Amédée Courbet, né le à Abbeville et mort le à Makung aux îles Pescadores, est un vice-amiral français.

Il se distingue particulièrement durant l'expédition du Tonkin au commandement de la « Division navale des côtes du Tonkin » (1883), puis au corps expéditionnaire du Tonkin (1883-1884) et enfin comme commandant en chef de l'escadre d'Extrême-Orient (1884-1885) durant la guerre franco-chinoise.

Biographie Enfance

Amédée-Prosper-Anatole Courbet est le deuxième fils d'un négociant en vins. Avec son épouse, née Poulard, il a deux autres enfants, une fille Céline (née en 1811), future Cornet, et un fils Alexandre (né en 1815).

C'est une famille riche et considérée dans sa ville natale. Le père meurt en 1836 et Amédée poursuit ses études à l'institution Speri, d'Abbeville d'où il sort bachelier.

Élève de l'École polytechnique Après son baccalauréat, il part à Paris à l'institution Favart, et il suit les cours du lycée Charlemagne. À la fin de l'année scolaire 1845-1846, il obtient le second prix de mathématiques spéciales. En 1847, sur 126 élèves reçus, il entre dans les quinze premiers à l'École polytechnique, dans la promotion de Bouquet de la Grye.

Acteur de la Révolution de 1848 Le , la Révolution éclate. Les polytechniciens s'élancent dans Paris insurgé. Anatole Courbet a le grade de sergent-major, et, à ce titre, entraîne et commande ses camarades.

Le directeur du journal Le National, Armand Marrast, devenu maire de Paris, fait alors la connaissance d'Anatole Courbet. Il lui propose de venir travailler avec lui, à la fois au journal et à l'hôtel de ville. Il devient également le secrétaire du gouvernement provisoire. Observant les hommes politiques changer d'avis régulièrement, Anatole Courbet est déçu. Il comprend qu'il ne sera jamais un homme politique. Il écrit cette phrase bien après ces événements :

Après cela, Courbet retourne à ses études et sort à l'examen final. Ses examinateurs notent :

Lors de la promotion de 1849, nommé aspirant de , il est dirigé d'office sur le port de Toulon pour être embarqué sur le navire L’Océan.

Carrière dans la marine française Un début de carrière prometteur Il arrive à Toulon en . Son premier vaisseau à embarquer en tant que jeune aspirant est L’Océan. Ensuite, le , il embarque sur une corvette à voiles La Capricieuse. De Toulon il gagne Valparaiso, Gambier, Marquises, Tahiti, Macao…

Puis Courbet reçoit l'ordre d'embarquer sur L’Olivier qui a charge de poursuivre les pirates levantins pendant la Guerre de Crimée. Il est nommé enseigne de vaisseau en 1854 et lieutenant de vaisseau le . Sur le Coligny, il participe à une tournée des « presidios » espagnols au Maroc (Peñón de Vélez de la Gomera, Peñón de Alhucemas, Melilla et les îles Zaffarines)..

Au début de l'année 1858, un ordre de mission l'envoie à Lorient pour faire du service à terre. Courbet n'aime guère cela. Il embarque sur le vaisseau-école Le Suffren. Ensuite, le , il est promu capitaine de frégate.

Missions aux Antilles et en Nouvelle-Calédonie En , Courbet embarque sur Le Talisman pour une mission aux Antilles le . Il retourne aux Antilles à bord de La Minerve et, le , il est promu au grade de capitaine de vaisseau.

Nommé chef d'état-major général de l'amiral d'Hornoy, il monte à ce titre à bord du cuirassé Le Richelieu le . Pour la première fois, Courbet a en mains une flotte entière composée de neuf cuirassés et cinq croiseurs. Courbet remplit sa mission avec zèle. L'amiral Jauréguiberry le convoque à son cabinet le pour lui proposer sa nomination à la fonction de gouverneur de la Nouvelle-Calédonie, contre son gré, puisqu'il ne souhaite pas dépendre d'hommes politiques républicains.

Nommé au poste de gouverneur en juin, il devient à la fois officier colonial et administrateur civil. Il débarque à Nouméa le , est promu contre-amiral en septembre et reste gouverneur de Nouvelle-Calédonie jusqu'au , date à laquelle il remet ses pouvoirs à son successeur, Pallu de la Barrière. Son séjour calédonien, dans une conjoncture politique difficile, est émaillé de conflits avec le conseil municipal de Nouméa et avec une partie de la presse locale.

Les dossiers locaux qu'il a à traiter sont évidents : législation sur la presse, bagne, sauterelles, Malabars, fête nationale, collège de Nouméa, réorganisation de la justice, amélioration du fonctionnement des commissions municipales, opposition constructive au conseil municipal de Nouméa (conseiller Mourot, etc), arrêt de l'émigration des Néo-Hébridais.

Courbet quitte la Nouvelle-Calédonie pour Sydney, puis la France, le surlendemain, heureux d'être débarrassé de .

Mission en Indochine thumb|right|L'amiral Courbet à la cour de Hué.Le , une dépêche arrivée d'Indochine bouleverse la France entière : celle du massacre de plusieurs soldats et marins français par les Pavillons noirs.

Le , Courbet est nommé commandant en chef de la « Division navale du Tonkin ».

Il part pour la Cochinchine sur le Bayard, dont le nom reste inséparable du sien, et, le , il arrive devant Saïgon. Les ordres sont simples : agir et vite. Le , l'escadre écrase les forts de Thuận An et le 20, après une , la France emporte la ville contre les Annamites, grâce au contre-amiral Courbet. Le 25, le roi Hiep-Hoa signe un traité en reconnaissant le protectorat français.

Courbet se voit confier le le commandement en chef des forces de terre (corps expéditionnaire du Tonkin) et de mer.

Le , il se distingue lors de la prise de Sontay aux Pavillons noirs, après avoir dirigé en personne l'offensive d'un monticule. Visible de tous et soumis au feu nourri des défenseurs chinois, il demeure d'un sang-froid absolu, inspirant le respect y compris aux soldats de l'armée de terre, qui n'ont guère l'habitude d'être commandés par un marin.

Il est élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur le .

Il est néanmoins remplacé à la tête du Corps expéditionnaire du Tonkin par le général Millot, ce qui l'affecte profondément.

Le , il est nommé vice-amiral. Dans cette guerre franco-chinoise, les victoires s'enchaînent le Bac-Ninh est pris ; puis Fou-Tchéou, Keelung, Penghu. Le , la dernière place forte aux mains des Pavillons noirs, Hong-Hoa, est prise à son tour.

Le , 600 soldats français, marchant sous le commandant Dugenne vers Lang-Son, sont attaqués par réguliers chinois et 22 sont tués au cours de l'embuscade de Bac Le.

À la suite de cette affaire, la guerre limitée au Tonkin est portée sur le littoral chinois. Le , la guerre contre la Chine commence officiellement et il reçoit le commandement de l'Escadre d'Extrême-Orient, nouvellement créée en réunissant la Division navale des côtes du Tonkin avec la Division navale d'Extrême-Orient.

Courbet a sous ses ordres un aviso, trois croiseurs, trois canonnières, et deux torpilleurs. Les Chinois ont onze bâtiments de guerre, douze jonques de guerre et sept canots torpilleurs à vapeur.

Le vice-amiral Courbet descend du 23 au avec sa flotte la rivière de Min, pour détruire toutes les forteresses sur son passage. C'est la « descente de la rivière Min ». Courbet est alors surnommé « le terrible Coupa ». Les forts Mingan, Kimpaï, Blanc et la flotte chinoise sont réduits au silence au cours de cette bataille de Fuzhou.

Le , le gouvernement lui décerne la médaille militaire.

Courbet reçoit l’ordre de s’emparer de Formose ou, à défaut, d’en opérer le blocus. Il tente de convaincre le gouvernement que les forces dont il dispose ne lui permettront pas de se rendre maître d’une île quatre fois plus grande que la Corse. C’est peine perdue, il arrive donc sur place le . Il faut attendre le pour que Courbet, lançant ses canots porte-torpilles, coule plusieurs bateaux chinois dans la rade de Shei Pou. Dans un courrier adressé à son ministre de tutelle, il n’oublie pas de rappeler modestement le rôle des hommes qu’il a sous son commandement : ..

Courbet fait appel au jeune capitaine Joffre., le , et le nomme Chef de Génie du corps de Formose. Joffre sera chargé de reconstruire les fortifications de l'ile.

Courbet prend part de façon décisive à la campagne des îles Pescadores, fin mars 1885, et les Français occupent cet archipel chinois. Courbet est dès lors considéré en France métropolitaine comme un héros national.

Décès thumb|Chapelle ardente en l'honneur de l'amiral Courbet. thumb|right|Sépulture de l'amiral Courbet.Peu après, sa santé décline lentement, rongé depuis deux ans par le choléra. Dès le , ses forces diminuent. Le , l'agonie commence ; le soir à , le docteur Doué annonce . Il est mort à bord du Bayard, son navire. Du simple matelot à ses officiers, tous s'inclinent devant sa dépouille. Celle-ci est déposée dans un cercueil de plomb, un de chêne, un troisième en zinc et le dernier en teck.

La dépouille de l'amiral est ramenée en France à bord du Bayard. Le , le navire mouille aux Seychelles et le à Port-Saïd. Le , le cercueil de Courbet arrive à Paris. Les marins du Bayard le transportent dans la cour d'honneur de l'hôtel des Invalides où les honneurs militaires lui sont renduslivre-rare-book.com.. Le ministre de la Marine, Charles-Eugène Galiber et le président du Conseil, Henri Brisson lui rendent un hommage officiel à la Chambre et au Sénat.

Le sabre de l'amiral Courbet a été déposé dans la chapelle « Marine » de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Par testament, il lègue à la Société de sauvetage en mer de la baie de Somme.. Il est enterré au cimetière de la Chapelle d'Abbeville.

Témoignages Pierre Loti a écrit à propos de l'amiral Courbet :

Maurice Loir, officier sur le cuirassé Triomphante, a écrit à propos de l'amiral Courbet :

Et après la descente de la rivière Min :

Ernest Thounens, commandant le croiseur Parseval, a écrit à propos de l'amiral Courbet :

Extrait du poème qui lui est dédié, par François CoppéeL'Amiral Courbet, strophes dites… à l'assemblée générale de la Société centrale de sauvetage des naufragés, le 12 mai 1886 . :

Distinctions

, remise le 4 janvier 1884 par le Vice-Amiral Peyron Commandeur, remise le 24 aout 1879 par le Vice-Amiral Cloué

Hommages posthumes Trois bâtiments de la Marine nationale française ont été baptisées en l'honneur d'Amédée Courbet le Courbet (1882), deuxième cuirassé de classe Dévastation de la Marine française ; le Courbet (1911), le navire de tête de la classe de cuirassés Courbet ; la frégate Courbet de type légère furtive de classe La Fayette, lancée en 1994. À Abbeville : place de l'Amiral Courbet : Monument à l'amiral Courbet, 1890, par Alexandre Falguière aidé par Antonin MerciéNotice sur petit-patrimoine.com. ; cimetière : Monument funéraire de l’amiral Courbet, 1890, par Emmanuel Fontaine« Monument funéraire de l’Amiral Courbet – Abbeville », notice sur e-monumen.net.Tombeau de l'amiral Courbet dans le cimetière d'Abbeville, dessin de Henri Meyer, une du Journal illustré, 31 août 1890.. À Makung (archipel des Pescadores, Taïwan) : stèle . Un timbre à son effigie a été émis en Indochine, ainsi qu'un timbre resté non émis (Série des marins, 1943-1945)Catalogue mondial de cotation Yvert & Tellier, Timbres des Colonies françaises, Tome 2-1.. De nombreuses villes françaises ont donné le nom d'« Amiral Courbet » à une voie publique :

Notes et références

Bibliographie Nécrologie : A.A.P Courbet, dans Revue maritime et coloniale, tome 86, 1885, .

Charles Marie Chabaud-Arnault, Les combats de la rivière Min en 1884, dans Revue maritime et coloniale, tome 84, , . Émile Ganneron, secrétaire-rédacteur au Sénat, L'Amiral Courbet d'après les papiers de la marine et de la famille, Paris Librairie Léopold Cerf, 1885. Maurice Loir, lieutenant de vaisseau à bord de la Triomphante, L'escadre de l'amiral Courbet, notes et souvenirs, Berger-Levrault, 1886. Maurice Loir, L'escadre de l'amiral Courbet, Berger-Levrault, 1892. Francis Desplantes, L'Amiral Courbet et le Tonkin, avec gravures, éditions Mégard et Cie, Rouen 1893.