vignette|upright=1.5|alt=Deux cuirassés bas sur l'eau s'affrontent au canon au milieu de la fumée.|Le combat de Hampton Roads en 1862 entre le (à gauche) et l' (à droite) fut la première bataille entre des cuirassés.
Le navire cuirassé est un type de navire de guerre à vapeur de la seconde moitié du protégé par des plaques de blindage en fer ou en acier. Ces cuirassés furent développés pour remédier à la trop grande vulnérabilité des navires à coque en bois face aux obus explosifs ou incendiaires. Le premier cuirassé de ce type, La Gloire, fut lancé en par la Marine impériale de , ce qui força la Royal Navy à construire à son tour de tels navires. Après les premiers affrontements entre cuirassés durant la guerre de Sécession, il devint évident que ceux-ci avaient détrôné les simples navires de ligne et étaient devenus les navires les plus puissants de l'époque.
Les cuirassés étaient conçus pour remplir plusieurs rôles dont ceux de navires de ligne en haute mer, de navires de défense côtière et de croiseurs à long rayon d'action. L'évolution rapide des techniques de construction navale militaire de la fin du transformèrent le cuirassé : de vaisseaux à coque en bois et cuirasse en fer, disposant toujours de voiles en plus de leurs moteurs à vapeur et armés avec des canons placés en batterie, ils se transformèrent en cuirassés à coque entièrement métallique, propulsés seulement par leurs moteurs et munis de tourelles. Au cœur de ces développements rapides se trouvaient les progrès de la métallurgie, qui permirent la construction de coques en acier, la fabrication de machines à vapeur plus performantes et la réalisation de canons de plus en plus puissants.
Durant cette période, les changements étaient si rapides que la plupart des navires étaient obsolètes dès leur mise en service et que les tactiques navales changeaient quasiment de bataille en bataille. Devant l'inefficacité relative du canon contre la cuirasse, beaucoup de cuirassés étaient équipés d'éperons ou de torpilles, armes qui étaient considérées comme cruciales à l'époque. Les navires de ligne ont fini par être appelés cuirassés ou croiseurs cuirassés.
Avant les coques blindées vignette|alt=Deux-ponts à voile avec au milieu du navire une cheminée crachant de la fumée.|Le Napoléon lancé en 1850 était le premier navire de ligne à vapeur. La construction des cuirassés devint possible grâce aux progrès technologiques de la première moitié du . Selon l'historien naval Richard Hill, Chacune de ces évolutions devint possible dans les décennies précédant l'apparition des premiers cuirassés.
Propulsion à vapeur Au et au début du , les flottes étaient composées de deux types de navires en bois, les navires de ligne puissants mais lents et les frégates plus rapides. Le premier changement majeur à ces types de navires fut l'utilisation de la machine à vapeur pour la propulsion. Durant les années 1830, des bateaux utilisaient des roues à aubes mais la vapeur ne devint réellement utilisable pour les navires de guerre qu'après l'adoption des hélices dans les années 1840 dans .
Des frégates équipées d'hélices entraînées par un moteur à vapeur furent construites au milieu des années 1840 et à la fin de la décennie, la Marine française équipa ses navires de ligne de machines à vapeur. Ce désir de changement fut impulsé par qui souhaitait accroître son influence sur l'Europe ; or cette ambition nécessitait d'être menaçant sur mer pour envisager de défier les Britanniques. Le premier navire de guerre équipé dès sa mise en service d'une machine à vapeur fut le Napoléon lancé en 1850. Le Napoléon était armé de 90 canons, comme un navire de ligne conventionnel, mais ses moteurs lui donnaient la possibilité d'atteindre la vitesse de quelles que soient les conditions de vent : un avantage potentiellement décisif dans un engagement.
L'introduction de navires de ligne à vapeur entraîna la France et le Royaume-Uni dans une course à la construction navale. Huit navires identiques au Le Napoléon furent construits en France sur une période de dix ans mais le Royaume-Uni parvint rapidement à reprendre la tête. En tout, la Marine française construisit dix navires de guerre à vapeur (toujours en bois) et convertit 28 anciens navires de lignes, tandis que la Royal Navy en construisit 18 et en convertit 41.
Obus explosifs
vignette|gauche|alt=Canon court mais de fort calibre sur son affût d'artillerie|Gravure d'un canon Paixhans datant de 1860. L'ère des navires de ligne à vapeur en bois fut brève du fait de l'apparition de nouveaux canons navals. Durant les années 1820 et 1830, les navires de guerre s'équipèrent de canons de plus en plus gros, remplaçant les canons de 18 livres (calibre ) des bateaux à voile avec des canons de 32 () puis de 36 () voire de 42 livres () alors que les vapeurs disposaient de (). Dans le même temps, les canons tirant des obus explosifs comme le canon Paixhans développé par le général français Henri-Joseph Paixhans devinrent la norme dans les années 1840 au sein des marines française, britannique, russe et américaine. Il est souvent retenu que la capacité des obus à enfoncer les coques en bois des navires « classiques », démontrée lors de la destruction des escadres turques par les Russes lors de la bataille de Sinope en 1853, annonça la fin des bateaux à coque en bois. Certains pensaient cependant toujours que la meilleure façon de détruire une coque en bois était de tirer à partir de canons conventionnels des boulets chauffés au rouge, de manière que ceux-ci se logent dans la coque et provoquent un incendie ou fasse exploser les munitions. Des expériences furent même menées avec des boulets creux remplis de métal en fusion pour accroître leur pouvoir incendiaire.
Blindage métallique vignette|gauche|La batterie flottante française Lave en 1854 qui participa à la bataille de Kinbourn. Avant l'ère industrielle, certains navires avaient disposé de plaques métalliques sur la coque comme les tekkōsen japonais ou les bateaux tortues coréens du et certains navires européens comme le Fin de la guerre hollandais ou le Santa Anna hospitalier. Les sources à ce sujet sont néanmoins parcellaires et il est très probable que ces plaques ne servaient pas de blindage mais permettaient d'améliorer l'étanchéité et de protéger la coque contre les organismes marinsVoir l'article anglophone. Après la démonstration de l'efficacité des obus explosifs contre les navires en bois lors de la bataille de Sinope et craignant que ses propres navires ne soient victimes des canons Paixhans des fortifications russes lors de la guerre de Crimée, l'empereur Napoléon III ordonna le développement de batteries flottantes à faible tirant d'eau équipées de canons lourds et protégées par d'épaisses plaques de blindage. Les essais au début de l'année 1854 furent convaincants et les Français informèrent les Britanniques le qu'une solution avait été trouvée pour protéger les navires contre les canons. Après des essais en , l'Amirauté britannique accepta de construire cinq batteries flottantes sur les plans français dans les chantiers navals de Thames et Millwall Iron Works sur la Tamise.
vignette|Les batteries françaises lors de la bataille de Kinbourn. Les batteries flottantes furent déployées aux côtés des flottes de vapeurs en bois durant la guerre de Crimée pour fournir un appui aux bombardes et aux canonnières non-cuirassés bombardant les fortifications côtières. Les Français utilisèrent avec succès trois de leurs batteries (Lave, Tonnante et Dévastation) contre les défenses côtières russes durant la bataille de Kinbourn sur la mer Noire. Elles furent par la suite utilisée sur l'Adriatique lors de la guerre d'indépendance italienne en 1859. Les batteries britanniques HMS Glatton et Meteor arrivèrent trop tard pour participer aux combats à Kinburn. Les Britanniques prévoyaient de les utiliser dans la mer Baltique contre la forteresse de Kronstadt et cela a peut-être influencé les Russes dans leur décision de demander la paix. Kronstadt était néanmoins largement considérée comme la forteresse la mieux protégée au monde et ses défenses étaient continuellement améliorées suivant les progrès technologiques. Même si les batteries flottantes britanniques étaient efficaces contre Kronstadt au début de l'année 1856, les Russes avaient déjà construit un nouveau réseau de forts et déployé des mortiers et des mines navales que les Britanniques n'avaient aucun moyen de retirer sous le feu ennemi dans .
Ces batteries flottantes sont parfois considérées comme les premiers cuirassés mais elles ne pouvaient se déplacer seules à plus de et devaient être remorquées jusque sur le lieu de la bataille. Leur utilisation ne fut que marginale mais leur bref succès convainquit la France à se pencher sur la construction de navires de guerre cuirassés pour sa flotte militaires.
Les premiers cuirassés vignette|gauche|alt=Trois-mats avec une cheminée au milieu du navire et une rangée de canons|Un modèle réduit de La Gloire (1858), le premier cuirassé de haute mer. À la fin des années 1850, il était clair que la France n'était pas capable d'égaler la capacité britannique de construction de navires de guerre à vapeur et pour reprendre l'avantage un changement de tactique s'avérait nécessaire. La conséquence de ce constat fut la construction du premier cuirassé de haute mer, La Gloire, commencé en 1857 et lancé en 1859. Sa coque en bois était calquée sur celle d'un navire de ligne à vapeur mais réduite à un seul pont. Elle fut recouverte de plaques en fer de d'épaisseur. Le cuirassé était équipé d'une machine à vapeur entraînant une unique hélice lui permettant d'atteindre la vitesse de . Il était armé de 36 canons rayés de . La France construisit 16 cuirassés, dont deux navires identiques à La Gloire et les deux seuls cuirassés à deux ponts jamais construits, le Magenta et son jumeau le Solférino.
vignette|Le HMS Warrior de 1860 fut le premier cuirassé britannique de haute-mer. La Royal Navy n'était pas disposée à perdre sa supériorité en matière de marine de guerre et elle était déterminée à surpasser les forces navales françaises dans tous les domaines et plus particulièrement dans celui de la vitesse. Un cuirassé rapide aurait l'avantage de pouvoir choisir la distance d'engagement et donc se mettre ainsi à l'abri du feu ennemi. Les spécifications britanniques étaient donc plus celles d'une frégate que d'un navire de ligne et elles imposaient l'utilisation du fer pour la coque et un allongement du navire. Le résultat fut la classe Warrior composée du et du lancés en 1860. Ces navires représentaient un compromis efficace entre la protection, le rayon d'action et la navigabilité en haute-mer. Leur armement était supérieur à celui de La Gloire et la plus grande machine à vapeur alors déployée sur un navire lui permettait d'atteindre . En revanche, La Gloire disposait d'une protection complète au niveau de la ligne de flottaison et des batteries tandis que pour conserver sa vitesse, la classe Warrior devait concentrer son blindage dans une « citadelle » centrale tandis que l'avant et l'arrière étaient laissés sans protection. Les coques en fer demandaient également plus d'entretien car elles se salissaient plus vite et ne pouvaient pas être revêtues avec du cuivre comme les coques en bois en raison d'une réaction chimique corrosive. Les navires de la classe Warrior étaient les symboles de la puissance industrielle, financière et technologique britanniques et étaient certainement les navires de guerre les plus puissants au monde. Ils furent néanmoins rapidement rendus obsolètes par les rapides progrès technologiques qui ne favorisaient pas forcément la plus grande puissance navale au monde.
Guerre de Sécession