Edme Louis Barthélemy Bailly de Juilly (1760-1819) est une personnalité de la Révolution française qui fut député de la Convention nationale, membre du Conseil des Cinq-Cents, et préfet et baron de l'Empire sous Napoléon .
Son enfance Edmé Louis Barthélemy Bailly de Juilly est un homme de la Révolution française, que la notoriété de Jean Sylvain Bailly, maire de Paris, a franchement éclipsée. Il s'agit, néanmoins, d'un homme politique caractéristique de la montée des élites du tiers état avant et après la Révolution. Né à Saint-Phal, près de Troyes, dans l'Aube le , il est le fils légitime d’Edmé Barthélemy Bailly, laboureur puis procureur à Saint-Phal, et d’Edmée Aubron. On ne sait rien de sa petite enfance.
L'expérience de Juilly
Après des études au collège de Juilly, près de Meaux, tenu par des Oratoriens et très réputé, Bailly entre en 1779 dans ce collège comme professeur de français-latin-grec. Certains professeurs de Juilly s'illustrent lors de la période révolutionnaire et sous les régimes suivants, tels Joseph Fouché, Régent des mathématiques et professeur de physique, futur ministre de la Police de Napoléon , puis de Louis XVIII.
Bailly côtoie par ailleurs Billaud-Varenne, Préfet des Études, qui s’illustrera plus tard à la Convention, notamment comme l’inventeur du calendrier révolutionnaire. C'est lui qui, lors du procès de Louis XVI, n’hésitera pas à demander la mort du roi sans jugement dans les quarante huit heures. Billaud-Varenne s’illustra par ailleurs pour avoir déféré devant le Tribunal révolutionnaire des personnes illustres, telles que Philippe Égalité et Marie-Antoinette d'Autriche.
Bailly enseignera à Juilly en classe de quatrième puis en classe de rhétorique (actuelle classe de Première des lycées).
Le collège accueille alors des élèves brillants, tels que le philosophe Louis de Bonald, Charles-Antoine des Aix, chevalier de Veygoux, plus connu sous le nom de Dessaix, vainqueur de Marengo, le constituant Adrien Duport, le conventionnel Hérault de Séchelles ou Étienne-Denis Pasquier, futur Garde des Sceaux de Louis XVIII.
Bailly quittera Juilly au début de la Révolution.
Débuts en politique
En 1789, Bailly adopte les idées nouvelles, et renonce à l’enseignement, pour devenir avocat au Parlement de Paris ; le barreau est, à l’époque, la voie la plus favorable pour accéder à la carrière politique. Bailly est nommé à cette époque membre de l’administration du département de la Seine-et-Marne et de la Commission chargée de vérifier les comptes de liquidation de l’ancienne province d’Île-de-France. Il prête alors serment à la constitution civile du Clergé, indique Prevert dans sa biographie générale (1848), ce qui paraît contestable, puisqu’il n’a pas prononcé ses vœux.
À la fin de l'Assemblée constituante, les députés élus avaient décidé qu’aucun d’entre eux ne serait rééligible au sein de la nouvelle Assemblée dite « législative » ( - ), de sorte que cette législature révèle des hommes nouveaux. Bailly est élu député suppléant pour le département de Seine-et-Marne, mais ne siège pas, faute de vacance du siège de son titulaire.
Cette assemblée dite législative est principalement confrontée à la guerre. En effet, l’Europe monarchique se ligue pour anéantir la République et les idées nouvelles.
Le , l’Assemblée, qui est politiquement divisée, vote à la quasi-unanimité la guerre à l’Autriche, les uns espérant la défaite et le retour du roi, les autres espérant porter la liberté hors des frontières ; une guerre qui durera plus de vingt-trois ans. Les revers militaires que connaît la France au printemps 1792 (la France est occupée jusqu’à Sedan) provoquent une agitation extrême à l’intérieur, qui conduit à la prise des Tuileries le , puis à la chute de la royauté le .
Un conventionnel modéré
Bailly est envoyé, le , comme député de Seine-et-Marne à la Convention. Élu dans la circonscription de Juilly, il réside à Dammartin-en-Goële, on le surnomme Bailly de Juilly. Il se marie en novembre 1792 à Paris avec Agathe Cormery.
Ami des idées nouvelles, mais surtout homme modéré, Bailly de Juilly est effrayé par les violences qui marquent les débuts de cette législature, et notamment par les « massacres de Septembre », au cours desquels sont exécutés sommairement , dont des nobles, considérés comme des ennemis de l’intérieur, et 223 ecclésiastiques insermentés rassemblés au couvent des Carmes, à Paris, dont Bailly a été proche à Juilly, et auxquels il doit sa formation intellectuelle. Il reproche à la Révolution, dans sa seconde phase, celle dans laquelle dominent les jacobins, ses violences, et le manifeste à l'Assemblée, avec ses collègues modérés « de la plaine », par ses votes négatifs.
Dans le procès de Louis XVI, qui s’ouvre le , Bailly de Juilly souscrit à toutes les questions de la minorité, qui, si elle ne veut pas ouvertement sauver le roi, est au moins décidée à ne pas le faire mourir sur l’échafaud. Il déclare très ouvertement dans une note à ses commettants du département de Seine-et-Marne, conservée par ses descendants, que le roi est coupable (on a découvert alors l'armoire de fer contenant ses correspondances avec l'empereur d'Autriche, Joseph II, son beau-frère). Mais, en chrétien, qu'il restera toujours, il souhaite le pardon, ce pardon dont Robespierre disait qu’il sonnait comme une insulte.
Sur le problème de la voie de recours après le jugement, trois tendances s’expriment alors à l’Assemblée : ceux qui veulent une voie de recours, l’appel au peuple, c’est-à-dire, la soumission du verdict à l’approbation des électeurs (Bailly est de ceux-là, car il sait que l'Assemblée est soumise à la pression des sans-culottes) ; ceux qui considèrent que l’Assemblée juge en premier et dernier ressort ; et ceux qui, comme Robespierre, veulent la mort sans jugement, considérant qu’il s’agit d’une question politique, et non d'une affaire de droit commun. Robespierre ajoute, pour forcer les députés à voter pour la mort: « Si le roi n'est pas coupable, ceux qui l'ont détrôné le sont ». Louis XVI, quant à lui, réclame le recours au peuple français, ce sur quoi Bailly répond :
« Ceux qui veulent juger Louis définitivement, motivent leur opinion sur les malheurs qu’entraînerait l’appel au peuple. À leurs yeux, la guerre civile est inévitable, si les communes de la République se rassemblent pour se prononcer par oui ou par non sur le sort de Louis. »
« La guerre civile parmi le peuple, lorsqu’il est question de punir un tyran détrôné ! Eh ! La journée du , le renversement d’un trône constitutionnel, la convocation d’une convention nationale pour établir une constitution républicaine, a-t-elle amené la guerre civile ? Et cependant presque toutes les autorités constituées étaient alors royalisées ; et notre territoire était envahi par une armée nombreuse. Et aujourd’hui que nos armées sont victorieuses, que la royauté est abolie, que la république est déclarée, que toutes les autorités qui viennent d’être renouvelées marchent dans le sens de la Révolution républicaine, on craint une guerre civile ; mais cette crainte est une injure contre la souveraineté du peuple. »
« Non, non, citoyens, rassurez-vous ; il n’y a de guerre civile dans un grand État que lorsqu’il y a deux partis à peu près égaux en force ; or je vous demande en ce moment, croyez-vous que le parti des aristocrates et des royalistes osât se montrer en face devant la souveraineté du peuple ? »
« Non, vous le savez, ce parti n’est qu’une poignée de rebelles et de facétieux devant la majorité des français. »
Bailly ajoute :
« Si c’est comme législateur que nous allons décider du sort de Louis, nous devons prévoir toutes les conséquences ultérieures de la mesure que nous adopterons, et combiner toute démarche sur la loi suprême du salut public. Louis, sans doute, a mérité la mort. Mais cette mort serait-elle plus salutaire que nuisible à notre liberté ? La mort d’un tyran pourrait faire revivre la tyrannie tandis que Louis XVI, méprisé, avili, ne peut plus être dangereux ; sa vie n’est plus que celle d’un lâche et d’un parjure, sur lequel aucun parti ne peut compter. »
« Depuis le , le peuple l’a regardé comme un otage précieux contre les armées ennemies pour consolider la république naissante, il est encore plus important de le conserver comme un otage de la guerre qui n’est pas finie, et comme un gage assuré de la destruction irrévocable de la royauté. »
« La mort d’un tyran n’a jamais donné la liberté à son peuple. Voyez César assassiné par Brutus, et bientôt remplacé par un autre despote et dans des temps moins éloignés de nous, voyez Charles périssant sur l’échafaud et l’usurpateur Cromwell le remplaçant ensuite sous le titre de protecteur. Voyez au contraire les Tarquins expulsés de Rome ; Denis chassé de Syracuse… »
Bailly conclut enfin qu’entre la prison perpétuelle et le bannissement, il préfère cette deuxième solution, précisant :
« D’après ces considérations, la mesure qui me paraît le mieux convenir au salut de la République, c’est de conclure, avec Thomas Paine, au bannissement perpétuel de Louis Capet, après la guerre… »
« Par-là vous donnez un grand exemple à l’univers ; la vue d’un tyran détrôné portant partout le sceau de l’ignominie, proscrit de son pays avec la royauté, dont le souvenir le tourmentera sans cesse, sera une leçon vivante pour les rois qui craindront une chute aussi terrible. »
L’attitude de refus de Bailly concernant la condamnation à mort de Louis XVI est un acte de courage de sa part, comme de tous les députés non-régicides. En effet, à l'époque, le vote se fait par appel nominal et à voix haute, à la Tribune. Les députés s’expriment sous la pression « du parti de la mort » et des « Patriotes » massés dans la Tribune.
Comme le dira lui-même le régicide La Revellière-Lepaux : « Il faut l’avouer, dans ce moment, il y avait plus de courage à absoudre qu’à condamner ». D’ailleurs, de nombreux historiens disent que sans l’appel nominal, et sans cette pression de la foule parisienne, le roi aurait, sans doute, sauvé sa tête.
Le sort de l’accusé restera indécis jusqu’au dernier département appelé durant les trente-sept heures que dure le défilé des députés, qui s’achève le . Sur une majorité de 361 voix, 361 députés votent la mort sans condition. Annoncée le à Louis XVI, l'exécution a lieu dès le lendemain.
S’ouvre alors la période dite de la Terreur, instaurée en raison de la guerre civile en Vendée et de la guerre aux frontières. Bailly garde le plus profond silence jusqu’à la chute de Robespierre, le 9 thermidor (). Bailly concourt cependant de toutes ses forces au renversement de l'« Incorruptible », qui aboutit enfin le 10 thermidor.
Après la chute de Robespierre, Bailly est nommé secrétaire puis commissionnaire à Strasbourg, avec mission d'y adoucir ou d'y réparer les exactions des conventionnels Saint-Just et Lebas, alors renvoyés en mission, et de créer un comité chargé d’épurer les associations robespierristes (). Il fait sortir de prison bon nombre d'innocents, favorise le retour en Alsace des émigrés et des prêtres réfractaires, et expulse des fonctions publiques tous les hommes attachés à la faction de Robespierre, qui les y avait entassés. Mais, dans le même temps, celui qui n'avait pas voté la mort du roi prononce le , date anniversaire de la mort de Louis XVI, à la cathédrale de Strasbourg, un discours vibrant de républicanisme. De retour au sein de la Convention, Bailly fait le rapport de ses opérations, et continue de combattre avec beaucoup d’énergie le parti des robespierristes.