Le Grand Prix d'Allemagne 1957 (), disputé sur le Nürburgring le , est la soixante-deuxième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la sixième manche du championnat 1957. La course est également ouverte aux monoplaces de Formule 2, qui bénéficient d'un classement séparé.

Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde thumb|250 px|alt=Vanwall|Victorieuse à Aintree, la Vanwall a mis fin à la domination exercée par Maserati depuis le début de la saison. Couru depuis 1954 sous la réglementation Formule 1 2,5 litres (moteur atmosphérique ou suralimenté, carburant libre, le championnat du monde des conducteurs est cette saison encore dominé par Juan Manuel Fangio, déjà titré à quatre reprises, qui s'est imposé en Argentine, à Monaco et en France au volant de sa Maserati. Le pilote argentin a toutefois marqué le pas au Grand Prix de Grande-Bretagne, où Stirling Moss a donné à Vanwall sa première victoire internationale. Néanmoins, avec encore douze points d'avance sur le pilote de la Scuderia Ferrari Luigi Musso, Fangio pourrait en cas de succès au Nürburgring s'assurer, quelle que soit l'issue des deux dernières manches, une cinquième couronne, si son adversaire ne dépassait pas la quatrième place. Bien qu'également inscrite au calendrier mondial, l'épreuve des 500 miles d'Indianapolis, courue en mai sous la formule USAC, est l'apanage des spécialistes américains de la discipline et n'a aucun impact sur l'attribution du titre de champion du monde.

Le circuit

C'est à l'initiative du Docteur Creutz, alors conseiller du Land d'Adenau et président de la section locale de l'ADAC, que l'on doit la réalisation du Nürburgring, au cœur du massif de l'Eifel. Après approbation du projet en , les travaux débutèrent deux mois plus tard pour s'achever au printemps 1927. Pendant ces deux années, deux mille cinq cents ouvriers participèrent à la construction d'un des plus grandioses circuits au monde. Inauguré officiellement le , le circuit comprend deux tracés principaux, la boucle sud () et la boucle nord (). Cette dernière est la plus couramment utilisée pour les grandes épreuves internationales. Son parcours très accidenté, comportant près de 180 virages (la plupart aveugles), a la réputation d'être le plus difficile et le plus technique de la saison. En 1956, Juan Manuel Fangio s'était approprié le meilleur tour à la moyenne de 141,19 km/h au volant de sa Ferrari, un record qui devrait être nettement amélioré après le récent resurfaçage de la majeure partie de la piste.

Monoplaces en lice Formule 1 Ferrari 801 "Usine" Bien que dérivée de la compacte Lancia D50 de 1954, la Ferrari 801 est devenue au fil des évolutions apportées par la Scuderia Ferrari la monoplace la plus lourde du plateau, l'abandon des réservoirs latéraux ayant entraîné un élargissement du châssis, avec usage de tubes renforcés, portant le poids à 650 kg. Le moteur V8 semi-porteur, alimenté par quatre carburateurs Solex, développe environ 280 chevaux à 8500 tr/min. La vitesse de pointe frôle les 290 km/h. L'équipe aligne trois de ces modèles, confiés à Luigi Musso, Peter Collins et Mike Hawthorn, la quatrième voiture, dévolue à Maurice Trintignant, n'ayant pu être préparée à temps pour l'épreuve.

Maserati 250F "Usine" thumb|200 px|left|alt=Maserati 250F|La Maserati 250F 'Lightweight' de Fangio. Juan Manuel Fangio, Jean Behra et Harry Schell disposent des trois 250F 'Lightweight', versions allégées à empattement long apparues en début de saison. Ces voitures de 620 kg sont équipées d'un moteur six cylindres en ligne alimenté par trois carburateurs Weber développant 270 chevaux à 8000 tr/min. Mécontent de son statut de quatrième pilote, l'Argentin Carlos Menditéguy, engagé sur un modèle 1956, a déclaré forfait. Giorgio Scarlatti dispose quant à lui d'une des premières 250F construites, mais bénéficiant des évolutions apportées en 1956. Bien que courant sur sa monoplace personnelle, le pilote espagnol Francisco Godia fait également partie de l'équipe officielle. De son côté, la Scuderia Centro Sud a engagé deux voitures pour Hans Herrmann et Masten Gregory, tandis que les Britanniques Bruce Halford et Horace Gould courent à titre privé.

Vanwall VW "Usine" Après sa retentissante victoire à Aintree, la première d'un constructeur britannique en championnat du monde, Tony Vandervell a reconduit la même équipe en Allemagne, Tony Brooks et Stuart Lewis-Evans épaulant Stirling Moss, premier pilote. Les trois châssis sont ceux déjà utilisés en Grande-Bretagne, à peine modifiés. Ces voitures ultra modernes ne pèsent que 580 kg, et grâce à leur carrosserie très profilée associée à un moteur quatre cylindres à injection de 285 chevaux atteignent une vitesse de pointe de 300 km/h. Autre atout face à leurs rivales italiennes, elles bénéficient d'un freinage très endurant grâce à leurs quatre disques Dunlop.

BRM P25 "Usine" Si le constructeur de Bourne bénéficie des services de Behra (vainqueur du Grand Prix de Caen cette saison) et de Schell pour les courses hors-championnat, l'équipe ne dispose que d'un seul pilote de premier plan pour les épreuves mondiales. Sur ce tracé difficile et dangereux, les dirigeants n'ont pas pris le risque de faire appel à des seconds couteaux et n'ont engagé qu'une seule voiture pour Ron Flockhart. Ce dernier n'est malheureusement pas entièrement rétabli de sa sortie de route survenue à Rouen quatre semaines auparavant, et l'équipe britannique doit renoncer à faire courir sa légère (550 kg) et rapide P25 animée par un moteur quatre cylindres développant plus de 270 chevaux.

Formule 2 Cooper T43 "Usine" thumb|right|alt=Cooper T43|Une Cooper-Climax T43, à moteur central arrière, lors d'une course historique. Depuis le début de l'année, les petites Cooper dominent les épreuves de Formule 2, catégorie tout récemment réapparue, réservée aux monoplaces de . Pesant 350 kg, et équipées d'un moteur quatre cylindres Coventry Climax en position centrale arrière, ces voitures disposent d'une puissance de 140 chevaux à 7000 tr/min et sont capables d'atteindre 240 km/h. Roy Salvadori dispose d'une T43 engagée par l'usine. En association avec l'usine, Rob Walker engage une voiture identique pour Jack Brabham. Trois T43 privées sont également présentes aux mains de Tony Marsh, Brian Naylor et Dick Gibson, tandis que l'Australien Paul England pilote une T41 de l'année passée.

Porsche 550 "Usine" Porsche, spécialiste de la catégorie sport, a inscrit deux modèles 550 RS (des biplaces auxquelles on a adapté un poste de pilotage central) dans la catégorie F2. Elles sont confiées aux pilotes officiels de la marque Umberto Maglioli et Edgar Barth. Face aux petites monoplaces britanniques, elles sont handicapées par leur poids (530 kg), leur carrosserie profilée leur permettant cependant d'atteindre la même vitesse de pointe avec les 140 chevaux fournis par leur moteur à quatre cylindres à plats, refroidi par air, que leur excellente boîte de vitesses à cinq rapports permet d'exploiter au mieux. Engagé à titre privé, le pilote amateur néerlandais Carel Godin de Beaufort pilote sa Porsche 718 RSK personnelle.

Ferrari Dino 156 "Usine" La Scuderia Ferrari avait également engagé sa nouvelle monoplace de formule 2 (moteur V6 placé à l'avant, environ 180 chevaux) pour Maurice Trintignant, mais cette voiture, tout comme sa 801 de F1, n'a pu être apprêtée à temps pour la course, le pilote français se retrouvant à pied !

Lotus 12 Le pilote Dennis Taylor avait prévu d'aligner en Allemagne sa Lotus 12 personnelle. Cette monoplace de moins de 350 kg, équipée de freins à disques et de jantes en magnésium, utilisant le même moteur Climax que les Cooper mais en position avant, aurait pu se montrer compétitive sur le 'Ring', mais le Britannique a finalement annulé son engagement.

Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle N° châssis Moteur Pneumatiques 1 Juan Manuel Fangio Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2529 Maserati L6 2 Jean Behra Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2528 Maserati L6 3 Harry Schell Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2527 Maserati L6 4 Giorgio Scarlatti Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2501 Maserati L6 5 Carlos Menditéguy Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2531 (ex 2526) Maserati L6 6 Luigi Musso Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 801 D50/0010 Ferrari V8 7 Peter Collins Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 801 D50/0008 Ferrari V8 8 Mike Hawthorn Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 801 D50/0009 Ferrari V8 9 Maurice Trintignant Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 801 D50/0006 Ferrari V8 10 Stirling Moss Vandervell Products Vanwall Vanwall VW VW5 Vanwall L4 11 Tony Brooks Vandervell Products Vanwall Vanwall VW VW1 Vanwall L4 12 Stuart Lewis-Evans Vandervell Products Vanwall Vanwall VW VW4 Vanwall L4 14 Ron Flockhart Owen Racing Organisation BRM BRM P25 254 BRM L4 15 Bruce Halford Privé Maserati Maserati 250F 2504 Maserati L6 16 Masten Gregory Scuderia Centro Sud Maserati Maserati 250F 2511 Maserati L6 17 Hans Herrmann Scuderia Centro Sud Maserati Maserati 250F 2522 Maserati L6 18 Francisco Godia Officine Alfieri Maserati Maserati Maserati 250F 2524 Maserati L6 19 Horace Gould Gould's Garage Maserati Maserati 250F 2514 Maserati L6 20 Umberto Maglioli Porsche KG Porsche Porsche 550 RS (F2) 550A/131 Porsche F4 21 Edgar Barth Porsche KG Porsche Porsche 550 RS (F2) 550A/120 Porsche F4 22 Maurice Trintignant Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 156 (F2) Ferrari V6 23 Roy Salvadori Cooper Car Company Cooper Cooper T43 (F2) F2-3-57 Coventry Climax L4 24 Jack Brabham Cooper Car Company / Rob Walker Cooper Cooper T43 (F2) F2-7-57 Coventry Climax L4 25 Tony Marsh Ridgeway Management Cooper Cooper T43 (F2) F2-11-57 Coventry Climax L4 26 Paul England Ridgeway Management Cooper Cooper T41 (F2) F2-2-56 Coventry Climax L4 27 Carel Godin de Beaufort Ecurie Maarsbergen Porsche Porsche 718 RSK (F2) 550A/125 Porsche F4 28 Brian Naylor Privé Cooper Cooper T43 (F2) F2-23-57 Coventry Climax L4 29 Dick Gibson Privé Cooper Cooper T43 (F2) F2-20-57 Coventry Climax L4 30 Dennis Taylor Privé Lotus Lotus 12 (F2) 355 Coventry Climax L4

Qualifications Les essais qualificatifs se déroulent les vendredi et samedi précédant la course. Les concurrents peuvent toutefois tourner librement dès le jeudi, ce qui va permettre à l'équipe Vanwall, dont c'est la première apparition sur le 'Ring', de dégrossir les réglages pour cette piste spécifique. Cependant, il ne faut que quelques tours à Tony Brooks et Stuart Lewis-Evans pour s'apercevoir que les monoplaces britanniques sont totalement inadaptées au circuit ; d'importantes vibrations se font sentir, les suspensions encaissent très mal les bosses et les pilotes ont d'énormes difficultés à maîtriser les réactions brutales de leurs voitures. Si les temps réalisés semblent acceptables (à environ deux secondes du record établi l'année précédente), les dégradations subies après seulement quelques tours sont extrêmement inquiétantes : les vibrations ont cassé les rétroviseurs, les carrosseries sont fissurées et les amortisseurs ont surchauffé ! D'importantes adaptations seraient nécessaires et les chances de succès de l'équipe de Tony Vandervell paraissent sérieusement compromises, faute de temps et de moyens sur place.

Séance du vendredi 2 août