vignette|« L'Angleterre et l'Écosse avec Minerve et l'Amour », tableau allégorique de Pierre Paul Rubens représentant l'Union des Couronnes.
LUnion des Couronnes fait référence à l'accession en 1603 de Jacques VI Stuart, roi d'Écosse, au trône d'Angleterre et d'Irlande, sous le nom de Jacques , réunissant ainsi ces deux domaines sous un seul monarque, à la suite de la mort de sa cousine, Élisabeth , dernier monarque de la dynastie Tudor, décédée célibataire et sans enfant.
Cette expression elle-même, bien que généralement acceptée, est équivoque, car ce ne fut pas, à proprement parler, une union personnelle, ni une union dynastique, puisque les Couronnes demeuraient distinctes et séparées, malgré les efforts de Jacques Stuart pour créer un nouveau trône impérial de Grande-Bretagne. L'Angleterre et l'Écosse, bien que partageant le même monarque, demeurèrent des États indépendants, jusqu'à l'Acte d'Union de 1707, conclu durant le règne du dernier monarque de la maison Stuart, Anne de Grande-Bretagne, et créant le royaume de Grande-Bretagne.
vignette|Devise de Jacques VI et : il associe la rose Tudor d'Angleterre et le chardon d'Écosse.
Le Chardon et la Rose vignette|Marguerite Tudor. En , Jacques IV d'Écosse épousa Marguerite Tudor, fille aînée de Henri VII d'Angleterre, et l'esprit d'une nouvelle époque fut célébré par le poète William Dunbar dans Le Chardon et la roseWilliam Dunbar, The Complete Works. Online at the University of Rochester..
Ce mariage était la conséquence du traité de Paix perpétuelle, conclu l'année précédente, qui, en théorie du moins, mettait fin à des siècles de rivalité anglo-écossaise. À bien des égards, ce fut le plus important mariage politique de l'histoire des deux royaumes, car il unissait les Stuarts et la dynastie anglaise des Tudors. Bien qu'à l'époque, l'accession d'un prince écossais au trône anglais semblât très peu probable, il y avait cependant du côté anglais beaucoup de personnes inquiètes des implications dynastiques du mariage, certaines appartenant au Conseil privé. Pour repousser leurs craintes, Henry VII est réputé avoir dit :
…notre royaume ne subirait là aucun dommage, car dans ce cas l'Angleterre ne se fondrait pas dans l'Écosse, mais ce serait l'Écosse qui se fondrait dans l'Angleterre, à cause des plus nobles seigneurs de toute l'île… tout comme lorsque la Normandie vint au pouvoir des Anglais, nos ancêtres.
La paix ne fut pas perpétuelle : elle ne dura pas plus d'une dizaine d'années, brisée par un jeune roi et une ancienne alliance. En 1513, Henri VIII, roi d'Angleterre et d'Irlande, qui avait succédé à son père six ans plus tôt, partit en guerre contre la France, qui répliqua en invoquant les termes de la Auld Alliance, une vieille alliance militaire signée entre l'Écosse, la Norvège et la France. Jacques IV d'Écosse envahit en conséquence le Nord de l'Angleterre, pour se faire battre et tuer à la bataille de Flodden Field.
Pendant les décennies qui suivirent, les relations anglo-écossaises furent parfois mauvaises, et parfois pires. Au milieu du règne d'Henri VIII, les problèmes de la succession royale, qui semblaient si insignifiants en 1503, prirent de grandes proportions, quand la question de la fertilité des Tudors — ou plutôt de leur manque de fertilité — entra dans l'arène politique. La lignée de Marguerite Tudor fut explicitement écartée de la succession anglaise. Mais cette question, qui paraissait définitivement tranchée, refusait de se dissiper, surtout lorsque Élisabeth devint reine. Bien que la question de son mariage fût soulevée maintes et maintes fois, elle fut tout d'abord éludée, puis oubliée avec le temps. Pendant la dernière décennie du règne de la « reine vierge », il devint clair à tous que Jacques VI, roi d’Écosse, arrière-petit-fils de Jacques IV et de Marguerite Tudor, était le seul héritier acceptable. Pendant une grande partie de sa vie d'adulte, Jacques, maussade et impécunieux, rêva d'un trône méridional.
« Je suis la tête » vignette|Jacques I d'Angleterre. À partir de 1601, pendant les dernières années de la vie d'Élisabeth , certains hommes politiques anglais, notamment son principal ministre, Robert CecilJacques VI décrivait Sir Robert Cecil comme le . Croft, p. 48., entretenaient une correspondance secrète avec Jacques VI afin de préparer en douceur la succession. Cecil conseilla à Jacques VI de ne pas insister sur la question de la succession avec la reine, mais au contraire de la traiter simplement, avec gentillesse et respectCecil écrivit que Jacques . Willson, p. 154-155.. Cette approche se montra efficace. Élisabeth écrivit à Jacques : Willson, page 155.. En , comme la reine était manifestement en train de mourir, Cecil envoya à Jacques VI une ébauche de proclamation de son accession au trône d'Angleterre. Les forteresses stratégiques furent mises en alerte, et Londres placé sous surveillance. Élisabeth mourut aux premières heures du , et, dans les huit heures, Jacques VI fut proclamé roi à Londres. Cette nouvelle fut accueillie sans protestation, et sans troublesCroft, p. 49 ; Wilson, p. 158..
Le , Jacques quitta Édimbourg pour Londres, promettant d'y revenir tous les trois ans, une promesse qui ne fut jamais tenue, et il avança lentement, de ville en ville, de façon à arriver dans la capitale après les funérailles d'ÉlisabethCroft, p. 49.. Le long du parcours, les seigneurs locaux reçurent Jacques avec faste, et ses nouveaux sujets s'agglutinaient pour le voir, soulagés par-dessus tout que la succession n'eût pas déclenché de troubles ni d'invasionCroft, p. 50.. Lorsqu'il entra dans Londres, il fut assailli. Un observateur rapporta que la foule était si grande « qu'elle couvrait la beauté des champs, et que les gens étaient si avides d'apercevoir le roi qu'ils se blessaient les uns les autresSteward, p. 169.. Le couronnement anglais de Jacques VI d'Écosse, devenant Jacques I d'Angleterre, eut lieu le , et fut agrémenté d'allégories sophistiquées élaborées par des auteurs de théâtre, comme Thomas Dekker et Ben Jonson, bien que les festivités dussent être limitées à cause de l'apparition de la pesteStewart, p. 172.. Néanmoins, tout Londres était présent pour l'occasion : , écrit Dekker. Stewart, p. 173..
Quelles que fussent les craintes résiduelles que certains, en Angleterre, pouvaient éprouver à l'idée d'être régis par un Écossais, l'arrivée de Jacques éveilla de grandes espérances. Les dernières années d'Élisabeth avaient été décevantes, et, c'était un soulagement, pour une nation troublée depuis tant d'années par la question de la succession, que le nouveau roi fût un chef de famille qui avait déjà plusieurs héritiers mâles sous son aile. Mais son état de grâce fut de courte durée, et ses premières initiatives politiques furent pour beaucoup dans la création d'une tonalité négative qui transforma un heureux roi écossais en un décevant roi anglais. Sans doute la chose la plus importante et la plus prévisible fut la question de son statut et de son titre exact. Jacques avait l'intention d'être le roi de Grande-Bretagne et d'Irlande. Le premier obstacle sur cette route fut le Parlement anglais.
En , lors de son premier discours devant l'assemblée anglaise, Jacques donna une claire déclaration du manifeste royal :
Ce que Dieu a uni, aucun homme ne peut le séparer. Je suis l'époux et l'île entière est ma femme légitime. Je suis la tête, et elle est le corps. Je suis le berger, et elle est mon troupeau. Par conséquent, j'espère que personne ne pensera que moi, roi chrétien devant l'Évangile, je pourrais être polygame, un mari avec deux femmes ; que, moi la tête, je devrais avoir un corps divisé ou monstrueux, ou qu'étant le berger, je devrais avoir mon troupeau partagé en deux.
Le Parlement pouvait très bien avoir rejeté la polygamie ; mais le mariage, si mariage il y avait, entre les royaumes d'Angleterre et d'Écosse devait être au mieux morganatique. Les ambitions de Jacques furent accueillies avec très peu d'enthousiasme, puisqu'un par un les membres du Parlement se précipitèrent pour défendre les anciens nom et royaume d'Angleterre. Toutes sortes d'objections légales furent avancées : toutes les lois devraient être revues et tous les traités renégociés. Pour Jacques, dont l'expérience était limitée à la variété écossaise du Parlement, encadrée et semi-féodale, l'aplomb — et même l'obstination — de la version anglaise, qui avait une longue habitude de contrarier les monarques, fut un choc manifeste. Il décida d'esquiver le problème dans son ensemble en s'attribuant de façon unilatérale le titre de roi de Grande-Bretagne par une Proclamation concernant l'appellation de Sa Majesté le Roi le , annonçant qu'il s'arrogeait Proclamation styling James I King of Great Britain, .. Cela ne fit qu'aggraver le mécontentement. Même en Écosse, il n'y eut guère de réel enthousiasme pour ce projet, bien que les deux Parlements fussent finalement poussés à prendre en considération ce sujet. Certes, ils le considèrent pendant plusieurs années, mais jamais ils n'aboutirent à la conclusion désirée.
Le premier et le plus ancien Empire vignette|290px|Le premier blason de la Grande-Bretagne, utilisé dans le royaume d'Angleterre à partir de 1603. En Écosse, la fusion désirée par Jacques rencontra le même manque de zèle qu'en Angleterre, mais pour d'autres raisons. Quel que fût le plaisir de voir un roi écossais succéder à la couronne d'Angleterre, après le danger séculaire de voir un roi anglais saisir celle d'Écosse, il y eut très tôt des signes montrant que plusieurs personnes appréhendaient le risque que « le plus petit se trouvât à la remorque du plus grand », comme l'avait prédit Henri VII. Un exemple patent aux yeux des Écossais était le sort du royaume d'Irlande, un royaume de nom, mais en pratique, une nation sujette. John Russell, homme de loi et écrivain, enthousiaste des premières heures d'« une Union heureuse et sacrée entre les deux anciens royaumes d'Angleterre et d'Écosse », prévint alors Jacques :
Ne commençons pas par une comédie, pour finir par une tragédie ; être dans une union disparate, sans réelle égalité, et ainsi faire progresser un royaume pour gagner des honneurs, et négliger l'autre, y créant en même temps le vide et la désolation, cela ne conviendrait pas à l'honneur de Votre Majesté. Puisque Dieu a fait grandement avancer Votre Majesté, que l'Écosse, qui est votre premier et plus vieil Empire, demeure une part de votre grâce.
Ces craintes furent reprises par le Parlement d'Écosse, apprenant de son cousin anglais que la parole du roi ne constituait pas une loi après tout. Les membres du Parlement, de la même façon que ceux d'Angleterre, dirent au roi qu'ils étaient « confiants » que ses plans de fusion des royaumes ne porteraient pas préjudice aux anciennes lois et libertés de l'Écosse, car de tels torts signifieraient que .
Les peurs écossaises ne purent guère s'apaiser lorsque le roi, conscient maintenant de l'intensité de l'hostilité anglaise, tenta de rassurer ses nouveaux sujets en leur disant que la nouvelle union ressemblerait bien plus à celle qui existait entre l'Angleterre et le pays de Galles, et que, si l'Écosse refusait, . En , les deux Parlements, avec un manque évident d'enthousiasme, votèrent des lois nommant des commissaires chargés d'explorer la possibilité d'une « plus parfaite union ». On ne peut qu'avoir de la compassion pour ces hommes, dont les attributions étaient d'accomplir l'impossible — un nouvel État qui préserverait malgré tout les lois, les honneurs, les dignités, les charges et les libertés de chacun des deux royaumes. Jacques , d'une humeur plus modérée et plus sage, clôtura la session finale de son premier Parlement par un reproche à ses opposants de la Chambre des communes : .
Misérables Écossais et singes anglais