Les Vêpres siciliennes est un grand opéra en cinq actes de Giuseppe Verdi, sur un livret d'Eugène Scribe et Charles Duveyrier, créé le à l'Opéra de Paris salle Le Peletier.
Genèse Dans les années 1830, se développe en France sous l'impulsion de compositeurs tels que Giacomo Meyerbeer et Jacques Fromental Halévy le genre du « grand opéra » : œuvres en quatre ou cinq actes, avec distribution et orchestre de grande envergure, ballet, décors et effets de scène spectaculaires, basées sur des intrigues d'origine historique.
En 1852, un contrat est signé entre Verdi, qui vient de remporter un immense succès en Italie avec son Rigoletto d'après Victor HugoIl faudra toutefois attendre 1857 pour la création parisienne, Hugo étant parvenu jusque-là à faire interdire l’œuvre pour plagiat., et l'Opéra de Paris, alors même que la mode est un peu passée, en vue d'une représentation lors de l’exposition universelle de 1855.
Alors que la période dite « patriotique » de Verdi s'est achevée avec La battaglia di Legnano, en 1849, le compositeur accepte de revenir à un sujet politique en consacrant un opéra à l'épisode des Vêpres siciliennes, soulèvement populaire à Palerme puis dans le reste de la Sicile contre les Angevins qui dominaient l'île. Ce sujet possède alors une forte dimension politique puisqu'en Italie, plusieurs mouvements prônent l'unification de la péninsule, y compris en prenant les armes contre les forces étrangères qui occupent le pays. Cette aspiration unitaire italienne est alors vue avec bienveillance par Napoléon III après l'engagement du Piémont aux côtés des troupes françaises et anglaises dans la guerre de Crimée.
C'est le premier opéra en français de Verdi, si l'on ne tient pas compte de Jérusalem, qui est une version fortement remaniée des Lombards. Le livret, confié au plus grand dramaturge français de son époque, Eugène Scribe, en collaboration avec Charles Duveyrier, ne plaît pas à Verdi qui met du temps à le mettre en musique, Scribe refusant toute modificationAlors qu'il a repris, sans en informer Verdi, des passages entiers du livret du Duc d'Albe, écrit pour Jacques Fromental Halévy puis utilisé en 1839 par Gaetano Donizetti pour son opéra, créé de façon posthume en 1882. malgré les menaces de rupture de contrat de Verdi. Il conteste la façon dont Scribe présente Jean de Procida comme un conspirateur assoiffé de sang et de vengeance, sans sens de l'honneur, alors que le gouverneur français apparait comme magnanime et repenti de ses violences passées. écrit Verdi.
Les répétitions sont également marquées par l'absence de la chanteuse principale, Sophie Cruvelli, plus occupée par sa vie privée que par sa carrièreBertrand Dermoncourt, L'Univers de l'opéra, .. Verdi écrit à son collaborateur Francesco Maria Piave : Bien que se plaignant de la mauvaise volonté de Scribe et de l'ambiance délétère des répétitions, Verdi essuie toutefois un refus de la part de François-Louis Crosnier, alors administrateur du Théâtre impérial de l'Opéra, et continue son travail.
L'opéra est créé le suivant, salle Le Peletier, en présence de Napoléon III, de l'impératrice Eugénie et du duc de Porto.
Distribution de la création thumb|Affiche pour la première des Vêpres au Théâtre impérial de l'Opéra
Sophie Cruvelli : la duchesse Hélène, sœur du duc Frédéric d'AutricheHistoriquement, Charles d'Anjou, roi de Sicile de 1266 à 1285, avait fait exécuter Conradin de Hohenstaufen, petit-fils de Frédéric d'Autriche, mort en 1250. La parenté d'Hélène semble donc fictive. (soprano) Louis Gueymard : Henri, jeune sicilien (ténor) Marc Bonnehée : Guy de Montfort, gouverneur de Sicile sous Charles d'Anjou, roi de Naples (baryton) Louis-Henri Obin : Jean Procida, médecin sicilien (basse) Théodore-Jean-Joseph Coulon : le sire de Béthune, officier français (basse) Jacques-Alfred Guignot : le comte de Vaudemont, officier français (basse) Clarisse-Françoise Sannier : Ninette, camériste d'Hélène (contralto) Aimès : Thibault, soldat français (ténor) Claude-Marie-Mécène Marié de l'Isle : Robert, soldat français (basse) Jean-Jacques Boulo : Daniéli, jeune sicilien (ténor léger) Joseph Koenig : Mainfroid, sicilien, (ténor) Soldats, peuple (chœur) Orchestre symphonique et chœur de l'Opéra de Paris Concertatore : Giuseppe Verdi Chef d'orchestre : Narcisse Girard Chorégraphie : Lucien Petipa Costumes : Alfred Albert et Paul Lormier
Argument
En , les Vêpres siciliennes ont lieu à Palerme durant les fêtes de Pâques.
Acte I
La duchesse Hélène, dont le frère a été condamné à mort, est contrainte par un soldat français à chanter. Celle-ci, avec son chant excite la haine des Siciliens contre les Français. Montfort, le gouverneur, intervient et calme tout le monde. Arrive Henri, qui vient juste d'être gracié. Ignorant que Montfort est présent, il se met à l'insulter. Le gouverneur demande à tout le monde de partir afin de rester seul avec le jeune imprudent. Il lui demande son nom mais celui-ci refuse puis il tente de l'acheter en lui offrant un grade dans son armée et essuie un nouveau refus. Montfort interdit alors à Henri de parler avec la duchesse : celui-ci, à nouveau, brave l'interdit.
Acte II
Dans une vallée proche de Palerme, se rencontrent Henri, Hélène et Procida, arrivés clandestinement. Celui-ci annonce le soutien de Pierre d'Aragon en cas de début d'insurrection. Henri déclare son amour à la duchesse qui l'accepte à condition qu'il venge son frère. Henri reçoit une invitation de la part de Montfort et la refuse. Ce refus entraîne son arrestation et les Siciliens jurent de le venger. En outre, l'enlèvement des femmes par les soldats français ne fait qu'accentuer la haine de ceux-ci.
Acte III
Montfort, dans son cabinet, relit une lettre de la mère d'Henri, exécutée depuis dix mois, dont il apprend être le père d'Henri. Celui-ci arrive et apprend la vérité concernant son père, qu'il croyait en exil. Il refuse de le reconnaître comme son père. Le soir, un bal masqué a lieu et parmi les danseurs, Henri reconnaît Procida et Hélène, venus le délivrer et tuer Montfort. Henri empêche ses amis de le faire, au moment où Procida sort sa dague. Les conjurés sont arrêtés.
Acte IV
Procida et Hélène ont été déportés à la forteresse. Henri les rejoint pour tenter de se disculper. S'il y arrive auprès d'Hélène qui lui conserve son amour, l'annonce de son lien de parenté avec Monfort ruine les espoirs de Procida qui a reçu la nouvelle de l'arrivée des armes. Monfort arrive pour annoncer l'arrivée du bourreau et fait le chantage suivant à Henri : soit celui-ci le reconnaît publiquement comme son père, soit ses amis sont exécutés. Celui-ci finit par céder et Monfort annonce les noces entre Henri et la duchesse. Celle-ci hésite à accepter mais Procida l'incite à le faire.
Acte V
Dans les jardins du palais, se prépare la fête pour le mariage. Procida retrouve Hélène et lui annonce que, dès que les cloches sonneront, l'insurrection commencera. Elle retire sa parole au grand désespoir d'Henri. Montfort arrive et ordonne que le mariage ait lieu. Les cloches sonnent et les Français sont massacrés.
Numéros musicaux Ouverture
Acte I Introduction Chœur « Beau pays de France ! » (Thibault, Robert, De Béthune, Vaudemont, Soldats, Siciliens, Siciliennes) – Scène I Récit « Quelle est cette beauté » (Vaudemont, De Béthune, Danieli, Hélène, Robert, Thibault, Ninetta) – Scène II Air « Au sein des mers » (Hélène) – Scène II (suite) Ensemble Quels accents ! quel langage ! (Peuple, Thibault, Robert, Français, Hélène, Danieli, Ninetta, Soldats) – Scène II (suite) Quatuor « Quelle horreur m'environne ! » (Hélène, Ninetta, Danieli, Montfort) – Scène III Récit « Hélène ! - Ô ciel !… Henri !… » (Henri, Hélène, Ninetta, Montfort) – Scène IV Duo Tempo d'attacco « Quel est ton nom ? » (Montfort, Henri) – Scène V Cantabile « Punis mon audace ! » (Henri, Montfort) – Scène V (suite) Cabalette « Téméraire ! » (Montfort, Henri) – Scène V (fin)
Acte II Entr'acte, Air et Chœur Récit « Palerme... ô mon pays ! » (Procida) – Scène I Cantabile « Et toi, Palerme » (Procida) – Scène I (suite) Récit « À tous nos conjurés » (Procida) – Scène I (suite) Cabalette (Chœur) « Dans l'ombre et le silence » (Procida, Chœur) – Scène I (suite) Récit, Scène et Duo Récit « Fidèles à ma voix ! » (Procida, Hélène, Henri) – Scène II Duo « Comment, dans ma reconnaissance » (Hélène, Henri) – Scène III Cantabile « Près du tombeau peut-être » (Hélène, Henri) – Scène III (suite) Récit, Tarantelle et Scène Récit « À vous, et de la part de notre gouverneur ! » (De Béthune, Henri, Hélène, Procida) – Scènes IV-V Marche des douze fiancés et Tarantelle « Voilà, par saint Denis ! » (Robert, Procida, Thibault) – Scène VI Chœur « Vivent les conquêtes ! » (Robert, Thibault, Soldats français, Siciliens et Siciliennes, Ninetta) – Scène VII Chœur final « Interdits, accablés » (Chœur, Danieli, Hélène, Procida, Mainfroid) – Scènes VIII-IX
Acte III Entr'acte et Air Récit « Oui, je fus bien coupable » (Montfort, De Béthune) Scènes I-II Air « Au sein de la puissance » (Montfort) – Scène III Duo Récit « Je n'en puis revenir! » (Henri, Montfort) – Scène IV Duo « Quand ma bonté toujours nouvelle » (Montfort, Henri) – Scène IV (suite) Marche – Scène V Divertissement : Les Saisons – Scène V (suite) L'Hiver Le Printemps L’Été L'Automne Final « Ô fête brillante ! » (Procida, Henri, Hélène, Siciliens, Français) – Scène VI « De ces plaisir, pour toi nouveaux » (Montfort, Henri, Procida) – Scène VII Morceau d'ensemble « Coup terrible qui m'accable / Sort terrible qui m'accable / Dieu sauveur et secourable » (Hélène, Henri, Danieli, Montfort, Procida, Vaudemont, de Béthune, Siciliens, Français) – Scène VII (suite)
Acte IV Entr'acte, Récit et Air /Entr'acte, Récit et Romance (1863) Récit « C'est Guy de Montfort ! » (Henri) – Scène I Cantabile « Ô jour de peine et de souffrance ! » – Tempo di mezzo « On vient » – Cabalette «Autour de moi tout m'abandonne » (Henri) – Scène I (suite) / Romance « Ô toi que j'ai chérie » (1863) Duo Récit « De courroux et d'effroi » (Hélène) – Scène II Tempo d'attacco « Écoute un instant ma prière ! » (Hélène, Henri) – Scène II (suite) Cantabile « Ami ! le cœur d'Hélène » (Hélène, Henri) – Scène II (suite) Cabalette « Pour moi rayonne » (Henri, Hélène) - Scène II Récit et Scène Récit « Par une main amie » (Procida, Hélène, De Béthune, Montfort, Henri) – Scènes III-IV-V Quatuor « Adieu, mon pays, je succombe » (Procida, Montfort, Hélène, Henri) – Scène V (suite) Final Final « De profundis ad te clamavi » (Chœur, Hélène, Henri, Montfort, Procida) – Scène V (suite) Ensemble « Ô surprise! ô mystère ! » (Hélène, Henri, Montfort, Procida, Siciliens, Français) – Scène V (suite)
Acte V Entr'acte et Chœur « Célébrons ensemble l'hymen glorieux » (Chevaliers, Jeunes filles) – Scène I Sicilienne et Chœur « Merci, jeunes amies » (Hélène) – Scène II Mélodie « La brise souffle au loin » (Henri, Hélène) – Scène II (suite) Scène et Trio, Scène et Chœur final Récit « À ton dévouement généreux » (Procida, Hélène) – Scène III Trio « Sort fatal » (Hélène, Henri, Procida) – Scène IV Scène « Ah ! venez compatir à ma douleur mortelle ! » (Henri, Montfort, Procida) – Scène V Chœur « Oui, vengeance ! vengeance ! » (Chœur, Henri, Montfort, Hélène, Procida) – Scène V (suite)
Réception vignette|Le décor pour l'acte 5 de la version italienne des Vêpres siciliennes. Projet de Filippo Peroni, entre 1855 et 1878, dates qui correspondent à la première de l'opéra et au décès de l'artiste.
La création à l'Opéra à Paris connaît un grand succès, attirant de riches Piémontais et Lombards à Paris. Berlioz, entre autres, évoque . L’œuvre est représentée soixante-deux fois.
Elle est également jouée en 1856 à Lyon, Barcelone, Madrid, en Hongrie, en Belgique, au Portugal, en Allemagne, en Autriche, en Russie, en Angleterre, à Buenos-Aires... sous le titre de I Vespri siciliani.