vignette|Drapeau de l'Union britannique des fascistes. La British Union of Fascists (BUF, en français Union britannique des fascistes) était un parti politique britannique d'inspiration fasciste fondé en 1932 par Sir Oswald Mosley et interdit en 1940.
Fondé le à la suite d'une entrevue entre Oswald Mosley et Benito Mussolini, le parti se développe rapidement en se structurant autour d'un siège, d'un organe de presse et d'un service d'ordre militarisé (les Black Shirts, ou « Chemises noires »). En 1934, le mouvement compte et une centaine de milliers de sympathisants, et atteint son apogée en 1939, lors du meeting d'Earl Court. Malgré des résultats non négligeables aux élections municipales de Londres de 1937, le parti devient impopulaire à la fin des années 1930, avant d'être définitivement interdit en 1940.
Histoire La genèse du parti Un contexte favorable à la montée de l'extrême droite La fin de la Grande Guerre est marquée par une période de misère et de chômage, qui favorise le développement des idéologies autoritaires (communisme, fascisme…). C'est ce que Eric Hobsbawm a appelé « l’ère des idéologies », de la Grande Guerre à la chute du mur de Berlin.
Le Royaume-Uni n'est pas épargné, et au sortir de la guerre, la misère ouvrière est grande. Même si le taux de chômage est moins élevé qu'en Allemagne ou en Italie, et que la grève générale de 1926 ne prend pas l’ampleur de celles du continent, comme celles de 1920-1922 en Italie, les difficultés économiques tendent néanmoins à discréditer les deux partis majoritaires, en montrant l’échec des conservateurs comme des travaillistes. Cela permet à de nouvelles idéologies, notamment le fascisme, d'apparaître comme une alternative efficace. L'idéologie fasciste voit ainsi son audience augmenter, d'autant plus que la Grande Dépression de 1929 se traduit par l’augmentation de la pauvreté et des mouvements de protestation ouvriers. .
C'est portée par ce contexte agité, marqué par les difficultés économiques, que la British Union of Fascists est créée en 1932. Ainsi, lorsque Oswald Mosley, son fondateur, rédige en le « Manifeste Mosley », ou Politique nationale face à l'urgence nationale, le Royaume-Uni compte déjà de chômeurs. D'ailleurs, pour certains historiens N. Branson et M. Heinemann, Britain in the Nineteen Thirties, 1971, cité dans ., lors de la création du parti à l’automne 1932, les éléments qui permettent à Hitler d’arriver au pouvoir sont également réunis au Royaume-Uni : un chômage important, une période de dépression, une classe moyenne en difficulté à la recherche d'un « sauveur ». La création de la BUF est aussi une réponse à l'implantation du communisme en URSS et à son expansion en Europe et au sein de certaines élites politiques.
Le rôle de Mosley Au cœur du mouvement fasciste britannique se trouve Sir Oswald Ernald Mosley, issu de l’aristocratie anglaise. Par son appartenance sociale, Mosley apparaît déjà comme un leader fasciste original. En effet, peu de leaders fascistes provenaient des classes supérieures. Mussolini et Hitler avaient, par exemple, des origines plus modestes. Pour les historiens, ses origines seraient un des facteurs explicatifs de son orientation vers le fascisme. Mosley est en effet le descendant d’une famille de riches propriétaires terriens, qui décline à partir du , et dans laquelle la tradition féodale, l'ordre et l'obéissance sont très importants.
Il développe d'ailleurs très tôt une forte admiration pour l’armée, cette « grande famille » du régiment où chacun « veillerait sur lui en toute circonstance ». Élève au sein de l'école militaire de Sandhurst, il est mobilisé dès le début de la guerre. De la même manière, Hitler et Mussolini sont mobilisés lors de la Grande Guerre.. Affecté à un régiment de cavalerie prestigieux, il rejoint le front et est traumatisé par la première bataille d’Ypres (1915), où les Allemands utilisent pour la première fois des gaz de combat (du chlore contenus dans des cylindres, l'ypérite n'étant utilisé qu'à partir de 1917). Il rentre en Angleterre en 1916, à la suite de plusieurs blessures. La guerre provoque chez Mosley une véritable fascination pour l'Allemagne et ses soldats, « leur ordre, leur dignité et leur motivation ». Tout au long de sa carrière politique, Mosley entretient d'ailleurs des liens étroits avec les Allemands, de même que son épouse, Diana, qui fréquente alors de hauts dirigeants allemands, dont Hitler.
Après la guerre, Mosley entre en politique, en obtenant notamment un poste au sein du ministère des Affaires étrangères. Il acquiert rapidement une image de séducteur et fréquente la haute société britannique, ce qui lui permet d'accélérer sa carrière politique. Reconnu comme un brillant orateur, il pouvait « écorcher vif tout rival inadéquat lors des débats ».
En 1918, il entre au Parlement comme député de Harrow aux côtés des Unionistes, mais il soutient aussi la coalition du libéral Lloyd George. Il se distingue déjà au sein de son parti en souhaitant représenter davantage les anciens combattants, et en développant un programme important en faveur des classes ouvrières, composé notamment de mesures protectionnistes (hausse des salaires, réduction du temps de travail, plein emploi, destruction des taudis…) et d'une interdiction de l'immigration des « étrangers indésirables ». Il entre finalement en opposition directe avec le gouvernement de Lloyd George à partir de 1919, notamment en raison de la question irlandaise : le comportement brutal des troupes britanniques (viols, torture, meurtres, corruption…) à l'égard des populations irlandaises entre en contradiction avec ses valeurs aristocratiques et militaires, et choque éminemment Mosley. Il quitte donc le parti conservateur au début des années 1920.
Mosley rejoint alors le parti travailliste en . En 1930, il réalise un mémorandum, mais ses idées sont rejetées en , perçues comme trop proches de la dictature. En , il rédige le « Manifeste Mosley » (ou « Politique nationale face à l'urgence nationale »), qui l’amène à créer en le New Party. Il est alors exclu du parti travailliste pour « trahison flagrante ». Fondé avec des socialistes en désaccord avec le gouvernement MacDonald (gouvernement de coalition entre conservateurs et libéraux élu en 1931), le New Party se présente comme une alternative au communisme. Mais il subit un échec cuisant, illustré par la lourde défaite aux élections en automne 1931. Dès 1932, Mosley se tourne alors vers une nouvelle forme politique originale : le fascisme.
La British Union of Fascists est créée cette même année. Le voyage de Mosley en Italie et sa rencontre avec Mussolini ont très probablement influencé sa décision, puisqu’il la fonde à son retour. D'ailleurs, la BUF ressemble beaucoup plus au modèle italien qu'allemand. Ainsi, en 1932, BUF et PNF ne considèrent pas l’antisémitisme comme un point essentiel de leur doctrine. Enthousiasmé par le succès du fascisme en Italie, où il a notamment visité des usines modèles, des routes reconstruites, Mosley voit le fascisme comme le moyen de mettre en place son programme de lutte contre la crise économique et la pauvreté au Royaume-Uni.
L'organisation du parti Textes fondateurs et idéologie Oswald Mosley théorise la ligne du parti dans deux textes fondateurs : le Mosley Manifest de 1931, et un livre, The Greater Britain, publié en 1932.
Le Mosley Manifest, rédigé avant même la création de la BUF, est surtout constitué des mesures que Mosley souhaiterait voir appliquer par le gouvernement travailliste en place. Il y préconise ainsi la formation d'un « super-gouvernement » composé de cinq ministres ne disposant d'aucun portefeuille, mais détenant les pleins pouvoirs. Grâce à ce pouvoir accru, les gouvernants pourraient ainsi s'attaquer à la crise économique en véritable « dictateurs ».
The Greater Britain a quant à lui été publié peu après la création du parti, en 1932. Son contenu constitue donc plus une véritable théorisation de la ligne du parti. Parmi les idées majeures qui y sont développées on y trouve notamment : l'autarcie impériale : le Royaume-Uni, avec le soutien des colonies constituant son Empire, doit être en mesure de subvenir à ses besoins ; cette situation d'indépendance devrait notamment limiter à l'avenir les risques de crise économique, comme celle observée en 1929 ; la priorité donnée aux investissements nationaux, afin que l'effort des citoyens britanniques frappés par la crise soit reconnu à sa juste valeur ; le remplacement des élites politiques, qualifiées de « old gang », incapables de résoudre la crise, par un État corporatiste et autoritaire.
À ces thèmes spécifiquement économiques viennent par la suite s'ajouter l'anticommunisme et le racisme antisémite.
Composition du parti Dès 1930, Mosley commence à rassembler des membres de la classe politique et des élites économiques. La BUF séduit ainsi des députés insatisfaits, par exemple Bob Boothby et Harold Macmillan, tous deux Conservateurs, Lord Beaverbrook, ou encore Lord Rothermere. Ce dernier, propriétaire du Daily Mail, y publie d'ailleurs en un article très favorable à la BUF, « Hurrah to Black Shirts ! ». Le « Manifeste Mosley » est par ailleurs signé par dix-sept députés travaillistes, dont cinq quittent le parti travailliste en (par exemple Oliver Baldwin, fils du leader conservateur). Mosley obtient également le soutien de banquiers londoniens et de financiers, par exemple Sir William Morris, constructeur automobile, qui fait à la BUF un don de .
Comme la majorité des partis fascistes, la BUF est surtout constituée de membres de la petite bourgeoisie, de jeunes, d'ouvriers souvent au chômage, mais également de beaucoup de marginaux, « sous-prolétaires » de l'East End londonien, en quête d'un peu d'argent et de violence « légale ». L'audience de la BUF ne dépasse pas les limites de la capitale et ne compte que peu d'adhérents dans les zones pauvres du nord du pays.
Pour beaucoup, rejoindre la BUF est une façon de s'opposer à la politique de Stanley Baldwin (Premier ministre conservateur de 1935 à 1937), accusé d'être trop indulgent avec les partis de gauche, et surtout avec les communistes.
La BUF reçoit également des soutiens financiers de l’étranger : Mussolini lui aurait notamment versé livres.
Trois anciennes suffragettes de la Women's Social and Political Union ont rejoint le parti (Mary Sophia Allen, Norah Elam et Mary Richardson), présence féminine au premier abord étonnante, dont l'historienne Julie Gottlieb a tiré le livre Feminine Fascism, Women in Britain’s Fascist Movement (2000)Myriam Boussahba-Bravard, « Les suffragettes de l’époque édouardienne et l’idéologie d’extrême droite dans l’entre-deux-guerres », in Philippe Vervaecke, À droite de la droite : Droites radicales en France et en Grande-Bretagne au siècle, Presses universitaires du Septentrion, 2012..
Structure et activités du parti