Le Léon () est une ancienne principauté de Basse-Bretagne : d'abord comté puis évêché, rattaché ensuite au département du Finistère. C'est la patrie des Léonards qui se nomment, en breton léonard : Leoniz. La ville de Brest en est l'agglomération principale, mais pas la capitale traditionnelle, qui est Saint-Pol-de-Léon. Le territoire forme la pointe nord-ouest du Finistère. Il doit à sa géographie et sa localisation d'avoir conservé un particularisme linguistique et culturel.
Le Léon se compose de trois parties, appelées pays traditionnels, dont certains sont eux-mêmes découpés en plusieurs parties :
le Bas-Léon ; le Haut-Léon (dont le pays Chelgen) ; le Pays pagan.
Comté fondé selon la tradition mythologique bretonne par Even le Grand, libérateur en 937 des normands, sur un territoire allant de Lannion à Châteaulin et au-delà, le Léon est réduit à ses frontières actuelles et confisqué en 1179 par Henri Plantagenêt aspirant à l'Empire. Scindé en une vicomté de Léon, une seigneurie de Léon et une seigneurie de Penhoat, il échoue à obtenir son indépendance en 1235 et est confié en 1276 à un comte évêque, suzerain temporel des vassaux subsistants. Il se confond à partir de cette date avec l'évêché de Léon. Devenu une quasi-république épiscopale enrichie par l'armement et le commerce des crées du Léon, il restera le cœur de la résistance des princes de Léon au centralisme ducal puis royal jusqu'à son abolition à la suite de la Révolution, le .
Désignation Étymologie Le nom de LéonL’édition revue de 1843 du Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne fait mention du terme « Léonais » pour désigner le Léon, mais cette utilisation du terme « Léonais » était absente de l’édition d’origine de 1778 (,, , )., prononcé en léonard [leun] avec un « n » final très nasal et évanescent, c'est-à-dire « léoun' » si on utilise l'orthographe française, était expliqué autrefois par les prêtres du diocèse comme venant du latin leonis, la bête christianisée par saint Paul Aurélien lors de son arrivée dans la ville déserte de son cousin Gwithur, identifiée à un lion. D'autres ramenaient l'étymologie à un castellum legionensis, et, pour appuyer leur hypothèse, voyaient là la preuve qu'une légion romaine avait stationné à l'emplacement de l'actuelle commune de Saint-Pol-de-Léon. Dans les faits, aucun document ne corrobore ces étymologies .
Le roman Tristan et Iseut de Béroul, datant des environs de 1170 mentionne « Loenois » ou encore « Loenoi ».. Cependant, dans l’index des noms propres, Ernest Muret auteur de l’édition de 1922 du roman indique :« Loenoi 2868, Loenois , patrie de Tristan, située d’après les plus anciens romans en Grande-Bretagne, mais confondue plus tard avec le pays de Léon, dans la Bretagne française. « Le Loonois a été identifié par F. Loth avec le Lothian, en Écosse. Il n’est pas impossible non plus, écrit M. J. Loth (), que ce pays ait désigné la région de Caerlleon-sur-Wysc dont la situation conviendrait mieux. » Ce terme d’ancien français Loenois n’a pas de rapport avec le lion ou la légion. Le problème est que le latin leo, ni même legio, n'était passé dans le vocabulaire de l'ancien breton, a fortiori pas sous sa forme du cas régime de l'ancien français se terminant par un « n ».
Un étymon plausible est l'ancien breton litau qui désignait le rivage continental aux bretons insulaires, qui a donné LLyddaw en gallois. et aurait donné en breton moyen Lezoun puis par une substitution qui s'observe plus souvent à l'initiale (v.g. Sabrina - Havren) Lehoun.
L'absence de documents en breton moyen ne permettra jamais d'infirmer ou confirmer cette étymologie ou une autre, mais le strict respect des règles de l'étymologie bretonne appelle un ligau, non attesté, plutôt qu'un litau. Cependant on dispose de la mention, en latin, du terme de LetewicionNennius,Historia Brittonum et surtout du terme LetaviaAnonyme, Livre des faits d'Arthur, ~1000 pour désigner l'ensemble de la Bretagne.
Il est possible que le sens de ce terme ait été réduit à la partie la plus anciennement colonisée au , le Léon, comme semble en garder le souvenir la légende de Conan Mériadec localisée par les hagiographes au à PlougoulmA. de La Borderie, « L'Historia britannica avant Geoffroi de Monmouth et la Vie inédite de saint Goëznou », in Bulletin de la Société archéologique du Finistère, , , 1882., après que se fut produite une seconde colonisation à l'origine de la Domnonée et de la Cornouaille.
On sait en effet que le Léon ne faisait pas partie de la Domnonée lors de la création de celle-ci. On aurait là avec le terme de Léon, une évolution un peu semblable à celui de France, qui désignait d'abord tout le territoire de la Gaule puis seulement un pays de quelques kilomètres carrés au nord de Paris. Là encore, l'étaiement de toute hypothèse restera toujours faible.
La forme ancienne française « Loonois », qui a donné en français moderne « Léonais », un « loones » issu de « Lodonesia », ancien nom du comté brittonique de Lodain. Il y aurait là une étymologie commune avec le royaume légendaire de Lyonesse localisé dans les îles Scilly mais il est possible que ce royaume englouti de Lyonesse soit un « Lyon enes », c'est-à-dire île de Léon, ce qui nous renvoie à notre point de départ.
Quelle que soit l'étymologie, le toponyme renvoie, comme beaucoup de toponymes bretons, à un lieu de Bretagne insulaire, en l'occurrence la presqu'île du Nord du pays de Galles, Lleyn (cf. infra sub « Colonisations bretonnes »), dont l'étymologie est tout aussi problématique.
Pays de Léon Pays de Léon a anciennement son correspondant latin, pagus Leonensis, et breton, bro Leon. Un pagus est une subdivision carolingienne d'un comté. L'expression pays de Léon renvoie ainsi à l'histoire du comté de Léon et son démantèlement par les ducs de Bretagne.
Comté et vicomtes de Léon Un comte de Léon nommé Even, dont la légende est évoquée dans une vita difficilement datée du début du bas Moyen ÂgeF. Plaine, « Vie inédite de saint Goulven évêque de Saint-Pol-de-Léon (550 ?-614 ?). Traduite du latin avec prolégomènes et éclaircissements », Bulletin, , , SAF, Quimper, 1890.A. de La Borderie, « Saint Goulven. Texte de sa vie ancienne et inédite avec notes et commentaire historique », in Bulletin, , , Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, 1892., est mentionné dans le Cartulaire de Landévennec à la date du , ce qui ne préjuge en rien de l'historicité de ce contemporain d'Alain le Renard, pas plus que de l'authenticité des chartes.
Le titre de vicomte apparaît en 1021 avec la citation de , , qui était de la génération des arrière-petits-fils d'Even mais était probablement issu de la maison de RennesA. Y. Bourgès & P. Kernévez, « Généalogie des vicomtes de Léon », in Bulletin, , , SAF, Quimper, 2007 (lire en ligne).. Comme une mention postérieure de ce même Guyomarch, à la date incertaine de 1034, , ne précise pas ce qualificatif de Leonensis, rien ne dit que celui ci n'est pas un ajout effectué par le copiste dans le cadre d'une reconstitution généalogique éventuellement exacte, le manuscrit étant une compilation du .
Le petit-fils de , , décédé en 1103, est le Guigemar que chantera Marie de France. Quatre vicomtes lui succèdentA. Y. Bourgès & P. Kernévez, « Tableau généalogique », in Bulletin, , , Annexe, SAF, Quimper, 2007., jusqu'à ce que , se heurte au roi d’Angleterre.
En aucun cas ces vicomtes ne sont alors à la tête d'une vicomté de Léon. Le terme de vicomté n’apparaît qu'à la fin du . Auparavant, vicomte désigne un fonctionnaire gérant les affaires civiles, formellement sous l'autorité de l’Église, dans le périmètre d'un « honor », les offices, mêmes s'ils tendent déjà à être héréditaires, restant amovibles. La prétention à une légitimité dynastique, supra légale en quelque sorte, à régner sur le Léon ne s'affirmera qu'après l'extinction de la lignée aînée des vicomtes de Léon, aux alentours de 1298, chez les juveigneurs de Léon donc, à travers une tradition recueillie sinon forgée dans les années suivantes, sous le règne éphémère et tourmenté du jeune Arthur de Bretagne, selon laquelle ils descendent de Conan Mériadec, tradition reprise par les Rohan quand ceux ci, en 1363, hériteront du titreA. Y. Bourgès, « Un fragment méconnu du Livre des Faits d'Arthur et les prétentions généalogiques des vicomtes de Léon. », in Hagio-historiographie médiévale, AYB, [s.l], ..
Plus vaste que l'évêché, le territoire des vicomtes de Léon déborde jusqu'en 1180 à l’est de Morlaix et s’étend au sud sur le pays de Daoulas, la presqu'île de Crozon et même sur des territoires à l’ouest de QuimperCarte du Léon en 1180 dans «Recherches sur les origines du Kemenet de Cornouaille», Annales de Bretagne. Jusqu'en 1208, époque où les diocèses en étaient encore à se disputer des territoires enclavés, le Léon s'est étendu jusqu'au Léguer, A. de La Borderie, Nouveau recueil d'actes inédits des ducs et princes de Bretagne (s), , Rennes, 1902., incluant l'antique Yaudet, qui dès lors périclite.
Vicomté et seigneurie de Léon En 1166, Henri Plantagenêt, au terme d'une campagne militaire de deux années, force le duc de Bretagne à marier l'unique héritière, Constance de Bretagne, à son fils Geoffroy. Devenu régent pour celui-ci, qui est alors mineur, il vainc le jeune et riche vicomte de Léon , qui conduit la révolte, en 1169 et en 1177.
À la mort de ce dernier, en 1179, il confisque le fief du vicomte. En 1180, il le scinde en trois fiefs qu'il distribue aux héritiers : à l'ouest, la vicomté de Léon pour ; au sud, la seigneurie de Léon pour le juveigneur Hervé ; à l'est, la seigneurie de Penhoat.
En 1276, après des décennies de conflits, le duc Jean le Roux accapare ce que possède encore le vicomte , arrière-petit-fils de , et achète la suzeraineté sur la seigneurie de Léon à .
Le fief du Léon est alors remis par le duc à l'évêque de Léon. Celui-ci reçoit lors de son entrônement le titre de « comte évêque ». Vassal de jure du duc, il est choisi par la Curie.
Il est de facto inamovible, le diocèse ayant aussitôt adopté une organisation assurant son indépendance. Les archidiacres, véritables administrateurs de l'évêché, ne sont en effet révocables que par la Curie et les canonicats laïcs du chapitre cathédral, instances de décision que l'évêque a juré de respecter, sont exercés par les grands vassaux de Léon, dont le premier est le seigneur de Léon.
Baronnie de Léon Avant de constituer un bailliage et une province fiscale du duché, le Léon était une des sept baronnies des États de Bretagne, citée aux assises de Geoffroy en 1185. Les barons de Rohan, originaires du Vannetais mais descendants des vicomtes de Léon, héritent en 1349 de la seigneurie de Léon, en 1476 de celle de Penhoat, et cumulent ainsi les charges et leurs bénéfices à peu de frais, l'administration locale étant assumée principalement par l'évêque-comte.
Principauté de Léon Les Rohan, considérant que le mariage d'Anne de Bretagne en 1491 les avaient déliés, en tant que princes d'Empire, de la suzeraineté du duché de Bretagne, dont il se faisaient ainsi les souverains présomptifs, se sont honorés depuis 1564 du titre de prince du Léon, conférant au Léon celui de principauté jusqu'à la RévolutionV.g. D. Houard, Dictionnaire analytique, historique, étymologique, critique et interprétatif de la coutume de Normandie, , , Le Boucher, Rouen, 1780..