L'expression Proche-Orient ancien désigne un ensemble de cultures et de civilisations qui se sont épanouies du Néolithique jusqu'à la fin de l'Antiquité dans un espace comprenant, dans son acception la plus restreinte, le Levant à l'ouest, la Mésopotamie et l'Iran occidental à l'est, et l'Anatolie au nord. On peut également trouver les termes Orient ancien ou Asie du Sud-Ouest ancienne.

Cet espace, qui est parfois élargi à l'ensemble du Moyen-Orient, incluant ainsi la péninsule Arabique, l'Iran et le Caucase, regroupe des peuples qui, en dépit de leur hétérogénéité, ont partagé un processus historique similaire, avec la « néolithisation », l'émergence des premières cités, des premières écritures, et ont eu des croyances présentant une certaine proximité. L'intégration ou non de l’Égypte antique à cet ensemble ne fait pas consensus, en fonction des considérations scientifiques ou des habitudes des chercheurs.

Contours et définitions

Terminologie

L'expression « Proche-Orient ancien » est spécifique à l'histoire ancienne, puisqu'elle désigne une région qui est plus communément désignée comme le « Moyen-Orient » dans la terminologie contemporaine, qui a plus ou moins les mêmes contours géographiques. Il s'agit dans les deux cas de termes hérités du et du début du du monde occidental, reprenant le concept géographique et culturel d'« Orient » (orientalisme), dans le contexte des impérialismes et de la colonisation européennes, donc une vision euro-centrée du monde et de son histoire. Pour contrebalancer cela, certains préfèrent parler d'« Asie de l'Ouest » (parfois « Asie occidentale », « Asie du Sud-Ouest » ou « Asie sud-occidentale »), employant ainsi des termes qui charrient un héritage politique moins lourd à assumer. A. Gunter voit même dans la dénomination de Proche-Orient ancien , tout en indiquant qu'elle reste largement employée, acceptée et comprise, et opératoire en tant que domaine de la recherche : ..

Domaines d'études

thumb|Localisation des principaux sites ayant livré des tablettes cunéiformes (en particulier ceux en capitales) et de sites périphériques où des textes en cunéiforme ont été mis au jour.

Les études proche-orientales remontent à la première moitié du , quand des savants européens posent les premiers jalons du déchiffrement des écritures cunéiformes, processus achevé en 1857, alors qu'à la même époque les premiers chantiers de fouilles dans le nord de la Mésopotamie sont ouverts par des diplomates français et anglais, et que leurs découvertes viennent enrichir les grands musées de leurs métropoles. C'est dans le contexte de rivalités entre les puissances européennes dans l'Empire ottoman et en Perse, et de curiosité pour le passé des régions « orientales » que le processus se poursuit, dans les universités européennes, puis américaines, et sur les chantiers de fouilles au Moyen-Orient, en élargissant progressivement le nombre de régions fouillées, aboutissant à la redécouverte progressive des différentes civilisations du Proche-Orient ancien (Assyriens, Babyloniens, Sumériens, Élamites, Hittites, etc.) Nicole Chevallier, « Early Excavations (pre-1914) », dans , dont les langues sont progressivement déchiffrées.. Les différents domaines de la recherche sur les civilisations du Proche-Orient ancien commencent à se structurer à cette période et dans la première moitié du , notamment au moment où la France et la Grande-Bretagne exercent leur mandat sur une grande portion du Moyen-Orient, confortant les liens entre le colonialisme et ces travaux Peter Magee, « The Foundations of Antiquities Departments », dans .

L'héritage occidentalo-centré reste prégnant dans les études sur le Proche-Orient ancien (ce qui vaut également pour l’Égypte antique), qui le présentent traditionnellement comme une partie de l'« Occident », et renvoie à deux aspects importants qui ont pesé dans la mise en place de ces études et restent encore plus ou moins présents. : la vision, partiellement vraie, de l'histoire ancienne du Proche-Orient comme celle du « berceau de la civilisation », préparant l'émergence des civilisations européennes, et marginalisant par là la continuité avec les civilisations qui leur ont succédé au Moyen-Orient ; l'angle religieux, qui a donné lieu à l'habitude d'étudier l'histoire du Proche-Orient ancien dans le but d'éclairer l'histoire biblique, et donc en partant du contenu des textes bibliques, que ce soit d'ailleurs dans le but de confirmer ou d'infirmer leur historicité.

Les approches critiques, sur la vision linéaire de l'histoire, sur l'orientalisme, comme sur l'importance accordée à la Bible, ont néanmoins relativisé ces tendances, et cherché à procéder à une « normalisation » de leur champ d'études, étudié pour lui-même et sous divers angles (social, économique, idéologique, etc.). Elles ont été aidées en cela par la découverte d'une quantité considérable de documentations, qu'il s'agisse des dizaines de milliers de tablettes cunéiformes exhumées de la Turquie jusqu'à l'Iran, ou des découvertes différents sites archéologiques révélant de nouvelles cultures et civilisations insoupçonnées, depuis la fin du Paléolithique jusqu'à la fin de l'Antiquité, aussi par la décolonisation et l'émergence d'une recherche scientifique autonome au Moyen-Orient, même si les universités occidentales restent les plus actives.

Les spécialités sur l'étude du Proche-Orient ancien peuvent d'une manière générale être divisées en deux au regard de l'organisation de la recherche universitaire : les spécialités liées à l'archéologie, et aussi à l'histoire de l'art, qui couvrent toutes les périodes et civilisations du Proche-Orient ancien, donc aussi bien des périodes préhistoriques qu'historiques Marie‐Henriette Gates, « Archaeology and the Ancient Near East: Renewing a Culture‐Historical Partnership », dans . ; les spécialités liées à l'histoire et la philologie, donc avant tout l'étude des textes, regroupées dès le début des études sur le Proche-Orient ancien sous le terme assyriologie, parce que l'Assyrie a été la première civilisation à être redécouverte, les découvertes d'autres civilisations ayant donné naissance à d'autres spécialités (sumérologie, hittitologie, etc.) ; leur spécificité repose sur le fait que leur documentation est majoritairement rédigée dans des écritures cunéiformes, et issue de fouilles archéologiques, pour des périodes « historiques » (celles de civilisations qui pratiquent l'écriture) .

Contours géographiques et culturels

La définition du cadre géographique recouvert par l'expression « Proche-Orient ancien » reste floue et fluctue selon les auteurs et les périodes étudiées. Cet ensemble comprend au moins la Mésopotamie, la Syrie et le Levant (avec Chypre), au moins une grande partie de l'Anatolie, du Caucase méridional et du plateau Iranien. Dans les acceptions les plus larges, et selon la période historique, l’Égypte, la Péninsule arabique, le Caucase méridional et une partie de l'Asie centrale y sont incluses. De fait, le Proche-Orient ancien des historiens se définit avant tout suivant des critères culturels, selon les mots de G. Bunnens, comme , donc comme la Mésopotamie et les régions les plus marquées par son influence, suivant une vision centre/périphérie. Les approches actuelles sont plus pondérées mais le facteur culturel reste prépondérant, la question étant donc plus de savoir quelles civilisations sont incluses en fonction de leurs caractéristiques culturelles, que de savoir quelles régions géographiques en font partie en raison de leur localisation, les limites étant amenées à varier selon les époques et le profil des civilisations étudiées. Dans cette optique a aussi émergé la notion de « culture cunéiforme », c'est-à-dire de cultures ayant partagé la pratique de l'écriture cunéiforme et les éléments culturels mésopotamiens qu'elle a transporté avec elle, créant ainsi des liens et traits communs entre elles. Plus largement, cet ensemble de civilisations peut être vu comme marqué par l'héritage de la révolution urbaine du , centrée sur la Mésopotamie. Mais même si les études se focalisent plus sur cette région, sa trajectoire historique ne peut être comprise sans la prise en considération de ses voisines et des interactions qui ont liées leurs destinées. Selon le résumé qu'en a donné D. Schwemer :

Contours chronologiques Le cadre chronologique est fluctuant. En utilisant la documentation archéologique, on remonte couramment jusqu'aux débuts du Néolithique, et même un peu avant, au début du processus de néolithisation durant l'Épipaléolithique, parfois jusqu'à voire , souvent vers , parce que cette phase peut être vue comme le point de départ des développements culturels caractéristiques du Proche-Orient ancien. Les régions voisines se « néolithisent » progressivement par la suite. Pour la documentation écrite, les études sont possibles à partir de la fin du , aussi certains travaux d'historiens préfèrent se limiter à faire commencer le Proche-Orient ancien à ce moment-là, qui est aussi celui d'une autre période fondamentale, celle de la « révolution urbaine » (et du début de l'écriture), et aussi pour alléger leur propos.

La fin du Proche-Orient ancien est couramment marquée par le début de l'Empire achéménide en , ou la fin de celui-ci, qui est aussi le début de la période hellénistique en Du point de vue du travail de l'historien, c'est à cette période que la documentation classique, plus précisément celle en langue grecque ancienne, tend à devenir plus importante que la documentation cunéiforme pour reconstituer les événements. Cela renvoie aussi à une vision ancienne et linéaire de l'histoire qui envisage une sorte de « passage de flambeau » entre les civilisations du Proche-Orient ancien et celle de Grèce antique, qui devient le nouveau phare de la civilisation autour de Mais les continuités dans les traditions du Proche-Orient entre la première et la seconde moitié du sont désormais mises en avant, ce qui incite à repousser les bornes chronologiques plus loin dans le temps, en incluant les périodes hellénistique et parthe, donc jusqu'au début de notre ère. Certains vont plus loin dans le temps, notamment pour le monde iranien, en incluant l'Empire sassanide et en fixant la limite à la conquête islamique, ce qui revient à faire coïncider les civilisations du Proche-Orient ancien à la notion large de civilisations « pré-islamiques »..

Évolution historique

La néolithisation du Proche-Orient thumb|Localisation des principaux ensembles géographiques du Néolithique du Proche-Orient (v. 10000-5500 av. J.-C.).

+ Chronologie du Néolithique au Levant, suivant plusieurs datations(propositions de K. Wright à partir d'autres travaux.). Avant J.-C. Cal. Avant le présent Cal. Natoufien ancien 12780-11180 14730-13130 Natoufien récent 11180-10040 13130-11990 Néolithique précéramique A 10040-8940 11990-10890 Néolithique précéramique B ancien 8940-8460 10890-10410 Néolithique précéramique B moyen 8460-7560 10410-9510 Néolithique précéramique B récent 7560-6940 9510-8890 Néolithique précéramique B final/C 6940-6400 8890-8350 Néolithique tardif 6400-5480 8350-7430