Les dragons de la Garde impériale sont un régiment de cavalerie français appartenant à la Garde impériale de Napoléon , créé le et dissous le . Les membres de cette unité sont également surnommés les « dragons de l'Impératrice » en hommage à leur marraine, Joséphine de Beauharnais. Sous l'Empire, les dragons forment, avec les grenadiers à cheval, la brigade de cavalerie lourde de la Garde impériale.
L'Empereur, satisfait du comportement des dragons de la ligne lors de la campagne d'Allemagne de 1805, décrète la mise sur pied d'un régiment de dragons au sein de sa Garde. Il en confie le commandement à l'un de ses cousins, le colonel Arrighi de Casanova. Les difficultés d'organisation font que le corps n'est que très peu engagé pendant la campagne de Pologne. Étoffé, il prend ensuite la route de l'Espagne et s'illustre à Medina de Rioseco, avant de repartir pour l'Autriche où il est présent à la bataille de Wagram. Alors qu'une partie du régiment se bat encore en Espagne de 1810 à 1811, les dragons quittent définitivement ce pays en 1812 au début de la campagne de Russie ; ils y affrontent les cosaques à Bourzowo, sauvent Napoléon à Gorodnia et couvrent le passage de l'armée à la Bérézina. L'année suivante, à Leipzig et Hanau, le régiment se mesure avec succès à la cavalerie coalisée.
En 1814, lors de la bataille de Montmirail, les dragons de la Garde, guidés par les généraux Dautancourt et Letort, disloquent les carrés russes puis s'emparent de dix-huit canons lors d'une charge à Saint-Dizier, le . La Première Restauration conserve les dragons de l'Impératrice sous le nom de Corps royal des dragons de France. En 1815, pendant les Cent-Jours, les dragons de la Garde retrouvent leur organisation antérieure et participent à la campagne de Belgique. Ils perdent leur chef Letort, tué à Gilly, et chargent vainement contre les carrés britanniques à Waterloo. Le régiment des dragons de la Garde est finalement dispersé après la seconde abdication de Napoléon et le retour des Bourbons.
L'uniforme du régiment est, dans ses grandes lignes, celui des grenadiers à cheval, à la différence notable du casque et de la distinctive verte. Chez les trompettes, la tenue est bleue à revers blancs de 1806 à 1810, puis blanche à revers bleus jusqu'en 1815. L'abandon du port de la queue et des cheveux poudrés, jugés dépassés par le colonel Arrighi de Casanova soucieux de commander à une troupe moderne, vaut aux dragons le surnom de « muscadins ».
Organisation Création vignette|gauche|Dragons de la Garde impériale en surtout et grande tenue, 1806. Planche 38 du volume VIII de la série Uniformenkunde, par Richard Knötel.
Le , un décret de Napoléon donne naissance aux dragons de la Garde impériale. C'est après avoir vu les régiments de dragons de la ligne s'illustrer lors de la campagne d'Allemagne de 1805 que l'Empereur décide d'adjoindre à sa Garde un régiment de dragons. Selon Prévost, ces derniers devaient, dans l'esprit du souverain, , les dragons étant par tradition capable de combattre aussi bien à pied qu'à cheval. À la même époque, un régiment de dragons existe au sein de la Garde royale italienne, ce qui a peut-être pesé dans la décision de Napoléon. Les articles 17 et 18 du décret stipulent : . Les recrues doivent être de belle prestance et mesurer . Les officiers sont nommés directement par Napoléon, les sous-officiers étant quant à eux fournis par la cavalerie de la Garde.
Le régiment est théoriquement organisé en un état-major, quatre escadrons de Vieille Garde et un escadron de vélites. Chaque escadron est divisé en deux compagnies, fortes chacune d'un capitaine, un lieutenant en premier, 2 lieutenants en second, un maréchal des logis-chef, 8 maréchaux des logis, un fourrier, 10 brigadiers, 96 dragons, 3 trompettes et 2 maréchaux-ferrants, pour un total de 125 hommes. Les deux compagnies de vélites et deux escadrons de dragons sont d'abord constitués, les premiers grâce aux vélites fournis par les grenadiers et les chasseurs à cheval, les seconds à la suite de l'arrivée des dragons en provenance de la ligne. En , l'effectif atteint 874 hommes dont 60 officiers, installés rue de Grenelle à la caserne des Carmélites. Depuis le , le commandant du corps est le colonel Jean-Thomas Arrighi de Casanova, cousin de Napoléon et colonel du de dragons.
En 1807, l'organisation et le renforcement des escadrons se poursuivent. Napoléon doit faire appel à tous les régiments de cavalerie de l'armée impériale, en leur ordonnant de sélectionner pour la Garde les soldats forts de quatre ans de service et s'étant distingués à Austerlitz et Iéna. En outre, 59 membres de la gendarmerie d'ordonnance qui vient d'être dissoute sont reversés dans les dragons. Au mois de décembre, le régiment est enfin au complet : cinq escadrons, 80 officiers, 28 musiciens et sont sous les rangs. Alors que Napoléon présente le régiment à son épouse Joséphine de Beauharnais, cette dernière se propose d'en être la marraine ; les dragons de la Garde impériale acquièrent ainsi le surnom de .
Évolution des effectifs et de l'organisation vignette|Le major Pierre Alexis de Pinteville. En novembre 1813, il commande les deux escadrons de dragons de la Jeune Garde rattachés à la division d'Ornano.
L'organisation du corps reste inchangée jusqu'en , date à laquelle l'Empereur ordonne qu'il ne sera plus recruté de vélites pour les grenadiers, dragons et chasseurs à cheval de la Garde. L'escadron des vélites-dragons est finalement supprimé le et ses éléments incorporés dans les escadrons de Vieille Garde ou dans la cavalerie de la ligne. L'effectif, qui totalise 80 officiers et en , est retombé à 64 officiers et au début de la campagne de Russie, en . Décimés, les dragons de l'Impératrice sont rapidement reformés au mois de , sous la forme de six escadrons forts de 91 officiers et . Cette fois, le régiment mixe quatre escadrons de Vieille Garde et deux de Jeune Garde, parmi lesquels le qui prend le nom de « seconds dragons ». Cet escadron est reversé au reste du corps lors de l'armistice de Pleiswitz.
En , la cavalerie de la Garde impériale est dirigée par le général Étienne Marie Antoine Champion de Nansouty avec à l'effectif, gardes d'honneur compris. Letort et ses 473 dragons de la Vieille Garde figurent au sein de la de cavalerie de la Garde du général Walther. Les deux escadrons de Jeune Garde commandés par le major Pinteville, forts de 292 hommes, sont rattachés pour leur part à la du comte d'Ornano. Le , le corps se voit adjoindre le d'éclaireurs de la Garde impériale. Lors des prémices de la campagne de France à la fin , les six escadrons des dragons se trouvent rassemblés dans la de cavalerie de la Garde aux ordres du maréchal Édouard Mortier.. Dans le même temps, un détachement de 460 dragons de la Vieille Garde venu de Paris est placé sous les ordres du général Lefebvre-Desnouettes qui commande la cavalerie de la Garde attachée au corps du maréchal Ney.
Le , lors de la bataille de Montmirail, la cavalerie de la Garde aligne trois divisions sous Nansouty : la du général Levesque de Laferrière comprend les deux escadrons de dragons de la Jeune Garde dirigés par le général Letort, soit 260 hommes ; la , sous le commandement du général Guyot, compte quant à elle dans ses rangs les dragons de la Vieille Garde — quatre escadrons, 406 hommes — attachés à la brigade Dautancourt. Quelques jours plus tard, le régiment est réuni au complet dans la aux côtés des lanciers et des éclaireurs polonais. Les états de situation du indiquent que les 500 dragons de l'Impératrice, conjointement avec leurs camarades éclaireurs du , forment une brigade de la division Exelmans. Au soir du premier jour de la bataille d'Arcis-sur-Aube, la cavalerie de la Garde commandée par Sébastiani est rejointe par la colonne de marche du général Lefebvre-Desnouettes, soit un renfort de dont 260 dragons de la Garde.
Des Cent-Jours à la dissolution vignette|gauche|Cavalier du corps royal des dragons de France. Illustration de Job. vignette|Casque d'officier du corps royal des dragons de France.
Lors de la Première Restauration, le régiment est transformé en « Corps royal des dragons de France » à quatre escadrons, avec quartiers à Tours. Son effectif est alors fixé à 42 officiers et 644 cavaliers. Au retour de Napoléon pendant les Cent-Jours, l'unité reprend rang dans la Garde impériale. D'après le registre-matricule, l'organisation est arrêtée à quatre escadrons alignant au complet 50 officiers et 779 hommes. La remonte est assurée par 969 chevaux, parmi lesquels 227 sont réservés pour les officiers.
Les dragons de la Garde impériale sont finalement dispersés le après l'abdication de Napoléon et le retour des Bourbons. La marraine du régiment Joséphine de Beauharnais meurt au château de Malmaison le . Jusqu'à la mort du dernier d'entre eux, les dragons s'y rendent tous les ans, le , en son hommage ; l'historien Ronald Pawly indique cependant que ce fait relève de la légende.
Historique des garnisons, combats et batailles Campagne de Prusse et de Pologne vignette|upright=1.5|alt=Napoléon, à cheval sur un promontoire et entouré de ses officiers, regarde passer des cavaliers qui brandissent leur sabre pour le saluer.|Napoléon à la bataille de Friedland, le 14 juin 1807. Peinture de James Alexander Walker, .
En 1806, malgré les difficultés d'organisation, deux escadrons sous le chef d'escadron Jolivet peuvent quitter Paris et rejoindre la Grande Armée, qui se bat alors en Prusse. Ce détachement représente son régiment lors de l'entrée de Napoléon à Berlin le , paradant aux côtés des autres troupes de la cavalerie de la Garde présentes pour l'occasion. Quelques mois plus tard, les dragons de la Garde, qui ont entretemps été renforcés par un contingent de 200 hommes venus de Meudon, sont chargés de la sûreté des campagnes berlinoises et font à plusieurs reprises le coup de feu contre les partisans prussiens. Ils sont entraînés par un colonel-major de 33 ans, le futur général Louis-Michel Letort de Lorville.
La Prusse est à genoux, mais pas les Russes. Après la « boucherie d'Eylau », victoire française non décisive qui fait environ et blessés dans les rangs français, Napoléon écrase définitivement l'armée du Tsar à Friedland, le . Les dragons de la Garde impériale, qui pendant toute la bataille ont formé l'aile gauche de la cavalerie de la Garde sans prendre part aux combats, participent à la poursuite. Un de leurs officiers, le capitaine adjudant-major Jolly, est blessé lors de cette journée.
Dans la péninsule Ibérique
vignette|gauche|alt=Soldat casqué à cheval, sabre à la main.|Officier des dragons de la Garde impériale, par Carle Vernet.
Au printemps 1808, alors que s'accroissent les tensions entre la France et l'Espagne, 226 dragons franchissent les Pyrénées au sein d'un détachement de la Garde commandé par le général Louis Lepic. Leur nombre passe à 252 au mois de juin, date à laquelle ils sont stationnés à Madrid sous les ordres du général Lasalle. Le , une partie du régiment est présente sur le champ de bataille de Medina de Rioseco, au sein du corps d'armée du maréchal Bessières. Alors qu'une charge des carabiniers espagnols vient de refouler les tirailleurs de la division Mouton, le général Lasalle, outrepassant les ordres de Bessières, vient se placer à la tête de la cavalerie de la Garde et rétablit la situation : . Trois officiers des dragons sont blessés au cours de cet engagement.