Les montagnes Noires () sont une chaîne de montagnes située en Bretagne (en Argoat), relativement étroite et de faible altitude, composée principalement de grès dur et de quartzite, qui s'étire d'ouest en est depuis le voisinage de Châteaulin jusqu'aux environs de Glomel. La chaîne sépare la dépression de Châteaulin et du Poher au nord de la plate-forme méridionale bretonne au sud.

Géographie Topographie vignette|Vue du sommet de Karreg an Tan (la « roche du Feu ») en Gouézec. vignette|Vue du sommet de la Calotte Saint-Joseph en Langonnet.

Les montagnes Noires culminent au Roc'h Toullaëron (Carte topographique IGN France 1:, Gourin 0618, emplacement borne géodésique) situé dans la commune de Spézet. D'autres cartes de l'IGN, moins précises, indiquent une altitude sensiblement différente de . Cependant, le Ménez Hom (329 mètres), donc plus élevé, est considéré comme l'extrémité occidentale de ce massif, qui se prolonge par deux rameaux formant la presqu'île de Crozon et, en passant par la montagne de Locronan, celle du cap Sizun.

Les autres sommets du massif portant un nom se nomment d'ouest en est (entre parenthèses est donnée leur altitude) : Karreg an Tan (ou CarrecLa racine car, au sens de « rocher », est à l'origine de nombreux noms de hauteurs en France, et se rapproche de karreg, nom usuel pour désigner un rocher en breton. . an Tan ou « roche du Feu », ) ; Reun Du ; Roc'h Bily ; Roc'h Ker Hodiern ; Roch Jégu ; Roc'h Moniven ; Roc'h Plenn ; Roc'h an Aotroù () ; Montagne de Laz () ; Roc'h Castel ; Roc'h Veur ; Menez an Duc () ; Roc'h ar Werc'hez ou rocher de la Vierge () ; Roc'h An Ankou () ; Minez Guernazou () ; Rocher de la Madeleine () ; Minez Gligueric () ; Minez Zant Yann () ; Calotte Saint-Joseph () ; Minez Du ().

L'épithète de « Noires » évoque la couverture forestière de la chaîne montagneuse, aujourd'hui bien discontinue..

Géologie

vignette|Carte géologique du Massif armoricain. vignette|Les schistes de Plougastel (pierre friable et clivable) forment des crêtes aiguës (Karreg an Tan à Gouézec). Les montagnes Noires sont situées au cœur du domaine centre armoricain, unité géologique du Massif armoricain qui correspond à une structure s'allongeant sensiblement en direction ouest-est, depuis la baie de Douarnenez jusqu'au bassin de Laval. S'opposant aux bas plateaux littoraux méridionaux et septentrionaux, ce bassin sédimentaire est principalement constitué de schistes briovériens. Cf . (sédiments détritiques essentiellement silto-gréseux issus de l'érosion du segment occidental de la chaîne cadomienne, accumulés sur plus de d'épaisseur et métamorphisés), formant un socle pénéplané sur lequel repose en discordance, dans sa partie orientale, des formations paléozoïques sédimentaires. Ces formations sont déposées dans ce bassin marqué par une forte subsidence, puis sont déformées lors de l'orogenèse varisque (plis hercyniens d'orientation préférentielle N 110° et plusieurs familles de failles d'orientations différentes)..

Géologiquement, les montagnes Noires forment un vaste synclinorium complexe entre le bassin carbonifère de Châteaulin au nord et le bassin briovérien au sudSite de Guerphalès, fig.4 tirée du schéma structural et de la coupe géologique qui accompagnent la carte géologique du BRGM « ».. Cette chaîne correspond au cisaillement bordier méridional du bassin de Châteaulin.. Elle s'étire d'est en ouest sur une distance d'environ depuis les environs de Châteaulin jusqu'aux environs de Glomel mais ne dépasse pas de large. Elle se présente sous l'aspect d'une double ligne de crête que sépare une vallée médiane. Ces deux lignes de crête qui font partie de ces plis hercyniens armant les crêtes appalachiennes, sont de nature géologique différente : grès armoricain et schistes à chloritoïde pour la ligne de crête méridionale, quartzite de Plougastel pour la ligne de crête septentrionale. Entre les deux, au niveau de la vallée médiane, on rencontre du schiste d'âge silurien plus tendre. En un seul point, vers Edern, les terrains dévoniens ont entièrement recouvert le soulèvement silurien qui se prolonge vers l'Ouest jusque dans la presqu'île de Crozon. Dans l'intervalle des deux soulèvements s'étend une dépression centrale remplie par les éboulis et des tourbes qui proviennent de la décomposition des schistes des sommets. Les crêtes à l'est sont formées de croupes massives car empâtées par les produits de désagrégation des roches restés sur place, contrairement aux roc’h (« rocs ») existant plus à l'ouestLouis Gallouédec, « La Cornouaille intérieure », Annales de Géographie, 1893 .

La formation du rift de la Manche et l'océanisation du golfe de Gascogne au Crétacé entraînent le rejeu vertical de failles, notamment celles du linéament « Cap Sizun - Montagnes Noires » de direction N70 à 80° (orientation héritée de l'orogenèse varisque).

vignette|centre|upright=2.5|Coupe géologique transversale des montagnes Noires (L. Gallouédec, 1893).

Le terme montagne semble bien excessif pour désigner ces hauteurs qui s'apparentent en fait plus à des collines. Mais en Basse-Bretagne la moindre éminence est désignée par le terme breton menez, terme qui avait à l'origine le sens de landes, mais dont le sens a évolué avec le temps pour prendre celui de montagne.

Végétation Forêts et landes recouvrent ses hauteurs. Des marais et des tourbières occupent les dépressions situées entre les deux lignes de crête parallèles du massif. Les principaux massifs forestiers sont la forêt de Laz et les bois de Coat Diner, de Coat Queinec, de Coat Ty Roué, de Toullaéron, de Conveau et de Kerjean. Les sapinières, qui sont le résultat d'un reboisement récent, sont nombreuses.

L'omniprésence de la lande jusqu'à la fin du est confirmée par Victor-Eugène Ardouin-Dumazet qui écrit, parlant de la partie située entre Motreff et Glomel, que « la Montagne Noire est nue, ses lourdes croupes n'ont qu'un manteau d'ajonc et de bruyère (...). Malgré la médiocre altitude de cette partie du massif dont aucun sommet n'atteint 270 mètres, cela donne bien l'impression de montagneVictor-Eugène Ardouin-Dumazet, Voyage en France. Bretagne, , « Basse Bretagne intérieure », 1910.. »

Histoire Un pays refuge Selon Pitre-Chevalier, au fur et à mesure des invasions successives et de la colonisation de l'Armorique, venues par la mer, les occupants antérieurs gagnaient le centre de la presqu'île armoricaine et les hauteurs, notamment les monts d'Arrée et les montagnes Noires, conservant leurs lois et leurs traditions, et notamment leur droit à une propriété libre, exempte de droits seigneuriaux.

Au Moyen Âge, les tenanciers des régions proches des côtes payaient pour leurs terres productives de fortes redevances, mais une longue habitude les avaient habitués à cette sujétion, ce que refusaient les habitants de l'intérieur, plus pauvres, qui refusaient tout tribut. De là leurs révoltes périodiques contre les seigneurs, les villes, et toute autorité voulant les imposer de la jacquerie de 1489 aux Bonnets Rouges..

Un repaire du sinistre brigand La Fontenelle En , Guy Eder de La Fontenelle, après avoir écumé la région de Saint-Brieuc, s'installe dans la forêt de Laz avec une troupe de 400 hommes environ. De tout temps, cette forêt était réputée dangereuse pour les voyageurs. Vols de bestiaux, de meubles, de deniers, viols, rapines diverses, incendies exaspèrent vite les habitants de la région de Châteauneuf-du-Faou. Le notaire de cette ville, François Hervé, aussi député aux États de la Ligue, envoie une plainte au duc de Mercœur.

Un texte de 1592 illustre ses exactions : « La licence des gens de guerre en votre pays a été et est telle et si déréglée sur votre pauvre peuple, qu'ils n'ont omis, ni épargné aucune espèce de violences pour épuiser la subsistance, et ont exercé toutes les cruautés que la corde, le fer et le feu leur ont pu administrer pour rançonner le paysan laboureur et le marchand du plat pays innocent, et après les avoir misérablement tourmentés et gênés en leurs personnes pour extorquer leurs deniers; pillé, brûlé leurs maisons et meubles qu'ils ne pouvaient emporter, ont finalement pris le bétail, jusqu'aux porcs, et non contents de tant d'outrages ont violé femmes et filles, sans aucune distinction d'âge; encore ont contraint pour leurs pères à racheter leurs enfants pupilles, et les maris leurs femmes, et réduit votre peuple a une telle extrémité qu'il a été contraint d'abandonner maisons et familles, et cherche l'espoir et la sûreté aux forêts, entre les plus cruelles bêtes, néanmoins la rigueur de l'hiver, aimant mieux habiter avec les animaux sauvages et cherche leur vie que de languir et mourir prisonnier, entre les mains de gens de guerre, de tourments, de faim et d'ennui faute de moyen de se racheter; et se sont tellement dépouillés qu'ils ont dénié les corps morts en leur prison à la parentelle pour les inhumer, jusqu'à les racheter, faisant languir les vivants avec les corps des morts en leurs dites prisons, ce qui a tellement ruiné votre peuple, que les paroisses entières se voient désertes, les grosses bourgades abandonnées de tous leurs,habitants et ne se peut espérer aucun paiement de vos deniers, le soulagement de vos affaires et la nécessité au dit paysTexte du 29 décembre 1592, Fonds des États de Bretagne, 1592, in J-F. Boedec, Histoire secrète des Montagnes Noires. »

Le , La Fontenelle ose entrer par surprise dans une auberge réputée de Vannes, le « Logis de la Tête Noire », où se tient une réunion importante des députés aux États de la Ligue. Le brigand s'adressa à l'un des convives, Jean Breut : « J'ai entendu que vous estes venu faire plainctes de moy en ces estatz, mais, par la mort de Dieu! Regardez bien ce que vous direz, car selon ce que vous direz, je vous coupperé le col! » dit-il. Mais le duc de Mercœur, prévenu, fit arrêter le brigand, qui fut vite libéré et recommença ses exactions en forêt de Laz avant d'oser attaquer en 1593 à coups de canons la forteresse du Granec en Landeleau où il s'installa pour un temps.

Pour l'empêcher de continuer à écumer la région, plus d'un millier de paysans vinrent assiéger pendant huit jours son repaire du Granec, profitant de l'absence du bandit parti guerroyer du côté de Morlaix. De retour une nuit par surprise et tua environ 800 paysans. Selon le chanoine Moreau, « non content de ce carnage, La Fontenelle refusa aux parents des victimes la permission d'enlever les blessés, et même les morts, pour leur rendre les derniers devoirs et par ainsi demeurèrent corrompre sur la face de la terre sans que personne osât braver la défense du tyran qui faisait tuer à coup d'arquebuse quiconque tentait de s'en approcherChanoine Jean Moreau, Henri Wacquet (publié par), Mémoires du chanoine Jean Moreau sur les guerres de la ligue en Bretagne, Quimper, 1960. »

Il sévit ensuite du côté de Carhaix, en compagnie de son émule, le capitaine-bandit Yves du Liscouët. Un terrifiant personnage qui, la main tranchée lors d'une bataille, « s'en fit placer une de fer, à ressorts, si habillement exécutée qu'il s'en servait comme d'une main naturelle pour manier l'épée ».

Les loups Frank DaviesFrank Davies, en fait révérend E.W.L. Davies, vint chasser deux années de suite en Bretagne, probablement en 1854 et 1855, mais ne publia ses souvenirs en anglais que vingt ans plus tard en 1875. a raconté ses souvenirs de chasse aux loups dans les montagnes Noires vers 1854 dans un livre publié vingt ans plus tardFrank Davies, Chasse aux loups et autres chasses en Bretagne, éditions des Montagnes Noires, 2012 ..

À la fin du , un garde du comte de Saisy se chargea d'empoisonner les derniers loups du secteur, dans le prolongement oriental des Montagnes Noires, entre Gourin et RostrenenFrançois de Beaulieu, Quand on parle du loup en Bretagne, éditions Le Télégramme, 2004 ..

La misère des habitants et l'émigration