Le Grand Prix d'Argentine 1957 (), disputé sur le circuit Oscar Alfredo Galvez le , est la cinquante-septième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la première manche du championnat 1957. Cette épreuve est la première de la traditionnelle 'Temporada' (saison) argentine, qui comprend également les 1 000 kilomètres de Buenos Aires (épreuve inaugurale du championnat du monde des voitures de sport, courue le ) et le Grand Prix de Buenos Aires (formule libre, hors championnat, couru en deux manches le Revue Moteurs - 1957).
Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde La saison 1957 qui débute est la quatrième à se dérouler sous la réglementation Formule 1 2,5 litres (moteur atmosphérique ou suralimenté, carburant libre). Malgré une difficile année 1956 chez Ferrari, émaillée de nombreux incidents l'ayant souvent contraint à emprunter les voitures de ses coéquipiers, Juan Manuel Fangio s'est octroyé un quatrième titre mondial. Ayant quitté la Scuderia pour Maserati, le champion argentin est à nouveau favori cette année, face à son principal rival Stirling Moss. Ce dernier a opté pour la prometteuse équipe Vanwall, mais son ancien employeur Maserati lui a néanmoins proposé un volant pour le début de saison, Vanwall ne participant pas à la campagne sud-américaine.
Ferrari et Maserati, qui se sont partagé les victoires en 1956, sont les deux seules marques représentées en ce début d'année, les constructeurs britanniques se réservant pour les épreuves européennes et le constructeur français Gordini, en grande difficulté financière, ayant renoncé aux déplacements coûteux, limitant sa participation aux épreuves françaises les mieux dotées.
Le circuit
thumb|left|alt=Autodrome|Les installations très modernes de l'autodrome du 17 octobre, en 1957. Inauguré en 1952, le très moderne Autodrome du offre de multiples combinaisons de circuits. Pour l'épreuve inaugurale du championnat du monde, c'est à nouveau le tracé numéro deux, développant près de quatre kilomètres, qui a été sélectionné. Le parcours très sinueux n'autorise pas des vitesses élevées : un peu plus de 130 km/h pour le record officiel de la piste, détenu depuis 1954 par le pilote argentin José Froilán González. Les trois précédentes éditions de la course ont été remportées par Juan Manuel Fangio, adulé par le public de son pays.
Monoplaces en lice Ferrari Lancia D50 "Usine" thumb|upright=1.05|left|alt=Ferrari D50|Une Ferrari Lancia D50 dans les stands de Buenos Aires. Dans l'attente de la nouvelle 801, évolution de l'actuelle D50, la Scuderia Ferrari a engagé six modèles 1956, dans leur configuration 'Syracuse' (réservoir principal dans la pointe arrière, coffrages latéraux intégrés au fuselage comportant les sorties d'échappement et de petits réservoirs de auxiliaires). La seule modification par rapport à la fin de la saison passée se situe au niveau des carburateurs, désormais inclinés. Dans cette configuration le moteur V8 d'origine Lancia développe 275 à 280 chevaux à 8000 tr/min, la voiture pesant environ 650 kg. Les six voitures sont aux mains de Peter Collins, Eugenio Castellotti, Luigi Musso, Mike Hawthorn, Cesare Perdisa et de José Froilán González, sorti de sa retraite pour son Grand Prix national. Alfonso de Portago et Wolfgang von Trips sont pilotes de réserve, les pilotes titulaires étant parfois amenés à se faire relayer en course en cas de trop forte chaleur. Au côté des machines officielles, on note la présente d'une ancienne Ferrari 500 de la Scuderia Centro Sud, confiée au pilote local Alejandro de Tomaso.
Maserati 250F "Usine" thumb|upright=1.2|right|alt=Maserati 250F|Des Maserati devant les stands de Buenos Aires, en 1957. Au fond, la n°2 de Fangio, au centre la n°28 de Piotti. L'usine a engagé quatre 250F (620 kg, moteur six cylindres en ligne d'une puissance de l'ordre de 270 chevaux à 8000 tr/min), pour le champion du monde Juan Manuel Fangio, Stirling Moss, Jean Behra et le joueur de polo Carlos Menditéguy. Fangio, Behra et Moss disposent des nouvelles versions allégées, à empattement allongéL'année automobile 1957-1958 - éditeur : Edita S.A., Lausanne, Menditéguy pilotant un modèle plus ancien. Pilote officiel de la marque en 1956, Moss a opté pour l'équipe Vanwall cette saison mais dispute néanmoins les épreuves de la 'Temporada' pour son ancien employeur, les constructeurs britanniques n'ayant pas effectué le déplacement en Argentine. Trois 250F privées sont également présentes, celles de la Scuderia Centro Sud pour Harry Schell et Joakim Bonnier, ainsi que la monoplace personnelle du pilote amateur Luigi Piotti.
Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle Moteur Pneumatiques 2 Juan Manuel Fangio Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 4 Stirling Moss Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 6 Jean Behra Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 8 Carlos Menditéguy Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F Maserati L6 10 Peter Collins Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 12 Luigi Musso Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 14 Eugenio Castellotti Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 16 Mike Hawthorn Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 18 Cesare Perdisa Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 20 José Froilán González Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Lancia D50 'Syracuse' Ferrari V8 22 Harry Schell Scuderia Centro Sud Maserati Maserati 250F Maserati L6 24 Joakim Bonnier Scuderia Centro Sud Maserati Maserati 250F Maserati L6 26 Alejandro de Tomaso Scuderia Centro Sud Ferrari Ferrari 500 Ferrari L4 28 Luigi Piotti Privé Maserati Maserati 250F Maserati L6
Qualifications Les essais se déroulent les vendredi et samedi précédant la course, mais seule la journée de samedi est retenue pour les qualifications. La séance se déroule entièrement sous la pluie . Dans ces conditions, c'est Stirling Moss qui se montre le plus rapide au volant de sa Maserati, à plus de 137 km/h de moyenne. Il devance de plus d'une seconde ses coéquipiers Juan Manuel Fangio et Jean Behra. Dans le clan Ferrari, Eugenio Castellotti est le plus véloce, son quatrième temps lui valant une place à l'extérieur de la première ligne. Suivent les trois autres pilotes de base de la Scuderia Ferrari, Peter Collins, Luigi Musso et Mike Hawthorn, qui forment la deuxième ligne de la grille de départ.
thumb|upright|right|alt=Moss|Très à l'aise sur la piste mouillée, Stirling Moss s'est montré le plus rapide aux essais + Résultats des qualifications Pilote Écurie Temps Écart 1 Stirling Moss Maserati 1 min 42 s 6 - 2 Juan Manuel Fangio Maserati 1 min 43 s 7 + 1 s 1 3 Jean Behra Maserati 1 min 44 s 0 + 1 s 4 4 Eugenio Castellotti Ferrari 1 min 44 s 2 + 1 s 6 5 Peter Collins Ferrari 1 min 44 s 6 + 2 s 0 6 Luigi Musso Ferrari 1 min 44 s 8 + 2 s 2 7 Mike Hawthorn Ferrari 1 min 44 s 9 + 2 s 3 8 Carlos Menditéguy Maserati 1 min 45 s 1 + 2 s 5 9 Harry Schell Maserati 1 min 46 s 6 + 4 s 0 10 José Froilán González Ferrari 1 min 46 s 8 + 4 s 2 11 Cesare Perdisa Ferrari 1 min 48 s 6 + 6 s 0 12 Alejandro de Tomaso Ferrari 1 min 56 s 1 + 13 s 5 13 Jo Bonnier Maserati 1 min 58 s 2 + 15 s 6 14 Luigi Piotti Maserati 1 min 58 s 2 + 15 s 6
Grille de départ du Grand Prix + Grille de départ du Grand Prix et résultats des qualifications 4 3 2 1 CastellottiFerrari1 min 44 s 2 BehraMaserati1 min 44 s 0 FangioMaserati1 min 43 s 7 MossMaserati1 min 42 s 6 7 6 5 HawthornFerrari1 min 44 s 9 MussoFerrari1 min 44 s 8 CollinsFerrari1 min 44 s 6 11 10 9 8 PerdisaFerrari1 min 48 s 6 GonzálezFerrari1 min 46 s 8 SchellMaserati1 min 46 s 6 MenditéguyMaserati1 min 45 s 1 14 13 12 PiottiMaserati1 min 58 s 2 BonnierMaserati1 min 58 s 2 de TomasoFerrari1 min 56 s 1
Déroulement de la course Le soleil est revenu le dimanche, et cinquante mille spectateurs sont venus assister à la courseRevue L'Automobile n°130 - février 1957. La température atteint 41 degrés à l'ombre en début d'après-midi. Le baisser de drapeau hésitant crée une certaine confusion au départ, perturbant l'envolée de Stirling Moss, en pole position sur sa Maserati, tandis que ses coéquipiers Jean Behra et Juan Manuel Fangio prennent la tête, devant la Ferrari d'Eugenio Castellotti. À la fin du premier tour, Behra est toujours au commandement, juste devant Castellotti qui a dépassé Fangio. Viennent ensuite les trois Ferrari de Mike Hawthorn, Peter Collins et Luigi Musso. Moss arrive en dernière position : son démarrage saccadé a endommagé la commande d'accélérateur, et le pilote britannique doit s'arrêter au stand pour une longue réparation. Au troisième passage, Castellotti a pris la tête de la course devant Behra et Fangio. Le jeune pilote italien mène durant quelques tours, sans toutefois parvenir à se détacher des deux Maserati ; au neuvième tour, Behra repasse en tête devant Castellotti, tandis que Peter Collins (Ferrari), qui venait de dépasser son coéquipier Mike Hawthorn, double Fangio pour le gain de la troisième place. Moss a pu enfin repartir, mais il compte huit tours de retard. Collins a nettement haussé le rythme : deux tours plus tard il déborde Castellotti, deux tours encore et il s'empare de la première place au détriment de Behra, alors que Fangio remonte à la troisième place devant Castellotti. Collins et les deux Maserati de Behra et Fangio vont alors se détacher progressivement de leurs poursuivants, les trois voitures roulant de concert. Au quart de la course, alors que Collins a réussi à prendre quelques secondes d'avance sur Behra et Fangio, l'embrayage de sa Ferrari commence à montrer des signes de fatigue et le pilote britannique doit s'arrêter à son stand ; il en repart en neuvième position pour abandonner aussitôt après. Fangio, qui venait de prendre le meilleur sur Behra, est désormais en tête, ovationné par son public. Les deux premiers comptent alors une dizaine de secondes d'avance sur la Ferrari d'Hawthorn, qui précède ses coéquipiers Luigi Musso et Castellotti, ce dernier ayant perdu du terrain à la suite d'un tête-à-queue.
thumb|upright=1.1|Triomphe total pour Maserati, qui s'octroie les quatre premières places. Ici la voiture victorieuse de Fangio.