, parfois surnommé Baudouin le Lépreux, né en et mort en , est roi de Jérusalem de à sa mort. Sa lutte contre la lèpre et ses victoires militaires qui maintiennent l'intégrité du royaume de Jérusalem pendant plus de dix ans font de lui une figure marquante des États latins d'Orient.
Baudouin est couronné le à l'âge de , succédant à son père . L’exercice réel du pouvoir revient jusqu'en à ses régents : Joubert de Syrie, Miles de Plancy puis . Baudouin est alors diagnostiqué malade de la lèpre, qui le défigure et l’empêche d’avoir un héritier.
À l’âge de , triomphe à la bataille de Montgisard où son armée, pourtant inférieure en nombre, remporte une victoire décisive face au sultan ayyoubide Saladin. Ce dernier parvient à contrecarrer Baudouin en , notamment à la bataille de Marj Ayoun où Baudouin échappe de peu à la capture, puis à la bataille du gué de Jacob.
Les dernières années de son règne sont difficiles. Après l’indécise bataille de Belvoir en , Baudouin met à nouveau Saladin en échec au siège de Kerak en . De plus en plus affaibli par sa maladie, il ne peut qu'assister impuissant à la montée des factions au sein de son royaume. À sa mort en , son neveu Baudouinet lui succède sous la régence de de Tripoli.
Sources La majeure partie des informations sur le règne de vient des écrits de Guillaume de Tyr. Ce dernier a notamment été archidiacre, précepteur et chancelier à la cour du royaume de Jérusalem, ainsi que l'auteur de nombreux textes en latin sur les conflits entre la chrétienté et la civilisation islamique. Ils ont été traduits en français sous le nom d'Histoire d'Outremer, ou Histoire d'Héraclius.
La chronique de Guillaume de Tyr a servi de base à celle d'Ernoul, un croisé se présentant comme l'écuyer de Balian d'Ibelin et décrivant ses faits et gestes sous le règne de Baudouin. Cette dernière est considérée comme un écrit à visée polémique, et peu fiable historiquement.
De nombreux documents relatifs au règne de ont été conservés par les ordres militaires. Cela concerne surtout l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, ainsi que l'ordre de Saint-Lazare de Jérusalem. Le monde musulman n'est pas en reste : ainsi, les écrits d'Ibn Jubair, écrivain d'Al-Andalus proche du sultan ayyoubide Saladin, sont grandement utilisés par les historiens pour étudier le règne de .
Au moins un texte écrit de la main de a été conservé : une lettre écrite au roi des Francs fin , pour lui demander assistance en préparation de la bataille de Montgisard.
Biographie
Enfance
Baudouin naît au début de l'été 1161, vraisemblablement dans la place forte croisée d'Ascalon, bien qu'il n'existe pas de registre officiel en faisant mention. Il est le fils d'Amaury, comte de Jaffa et d'Ascalon, et d'Agnès de Courtenay, comtesse consort, ce qui le fait appartenir à la maison de Gâtinais-Anjou du royaume de France. L'importance de cette filiation française est cependant à mettre en perspective, car Baudouin est aussi le premier prince à naître de deux parents eux-mêmes nés dans les États latins d'Orient.
Peu après sa naissance, son oncle , roi de Jérusalem, accepte de devenir son parrain sur proposition d'Amaury, et lui promet qu'il recevra un jour les rênes du royaume. Le roi meurt sans héritier direct en 1163 ; Amaury lui succède le , sous le nom d', mais il doit d'abord se séparer de son épouse Agnès, dont il est parent à un degré prohibé. Baudouin est donc privé de sa mère pendant sa petite enfance, mais aussi de sa sœur Sibylle, envoyée au couvent Saint-Lazare de Béthanie, sous la garde de sa grand-tante Yvette.
Baudouin reçoit une éducation soignée. Au palais royal, il joue souvent aux échecs, aux dés, aux osselets. Excellent cavalier, il porte un attrait particulier pour l'histoire. Il a cependant une légère difficulté d'élocution, comme son père avant lui. À l'âge de huit ans, il fait la connaissance de la princesse byzantine Marie Comnène que son père a épousée. Elle lui donne une sœur cadette, Isabelle.
L'année suivante, Baudouin reçoit comme précepteur l'archidiacre Guillaume de Tyr afin d'entamer sa formation en littérature. Ce dernier repère les premiers signes de maladie chez Baudouin alors qu'il joue avec ses camarades. En atteignant l'âge de la puberté, il est finalement diagnostiqué malade de la lèpre.
Régence alt=Illustration du couronnement de Baudouin IV.|vignette|Couronnement de dans l'Estoire d'Eracles, par son précepteur Guillaume de Tyr, 1310-1325. Miniature par l'atelier du Maître de Fauvel, BNF, Fr.2634. Le , le roi Amaury meurt après avoir vainement tenté d’empêcher la prise de l’Égypte par le sultan zengide Nur ad-Din.
Baudouin est sacré roi de Jérusalem à l'âge de treize ou quatorze ans le . La date est symbolique pour les croisés, car elle marque les 75 ans jour pour jour de la conquête de Jérusalem lors de la première croisade. Le pouvoir est confié à deux régents successifs, le connétable Miles de Plancy, mort assassiné dans une conspiration quelques mois après le sacre, puis le comte , cousin de Baudouin et seigneur le plus puissant du royaume. Guillaume de Tyr, l'ancien précepteur du jeune roi, est nommé archevêque de Tyr et chancelier du royaume.
Au début de l'année 1175, Saladin, fondateur et premier dirigeant du sultanat ayyoubide ayant succédé à la domination de Nur ad-Din, met le siège devant la ville d'Alep. Les habitants de la ville font appel aux Francs afin d'effectuer une diversion. C'est l'occasion pour Baudouin de mener, à quatorze ans, sa première campagne militaire. À la fin du printemps, il sort de Jérusalem, puis traverse la Samarie et la Galilée. La cible est Damas elle-même, dont l'arrière-pays est pillé puis incendié. L'opération est renouvelée avec succès au mois d'août de l'année suivante. et défont à Ain Anjarr une armée damasquine commandée par Shems ed-Doula Turan Shah, frère cadet de Saladin.
Compte tenu de son état de santé, Baudouin n'était certainement pas appelé à vivre longtemps et encore moins à concevoir un héritier. Afin d'assurer la succession du royaume, un mariage est arrangé en 1176 entre sa sœur Sibylle et Guillaume de Montferrat, fils et héritier du marquis . Nommé comte de Jaffa et d'Ascalon après son mariage, Guillaume est pressenti pour devenir roi lorsque Baudouin ne sera plus en mesure d'assumer ses fonctions. Dès le début de l'année 1177, Guillaume tombe néanmoins malade et meurt quelques mois plus tard, laissant sa veuve Sibylle enceinte du futur .
Règne Affirmation du pouvoir royal vignette|gauche|alt=Miniature illustrant l'onction de Baudouin IV.|Onction de , miniature de Jean Colombe dans Passages d'outremer, vers 1474. En 1177, la régence de Raymond prend fin avec la majorité de Baudouin, alors âgé de seize ans. Il ne ratifie pas le traité signé par Raymond avec Saladin en 1175, mais mène une série de raids dans les environs de Damas et de la vallée de la Bekaa. Il désigne comme sénéchal son oncle maternel, , après avoir payé sa rançon. Josselin était son parent mâle le plus proche sans pour autant avoir de revendications sur le trône, ce qui en faisait aux yeux du roi un ami et confident.
Entre-temps, Baudouin prépare une offensive en Égypte. Il envoie Renaud de Châtillon à Constantinople en ambassade auprès de Manuel Comnène, afin d'obtenir l'aide navale de Byzance. Renaud avait récemment été libéré d'Alep, Manuel ayant payé sa rançon puisque Renaud est le beau-père de l'impératrice Marie d'Antioche. Baudouin œuvre également pour la restauration du patriarcat orthodoxe dans le royaume, et pour le mariage de et sa petite-nièce Théodora Comnène, sœur de la reine Marie Comnène. Renaud revient en 1177, et est récompensé par son mariage avec Étiennette de Milly, ce qui fait de lui le seigneur de Kerak et de l'Outre-Jourdain.
En septembre, le comte Philippe de Flandre débarque à Saint-Jean-d'Acre sous la bannière des croisés. Baudouin propose à son cousin de prendre part à son projet d'invasion de l'Égypte, mais celui-ci refuse, prétextant qu’il était venu à Jérusalem pour effectuer un pèlerinage et non pour commander une armée. Par ailleurs, Philippe sollicite le mariage de ses cousines, Sibylle et Isabelle, héritières potentielles du royaume de Jérusalem, avec deux de ses vassaux. La haute cour de Jérusalem, offusquée, refuse. Philippe quitte le royaume et se rend à Antioche, où il participe à une offensive stérile contre la ville de Hama.
À la bataille de Montgisard vignette| à la bataille de Montgisard d'après une lettrine historiée du . Guillaume de Tyr, Histoire d'Outremer, Épinal, BM, Ms. 45. Baudouin est informé que Saladin, ayant appris les déboires du royaume et la présence de Philippe plus au nord, a franchi la frontière égyptienne le et lance son armée en direction d'Ascalon. Pour y faire face, le roi organise ses maigres forces avec celles des quelques seigneurs présents avec lui : Balian d'Ibelin, Renaud de Châtillon, Baudouin d'Ibelin, Renaud Granier et . Il sollicite également un contingent de Templiers en provenance de Gaza à Eudes de Saint-Amand, maître de l'ordre du Temple.
Conscient de la faiblesse de ses forces, Baudouin écrit un appel à l'aide à , roi des Francs :
La réponse de , s'il y en eut une, a été perdue.
Le , l'armée de Baudouin rencontre finalement celle de Saladin à la bataille de Montgisard. La surprise est totale pour l'armée des musulmans, pour qui la débâcle est rapide, malgré une large supériorité numérique. Malgré la souffrance provoquée par la maladie, Baudouin prend part à la bataille, jusqu'à la tombée de la nuit où Saladin bat en retraite.
Baudouin poursuit Saladin jusque dans la péninsule du Sinaï, où celui-ci parvient à s'échapper. Le roi revient finalement à Ascalon, puis à Jérusalem où il est accueilli de manière triomphale. Cette victoire de Montgisard, absolument inattendue, a un énorme retentissement jusque dans les points les plus reculés de la Chrétienté, où elle est perçue comme un signe de Dieu. La bataille ayant eu lieu le jour de la fête de la sainte chrétienne Catherine d'Alexandrie, Baudouin fait élever à Montgisard un monastère en son honneur, qu'il confie à l'ordre de Saint-Benoît.
Cependant, cette nette victoire ne change pas considérablement la situation du royaume. Les ressources de Saladin demeurent larges, tandis que Baudouin souffre toujours du manque d'hommes. N'ayant pas les moyens de poursuivre durablement son adversaire en Égypte, il consacre les mois suivants à fortifier la frontière damascène, et ordonne l'érection du Chastelet, une forteresse sur le Gué de Jacob, afin de défendre le passage du fleuve Jourdain.
Tournant du règne Au début du mois d', participe à un raid visant à piller les environs de Damas. Au cours d'une chevauchée à hauteur de la ville de Panéas, dans la seigneurie de Banias, le roi et Renaud Granier sont défaits par surprise par le neveu de Saladin, Farrukh-Shâh. Ils s'échappent miraculeusement grâce au sacrifice héroïque du connétable , mortellement blessé alors qu'il combattait aux côtés de Baudouin. Ce dernier est fortement affligé de cette perte.
gauche|vignette|upright=1.2|Les ruines du Chastelet en 2008.|alt=Photographie du Chastelet de nos jours.
Pour répondre à des raids de cavalerie arabe dans les environs de Sidon, Baudouin rassemble en juin une force sous son commandement personnel, aux côtés de et de Eudes de Saint-Amand. Il quitte le château de Toron le . Dans un premier temps, son armée défait les troupes de Farrukh-Shâh à la bataille de Marj Ayoun, avant que Saladin n'arrive avec le gros de ses forces et ne retourne le cours de la bataille en sa faveur. L'armée franque est mise en déroute, tandis que Baudouin, Raymond et une partie des croisés parviennent à se réfugier dans la forteresse de Beaufort. À la suite de cela, Baudouin réunit ses troupes à Tibériade, où le comte se rallie à lui.