Le Sokol (« faucon »)Sokol est un mot tchèque signifiant « faucon », oiseau symbolisant la liberté et le courage dans les pays slaves à l'époque. C'est Emanuel Tonner (1829-1900) qui suggéra ce nom. est un mouvement gymnastique nationaliste tchèque fondé le par Miroslav Tyrš et Jindřich Fügner. Influencé par la Grèce antique et le Turnverein allemand, ce mouvement mêlant activités sportives et culturelles avec le patriotisme est indissociable de la renaissance nationale tchèque de la fin du et, plus généralement, de la montée du sentiment national et patriotique slave. Il est étroitement lié à la fondation de l'État tchécoslovaque et à ses destinées.

Focalisé à l'origine sur la pratique sportive, le Sokol se développe rapidement et étend ses activités au domaine culturel : bibliothèques, revues ou conférences. Les slety (rassemblements sportifs de masse) réunissant jusqu'à participants, les journaux ou les bibliothèques du Sokol jouèrent un rôle majeur pour forger et diffuser l'identité nationale tchèque sous l'Empire austro-hongrois. Le mouvement se répand dans tout le pays et essaime à travers le monde, particulièrement dans les pays slaves mais également en France, où le premier sokol voit le jour en 1892 à Paris, en Espagne et en Amérique du Nord, où le premier sokol est créé la même année à Chicago par la plus grande communauté tchèque des États-Unis. Il est à l'origine des falcons (les « faucons », en catalan) des Pays catalans qui comme le Sokol font des pyramides humaines et d'autres exercices gymnastiques"Els falcons, un seguici festiu penedesenc nascut a Praga", Xavier Güell i Cendra.

Selon l'Association tchèque des Sokols en 1912, le mouvement sokol est une « organisation nationale qui cultive la gymnastique (…) pour donner au peuple des fils sains et forts, unissant l'éducation physique à l'éducation morale, par une culture systématique de la beauté, de la morale et de la bravoure, pénétrée par l'esprit national et démocratiqueČeská Obec Sokolská, Les Sokols. L'histoire, la tâche et le but des gymnastes slaves Sokols, Prague, 1912, p.1. ».

vignette|Un groupe de membres du Sokol à Tábor.

Philosophie du Sokol Miroslav Tyrš, le fondateur du mouvement

vignette|gauche|redresse=0.8|Statue de Miroslav Tyrš réalisée par Ladislav Šaloun en 1926.

La philosophie du Sokol ne peut se comprendre qu'à travers le parcours de Miroslav Tyrš, son fondateurPour approfondir le sujet on peut se référer à cet article de Radio Prague. Il naît en 1834 et porte alors le nom de Friedrich Emanuel Tirsch. Il est orphelin à 7 ans. Pendant son enfance et ses études à l'Université Charles, il est marqué par le courant du nationalisme romantique : il a 16 ans en 1848 quand le Printemps des peuples embrase l'Europe et que les « barricades de la Pentecôte » s'élèvent en Bohême. Cependant, il ne s'engage pour la cause nationale tchèque qu'à partir des années 1860. C'est alors qu'il adopte la forme slave de son nom et abandonne sa culture germanique.

Il étudie la philosophie, discipline qu'il enseignera par la suite. Il se prend de passion pour les idéaux des grecs anciens. Se référant aux Grecs et à la maxime de Juvénal mens sana in corpore sano, il est convaincu que la santé et la beauté du corps sont inséparables de la beauté de l'esprit. Il considère que le développement de l'esprit ne peut se faire sans le développement du corps, à l'échelle de l'individu comme à l'échelle d'une nation. Pendant la préparation de son doctorat de philosophie, il travaille comme précepteur des enfants d'un industriel allemand dans le nord de la Bohême, près de Jáchymov. Il se familiarise avec l'éducation physique et la pédagogie. De cette rencontre entre patriotisme et sport naît le mouvement Sokol en 1862. Il le dirigera jusqu'à sa mort par noyade en 1884 dans des circonstances troubles.

Le mouvement Sokol vignette|gauche|Drapeau d'un Sokol polonais.

Conformément à l'inspiration de Tyrš, la philosophie du Sokol met en avant la pratique sportive en groupe, la promotion de valeurs morales et du nationalisme tchèque.

vignette|redresse=0.8|Membres d'un sokol en tenue de sport, aux alentours de 1900 (Photo :Šechtl and Voseček).

On y retrouve donc une discipline stricte et le choix d'un uniforme qui reprend les grands traits de l'uniforme garibaldien. L'artiste Josef Mánes le compose avec le pantalon et la veste cachou des paysans tchèques, la chemise rouge garibaldienne et la toque de soie piquée monténégrine. Le drapeau Sokol, rouge avec un faucon (sokol en tchèque) blanc, est dessiné par l'écrivain Karolina Světlá.

La pratique du sport en groupe est au centre des activités du Sokol : exercices de gymnastique chorégraphiés, escrime ou haltérophilie constituent ainsi le trait commun de toutes les unités locales.

Le mouvement met en avant des idéaux moraux qui sont entre autres : la discipline, la persévérance, l'amour de la patrie, l'honnêteté, la sincérité, la volonté, la sociabilité, l'intrépidité, l'ascétisme, le bénévolatLe de la fondation de l'association gymnique tchèque Sokol, Radio Prague, 20 février 2002. Le mouvement est laïc mais, exaltant la nation tchèque, il réunit de facto proportionnellement plus de hussites. Cela entraînera la création d'un mouvement concurrent par le clergé catholique de Bohême.

Le Sokol se veut indépendant de l'empire austro-hongrois. Il en est donc indépendant financièrement et, dans sa promotion de la nation tchèque, il est très proche du Parti des jeunes Tchèques qui professe des idées nationalistes. Une grande partie des fondateurs du Sokol en était directement membre : le prince Rudolf von Thurn-Taxis, l'écrivain Josef Barák, Julius et Eduard Grégr. Cependant, une grande partie de ces membres est rapidement remplacée à la tête du mouvement par d'autres, moins engagés. Le mouvement est proche par la suite du parti national social tchèque au tournant du siècle.

À la différence du mouvement scout qui voit le jour en 1907, le mouvement Sokol est ouvert à toutes les classes d'âge, même si cela se fera au cours d'une évolution lente. Il insiste sur la fraternité entre chacun des membres qui s'appellent entre eux frères et se saluent d'un Na zdar ! (« Ave ! Salut ! »), expression entrée désormais dans le langage courant tchèqueUn regard français sur les sokols par Daniel Essertier, in La Revue française de Prague, N° 17000079 (mars 1938), p. 136. Le mouvement est ouvert à toutes les classes sociales et ses principaux dirigeants sont issus de la petite bourgeoisie ou des classes moyennesThe Sokol in the Czech Lands to 1914: Training for the Nation, Claire E. Nolte, 2002.. C'est une organisation de masse qui aura jusqu'à adhérents en 1938, juste avant le protectorat de Bohême-Moravie et la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle l'organisation est interdite.

Influences et contexte historique Grèce antique vignette|redresse=0.8|Friedrich Ludwig Jahn.

Le mouvement sokol plonge ses racines dans l'intérêt de Tyrš pour l'éducation physique en Grèce antique. Il est convaincu que c'est l'éducation à la palestre de tout un peuple qui a assuré à la Grèce sa victoire sur les PersesLes idées de Miroslav Tyrš, Monique Malfitano, in La Revue française de Prague, N° 50000025 (mai 1926), p. 46. À sa manière, le mouvement Sokol veut promouvoir l'idéal du kalos kagathos grec, l'homme de nature vertueuse et au corps d'athlète, dans une optique patriotique et nationaliste, les Habsbourg remplaçant les Perses.

Le allemand L'influence historique de la culture allemande sur la culture tchèque est cependant indéniable et le Sokol s'inspire du , mouvement sportif fondé en 1811 par Friedrich Ludwig Jahn. Cet enseignant prussien mettait lui aussi l'accent sur la cohésion de la communauté par le sport. Claire E. Nolte, professeur d'histoire contemporaine au Manhattan College, a été la première à dresser la comparaison avec le Sokol dans publié en 2002 à New York chez Palgrave Macmillan. Elle souligne que le , un autre mouvement de masse, est né en réaction aux triomphes napoléoniens et a encouragé le nationalisme allemand, de même que le Sokol en réaction aux Habsbourg. Cependant, elle considère que le mouvement Sokol présente des caractéristiques purement tchèques ou slaves et n'est qu'un dérivé et non une copie du .

Parallèlement à ces deux influences, on peut constater que la fin du consacre une attention de plus en plus grande à l'hygiène, au développement du sport et des activités extérieures.

Contexte historique

Une libéralisation de l'Empire De 1849 à 1859, le baron Alexander von Bach est ministre de l'intérieur de l'empire d'Autriche. Tenant de la ligne absolutiste, il met en place une politique répressive qui remplit les prisons de prisonniers politiques. Les Tchèques ne sont pas épargnés et Bach fait ainsi exiler Karel Havlíček Borovský. En 1859, la chute du ministère Bach ouvre la voie à une période de relative libéralisation dans l'empire et d'affirmation plus aisée de l'identité tchèque. Une loi sur la liberté d'association est votée en 1860, qui entraîne un rapide développement de la vie associative. En Bohême, le nombre d'associations passe de 466 à entre 1856 et 1876Quand le sport dépassait l'exploit, Radio Prague, 30 juin 2004.

Ces conditions facilitent la création du Sokol en 1862. Elle est le fruit de la rencontre entre deux hommes : Tyrš et Jindřich Fügner, un marchand allemand de Prague, partisan de la cause tchèque (au point d'avoir slavisé son prénom de Heindrich en Jindřich)Pour cette partie, on peut se référer à [https://www.svu2000.org/conferences/30.doc Women in the Sokol Movement, d'Otilia M. Kabes]</ref>. Ils se sont rencontrés chez Bartelmus, industriel allemand, dont les enfants avaient Tyrš comme précepteur. Aux côtés de Tyrš l'inspirateur, il jouera le rôle de l'« homme d'action et de réalisateurUn regard français sur les sokols par Daniel Essertier, in La Revue française de Prague, N° 17000079 (mars 1938), p. 135 ».

La renaissance nationale tchèque

Les sont marqués par la renaissance de la langue et de la culture tchèque après la germanisation forcée sous les Habsbourg. En 1809, Josef Dobrovský publie sa grammaire tchèque. Josef Jungmann publie son Dictionnaire tchèque-allemand en cinq volumes entre 1834 et 1839. Avec la renaissance de la langue, la culture tchèque refleurit également et des institutions tchèques sont établies pour célébrer l'histoire et la culture tchèques (Théâtre national en 1883, Musée national en 1890). Tyrš était d'ailleurs déjà un des initiateurs de la construction du Théâtre nationalMiroslav Tyrs, Radio Prague, 26 juillet 2007. Les initiatives de promotion de la nation tchèque sont donc nombreuses et la création du Sokol s'inscrit directement dans ce cadre.

Histoire Des débuts à 1915 : un développement rapide Débuts du Sokol La création du premier Sokol a lieu à Prague le . Il s'appelle alors Union gymnique de Prague et ne prendra le titre de Sokol que plus tard. Grâce à l'action conjointe de Tyrš et Fügner et aux réseaux de ce dernier, l'association gagne la sympathie d'une haute partie de la société tchèque :

Le développement est rapide dès les premières années. Trois ans après leur création, les sokols sont et une association féminine est créée dès 1869, la Société des femmes et des jeunes filles de Prague<ref name="Kabes"> [https://www.svu2000.org/conferences/30.doc Women in the Sokol Movement, d'Otilia M. Kabes].

1860-1870 : développement, militarisation et problèmes internes