Le Grand Prix des Pays-Bas 1960 (), disputé sur le circuit de Zandvoort le , est la quatre-vingt-huitième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la quatrième manche du championnat 1960.

Contexte avant la course Le championnat du monde La saison 1960 de Formule 1, dernière courue sous la réglementation à moteur 2500 cm3 atmosphérique ou 750 cm3 suralimenté, marque la conversion de la plupart des constructeurs de monoplaces au concept du moteur central arrière, dans le sillage de Cooper, qui a tenu le haut du pavé l'année précédente grâce à ses légères et maniables T51, pourtant nettement moins puissantes que les Ferrari. Avec le retour des Grands Prix d'Argentine et de Belgique, le calendrier 1960 comporte dix manches, dont les 500 miles d'Indianapolis, épreuve spécifique disputée sous la réglementation Indycar.

Principal artisan du succès des Cooper dont il a assuré la mise au point, Jack Brabham a remporté son premier titre de champion du monde, face à Stirling Moss (qui disposait d'un matériel identique au sein d'une écurie privée) et à Tony Brooks, alors fer de lance de la Scuderia Ferrari. Malgré la compétitivité de sa nouvelle Cooper T53, Brabham a manqué de réussite lors des deux premières manches de la saison 1960, soldées par deux abandons, et c'est son jeune coéquipier Bruce McLaren (vainqueur en Argentine et second à Monaco) qui a pris la tête du championnat. Ayant troqué sa Cooper pour la prometteuse Lotus 18, qu'il a imposée en principauté, Moss a confirmé qu'il restait le pilote le plus rapide du plateau et semble en mesure de prendre sa revanche sur la saison passée, où une panne mécanique lors de la dernière épreuve l'avait privé du titre. Ayant trop tardé à adopter la technologie du moteur central arrière, la Scuderia Ferrari ne dispose pas d'une monoplace en mesure de disputer la victoire aux voitures britanniques, ses anciennes Dino à moteur avant n'étant compétitives que sur les circuits très rapides tels Reims ou Monza.

Le circuit left|thumb|alt=Zandvoort|Le circuit de Zandvoort, sur le rivage de la mer du Nord.

Situé en Hollande-Septentrionale, non loin d'Haarlem, le circuit permanent de Zandvoort fut inauguré le , à l'occasion d'un Grand Prix remporté par le Prince Bira à la moyenne de 117,9 km/h. Tracée dans les dunes longeant la mer et balayée par les vents, la piste se caractérise par la présence quasi permanente de sable, avec des conditions d'adhérence en constante évolution. Le record de la piste est détenu par Stirling Moss, auteur d'un tour à 156,3 km/h de moyenne au volant de sa Cooper en 1959.

Monoplaces en lice Cooper T53 « Usine » thumb|right|Une Cooper T53 lors d'une course historique. Comme à Monaco, Jack Brabham et Bruce McLaren disposent de leurs nouvelles T53 à moteur central 4 cylindres Coventry Climax FPF, avec boîte de vitesses à cinq rapports et pont intégré conçue par l'usine mais fabriquée par le sous-traitant Knight. Ces agiles monoplaces de 460 kg se caractérisent par leur comportement survireur, facilement contrôlable grâce à la souplesse de leur moteur. Malgré une puissance relativement modeste (243 chevaux à ), leur faible maître-couple leur confère une vitesse de pointe proche de celle des Ferrari, pourtant fortes de 290 chevaux.

Cooper T51 privées Championne du monde en 1959, la Cooper T51 est devenue la monoplace la plus convoitée des équipes privées. L'équipe Yeoman Credit, dirigée par Alfred Moss, dispose de deux châssis utilisés par l'usine la saison précédente (485 kg, moteur Climax FPF de 240 chevaux), confiés à Tony Brooks et Chris Bristow. Reg Parnell a engagé un modèle identique pour le jeune espoir Henry Taylor. Contrairement aux écuries britanniques, la Scuderia Centro Sud, dirigée par "Mimmo" Dei, équipe ses T51 d'un moteur quatre cylindres Maserati, développant également 240 chevauxRevue Moteurs n° 24 - 1960 ; deux monoplaces ainsi équipées sont aux mains de Masten Gregory et Maurice Trintignant. Le pilote local Carel Godin de Beaufort a quant à lui engagé sa T51 de formule 2, équipée de la version 1500 cm3 du moteur Climax FPF (141 chevaux à 7300 tr/min).

Ferrari Dino 246 « Usine » La Scuderia Ferrari a amené trois Dino 246 à moteur avant, ainsi que sa nouvelle 246P à moteur central arrière, qui a fait ses débuts à Monaco aux mains de Richie Ginther. Cette monoplace expérimentale de 550 kg est en fait une voiture de développement qui servira à l'élaboration de la future formule 1 1500 cm3, la Scuderia sacrifiant en quelque sorte sa saison 1960 au profit de la suivante. Phil Hill et Wolfgang von Trips disposent donc de leurs traditionnelles Dino (environ 600 kg en ordre de marche, moteur V6 développant 290 chevaux), tandis que Ginther, réputé pour ses talents de metteur au point, aura le choix entre une monoplace classique et le prototype expérimental.

BRM P48 « Usine » Comme à Monaco, l'équipe britannique a engagé trois de ses nouveaux modèles P48 (à moteur central arrière) pour Joakim Bonnier, Graham Hill et Dan Gurney. Ces monoplaces de 550 kg utilisent la même mécanique que la précédente P25 (moteur quatre cylindres en ligne, 280 chevaux). Elles ont la particularité d'avoir un système de freinage comportant trois disques, deux à l'avant et seulement un à l'arrière, monté sur l'arbre de transmission.

Lotus 18 « Usine » thumb|upright=0.9|right|La Lotus 18, plus petite monoplace du plateau. Élaborée par Colin Chapman, la Lotus 18 est la plus basse (sa hauteur hors tout est de 67 centimètres) et la plus légère (440 kg en ordre de marche) des monoplaces du plateau. Elle est d'ailleurs également utilisée en Formule 2 et en Formule Junior, catégorie dans laquelle elle a fait son apparition en course en . Dans la catégorie reine, elle dispose du même moteur Climax FPF que les Cooper, accouplé à une originale boîte de vitesses séquentielle à cinq rapports, également conçue par Chapman. L'usine aligne trois voitures pour Innes Ireland, Alan Stacey et Jim Clark, qui fait ses débuts en championnat, remplaçant au pied levé John Surtees, retenu par une course motocycliste sur l'Ile de Man. Au côté des trois voitures officielles, Stirling Moss pilote la Lotus 18 du Rob Walker Racing Team, avec laquelle il vient de remporter le Grand Prix de Monaco.

Aston Martin DBR4 « Usine » Ayant débuté au cours de la saison 1959 alors que sa conception remontait en 1956, la DBR4/250 fut d'emblée surclassée par ses concurrentes, plus modernes et plus légères. Malgré un allègement du châssis effectué au cours de l'hiver, cette monoplace reste la plus lourde du plateau en 1960, affichant encore plus de 600 kg sur la balance. Son moteur six cylindres délivre 280 chevaux à 8200 tr/min, mais pour des raisons de fiabilité les pilotes ne doivent pas dépasser le régime de 7000 tr/min, d'où une puissance effective limitée à 250 chevaux. Premier pilote de l'équipe, Roy Salvadori aurait dû être épaulé par le prometteur Jim Clark, déjà pilote officiel de la marque en endurance, mais le jeune pilote écossais a finalement opté pour l'équipe Lotus, dont les monoplaces s'avèrent indiscutablement plus performantes. Une seule voiture a donc été engagée à Zandvoort, pour Salvadori.

Scarab « Usine » Créée par le pilote constructeur américain Lance Reventlow, la marque américaine a obtenu des résultats encourageants en sport mais ses débuts en formule 1, lors du dernier Grand prix de Monaco, se sont révélés catastrophiques, ni Reventlow ni son compatriote Chuck Daigh n'ayant pu se qualifier. Malgré une préparation très soignée, les Scarab F1 souffrent d'un manque de puissance (seulement 235 chevaux) de leur moteur quatre cylindres à double arbre à cames en tête, alors que ces voitures affichent un handicap de plus de cent kilos face aux Cooper et aux Lotus. Les voitures de Reventlow et Daigh se présentent à Zandvoort dans la même configuration qu'en principauté.

Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle Moteur Pneumatiques 1 Phil Hill Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 2 Wolfgang von Trips Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 3T Richie Ginther Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246Ferrari 246P Ferrari V6 4 Innes Ireland Team Lotus Lotus Lotus 18 Coventry Climax L4 5 Alan Stacey Team Lotus Lotus Lotus 18 Coventry Climax L4 6 Jim Clark Team Lotus Lotus Lotus 18 Coventry Climax L4 7 Stirling Moss Rob Walker Racing Team Lotus Lotus 18 Coventry Climax L4 8 Chris Bristow Yeoman Credit Bank Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 9 Tony Brooks Yeoman Credit Bank Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 10 Henry Taylor RHH Parnell Cooper Cooper T51 Coventry Climax L4 11 Jack Brabham Cooper Car Company Cooper Cooper T53 Coventry Climax L4 12 Bruce McLaren Cooper Car Company Cooper Cooper T53 Coventry Climax L4 14 Joakim Bonnier Owen Racing Organisation BRM BRM P48 BRM L4 15 Dan Gurney Owen Racing Organisation BRM BRM P48 BRM L4 16 Graham Hill Owen Racing Organisation BRM BRM P48 BRM L4 17 Roy Salvadori David Brown Corporation Aston Martin Aston Martin DBR4 Aston Martin L6 18 Maurice Trintignant Scuderia Centro Sud Cooper Cooper T51 Maserati L4 19 Masten Gregory Scuderia Centro Sud Cooper Cooper T51 Maserati L4 20 Carel Godin de Beaufort Ecurie Maarsbergen Cooper Cooper T51 (F2) Coventry Climax L4 21 Lance Reventlow Reventlow Automobiles Inc Scarab Scarab F1 Scarab L4 22 Chuck Daigh Reventlow Automobiles Inc Scarab Scarab F1 Scarab L4

Qualifications Les essais qualificatifs se déroulent le samedi (avec une séance matinale et une l'après-midi) et le dimanche après-midi précédant la course . Contrairement aux années précédentes où la grille de départ était établie dans l'ordre des meilleurs temps sur un tour, sans restriction sur le nombre de participants, les organisateurs ont cette fois choisi de ne retenir que les quinze pilotes les plus rapides, sur la base de leurs trois meilleurs temps, générant un certain mécontentement au sein de certaines équipes.

Le samedi, les conditions de piste sont excellentes et la piste parfaitement sèche. Sur la Lotus de Rob Walker, Stirling Moss améliore d'emblée les temps de référence réalisés l'année précédente et va se montrer de loin le plus rapide tout au long de la journée, accomplissant un tour à près de 161,3 km/h de moyenne. En parallèle, les responsables des écuries ont protesté auprès de la direction de course quant aux modalités des qualifications ; le soir même, les organisateurs acceptent d'étendre la grille à vingt voitures, dans l'ordre des meilleurs temps sur un tour, n’accordant cependant la prime de départ qu'aux quinze premiers.

thumb|right|En raison d'un désaccord financier entre leur constructeur Lance Reventlow et les organisateurs, les Scarab F1 ne participeront pas à la course.