vignette|300px|Vue d’Athènes depuis l’Acropole (au fond le mont Lycabette). L’histoire d’Athènes offre un vaste champ d'investigation aux spécialistes, vu le très grand nombre de documents, de monuments et d'artefacts arrivés à leur connaissance.
Athènes a été habitée sans interruption pendant au moins . Au , elle est devenue une des principales villes de la Grèce antique et ses accomplissements culturels durant le ont créé les bases de la civilisation européenne.
Pendant l'Antiquité tardive, la ville déclina avant de se rétablir sous l'Empire byzantin. Athènes a également tiré bénéfice du commerce italien après les croisades. Après une longue période de déclin sous l'Empire ottoman, Athènes a de nouveau émergé au comme capitale de l'État grec moderne et un grec sur cinq vit dans l'agglomération athénienne au début du .
Étymologie, origines et géographie La formation du toponyme viendrait de la racine indo-européenne ath- signifiant probablement « tête » ou « sommet », puisque la forteresse de l’Acropole située au sommet de la colline du même nom, constituerait le « noyau fondateur » de la ville. Ce qui expliquerait d'ailleurs l’origine de la légende mythologique portant sur la naissance d'Athéna selon laquelle la déesse, devenue protectrice de la cité, serait sortie « armée » de la tête de Zeus. D’après Thucydide, le nom d’Athènes serait issu du pluriel grec , car la ville aurait pour origine un groupement de villages qui fusionnèrent en une grande cité.
En grec ancien, la cité s’appelait donc et c’est sous ce nom qu’elle est devenue la capitale de l’État grec moderne. Cependant, depuis l’abandon de la katharévousa, dans les , la forme moderne / est devenue le nom officiel de la ville au .
Elle est située dans une petite vallée fertile, entourée de rivières à environ du golfe Saronique, au centre des plaines céphisiennes. À l'est, on trouve le mont Hymette et au nord le mont Pentélique. Dans l’antiquité, le Céphise aujourd’hui couvert (et le plus souvent à sec) coulait à ciel ouvert dans l'enceinte de la ville.
L’Athènes antique était très petite comparée à la métropole moderne : elle occupait, intra-muros, un espace de d’est en ouest et un peu moins du nord au sud. L’Acropole, par rapport au centre de la ville, se situait au sud, et l’Agora à au nord de celui-ci, dans ce qui est aujourd’hui le quartier Monastiráki. La colline de la Pnyx, où se réunissait l’Ecclesia, assemblée des citoyens athéniens, était à l’ouest. À son apogée, la ville comptait aussi des « banlieues » extra-muros allant, au nord, jusqu’à l’actuelle place de la Concorde (Omonia).
Préhistoire Des traces d’occupation humaine sont attestées dès le Néolithique sur le site de l’Acropole (voir Pélasges), sous la forme d’un fortin. Mais ce n’est qu’après les invasions ioniennes que l’Attique est organisée en cités, parmi lesquelles Cécropia, la future Athènes.
L'Acropole d'Athènes abritait peut-être un palais mycénien..
Vers 1400 av. J.-C, elle devient un centre important de la civilisation mycénienne
Antiquité Naissance d'une cité Au contraire des autres villes mycéniennes (dont Mycènes et Pylos), elle n’est ni pillée, ni abandonnée lors de l’hypothétique invasion dorienne de 1200 avant notre ère, qui inaugure les « siècles obscurs ». Les Athéniens disaient être des Ioniens « purs » et maintenaient qu’ils ne s’étaient pas mélangés aux Doriens. Toutefois, Athènes perd l’importance qu’elle avait à l’époque mycénienne et sombre alors quelque peu dans l’oubli, redevenant une petite place fortifiée. Il est probable que le palais royal situé sur l'Acropole ait survécu aux vagues de destructions qui ont secoué la Grèce à cette époque.
À l'origine, Athènes, comme toutes les cités grecques, est une monarchie gouvernée par un roi. Elle est la plus importante cité de l'Attique.
Durant la première phase de colonisation grecque ( av. J.-C.), Athènes fonde plusieurs colonies en Asie Mineure, comme Milet, Éphèse, Colophon ou Phocée, dans une région alors appelée Ionie. Ces colonies forment des cités indépendantes. À partir du , l'Ionie forme l'un des plus brillants foyers de la civilisation grecque : c'est par exemple dans cette région que naquit la philosophie vers 600 av. J.-C.
Athènes est l'un des principaux centres culturels de la Grèce antique durant la seconde moitié des siècles obscurs ( av. J.-C.). Au elle redevient un important centre du monde grec à cause de son emplacement central, de son fort sur l’Acropole et l’accès à la mer, un avantage sur ses rivales, les cités de Thèbes et de Sparte dans le Péloponnèse. Tôt dans le elle devient une ville-État souveraine, gouvernée d’abord par des rois d'Athènes. Ceux-ci étaient à la tête des Eupatridæ (« Eupatrides », les « bien nés »), dont le gouvernement se composait d’un conseil qui se réunissait sur la colline d’Arès, l’Aréopage. Ce conseil élisait les représentants de la ville, les archontes et polémarques.
Avant l’adoption de l’État politique, quatre tribus (similaires aux gentes de la Rome antique) dominaient la région. Ceux qui en faisaient partie avaient certains droits, privilèges et obligations Lewis H. Morgan, Ancient Society, Chicago, Charles H. Kerr & Company, 1907, pages 228-229. : rites religieux en commun ; site d'enterrement commun ; droit d'héritage ; obligations réciproques d'entraide, défense et réparation de dommages ; droit de mariage consanguin en cas de filles et héritières orphelines ; possession de propriété commune, avec un archonte et un trésorier ; limitation de la descendance aux hommes ; obligation de ne pas se marier dans la tribu, hors cas spécifiés ; droit d'adopter des étrangers aux tribus ; droit d'élire et de destituer leurs chefs.
C’est au cours du qu'Athènes unifie politiquement l'Attique sous sa coupe, à l'exception d'Éleusis. Ce processus appelé , dérivé de « avec, en communauté avec » et , « maison », soit « communauté de maisons », d'où « synœcisme », crée l’un des plus grands États et l'un des plus riches du continent grec. Cependant, un très grand nombre de personnes sont exclues de la vie politique par les nobles. Au , le mécontentement social se répand. L’Aréopage élit Dracon pour qu’il rédige un nouveau code juridiqueIl faut voir ici l'origine de l'adjectif draconien.. Éleusis est finalement absorbée par la cité d'Athènes au
Cette fédération en cité (polis) s'accompagne de l'invention d'un mythe civique, celui du héros légendaire Thésée, tueur de brigands et de monstres, présenté à partir du comme l'unificateur de l'Attique..
La monarchie est abolie au milieu du . Elle est remplacée par une oligarchie avec à sa tête les grandes familles de l'aristocratie foncière, c'est-à-dire les Eupatrides. Il n'y a plus de roi, mais un petit groupe d'individus formant une riche élite minoritaire et privilégiée à la tête de la cité-État.
Réforme et démocratie
Les lois de Dracon n'ayant pas suffi à ramener la paix intérieure, les Athéniens font appel à un nouveau réformateur : Solon, chargé de rédiger une nouvelle constitution, ce qui se fait en l’an -564. La réforme de Solon vise des problèmes politiques et économiques. Le pouvoir économique des Eupatrides est diminué par l'abolition de l'esclavage pour dettes et en ouvrant le commerce (créant une classe marchande prospère). Politiquement, Solon divise les Athéniens en quatre classes, fondées sur leur richesse et leur capacité de s'engager dans le service militaire. La classe la plus pauvre, et la plus nombreuse, le thète, a pour la première fois des droits politiques : voter dans l’ecclésia, mais seules les classes supérieures peuvent y siéger. L'Aréopage continue d'exister mais avec des pouvoirs plus limités.
Ce système pose les premières pierres de ce qui devient plus tard la démocratie athénienne, mais à court terme, il ne peut pas arrêter le conflit entre les classes. Ainsi, après vingt ans agités, le parti populaire, dirigé par Pisistrate (un cousin de Solon), est amené au pouvoir en -541. Pisistrate est souvent appelé tyran, mais le mot grec ancien tyrannos ne signifie pas « chef despote et cruel » mais désigne simplement un chef ayant pris le pouvoir par la force. En fait, chef très populaire, il fait d'Athènes un centre riche, puissant et culturellement important ; il permet aussi le début de la suprématie navale athénienne dans la mer Égée et ailleurs. Il garde la constitution de Solon mais s'assure que lui et sa famille gardent toutes les positions officielles.
Il meurt en -527 et ses fils Hippias et Hipparque lui succèdent. Ils s'avèrent être des chefs peu doués : en -514, Hipparque est assassiné après une dispute privée avec un jeune homme (voir Tyrannoctones). Ceci mène Hippias à instaurer une vraie dictature très impopulaire, écrasée en -510 avec l'aide militaire de Sparte. Un homme politique radical d'origine noble, Clisthène, prend alors le pouvoir et instaure la démocratie à Athènes.
Les réformes de Clisthène remplacent les quatre tribus par dix phylai, nommées en honneur des héros légendaires et non fondées sur les différences entre les classes : c'étaient, en fait, des électorats. Chaque phylè était divisée en trois trittyes, et chaque trittye en un ou plusieurs dèmes (selon le nombre d'habitants), qui deviennent la base du gouvernement local. Les phylai élisent cinquante membres à la Boulè, un conseil qui gouverne la ville au jour le jour. L'Assemblée était ouverte à tous les citoyens et faisait office de législature et le tribunal du peuple, composé d'héliastes, tirés au sorts tous les jours, servait de cour suprême sur demande individuelle devant l'assemblée (sauf dans le cas d'homicides et affaires religieuses, les seuls cas traités par l'Aréopage affaibli). La plupart des positions étaient remplies par le sort, mais les dix stratèges (généraux) étaient élus, ainsi que les principaux fonctionnaires financiers.
Dès lors, en grec ancien, le peuple fut désigné par quatre termes différents selon le sens politique : par le droit du sang antérieur aux réformes / désignait les « gens de même origine » et / désignait la « famille, clan, tribu » ; par le droit du sol apparu avec les réformes / désignait les « habitants, les citoyens du lieu » et / désignait le « peuple assemblé », la boulèGilles Ferréol (dir.), Dictionnaire de sociologie, Armand Colin, Paris 2010, ..
Ce système resta stable, avec peu d'interruptions, pendant plus de 200 ans, jusqu'à la domination spartiate, avant d'être modifié sous le gouvernement de Démade, partisan de Philippe II de Macédoine et d'Alexandre le GrandMogens Hansen, La Démocratie athénienne à l'époque de Démosthène : structure, principes et idéologie, traduction par Serge Bardet de The Athenian Democracy in the Age of Demosthenes: Structure, Principles, and Ideology, Les Belles Lettres, 1993..
L'Athènes classique
Vie culturelle
La période comprise entre la fin des guerres médiques et la conquête macédonienne marque le zénith d'Athènes en tant que centre culturel, artistique et philosophique. Plusieurs des plus importantes figures de l'histoire culturelle occidentale habitèrent Athènes pendant cette période : les dramaturges Eschyle, Aristophane, Euripide, Sophocle ; les philosophes Aristote, Platon et Socrate ; les historiens Hérodote, Thucydide, et Xénophon, le poète Simonide et le sculpteur Phidias. L'homme politique le plus important était Périclès, qui utilisa le tribut payé par les membres de la Ligue de Délos pour construire le Parthénon et d'autres monuments classiques d'Athènes. La ville devint, selon lui, « l'école de la Grèce ».
Économie