interne. Ses murs étaient ornés de reliefs retraçant les évènements du règne et supportaient un toit dans lequel étaient aménagées des ouvertures afin d'éclairer ce long cheminement vers la nécropole royale.