La république de Florence, aussi connue sous le nom de République florentine ( Repubblica Fiorentina), est un ancien État européen avec pour épicentre la ville de Florence en Toscane, et ses dépendances.

Fondée après la révolte du peuple contre la marche de Toscane, en 1115, la commune, qui prend l'iris. comme symbole, instaure une forme de conseil élu qui gère le destin de la cité, et se retrouve régulièrement confrontée aux guerres d'influences entre différentes factions, clans et familles florentines essayant de prendre le pouvoir. Ce conseil, à la fois syndic professionnel et militaire, évolue en seigneurie de Florence, qui devient à son tour l'enjeu de luttes de pouvoir.

La notion de « république de Florence » concerne plusieurs périodes distinctes de gouvernement républicain à Florence, en Italie, commençant en 1115 et s'achevant en 1569, lors de la création du duché de Toscane.

Histoire La commune de Florence, entre rivalités internes et ascension des marchands (1115-1434) vignette|Carte de l'Italie et des côtes illyriennes en 1084. La première période s'étale approximativement de 1115, année où la cité se constitue en commune, jusqu'en 1434, année où Cosme l'Ancien parvient à être élu, sans toutefois abolir formellement les institutions communales.

La lutte entre les guelfes et les gibelins Les premiers pas de la Commune ne sont pas clairement connus. Il existe en effet au départ un « consulat » (au sens de délégation), dont le domaine de compétence, lorsqu’il apparaît dans la documentation, se limite pendant longtemps aux relations extérieures et à la justice criminelle. Pendant des décennies, la ville est dirigée par des groupes divers et concurrents. À partir des années 1170-1180, c’est la nécessité de contrôler un territoire en expansion autour de la ville qui donne aux consuls de la cité (consules civitatis), le plus souvent recrutés parmi le groupe des cavaliers (milites, c’est-à-dire l’aristocratie traditionnelle), des fonctions plus clairement définies, consuls qui finissent à leur tour par dominer l’entier gouvernement de la cité à la fin du Jean Boutier et Yves Sintomer, « La République de Florence (). Enjeux historiques et politiques », in: Revue française de science politique, 2014/6 (Vol. 64), — en ligne sur Cairn.info..

La commune de Florence parvient ainsi à se libérer des rapports féodaux. Le débat public sur les choses de la cité (économie, religion, politique), appuyé sur des procédures, permet aux citoyens une participation politique institutionnalisée. La « liberté florentine » (Florentina libertas) s'exprime sur la place publique et non dans les coulisses, elle voit l’affirmation du Popolo, en liaison étroite avec les associations de métiers, les corporations, dont l'une repose sur une ressource primordiale sur le plan international : la laine.

Cette prise d’importance, dans les champs politique et économique, entraîne une compétition sur le terrain toscan, et porte la république de Sienne à la combattre.. Sienne devient ainsi la rivale de Florence, d'autant plus que les gibelins, c'est-à-dire les partisans de l'empereur, s'opposent à la politique guelfe, c'est-à-dire celle favorable au pape : Florence embrasse le parti guelfe et refuse l'autorité de l'empereur. Sienne lui fait subir une cinglante défaite en 1260, à la bataille de Montaperti, mais, Florence bat sa rivale en 1269 à la bataille de Colle (à Colle di Val d'Elsa) et, en 1270, Charles d'Anjou, allié de Florence, contraint alors Sienne d'entrer dans la ligue guelfe.

À l'issue de cette période de guerre, est fondée, par les Ordonnances de justice du second peuple (Ordinamenti di Giustizia del Secondo Popolo), élaborées entre 1284 et 1295, la seigneurie de Florence, sur laquelle repose désormais le système constitutionnel de gouvernance. Elle comprend neuf membres, les Prieurs (Priori), choisis dans les rangs des guildes et corporations, les Arti di Firenze, utiles à l'enrichissement de la cité..

La Florence des banquiers : l'affirmation européenne vignette|Carte de la péninsule italienne en 1402.

Durant cette période, la cité connaît une très forte croissance démographique, qui la fait passer de quelque habitants vers 1175 à vers 1250, pour atteindre un sommet dans les années 1320-1330, avec peut-être habitants. Florence voit ensuite, à cause de l'épidémie de peste des années 1348-1350, sa population fortement diminuer. Avant ce drame, Florence est de par sa population, la deuxième ville européenne, derrière Paris E. Faini, Firenze nell’età romanica, 1000-1211). L’espansione urbana, lo sviluppo istituzionale, il rapporto con il territorio, Florence, Olschki, 2010, ..

Au , Florence devient un centre économique majeur, à la fois commercial, industriel (centré sur la production de tissus de laine et de soie) et financier ; ses compagnies marchandes, durables et puissantes, dotées d’importantes ressources en capital, ont installé des succursales fixes dans les principales places d’Europe et du bassin méditerranéen, et s’imposent comme les financiers des papes et des princes. Parmi ces acteurs commerciaux puissants, on trouve entre autres les Alberti, Albizzi, Franzesi, Frescobaldi, Médicis, Niccolini, Pazzi, Peruzzi, Pitti et Strozzi. Elles prennent le pouvoir au sein du Popolo et s'imposent face aux partis des milites. La raison financière s'impose face aux tenants du glaive, lesquels s'en trouvent disqualifiés. La vie politique florentine repose désormais sur une large participation des citoyens, sans guère d’équivalent dans la Péninsule ; elle implique même nombre d’artisans ou de gens de métiers modestes, les Ciompi, limitant il est vrai leur rôle aux grandes assemblées ou aux offices subalternes Piero Gualtieri, Il Comune di Firenze tra Due e Trecento, Florence, Olschki, 2009.. Le tirage au sort pour désigner les détenteurs de certains offices fait ainsi son apparition à la fin du , bien avant de devenir, en 1328, le mode de désignation des prieurs et du gonfalonnier de justice, soit des membres les plus importants de l’Exécutif florentin.

Signe de la puissance grandissante de la cité, elle se met à battre monnaie d'or, ce qui veut dire que le métal précieux afflue dans ses caisses, dans un environnement qui, jusqu'alors, ne connaissait principalement que le denier d'argent. Le premier fiorino d'or est émis à partir de 1252. En moins d'un siècle, le florin va se répandre dans toute l'Europe, concurrençant le sequin vénitien, à poids quasiment égal. Un certain Francisco Medici prête à cette époque la somme extraordinaire de florins d'or bon poids au comte de Savoie, Amédée VICompte du receveur général de Chablais, châtelain de Sembrancher, 22 février 1348-31 mai 1349, Archivio di stato di Torino, ASTO-69-124r-21.. Les banquiers-marchands florentins se mêlent aux fameux Lombards qui dominent les lieux d'échanges, tant en Champagne que dans les grandes cités européennes du nordJean Favier, Le Bourgeois de Paris au Moyen Âge, Paris, Tallandier, 2015, ..

Peu après les années de peste, la cité pour se gouverner, fait de plus en plus appel à une délégation pour une durée déterminée de pouvoirs politiques ou administratifs détenus par une magistrature, ou un Conseil à une commission spéciale restreinte, en général d’une dizaine de citoyens, que l'on appelle la balìa. Ce système exceptionnel va hélas se répéter à plusieurs reprises, créant de fortes tensions au sein des Arti di Firenze, et en définitive, entre riches et pauvres, instituant une forme d'oligarchie : ainsi, en , éclate la révolte des ouvriers du textile, les Ciompi, sous la houlette de Michele di Lando : de simple ouvrier, il est élu gonfalonnier de justiceNicolas Machiavel, « Histoires florentines », in: Œuvres, Gallimard, 1952..

Par la suite, pratiquant une politique d'exclusion sociale, un groupe limité de citoyens aisés prend le contrôle du pouvoir, investissant pleinement l’activité politique tout en réaffirmant avec vigueur son attachement aux institutions républicaines et en renforçant le consensus au sein des couches dominantes. En 1397, est fondée la banque des Médicis, fer de lance de l'affirmation de cette famille au siècle suivant Fabrizio Ricciardelli, The Politics of Exclusion in Early Renaissance Florence, Louvain, Brepols, 2007..

Sur le plan culturel, Florence joue un rôle majeur dans ce que l'histoire de l'art appelle la pré-Renaissance ou Trecento : toutes les formes d'expression sont impactées, de l'architecture à la littérature, en passant par la peinture, sans compter les avancées sur les plans théorique et scientifique.

L'arrivée des Médicis au pouvoir : de Côme l'Ancien à (1434-1494) La guerre des Huit Saints (1375-1378) oppose Florence à la papauté installé en Avignon, et conduit au Grand Schisme d'Occident. La cité va jouer un rôle ambigu, entre médiation et conflit, qui lui coûte d'importantes sommes d'argent. En 1406, la Seigneurie vote le rachat de la république de Pise à la famille Visconti, renforçant ainsi ses liens avec le duché de MilanAnthony Stokvis (préf. H. F. Wijnman), Manuel d'histoire, de généalogie et de chronologie de tous les États du globe, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, B. M. Israël, 1966 [reprint de 1889], ..

La crise de la république et l'arrivée au pouvoir de Côme l'Ancien Les grandes familles florentines ont, de tout temps, exercé un pouvoir d'influence sur la cité. À partir de 1381, ce sont les Albizzi qui maîtrisent les institutions florentines, depuis que Salvestro de' Medicis a été chassé de la ville (il mourra en 1388, sans jamais revoir sa patrie).

En 1417, les Albizi, les Strozzi et les Quaratesi (implantés dans l'Oltrarno), forment une alliance pour de nouveau empêcher l'ascension des Médicis. Ils s'arrangent pour donner le poste de gonfalonnier à , un humaniste, qui sut éviter aux fils de Salvestro, Veri et Alamanno, la honte de l'exil. Florence avait besoin de toutes ses forces, car bientôt, advient une série de conflits militaires. Ces guerres furent décidés par ces trois familles au pouvoir, contre d'une part, le duché de Milan, fief des Visconti, d'autre part, la république de Lucques. Elles indisposent les grands bourgeois florentins qui subissent les emprunts forcés de la Seigneurie. À la tête de ces bourgeois s'impose alors Giovanni di Bicci, banquier de la famille Médicis et troisième plus grand sujet imposable de la ville en 1427. Giovanni di Bicci fit en sorte de démasquer les intrigues bellicistes du triumvirat, et réussit à transformer le système d'imposition de la république : la réforme du castato (système de la taxe) a ceci d'exemplaire que, pour la première fois, chaque citoyen serait imposé en fonction de ses revenus, lesquels étaient rendus publics. À sa mort en 1429, son fils Cosme l'Ancien hérite de sa fortune (estimée à ). À leur tour, les autres grandes familles se rangent derrière lui.

La même année est créé un comité des Dix, une balìa au titre de l'extraordinaire, pour diriger les opérations militaires de la République contre Lucques. Cosme et son frère Laurent y siègent.

Les défaites face au condottiere de Milan Niccolò Piccinino et la contre-offensive de Lucques entraînent la signature de la paix de Ferrare en 1433 au nom de Cosme de Médicis appuyé par le banquier Palla Strozzi. Florence frôle la banqueroute, et l'opposition des bourgeois se durcit contre la politique de la Seigneurie. Le renouvellement des membres de la Seigneurie la même année donne la majorité au parti de Rinaldo Albizzi, qui forme une nouvelle balìa, chargée d'empêcher l'accession des Médicis au pouvoir. Elle déclare alors l'arrestation de Cosme de Médicis et l'exil de sa famille hors de Florence. Cosme et sa famille se réfugient alors à Venise.