Le Grand Prix des Pays-Bas 1962 (), disputé sur le circuit de Zandvoort le , est la cent-troisième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la première manche du championnat 1962.

Contexte avant la course Le championnat du monde Depuis la saison précédente, la Formule 1 suit la réglementation (dérivée de l'ancienne Formule 2 de la période 1957 à 1960), s'appuyant sur les points suivants : interdiction des moteurs suralimentés cylindrée minimale : cylindrée maximale : poids minimal : (à sec) double circuit de freinage obligatoire arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote) démarreur de bord obligatoire carburant commercial ravitaillement en huile interdit durant la course

Initialement opposés à cette nouvelle formule, les concurrents britanniques n'ont pu combler le retard pris dans la conception de leurs nouvelles monoplaces, et, au cours de la saison 1961, furent nettement dominés par la Scuderia Ferrari, qui disposait de moteurs bien plus performants. Malgré le titre de champion du monde obtenu par Phil Hill, l'année se termina bien mal pour le constructeur italien, avec l'accident mortel de Wolfgang von Trips, alors en tête du championnat, à Monza, le départ de son directeur sportif Romolo Tavoni et surtout celui de l'ingénieur en chef Carlo Chiti et de ses techniciens les plus expérimentés. Coventry Climax et BRM proposant désormais des moteurs V8 presque aussi puissants que les V6 italiens, les équipes britanniques ont déjà affiché leurs prétentions dans les premières épreuves (hors championnat) de 1962, Graham Hill (BRM) et Jim Clark (Lotus-Climax) s'étant imposés à plusieurs reprises face aux Ferrari, qui devront également affronter les nouvelles Porsche à moteur huit cylindres à plat. Ce début de saison prometteur a toutefois été assombri par le grave accident survenu à Stirling Moss à Goodwood, le lundi de Pâques : éjecté de sa monoplace, le champion anglais a été très sévèrement touché et ne pourra probablement pas reprendre la compétition avant de nombreux mois.

Le circuit

C’est en 1948 que fut inauguré le circuit permanent de Zandvoort, à l'occasion du deuxième Grand Prix de Zandvoort, course de Formule 1 remportée par la Maserati du Prince Bira. Tracée dans les dunes, en bord de mer, à l’ouest d'Haarlem, la piste est relativement sinueuse et la présence quasi-permanente de sable rend l'adhérence précaire. En 1960, Stirling Moss avait battu le record du tour à la moyenne de 160,9 km/h au volant de sa Lotus F1, une performance qui n'a pas été améliorée depuis.

Monoplaces en lice Ferrari 156 "Usine" thumb|right|upright=1.1|Champion en titre, Phil Hill aborde la nouvelle saison avec le numéro 1, mais la Ferrari 156 ne constitue plus l'arme absolue. Après un titre mondial acquis dans des circonstances dramatiques (la couronne de Phil Hill coïncidant avec la disparition accidentelle de Wolfgang von Trips à Monza), de nombreux changements ont affecté la Scuderia Ferrari au cours de l'intersaison. En conflit avec Enzo Ferrari, une partie de l'encadrement a été renvoyée par le «Commandatore», dont le directeur technique Carlo Chiti, le concepteur Giotto Bizzarrini et le directeur sportif Romolo Tavoni. Côté conducteurs, si Hill (ignorant l'éviction des principaux cadres) est resté dans l'équipe, Richie Ginther a préféré tenter sa chance au sein de l’équipe BRM, son rôle de metteur au point étant désormais dévolu à Willy Mairesse. Remplaçant Tavoni, Eugenio Dragoni a promu Giancarlo Baghetti au rang de second pilote, la troisième voiture étant confiée au jeune espoir mexicain Ricardo Rodríguez. Conscient du manque de rigidité de la 156 F1, le nouveau directeur technique Mauro Forghieri a apporté quelques modifications au châssis, mais les premières courses hors championnat de l'année ont confirmé la supériorité des monoplaces britanniques, équipées désormais de moteurs presque aussi puissants que le V6 Dino qui, alimenté par deux carburateurs Weber triple corps, dispose de 200 chevaux à 10000 tr/min. Une version 24 soupapes de ce moteur a été testée durant l'hiver, mais s'est révélée trop fragile pour être utilisée en course. L'évolution la plus notable par rapport à l’année précédente est l'utilisation d'une nouvelle boîte de vitesses à six rapports. Dans sa version 1962, la 156 pèse 495 kg à sec. Dépassée en performance pure, la monoplace de Maranello s'est néanmoins imposée à l'occasion du dernier Grand Prix de Bruxelles, Mairesse ayant bénéficié de l'abandon de ses principaux adversaires pour l'emporter. Le pilote belge n'est pas présent à Zandvoort, disputant ce même week-end le Grand Prix de Naples sur le circuit urbain de Posillipo.

Lotus 24 & 25 "Usine" Colin Chapman crée la surprise en dévoilant sa toute nouvelle Lotus 25, à châssis monocoque. Alors que concurrents et clients de la marque pensaient que la récente Lotus 24 (évolution de la 21 adaptée au nouveau moteur V8 Coventry Climax FWMV) serait la voiture à battre cette saison, la révolutionnaire 25, avec sa coque intégrant les réservoirs, se démarque du reste du plateau par sa ligne très basse (la carrosserie de la 25 est cinq centimètres moins large et deux centimètres et demi moins haute que celle de la 24Revue Moteurs n° 33 - 1962), imposant au pilote une position couchée. Le seul modèle pour l'heure disponible est confié à Jim Clark, le second pilote Trevor Taylor pilotant quant à lui la 24 utilisée par l’Écossais en début de saison, victorieuse à Snetterton et à Aintree. Outre son maître-couple réduit, la 25 bénéficie d'une rigidité quatre fois supérieure à celle de la 24, les deux modèles pesant 455 kg. Suspensions et boîte de vitesses (ZF à cinq rapports) sont communes, tout comme le moteur FWMV qui délivre 181 chevaux à 8200 tr/min. L'équipe dispose également d'un mulet, une 24 équipée d'un ancien moteur Climax FPF (quatre cylindres de 152 chevaux).

Lotus 24 & 18/21 privées UDT Laystall engage une Lotus 24 à moteur Climax V8, confiée à Innes Ireland qui l'utilise pour la première fois, le pilote écossais ayant effectué le début de saison sur une des deux anciennes 18/21 à moteur Climax FPF de l’équipe, la seconde étant affectée à Masten Gregory qui ne dispose pas encore du nouveau modèle. Parti de chez Cooper afin de construire ses propres monoplaces en collaboration avec son compatriote Ron Tauranac, Jack Brabham a également acquis une Lotus 24 à moteur V8 FWMV, qu'il a étrennée une semaine auparavant à Silverstone à l'occasion de l'International Trophy.

Porsche 804 "Usine" thumb|right|upright=1.1|Première apparition des Porsche 804, aux mains de Dan Gurney et Joakim Bonnier. Joakim Bonnier et Dan Gurney ont enfin touché leurs nouvelles Porsche 804, attendues depuis plusieurs mois. Ces monoplaces sont dotées d'un moteur huit cylindres à plat refroidi par air, alimenté par quatre carburateurs Weber à double corps, la puissance maximale s'établissant à 184 chevaux à 9000 tr/min. L'absence de circuit de refroidissement (remplacé par un ventilateur horizontal à pales en matière plastique) permet un gain de poids, la voiture ne pesant 452 kg à sec, soit 2 kg de plus que le minimum imposé.

Porsche 718 & 787 privées Carel Godin de Beaufort pilote son habituelle Porsche 718 (une ancienne Formule 2 équipée d'un moteur à quatre cylindres à plat refroidi par air, avec laquelle il a disputé l'entièreté de la saison 1961). Son écurie Maarsbergen a également engagé un modèle 787 (utilisant un moteur identique) pour Ben Pon, qui participe pour la première fois à un Grand Prix.

Cooper T60 & T55 "Usine" Après le départ de Brabham, qui prenait une part très active au développement et à la mise au point des monoplaces de Surbiton, c'est désormais Bruce McLaren qui assure le rôle de premier pilote. Le Néo-Zélandais a grandement contribué à l'élaboration de la nouvelle T60,conçue par l'ingénieur Owen Maddock, qui effectue ici sa première sortie. Elle s'avère beaucoup plus fine que la précédente T58 qui utilisait déjà le V8 Climax FWMV. Le moteur est accouplé à une nouvelle boîte de vitesses à six rapports, développée en interne et fabriquée chez KnightRevue Sport Auto - 15 juin 1962. L'ensemble pèse 467 kg. Seul McLaren dispose du nouveau modèle, Tony Maggs pilotant une T55 de la saison précédente, équipée d'un moteur quatre cylindres Climax FPF et d'une boîte cinq vitesses.

Cooper T53 privées Jackie Lewis a engagé sa T53 personnelle, toujours équipée du moteur Climax FPF. L'écurie Bowmaker Racing dispose également d'une T53, qui servira uniquement de mulet, l'équipe de Reg Parnell engageant désormais des Lola.

BRM P57 & P48/57 "Usine" Apparues lors des essais du Grand Prix d'Italie 1961, la P57 à moteur V8 n'a effectué sa première course qu'à l'occasion du Grand Prix de Bruxelles 1962, l'hiver ayant été mis à profit par le l'équipe, sous la direction technique de Tony Rudd, pour en parfaire la mise au point. Seul un problème de démarreur empêcha alors Graham Hill de viser la victoire, le pilote britannique ayant été disqualifié pour aide extérieure au départ de la seconde manche, alors qu'il venait de remporter brillamment la première. Second derrière la Lotus de Clark au Lombank Trophy deux semaines plus tard, Hill imposa la P57 à l'occasion du Glover Trophy, à Goodwood, avant de récidiver lors de l'International Trophy à Silverstone. Transfuge de Ferrari, Ginther n'a pas connu la même réussite que son coéquipier, ayant en outre détruit sa voiture à Silverstone. Une seule P57 est donc présente à Zandvoort. Pesant environ 475 kg, elle dispose d'une puissance de plus de 185 chevaux. Ginther dispose quant à lui d'un châssis P48/57 de la saison précédente, équipé toutefois du nouveau moteur V8.

Emeryson MkIII L'écurie Maarsbergen a loué une Emeryson MkIII à Paul Emery. Il s'agit du dernier châssis réalisé par le petit constructeur britannique, équipé d'un moteur Climax FPF et d'une boîte de vitesses Colotti, utilisé en début de saison par John Campbell-Jones dans quelques courses hors-championnat. Elle est aux mains de Wolfgang Seidel.

Lola Mk4 Dirigé par l'ancien pilote Reg Parnell, le Bowmaker Racing (nouvelle appellation du Yeoman Credit Racing Team) est présent en F1 depuis 1960. Engageant jusqu'alors des Cooper, l'écurie britannique s'est assuré pour la saison 1962 les services de l'ingénieur Eric Broadley, fondateur de Lola Cars. Première Formule 1 conçue par Broadley, la Mk4 est une monoplace à châssis tubulaire ; après avoir utilisé le moteur quatre cylindres Climax FPF en début d'année, elle dispose depuis les 200 miles d'Aintree du V8 Climax FWMV, accouplé à une boîte de vitesses Colotti à cinq rapports. L'ensemble pèse 490 kg à sec. L'équipe de pilotes est la même qu'en 1961, John Surtees étant épaulé par Roy Salvadori.

Coureurs inscrits