Nikos SkalkottasL'essentiel des sources – livres, livrets de disques, autorités documentaires – écrivent Skalkottas avec deux « t » et non avec un seul comme en grec. Suivons cette tradition occidentale. Il se trouve cependant parfois des translittérations avec un seul « t ». (en ), né à Chalcis le et mort à Athènes le , est un compositeur et violoniste grec. Il a été membre de la seconde école de Vienne et a été influencé par la musique classique et la musique traditionnelle grecque.

Níkos Skalkóttas, disciple d'Arnold Schönberg, Kurt Weill et Philipp Jarnach, est resté à peu près inconnu du public jusqu'en 1949, cité seulement dans des dictionnaires et joué par quelques musiciens. Pourtant, le musicologue Harry Halbreich, dans son article consacré à la musique en Grèce de l'édition 1965 du Larousse de la musique, écrivait déjà que Skalkottas est , considérant que : , et parle des compositions de Skalkóttas comme . C'est aussi le jugement du musicologue britannique Hans Keller, qui considère que les compositeurs essentiels du sont Schoenberg, Stravinsky, Chostakovitch et Skalkóttas.

La musique de Skalkóttas est écrite dans des idiomes très variés : l'on trouve autant de pièces atonales libres que d'autres sérielles (principalement dans son propre système « multi-sériel » bien plus libre que celui de Schoenberg), ou encore certaines modales et enfin purement tonales. Étant mort très jeune, il est impossible d'imaginer dans quelle direction le compositeur se serait engagé dans les années 1960… Il a écrit pour pratiquement toutes les formations et tous les genres, à l'exception de l'opéra.

Biographie Enfance Nikos Skalkóttas vit le jour à Chalkis sur l'île d'Eubée. Son père, Alécos, était originaire de l'île de Tínos (Cyclades), sa mère, Ioanna, venait de Hostia, en Béotie ; elle chantait à son fils des chansons de son pays (qu'il utilisa plus tard dans ses compositions) et lui racontait des légendes locales. À l'âge de cinq ans, avec l'aide de son père, il se construisit lui-même un petit violon. C'est son oncle KostasKostas Skalkótas (1874-1932) lui aussi autodidacte, jouait de nombreux instruments, jouait et enseignait le violon. Voyez un texte de K. Demertzis sur les racines de la famille Skalkottas. qui commença la même année à lui enseigner le violon. En 1909 donne 1906., la famille s'installa à Athènes pour fournir à Nikos une meilleure éducation : il poursuivit plus tard, en 1914 – a dix ans –, ses études de violon avec Tony Schulze, au Conservatoire d'Athènes, dont il sortit diplômé en 1920.

Les années berlinoises (1921–1933) L'un des événements décisifs dans la vie de Skalkóttas fut sans conteste l'obtention en 1921 d'une bourse de la Fondation AveroffIl a obtenu cette bourse en jouant le Concerto pour violon de Beethoven (Kostis Demertzis, livret du disque Bis-CD-1204, . C'était le 27 septembre 1920 au Théâtre du « Roi Georges » de Thessalonique. qui lui permit de se rendre à Berlin (où il restera jusqu'en 1933), d'abord pour des études supérieures de violon auprès de Willy Hess, à l'Académie Musicale, cela à un moment crucial de son développement artistique et humain. C'est clairement pendant ces années que Skalkóttas aura accès à toute l'actualité internationale de la musique et des arts. Mais l'on sait peu de choses en fait de ce qu'était la vie de Skalkóttas dans ces années. Dès sa première année d'études, il rencontre celle qui devait devenir sa première compagne vers 1926, la violoniste ukrainienne Mathilde Temko originaire de Riga en Lettonie. Ils auront ensemble 2 filles dont seule la seconde, Artémis Lindal, survécut. Ils se séparèrent en 1931 et Mathilde s'installa avec sa fille à Stockholm. À Berlin, Skalkóttas partagea la première année un appartement à Lankwitz avec Dimitri Mitropoulos, et fréquenta le compositeur grec Yannis Constantinidis.

Après deux années d'études de violon à Berlin, il se décide à s'adonner entièrement à la composition. Skalkóttas aura aussi l'occasion de voyager en Europe, à Bruxelles au printemps 1925, en Autriche (Vienne et Salzbourg), et bien sûr à l'intérieur de l'Allemagne. Ses conditions de vie financières sont loin d'être toujours satisfaisantes, et il travaillera par exemple dans des cinémas pour l'accompagnement des films ou bien à des orchestrations pour le label Odeon. Mais il sera soutenu aussi par une famille fortunée, les Salomon. Dès 1925, après des études avec Paul Juon et quelques cours avec Kurt Weill (qui semblent se prolonger jusqu'en 1926), Il produit son premier chef-d'œuvre, la Sonate pour violon solo, avant d'étudier pendant deux ans auprès de Philipp Jarnach (lui-même disciple de Busoni). Jarnach dira plus tard de Skalkóttas qu'il était de caractère très fermé, mais il est visiblement impressionné par son élève. C'est seulement en 1927 que Skalkóttas amorce un tournant avec des études auprès de Schoenberg jusqu'en , avec cette fois le soutien d'une bourse de la Fondation Benakis. Schoenberg, lors d'une conversation avec la pianiste Marika Papaïoannou (élève d'Artur Schnabel), dira grand bien de son nouvel élève. Il mentionne lui-même en 1948, peu avant sa mort (ignorant complètement si Nikos Skalkóttas vivait ou s'il avait composé quoi que ce soit après 1933), que C'est durant ces années que quelques-unes de ses œuvres orchestrales seront jouées à Berlin ainsi que lors de ses passages à Athènes. Ce seront en fait pour lui les seules occasions d'entendre ou de diriger ses partitions orchestrales atonales ou sérielles. À partir de l'été 1931, sa situation semble se dégrader, avec la perte de la Bourse Benakis, sa séparation d'avec Mathilde, et surtout une mystérieuse rupture avec Schoenberg, dont le principal effet semble être l'arrêt presque total de ses activités de compositeur jusqu'en 1934-35. En , il retourne en Grèce : en mars, grâce à l'ambassade de Grèce., un retour dans la patrie qu'il n'imagine certainement pas définitif à ce moment-là, mais ses tentatives ultérieures pour voyager se soldent visiblement par un échec.

Les années grecques (1933–1949) Son retour à Athènes s'opère sous le signe des retrouvailles avec la musique populaire : après plusieurs années de crise comme compositeur, certains travaux de transcriptions qui lui sont officiellement confiés par Melpo Merlier l'encouragent certainement dans la rédaction des fameuses 36 Danses Grecques, qui lui apporte un premier succès incontesté dans son pays (mais qui ne seront jouées dans la totalité qu'en 1988 à Rio de Janeiro sous la direction de Byron Fidetzis). En fait, seules de rares œuvres modales ou tonales seront jouées en Grèce jusqu'à la fin de sa vie, notamment deux ballets (La Belle et la Camarde dès 1940), des extraits de la Symphonie Classique en la majeur pour instruments à vent et une partition pour la radio et la scène. Aucune des autres œuvres ne sera jouée, toutes les tentatives avortant. C'est le cas du Concertino pour hautbois qui faillit bien être présenté puisque Skalkóttas rédigea une note pour le public. Ce texte est d'ailleurs instructif, puisque Skalkóttas y appelle le public au rire et à l'humour. Selon de nombreux témoignages il y a souvent deux images de Skalkóttas qui coexistent, celle d'un bel homme, volontiers facétieux et dynamique, et celle de l'homme isolé, (aussi bien par le rejet des autres que par son propre choix), secret et triste. Il semble que Skalkóttas soit victime en rentrant dans son pays d'un certain nombre de cabales et il doit pour survivre se retrancher dans un emploi de violoniste de rang dans les trois orchestres d'Athènes jusqu'à la fin de sa vie. Déçu, il s'isole complètement et refuse de parler sérieusement de musique à quiconque à quelques exceptions près, quand il est rassuré que son interlocuteur le comprend (selon J. G. Papaïoannou). Entre 1935 et 1944, il va produire l'essentiel de son œuvre, très abondante (l'année 1939-1940 étant la plus incroyablement faste, et culminant avec les 32 Pièces pour piano), abordant des genres très diversifiés. C'est en mai 1944 qu'a lieu l'épisode de son arrestation par les nazis pour avoir enfreint le couvre-feu : Skalkóttas a la chance de ne pas être abattu d'office comme c'était souvent le cas à ce moment, et il sera « juste » interné dans le camp de Khaïdari pendant plusieurs mois. C'est aussi pendant la guerre en 1943 que Skalkóttas rencontra la pianiste Maria Pangali. Ils se marièrent après la guerre, en 1946. Un premier fils, Alécos, naît en 1947. Durant les 3 dernières années de sa vie il réalise nombre d'orchestrations de partitions laissées en suspens. Il compose aussi dans ces années une quantité plus importante qu'avant-guerre d'œuvres tonales, dont certaines seront jouées devant lui.

Dans la nuit du 18 au , Skalkóttas meurt d'une hernie strangulaire, deux jours avant la naissance de son second filsNikolaos Skalkota (né le 21 septembre 1949) est devenu un grand maître d'échecs.. À sa mort brutale, ce , Skalkóttas est pratiquement inconnu, ni publié, ni enregistré, ni jouéDans une émouvante conclusion à une lettre à Mitropoulos en 1945, Schoenberg pose la question : Reproduction de la lettre sur schoenberg.at.. Ses succès passagers de Berlin sont pratiquement oubliés. Il aura fallu plus de cinquante années pour que ses œuvres soient toutes jouées au moins une fois, et l’opiniâtreté d'un éditeur suédois indépendant pour enregistrer la quasi intégrale de ses œuvres. La musique de Skalkóttas reflète complètement ses racines culturelles dans tous ses aspects. Le musicologue suisse Luca Sabbatini écrivait très judicieusement en 1999 que

(D'après un texte de Christophe Sirodeau, 1999 ; avec l'autorisation de l'auteur et de l'Association Internationale Feinberg-Skalkóttas), 2008.

thumb|alt=Photographie de la plaque mémoriale où a vécu Skalkóttas à Berlin|La plaque mémoriale de porcelaine au Nürnberger Straße 19, à Berlin-Charlottenburg où a vécu Skalkóttas de 1929 à 1933. Sont citées deux œuvres : le Retour d'Ulysse et les Danses grecques.

Renommée posthume En 1961 fonde la Société des amis de Skalkóttas qui au cours des années 1960 développera l'exposition des œuvres lors de concerts de musique contemporaine. Dès 1965 débute sous son hospice la publication de 35 pièces chez Universal Edition. En 1969 le catalogue des œuvres paraît et un festival commémoratif pour le vingtième anniversaire du décès du musicien permet d'y entendre dix-neuf œuvresKaty Romanou (2009), ..

D'autres festivals, comme celui de la « Biennale de Venise » ou de Hambourg, sont l'occasion de saluer internationalement la « découverte » de Skalkotta et de considérer ce compositeur comme un événement musical d'une grande importance, le plaçant parmi les « plus grandes figures musicales de notre temps ». S'ensuivront nombre de commentaires, d'études approfondies, d'articles et de livresDès le milieu des années 1950 : W. Busch, Un Mozart de notre époque (Musica, 1956) ; R. Forte, la Grèce a produit le premier compositeur de la série (Il Mattino, Naples, 1959) ; Hans Keller, Un génie à mon avis (Radio Times, 1963) ; H. H. Stuckenschmidt, Un génie volcanique (Frankfurter Allgemeine, 1969)... Source : http://www.musipedia.gr/ déjà citée..

En 1988, un documentaire de 60 minutes sur sa vie et l'œuvre a été filmé grâce au soutien du ministère de la Culture grec et des autorités locales de l'île d'Eubée, où est né Skalkóttas.

Bien que le centenaire de la naissance du compositeur () n'ait laissé aucun souvenir marquant, au cours des dernières années (de 1998 à 2008), le label suédois BIS a enregistré et créé nombre d'œuvres au disque étalées sur 17 volumes.

Le musicologue Hans Keller soutient que les principaux compositeurs du sont Schoenberg, Stravinsky, Chostakovitch et SkalkóttasEn grec cela donne les « quatre Σ » : ..

Le chef d'orchestre Walter Goehr nous alerte aussi sur la grandeur du musicien : Walter Goehr, Kathimerini, novembre 1952.

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