Danger : Diabolik ! () est une comédie d'espionnage franco-italienne coécrite et réalisée par Mario Bava, sortie en 1968.
Il s’agit de l’adaptation du fumetti neri italien Diabolik, créé par les sœurs Angela et Luciana Giussani (1962).
Synopsis Dans la ville européenne de Clerville, le malfaiteur masqué Diabolik parvient à ravir dix millions de dollars durant un transport de fonds supervisé par l'inspecteur Ginko, en faisant diversion à l'aide de quelques bombes fumigènes. Il s'enfuit à bord d'un bateau à moteur puis d'une Jaguar noire. Poursuivi par un hélicoptère de la police, il parvient à le semer en entrant dans un tunnel où sa fiancée Eva Kant l'attend dans une Jaguar blanche. Diabolik et Eva rejoignent alors leur refuge souterrain.
Pendant ce temps, le ministre de l'Intérieur convoque une conférence de presse et annonce le rétablissement de la peine de mort pour lutter contre la criminalité. Diabolik et Eva s'y rendent, déguisés en journalistes, et libèrent du gaz hilarant, provoquant le rire de toute l'assistance. Le lendemain, le ministre démissionne et l'inspecteur Ginko ordonne une opération de grande envergure contre la mafia dirigé par le parrain Ralph Valmont ; ce dernier est contraint de passer un accord avec l'inspecteur Ginko et promet de remettre Diabolik à la police.
Diabolik décide d'offrir à Eva un collier d'émeraudes appartenant à Lady Clark pour son anniversaire dans le château de Saint-Just. Sentant les intentions de Diabolik, l'inspecteur Ginko fait encercler le château de Saint-Just par la police. Diabolik porte un costume blanc au lieu de son complet noir classique. Il escalade la tour du château à l'aide de ventouses. Une fois à l'intérieur, il trompe les policiers en posant une photo devant l'objectif de la caméra de surveillance et s'empare du collier sans aucun problème.
Pendant ce temps, Valmont obtient l'identité d'Eva grâce aux renseignements qu'il soutire à une prostituée. Il enlève Eva et demande à Diabolik dix millions de dollars et le collier d'émeraudes comme rançon. Les deux se retrouvent pour l'échange dans l'avion de Valmont, qui révèle à Diabolik que ce n'est qu'après la livraison des émeraudes qu'il sera parachuté dans la cabane où Eva est emprisonnée. Mais Diabolik déjoue son plan en saute avec Valmont en parachute. Durant leur chute, Diabolik lui fait avouer que l'inspecteur est au courant de ce rendez-vous. Arrivé sur les lieux, Diabolik parvient à la libérer et tue Valmont, puis tombe dans un état de mort apparente en ingérant des stupéfiants. Il se réveille à la morgue, alors qu'il fait l'objet d'une autopsie. Il se fait finalement exfiltrer par Eva, déguisée en infirmière.
Le nouveau ministre de l'intérieur met une prime d'un million de dollars sur la tête de Diabolik ; en réponse, Diabolik fait exploser tous les bâtiments du fisc, provoquant une crise économique sans précédent. Le nouveau ministre des finances apparaît à la télévision, faisant appel au bon sens des citoyens pour qu'ils paient leurs impôts de leur plein gré, à l'amusement général.
L'État décide de fondre vingt tonnes de lingots de réserve en un seul gros lingot d'or de vingt tonnes, qui sera transporté dans un train. Diabolik sabote les rails, faisant plonger le train dans la mer. Il récupère ensuite le lingot à l'aide d'un sous-marin, l'emporte chez lui et le fait fondre. L'inspecteur Ginko, cependant, parvient à localiser le refuge et s'y introduit. Eva parvient à s'échapper, tandis que Diabolik est touché par un jet d'or en fusion et immobilisé.
Vêtue d'un habit de deuil, Eva va rendre un dernier hommage à son compagnon, réduit à l'état de statue. Elle y est rejointe par l'inspecteur Ginko. Profitant d'un moment de distraction de la part de l'inspecteur, Diabolik fait un clin d'œil à Eva, démontrant qu'il est toujours vivant, et un rire diabolique résonne dans la cabane.
Fiche technique
Titre original : Diabolik Titre français : Danger : Diabolik ! Réalisation : Mario Bava, assisté de Lamberto Bava Scénario : Mario Bava, , et Tudor Gates d'après l'œuvre originale Diabolik d'Angela et Luciana Giussani. Photographie : Antonio Rinaldi et Mario Bava Montage : Romana Fortini Musique : Ennio Morricone Direction artistique : Flavio Mogherini Costumes : Piero Gherardi et Luciana Marinucci Production : Dino De Laurentiis et Bruno Todin Sociétés de production : Dino De Laurentiis Cinematografica (Italie) et Marianne Productions (France) Société de distribution : Paramount Pictures (France, Italie) Pays de production : • Langue originale : italien Budget : Format : couleur — 35 mm — 1.85:1 — son monophonique Genres : Comédie d'espionnage Durée : 100 minutes Dates de sortie : Italie : France : Classification : France : tous publics (visa d'exploitation délivré le ) Affiche : Jacques Vaissier (France)
Distribution
Production Genèse et développement Tonino Cervi et Seth Holt Le producteur Tonino Cervi, à la tête de la société de production Italy Film, a été le premier à proposer une adaptation cinématographique du Diabolik d'Angela et Luciana Giussani, exemple pionnier du sous-genre des fumetti neri de la bande dessinée italienne. Cervi s'est montré ambigu lorsqu'il a décrit sa production, déclarant une fois que « je pense qu'avec quelques retouches, Diabolik pourrait devenir un personnage extraordinaire pour le grand écran ». Dans une autre interview, il a reconnu que « de nos jours, un bon film basé sur Guy l'Éclair serait un succès sensationnel [...] mais il coûterait aussi cher que Cléopâtre. Je dois me contenter de quelque chose de plus modeste, donc je fais Danger : Diabolik ! ». L'intention initiale de Cervi était d'utiliser les bénéfices réalisés sur Danger : Diabolik ! pour financer un film à sketches co-réalisé par Federico Fellini, Ingmar Bergman et Akira Kurosawa.
Italy Film acquiert les droits d'adaptation auprès d'Astorina, la maison d'édition des Giussani, pour 20 millions de lires et propose un accord de distribution à Dino De Laurentiis : 100 millions de lires d'avance en échange des droits de distribution du film à perpétuité. De Laurentiis avance 70 millions de lires et met en place un accord de coproduction entre l'Italie, la France (Les Films Marceau-Cocinor) et l'Espagne (A.S. Film Produccion et Impala). Les premières versions du scénario sont écrites par les auteurs de bandes dessinées Pier Carpi et Corrado Farina, qui travaillent également dans la publicité télévisée. Ces versions ont ensuite été révisées par les scénaristes Giampiero Bona et Fabrizio Onofri, à qui l'on a demandé d'atténuer la violence. Le scénario d'Onofri et Bona mettait également l'accent sur l'aspect comique qui était présent dans le film Fantômas d'André Hunebelle, un autre film sur un gentleman cambrioleur populaire à l'époque. La production était dirigée par le réalisateur britannique Seth Holt, et la distribution était composée de Jean Sorel dans le rôle de Diabolik, Elsa Martinelli dans celui d'Eva Kant, et George Raft dans celui de Richness, l'ennemi de Diabolik. Les choix initiaux de Cervi pour Diabolik et Eva avaient été Alain Delon (dont le salaire était trop élevé) et Virna Lisi (qui n'était pas disponible en raison de conflits de calendrier).
Le tournage a commencé le à Malaga, en Espagne, mais a été interrompu lorsque George Raft est tombé malade sur le plateau et a dû être remplacé au débotté par Gilbert Roland. Le projet de Cervi et Holt prévoyait 29 jours de tournage d'intérieurs dans les studios de De Laurentiis à Dinocittà, 17 jours de tournage en Espagne, deux semaines de tournage aux États-Unis et une semaine supplémentaire en Espagne. Le tournage s'arrête à nouveau le ; après avoir visionné les épreuves de Holt, De Laurentiis interrompt temporairement la production du film, déclarant que les séquences « étaient d'un niveau si bas, tant d'un point de vue artistique que commercial, qu'elles nous faisaient clairement comprendre que continuer sur cette voie signifiait aller vers un désastre ». Dans une interview de 1969, Holt déclare que le film « n'a pas été arrêté, il a manqué d'argent. [...] Il a été mal géré et donc le film s'est terminé et tout le monde est rentré chez soi. Tout le monde poursuit tout le monde en justice. Je n'ai été payé que parce que je connaissais bien la scène italienne ».
Dino De Laurentiis et Mario Bava De Laurentiis a jugé que le seul moyen de sauver le film était de relancer la production avec un nouveau scénario et un nouveau réalisateur. Les autres sociétés en co-production n'étaient pas satisfaites de l'arrêt de la production par De Laurentiis, ce qui a conduit Les Films Marceau-Cocinor à résilier son contrat avec Italy Film. A.S. Film Produccion a confisqué le métrage et a emporté les caméras, les costumes et les armes qui avaient été loués par Italy Film, ce qui a failli mettre la société en faillite. Entre-temps, De Laurentiis a tiré parti de ses nouveaux droits sur les fumetti en incluant Diabolik parmi plusieurs personnages de bande dessinée dans Une soirée comme les autres, le segment de Vittorio De Sica du film à sketches Les Sorcières avec Silvana Mangano et Clint Eastwood ; dans ce sketch, Diabolik était interprété par l'acteur Gianni Gori. Le réalisateur Umberto Lenzi a tenté sans succès d'acheter les droits de Diabolik à De Laurentiis, ce qui l'a incité à réaliser Kriminal, basé sur les fumetti neri du même nom de Magnus et Max Bunker.
Décidant de faire du film un projet annexe complétant sa production à venir de Barbarella - qui était également une adaptation d'une série de bandes dessinées - De Laurentiis a repris la production avec le soutien financier de Paramount Pictures pour les deux projets, a établi un accord de coproduction de deux films avec le producteur français Henri Michaud de Marianne Productions, et a engagé Mario Bava comme réalisateur. Bava aurait été suggéré à De Laurentiis et aux Giussani par Farina, qui était un amateur des gialli du réalisateur, et aurait informé le producteur de la popularité de Bava auprès des cinéphiles et des intellectuels. De Laurentiis considérait également que Bava était un réalisateur financièrement viable, car L'Espion qui venait du surgelé avait été un succès commercial.
Scénario et préproduction vignette|gauche|200px|Michel Piccoli (ici en 1965) joue le rôle de l'inspecteur Ginko. Le script de Danger : Diabolik a été écrit par , puis adapté en un scénario complet par , qui avait auparavant écrit la comédie d'espionnage Ramdam à Rio pour De Laurentiis. Le scénario a ensuite été révisé par l'équipe d'auteurs britanniques Brian Degas et Tudor Gates, qui ont été engagés par Bava en raison de leur collaboration fructueuse sur le projet de giallo avorté Cry Nightmare (filmé plus tard par Antonio Margheriti sous le titre Le Sadique de la treizième heure). Le scénario complet, qui est crédité à Maiuri, Degas, Gates et Bava dans la version anglaise du film, et seulement à Maiuri et Bava dans la version italienne, était basé sur trois histoires distinctes de Diabolik : Sepolto vivo ! ( « Enterré vivant ») d', Lotta disperata ( « Bataille désespérée ») de , et L'ombra nella notte ( « L'ombre de la nuit ») de . Le scénario de Degas et Gates portait le titre provisoire de Goldstrike ! pour que Paramount l'envisage comme titre alternatif pour la sortie internationale du film, les fumetti étant peu connus en dehors de l'Italie ; le titre anglais et français du film a été annoncé par Chuck Painter, publiciste de Paramount, comme étant Danger : Diabolik le . De Lautentiis était si enthousiaste à l'égard du travail de Degas et Gates qu'il les a engagés pour l'aider sur Barbarella.